Algérie : les politiques publiques pour réussir la transition économique

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Image Algérie 2050

Série Algérie 2050 – Rapport en 9 parties sur la transition économique

Introduction & Synthèse exécutive
Un modèle rentier sous tension
Les défis macroéconomiques et structurels
Une gouvernance économique à reconstruire
2026 : le coût de l’inaction
Vision Algérie 2050 : nouveau paradigme
Les politiques publiques de la transition (actuel)
Gouvernance des réformes
Annexes techniques et solutions détaillées (+ vidéo de synthèse)

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En bref :

Axe macro : Réduire le déficit hors hydrocarbures de 25 % à 11 % du PIB d’ici 2030
Taux de change : Dépréciation progressive et contrôlée pour restaurer la compétitivité
Recettes fiscales : Potentiel de +5 points de PIB à mobiliser (de 9,8 % à 15,3 %)
icone cibleSubventions : Passer de 13 % du PIB en subventions généralisées à des transferts ciblés
Réformes structurelles : Environnement des affaires, accès au financement, entrepreneuriat
Communication : Pilier stratégique pour l’acceptabilité sociale des réformes

Les trois axes structurants

La refondation du modèle économique algérien repose sur la mise en œuvre coordonnée et séquencée de trois axes de politiques publiques indissociables : macroéconomique, structurel et sectoriel. Leur cohérence conditionne à la fois la crédibilité du programme de réformes et sa soutenabilité économique et sociale.

L’axe macroéconomique

Le rôle de l’axe macroéconomique dans le processus de réforme est d’assainir les fondamentaux.  

L’axe macroéconomique constitue le socle incontournable de toute stratégie de transformation. Son objectif central est l’assainissement durable des fondamentaux macroéconomiques, condition nécessaire pour restaurer la confiance, relancer l’investissement et créer des emplois.

Cet assainissement implique :

  • un budget public sous contrôle, garant de la soutenabilité des finances publiques
  • une inflation maîtrisée, afin de préserver le pouvoir d’achat et la stabilité sociale
  • une position extérieure soutenable, limitant la vulnérabilité aux chocs externes.

Ces équilibres ne sont pas des fins en soi, mais les préconditions macroéconomiques indispensables pour favoriser l’investissement productif, soutenir une croissance durable et réduire les inégalités sociales.

En l’absence de stabilité macroéconomique crédible, les réformes structurelles et sectorielles ne peuvent produire leurs effets.

L’axe macro-structurel

Les réformes macro-structurelles visent à restaurer l’efficacité des leviers clés de la gestion macroéconomique en corrigeant les dysfonctionnements institutionnels, informationnels et opérationnels qui affaiblissent leur transmission.

Elles permettent de clarifier et de hiérarchiser les objectifs des politiques budgétaire, monétaire et de change, de renforcer la coordination entre ces politiques et d’améliorer la cohérence intertemporelle du cadre macroéconomique.

En dotant les autorités d’instruments crédibles, de règles lisibles et de capacités techniques renforcées, ces réformes transforment des politiques largement administrées et réactives en leviers réellement opérationnels, capables d’orienter les anticipations, d’amortir les chocs et de soutenir durablement la croissance.

L’axe structurel

L’axe structurel : restaurer les capacités productives et institutionnelles. Il est complémentaire du volet macroéconomique et doit être conçu en stricte cohérence avec lui. Il poursuit un double objectif.

  • Il vise à renforcer la qualité et l’efficacité des politiques macroéconomiques elles-mêmes, à travers : des réformes du système de recettes et de dépenses publiques ; la modernisation du processus budgétaire et des cadres budgétaires à moyen terme, afin de réhabiliter le budget comme véritable instrument de pilotage macroéconomique ; l’amélioration des statistiques macroéconomiques ; le renforcement de la crédibilité et de la cohérence de la politique monétaire et de la politique de change.
  • Deuxièmement, les réformes structurelles doivent libérer le potentiel de croissance du secteur privé productif, en levant les contraintes qui freinent l’investissement, l’emploi et la productivité.
    Cela implique notamment : l’amélioration de l’accès au financement ; la modernisation du système financier ; l’inclusion accrue des femmes et des jeunes dans le marché du travail ; la lutte effective contre la corruption et le renforcement de la gouvernance économique ; et la restauration de la confiance entre les acteurs économiques, la population et les pouvoirs publics.

