Série Algérie 2050 – Rapport en 9 parties sur la transition économique
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En bref :
Un point de bascule pour le modèle de croissance
L’année 2026 constitue un moment charnière pour l’économie algérienne. Le maintien du statu quo prolongerait un ajustement diffus, économiquement inefficace et socialement coûteux, dont le poids est supporté de manière disproportionnée par les ménages.
À l’inverse, un programme de réformes bien conçu, graduel mais résolu, peut restaurer la confiance, reconstituer des marges de manœuvre macroéconomiques et enclencher une dynamique de transformation durable.
Le cadre de réformes proposé vise précisément à rompre avec le modèle de croissance extensif actuel et à engager une transition vers une économie plus productive, plus compétitive et plus inclusive.
Son succès repose sur trois conditions essentielles : une vision stratégique claire de long terme, un séquençage rigoureux des réformes afin d’en maîtriser les coûts économiques et sociaux, et une volonté politique forte et durable.
Comme le montre l’expérience internationale, les stratégies crédibles finissent par trouver leur financement, à condition que la cohérence, la crédibilité et la capacité d’exécution soient au rendez-vous.
Les marges de manœuvre encore disponibles
En 2026, l’Algérie dispose encore de marges de manœuvre externes réelles, qui constituent un atout macroéconomique important et une fenêtre d’opportunité pour engager des ajustements graduels et maîtrisés.
La combinaison d’avoir extérieurs significatifs, d’une exposition limitée au risque de refinancement externe et d’une capacité d’accès au financement international favorable confère au pays une flexibilité financière appréciable à court et moyen terme.
L’atout de la faible dette externe
Cet espace de manœuvre est renforcé par un élément central : le stock de dette extérieure demeure exceptionnellement faible, de l’ordre de 1 % du PIB, plaçant l’Algérie parmi les pays les moins endettés au monde vis-à-vis de l’extérieur.
Ce niveau très bas implique une vulnérabilité externe réduite, une forte soutenabilité potentielle de nouveaux emprunts et une marge substantielle avant d’atteindre les seuils de risque généralement observés au niveau international. Il améliore également, toutes choses égales par ailleurs, la perception de la solvabilité externe et les conditions d’accès à des financements concessionnels, bilatéraux, multilatéraux ou de marché.
Dans un contexte marqué par des tensions croissantes sur les finances publiques et la liquidité domestique, cette capacité d’accès externe constitue un levier important de diversification des sources de financement.
Elle permettrait de réduire la pression sur le financement interne, de limiter les effets d’éviction sur le crédit au secteur privé et de lisser les contraintes de trésorerie, tout en préservant la stabilité macrofinancière.
À ce stade, l’enjeu n’est pas tant la disponibilité des ressources que la capacité à les mobiliser de manière cohérente et ciblée.
Toutefois, ces marges ne sont ni illimitées ni permanentes. Leur maintien dépend étroitement de l’évolution des équilibres macroéconomiques, de la trajectoire des déficits, de la dynamique des réserves de change et de la crédibilité du cadre de politiques publiques.
À mesure que ces marges se réduisent, le coût de toute mobilisation future de financements extérieurs tend à augmenter, tandis que l’espace de choix se resserre.
Ainsi, en 2026, les marges de manœuvre externes existent encore et constituent un atout macroéconomique tangible.
Leur disponibilité souligne que les contraintes auxquelles fait face l’économie algérienne relèvent moins d’une absence de ressources que d’un enjeu de temporalité et de gouvernance, les coûts économiques et financiers étant susceptibles d’augmenter à mesure que ces marges s’érodent.
Les coûts de l’inaction
L’absence de lancement d’un programme de réformes global dès 2026 entraînerait des coûts importants et cumulatifs pour l’économie algérienne. Si le report des réformes peut apparaître politiquement plus aisé à court terme, ses conséquences à moyen terme seraient nettement plus déstabilisatrices, exposant l’économie à un ajustement désordonné et contraint de l’extérieur, plutôt qu’à une transition graduelle et maîtrisée au plan national.
Accumulation des déséquilibres
En l’absence de réformes, les déséquilibres macroéconomiques existants — en particulier l’ampleur du déficit budgétaire hors hydrocarbures, les pressions inflationnistes persistantes et les vulnérabilités externes — continueraient de s’accentuer.
La politique budgétaire demeurerait largement dépendante des recettes hydrocarbures et de formes implicites de financement monétaire, au détriment de la discipline macroéconomique.
À mesure que les amortisseurs s’érodent, les marges de manœuvre des politiques publiques se réduiraient rapidement. La capacité de l’État à lisser les chocs, soutenir l’activité ou protéger les ménages vulnérables s’amenuiserait, accroissant le risque que les ajustements futurs soient brutaux et procycliques.