L’appropriation sociale des réformes dépend directement de leur capacité à produire des opportunités économiques tangibles et équitables.

L’axe sectoriel

L’axe sectoriel : moderniser, diversifier et renforcer la résilience.

Il vise à transformer en profondeur la structure productive de l’économie algérienne. Il s’agit de réduire la dépendance à la rente pétrolière en misant sur :  l’économie verte et la transition énergétique ; l’économie numérique, l’intelligence artificielle et les technologies du savoir ; et les activités à forte valeur ajoutée, intensives en compétences et en innovation.

Cet axe poursuit un double objectif stratégique : accroître durablement la productivité et renforcer la résilience de l’économie face aux chocs externes et internes.

Il constitue également un levier majeur pour mobiliser le potentiel créatif de la jeunesse algérienne et inscrire le pays dans les dynamiques économiques mondiales de long terme.

Politiques macroéconomiques

Un mix macroéconomique cohérent et crédible.

Le succès du programme de réformes repose sur un mix de politiques macroéconomiques cohérent, combinant politique budgétaire, politique monétaire et politique de change.

L’objectif est double : assurer la soutenabilité macroéconomique tout en préservant la croissance et la stabilité sociale.

Au cœur de ce mix, la politique budgétaire joue un rôle central. Il s’agit de mettre en œuvre une consolidation budgétaire progressive, en cohérence avec la politique monétaire, afin de réduire le déficit public sans provoquer une contraction excessive de l’activité.

Cette consolidation devra être accompagnée : d’une dépréciation graduelle du taux de change, afin de mieux gérer les ressources extérieures, améliorer la compétitivité et soutenir l’ajustement réel; et d’une gestion rigoureuse de la liquidité, notamment celle issue de la monétisation du déficit, afin de contenir les pressions inflationnistes.

Ce cadre est le seul susceptible d’assurer simultanément la viabilité des finances publiques, la maîtrise de l’inflation et la relance de la croissance. Sans ce pilier macroéconomique, les réformes structurelles et sectorielles resteraient inefficaces.

Politique budgétaire : gradualisme et coordination

L’ajustement au choc pétrolier implique inévitablement une réduction de l’absorption intérieure, donc un resserrement budgétaire.

Étant donné le poids élevé de la dépense publique dans la formation de la valeur ajoutée, cet ajustement exerce un effet négatif à court terme sur la croissance.

Cela justifie une approche graduelle, soigneusement coordonnée avec la politique monétaire et la politique de change, afin de limiter l’impact récessif et de préserver la cohésion sociale. Le séquençage de l’ajustement est ici déterminant.

Politique monétaire : contenir l’inflation

L’inflation constitue un frein majeur à la croissance et au bien-être. La politique monétaire devra donc viser prioritairement à contenir l’inflation, avec un objectif implicite de l’ordre de 4 %, en ligne avec la cible de la Banque d’Algérie.

Dans ce cadre, la Banque centrale devra : gérer activement la liquidité créée par le financement monétaire du déficit ; utiliser de manière flexible les instruments disponibles (réserves obligatoires, opérations de stérilisation, taux d’intérêt) pour éviter une spirale inflationniste ; et préserver un équilibre délicat entre stabilité des prix et soutien à l’activité économique.

Politique de change : accompagner l’ajustement

La politique de change constitue un levier clé pour coordonner les politiques budgétaire et monétaire et minimiser les coûts macroéconomiques de l’ajustement. Trois options peuvent être envisagées :

  • Maintien d’un taux de change inchangé : Cette option, suivie de facto depuis 2014, reporte l’essentiel de l’ajustement sur la politique budgétaire, avec des coûts élevés : contraction de la demande globale, accumulation de dette publique et persistance des déséquilibres.
  • Flottement brutal du taux de change : Cette option entraînerait une forte inflation et une réponse monétaire procyclique, incompatible avec l’objectif de relance de la croissance.
  • Dépréciation progressive et contrôlée du taux de change : Cette option apparaît la plus appropriée. Elle permet un rapprochement graduel du dinar vers sa valeur d’équilibre, soutient l’ajustement réel et limite les chocs inflationnistes excessifs.

Financement du déficit

Le financement du déficit devra combiner plusieurs instruments afin de concilier consolidation budgétaire et préservation de la croissance.

Le financement monétaire restera probablement nécessaire à court terme, mais il devra être strictement encadré : limites quantitatives et temporelles claires ; rémunération aux conditions de marché ; et stérilisation adéquate de la liquidité créée.

La Banque d’Algérie devra également être prête à ajuster les réserves obligatoires si nécessaire.

En parallèle, le développement d’un marché obligataire souverain permettrait de diversifier les sources de financement et de réduire progressivement la dépendance au financement monétaire.

Ces mesures ne suppriment pas les risques budgétaires, mais contribuent à en limiter les effets macroéconomiques les plus déstabilisants.

La réussite des réformes repose sur un pilotage macroéconomique crédible, graduel et cohérent, capable de gérer les arbitrages entre stabilité, croissance et cohésion sociale. Sans ce socle, aucune transformation structurelle durable n’est possible.

Retour à la viabilité des finances publiques

Le rétablissement durable de la viabilité des finances publiques constitue le pivot central de la politique économique algérienne.

La reprise du contrôle budgétaire, à travers un ajustement bien conçu et correctement séquencé, n’est ni un objectif comptable ni une contrainte exogène : elle est une condition nécessaire de la stabilité macroéconomique, de la croissance soutenable et de la réduction durable de la pauvreté.

Un cadre budgétaire solide et crédible permet de mobiliser l’épargne intérieure, d’améliorer l’allocation des ressources publiques, de réduire l’incertitude macroéconomique et de créer un environnement propice à l’investissement privé.

À l’inverse, l’absence de discipline budgétaire se traduit inévitablement par une inflation persistante, des effets d’éviction, une volatilité accrue et, à terme, un blocage de la croissance et une dégradation du bien-être social.

Dans ce sens, l’ajustement budgétaire est un instrument de croissance inclusive, et non un frein au développement.

Vers une trajectoire crédible de restauration de la viabilité des finances publiques en Algérie.

La restauration de la viabilité des finances publiques constitue le pilier central de toute stratégie macroéconomique crédible en Algérie. Un cadre budgétaire solide et prévisible permet de mobiliser l’épargne intérieure, d’améliorer l’allocation des ressources publiques, de réduire l’incertitude macroéconomique et de créer un environnement propice à l’investissement privé.

L’ajustement budgétaire doit être conçu non comme un frein, mais comme un instrument de croissance inclusive et de stabilisation durable. Cette trajectoire implique une articulation autour de quatre axes:

Axe I : Stratégie explicite de restauration

En Algérie, l’ajustement budgétaire doit s’inscrire dans une trajectoire progressive et crédible de restauration de la viabilité des finances publiques, fondée sur des arbitrages macroéconomiques clairement assumés. Cette trajectoire répond à quatre préoccupations fondamentales :

  • La définition d’un point d’ancrage crédible de la politique budgétaire ;
  • L’estimation du niveau optimal de recouvrement des recettes fiscales ;
  • La mesure de l’écart entre le niveau effectif et le niveau optimal des recettes ;
  • La répartition équilibrée de l’effort d’ajustement entre recettes et dépenses, afin d’éviter un ajustement asymétrique pénalisant excessivement la croissance et la demande globale.

Dans une économie rentière, les recettes pétrolières et gazières jouent un rôle structurant en compensant des bases fiscales non pétrolières étroites et en finançant une part importante des dépenses publiques.

Toutefois, leur forte volatilité expose l’économie à des cycles budgétaires procycliques, amplifiant les fluctuations économiques, dégradant la compétitivité via l’appréciation du taux de change réel (syndrome hollandais), affaiblissant la confiance des agents économiques et transférant le coût de l’ajustement vers les générations futures.

Ces risques justifient l’adoption d’une politique budgétaire neutre ou contracyclique, dont l’orientation est correctement mesurée par le déficit budgétaire hors hydrocarbures, véritable indicateur de la stance budgétaire sous-jacente.

Axe II : Effort substantiel mais étalé

L’application de l’approche du revenu permanent indique que le déficit budgétaire hors hydrocarbures soutenable en Algérie devrait se situer autour de 10 % du PIB hors pétrole.