Ce qui peut encore être géré par le séquençage et le calibrage en 2026 deviendrait, en cas de report, un ajustement imposé dans des conditions plus contraignantes.
Vulnérabilité externe accrue
L’inaction amplifierait également l’exposition de l’Algérie aux chocs externes. Le marché mondial de l’énergie est entré dans une phase d’incertitude structurelle, marquée par la volatilité de la demande, la fragmentation géopolitique et l’accélération de la transition énergétique.
Dans un scénario de statu quo, tout choc défavorable sur les prix ou les volumes d’hydrocarbures se traduirait directement par des pressions sur la balance des paiements, une érosion des réserves de change et un regain de tensions sur le taux de change.
En l’absence de réformes visant à diversifier les exportations, à rationaliser les importations et à restaurer la crédibilité du régime de change, l’économie serait confrontée à un risque croissant de contraintes de financement externe, incluant un renchérissement du crédit commercial, une hausse de la prime sur le marché parallèle et des incitations accrues à la fuite de capitaux.
Ces tensions se répercuteraient ensuite sur l’inflation, les pénuries et la croissance.
Croissance faible et chômage
La poursuite du statu quo enfermerait l’économie dans un équilibre de faible croissance. Les rigidités structurelles, la faible productivité, l’insuffisance de l’investissement privé et l’absence de politiques sectorielles orientées vers des activités à forte valeur ajoutée empêcheraient l’émergence de nouveaux moteurs de croissance.
Dans ce contexte, la croissance resterait insuffisante pour absorber les pressions démographiques et créer des emplois de qualité. Le coût social d’une telle trajectoire serait élevé.
Le chômage et le sous-emploi, en particulier parmi les jeunes et les diplômés, s’aggraveraient, tandis que l’informalité continuerait de s’étendre.
À terme, le décalage entre les résultats du système éducatif et les opportunités offertes par le marché du travail s’accentuerait, compromettant l’accumulation du capital humain et le potentiel de croissance à long terme.
Aggravation de la crise du coût de la vie
L’inaction accentuerait également la crise du coût de la vie, déjà au cœur des préoccupations des ménages algériens.
Une inflation durablement élevée — alimentée par les tensions sur le taux de change, les contraintes d’offre et l’inefficience des mécanismes de subvention — combinée à une dynamique de revenus atone continuerait d’éroder le pouvoir d’achat réel.
Sans réforme des subventions généralisées et sans mise en place de dispositifs efficaces de protection sociale ciblée, les ressources budgétaires resteraient absorbées par des transferts inefficients et régressifs, tandis que les ménages les plus vulnérables demeureraient insuffisamment protégés.
Cette situation accroîtrait les inégalités, fragiliserait la cohésion sociale et élèverait le risque de tensions sociales, notamment si des ajustements plus abrupts devenaient inévitables.
D’une transition maîtrisée à un ajustement subi
Le coût le plus élevé de l’inaction réside sans doute dans la perte de contrôle sur le processus d’ajustement lui-même.
En 2026, l’Algérie dispose encore de la capacité de concevoir et de mettre en œuvre une trajectoire de réformes autopilotée, graduelle et socialement calibrée.
Le report de l’action risquerait de transformer une transition gérable en un ajustement subi, déclenché par un choc externe, une contraction des réserves ou une crise budgétaire.
L’expérience internationale montre que ces ajustements contraints sont généralement plus récessifs, plus inflationnistes et socialement plus coûteux.
Ils interviennent souvent dans un contexte de crédibilité affaiblie et de marges de manœuvre institutionnelles réduites, laissant peu de place à la protection de la croissance et des populations vulnérables.
Une fenêtre d’opportunité qui se referme
En définitive, le coût de l’inaction n’est ni statique ni linéaire : il est cumulatif et non linéaire.
Chaque année de retard accroît l’ampleur de l’ajustement futur, réduit les instruments de politique économique disponibles et alourdit le coût économique et social de la transition.
À l’inverse, agir dès 2026 permettrait à l’Algérie de mobiliser les amortisseurs encore disponibles, de séquencer les réformes de manière cohérente et d’ancrer les anticipations avant que les vulnérabilités ne deviennent contraignantes.
Le choix auquel sont confrontées les autorités n’est donc pas celui de la réforme contre la stabilité, mais celui de la réforme aujourd’hui ou de l’instabilité demain.
En ce sens, 2026 ne représente pas simplement une option de politique économique, mais un seuil critique, au-delà duquel les coûts de l’inaction excéderaient très probablement les coûts politiques et économiques de la réforme.



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