Or, à fin 2025, ce déficit est estimé à environ 25,3 % du PIB hors pétrole, ce qui implique un écart d’environ 15 points de pourcentage.

L’ampleur de cet écart exclut toute stratégie d’ajustement brutal. Un ajustement concentré sur une courte période générerait des coûts macroéconomiques et sociaux élevés, compromettant la croissance et la stabilité sociale.

L’enjeu est donc de définir une trajectoire d’ajustement progressive, séquencée et crédible, permettant de restaurer la soutenabilité budgétaire tout en préservant l’activité économique et l’adhésion sociale.

Ce qui importe n’est pas l’atteinte immédiate d’un seuil nominal, mais la mise en place d’un chemin d’ajustement clair, lisible et respecté dans le temps.

Axe III : Répartition recettes/dépenses

La répartition de l’effort d’ajustement doit être guidée par les multiplicateurs budgétaires et les élasticités macroéconomiques, afin de minimiser les effets récessifs à court terme et de soutenir la croissance potentielle à moyen terme.

Sur le volet des recettes, l’ajustement repose sur trois leviers complémentaires :

  • La réforme de la politique fiscale, par une révision des taux et surtout des assiettes, afin d’élargir la base imposable et de réduire la dépendance aux recettes pétrolières ;
  • Le renforcement de l’administration fiscale et douanière, à travers la modernisation des procédures, l’amélioration du recouvrement et la lutte contre la fraude ;
  • La rationalisation et l’élimination progressive des exonérations fiscales et douanières dont le coût budgétaire est élevé et l’efficacité économique souvent limitée à l’exception de celles accordées au titre de conventions et traites internationaux

Sur le volet des dépenses, l’ajustement doit être différencié :

  • Les dépenses courantes (masse salariale, subventions et transferts) présentent des multiplicateurs élevés à court terme. Leur rationalisation doit donc être graduelle, ciblée et accompagnée de mécanismes de protection sociale afin de limiter l’impact sur la demande et les ménages vulnérables.
  • Les dépenses en capital, en revanche, produisent des effets positifs croissants dans le temps. L’objectif n’est pas leur compression, mais l’amélioration de leur efficience, afin de maximiser leur impact sur la croissance potentielle, l’emploi et la diversification économique.

Axe IV — Leviers opérationnels

La mise en œuvre concrète de l’ajustement budgétaire repose sur deux chantiers stratégiques. Le premier concerne la rationalisation des dépenses courantes, à travers :

  • Une meilleure maîtrise de la masse salariale publique, notamment par un lien plus étroit entre rémunérations, productivité et besoins effectifs des administrations, notamment les secteurs sociaux et de souveraineté nationale  ;
  • Une réduction progressive des subventions généralisées et des transferts non ciblés, au profit de mécanismes de compensation mieux ciblés (en faveur d’une logique de bénéficiaire) et socialement plus équitables.

Le second chantier porte sur le renforcement de l’efficience de l’investissement public, qui constitue un levier central de croissance et de soutenabilité budgétaire. Il implique une réforme approfondie de la chaîne de gestion des investissements publics : amélioration de la sélection et de la préparation des projets, généralisation des analyses coûts-avantages, meilleure coordination institutionnelle, suivi rigoureux de l’exécution et évaluation ex post systématique. L’objectif est de faire mieux avec moins, en recentrant l’investissement public sur des projets à fort rendement économique et social.

Conclusion : La viabilité budgétaire n’est pas un objectif isolé, mais la condition sine qua non d’un nouveau modèle de croissance. Sans une restauration crédible des finances publiques, l’Algérie ne pourra ni stabiliser durablement son économie, ni attirer l’investissement privé, ni reconstruire une classe moyenne solide. Un ajustement budgétaire explicite, progressif et socialement soutenable constitue ainsi le socle indispensable d’une transformation économique réussie. Cet ajustement doit s’articuler autour d’une stratégie globale de refondation du modèle économique et social.


Ajustement monétaire et du taux de change

Au-delà de l’ajustement budgétaire, la restauration durable des grands équilibres macroéconomiques en Algérie requiert un ajustement monétaire et du taux de change cohérent, crédible et institutionnellement renforcé, constituant le second pilier de la stabilisation macroéconomique.

Le cadre actuel reste marqué par une transmission limitée de la politique monétaire, une domination budgétaire persistante et un régime de change caractérisé par des ajustements administrés et partiels, qui ont affaibli l’ancrage des anticipations, entretenu l’inflation et contribué à la persistance d’écarts significatifs entre les marchés officiel et parallèle des changes.

Dans ce contexte, la politique monétaire n’a pas pleinement rempli son rôle de stabilisation, tandis que le taux de change n’a pas joué efficacement sa fonction d’amortisseur des chocs externes et de point d’appui à une politique de diversification des exportations.

Le nouveau cadre monétaire doit s’articuler autour de plusieurs composantes complémentaires. Il implique ce qui suit :

  • D’abord un recentrage clair du mandat de la Banque centrale sur la stabilité des prix, appuyé par une indépendance opérationnelle renforcée et une communication monétaire plus transparente afin d’ancrer les anticipations. Il suppose ensuite la normalisation progressive des conditions de liquidité, à travers un usage accru des instruments indirects (opérations d’open market, facilités permanentes, corridor de taux), afin d’améliorer la transmission vers le crédit et l’activité.
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  • Le cadre doit également intégrer un régime de change plus flexible et prévisible, fondé sur des ajustements graduels du taux de change nominal visant à rétablir le taux de change réel, réduire les distorsions et converger progressivement vers l’unification des marchés des changes.
  • Enfin, l’efficacité de cet ajustement repose sur le développement des marchés financiers et monétaires, le renforcement du canal du taux d’intérêt, la réduction de la monétisation directe et indirecte des déséquilibres budgétaires et quasi-fiscaux, ainsi qu’une coordination étroite avec la politique budgétaire dans le cadre d’une stratégie macroéconomique à moyen terme. Conduit de manière séquencée et accompagné de réformes structurelles — assainissement des entreprises publiques, réforme du système bancaire, amélioration de la gouvernance et élargissement de l’offre productive — ce nouveau cadre monétaire et de change peut transformer l’ajustement en un levier durable de stabilité, de compétitivité externe et de croissance soutenable.
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Réformes macro-structurelles

Les réformes macro-structurelles visent à renforcer la qualité de la gestion macroéconomique et à restaurer la cohérence d’ensemble des politiques publiques.

Elles constituent un levier central pour améliorer la répartition des ressources, rétablir la soutenabilité des finances publiques et créer les conditions d’une croissance durable.

Les priorités s’articulent autour de la politique budgétaire, de l’efficacité de la dépense publique, de la gestion de l’investissement public, ainsi que de la politique monétaire et de change.

Processus budgétaires et statistiques

Le renforcement du cadre budgétaire constitue un préalable à toute réforme crédible.

Trois chantiers sont prioritaires :

  1. Consolider le Cadre Budgétaire à Moyen Terme (CBMT) afin d’en faire un véritable outil de pilotage pluriannuel des finances publiques
  2. Renforcer le rôle du budget comme instrument de stabilisation macroéconomique, notamment par une capacité accrue de suivi de l’exécution en temps réel et de contrôle des engagements, afin d’éviter l’accumulation d’arriérés de paiement
  3. Améliorer la qualité, la fiabilité et la disponibilité en temps opportun des statistiques de finances publiques, en conformité avec les standards internationaux. Des statistiques robustes sont indispensables pour calibrer correctement les politiques économiques et évaluer l’impact des réformes.

Mobilisation des recettes

Le système de recettes publiques présente des faiblesses structurelles importantes, alors même que le potentiel de recouvrement est estimé supérieur de 2 à 3 points de PIB au niveau actuel.
Les recettes pétrolières représentent 52,4 % des recettes totales, contre 47 % pour les recettes fiscales ordinaires.

La structure de ces dernières est déséquilibrée, avec une part relativement élevée des impôts sur les profits et les revenus salariaux, au détriment des impôts sur la consommation.

Le taux actuel de pression fiscale (9,8 % du PIB) reste très inférieur au potentiel estimé à environ 15,3 % du PIB selon l’analyse des écarts de recettes la plus récente. Ce manque à gagner s’explique par trois facteurs principaux :

  1. La prolifération des exonérations fiscales et douanières, qui fragilise l’assiette et conduit à des taux statutaires élevés mais peu effectifs
  2. La faiblesse de l’administration fiscale et douanière, liée à la corruption et à des méthodes de travail obsolètes
  3. L’accumulation et l’incohérence de certains impôts, introduits sans rationalisation au fil des lois de finances, appelant une refonte globale du système.

Une structure des recettes budgétaires marquée par de fortes distorsions en 2025. La structure des recettes budgétaires à fin 2025 révèle des déséquilibres profonds, tant du point de vue de l’efficacité économique que de l’équité fiscale.

Sur un total de 9 204 milliards de dinars, les impôts sur le revenu ne représentent que 1 938 milliards de dinars, soit 21 % des recettes, traduisant une base fiscale étroite, une faible progressivité effective et une capacité limitée à mobiliser les revenus des ménages à hauts revenus et des activités à forte valeur ajoutée.

Cette situation reflète à la fois l’importance de l’informalité, la fragmentation des régimes fiscaux et l’existence de nombreuses exemptions et niches fiscales.

La fiscalité sur la consommation, avec 1 514 milliards de dinars (soit 16,4 % des recettes), apparaît particulièrement faible au regard du poids de la consommation finale des ménages, estimée à environ 52 % du PIB.

Cet écart souligne une inefficacité marquée des taxes indirectes, notamment de la TVA, pourtant censée constituer un pilier des systèmes fiscaux modernes.

Il s’explique par un champ d’application restreint, la coexistence de taux multiples, des exonérations étendues et des faiblesses persistantes dans les mécanismes de collecte et de contrôle.

La fiscalité de porte constitue l’une des distorsions les plus révélatrices. Avec 406 milliards de dinars, soit 4,6 % des recettes budgétaires (environ 2,6 milliards de dollars), alors que les importations sont projetées à 48,3 milliards de dollars, le taux effectif de recouvrement n’atteint que 4,1 %.

Ce niveau extrêmement faible met en évidence une combinaison de facteurs : droits de douane bas ou nuls sur de nombreux produits, régimes dérogatoires, sous-évaluation des bases taxables et arbitrages implicites en faveur de la stabilisation des prix.

Il traduit également une incohérence structurelle entre politique commerciale, politique budgétaire et objectifs de protection de la production nationale.

Dans leur ensemble, ces éléments traduisent une structure de recettes peu diversifiée, faiblement progressive et insuffisamment alignée sur la structure réelle de l’économie, en particulier sur la consommation et les revenus.

Cette configuration accroît la dépendance aux recettes volatiles, limite la capacité redistributive du système fiscal et complique toute stratégie crédible de consolidation budgétaire.

Elle constitue ainsi l’un des verrous structurels majeurs à la soutenabilité des finances publiques et à la réussite d’un ajustement budgétaire économiquement efficient et socialement équitable.

À moyen terme (2030), l’objectif doit être de porter les recettes à au moins 15,3 % du PIB, afin de compenser la baisse structurelle attendue des recettes pétrolières liée à l’épuisement progressif des réserves.

Les réformes doivent porter simultanément sur l’assiette, les taux, les exonérations et la gouvernance des administrations fiscales et douanières.

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Efficacité des dépenses courantes

La structure actuelle des dépenses courantes est insoutenable. La masse salariale représente environ 36,6 % des dépenses totales, tandis que les subventions et transferts en absorbent 53,4 %.

Ensemble, ces deux postes totalisent près de 90 % des dépenses publiques et environ 101 % des recettes total, un niveau insoutenable.  

Les subventions généralisées sont coûteuses, inéquitables et inefficaces. Elles s’élèvent à 13 % du PIB. Elles bénéficient proportionnellement davantage aux ménages aisés, notamment pour les carburants, l’eau, le gaz et l’électricité.

Les prix très bas de l’énergie — l’Algérie figure au 6ème rang des pays qui pratiquent des prix à la pompe ultra bas parmi les plus faibles au monde — encouragent la surconsommation, le gaspillage, découragent l’investissement et réduisent le potentiel d’exportation.

Des distorsions similaires existent pour d’autres produits subventionnés, tels que le lait en poudre et le pain.

Les réformes doivent viser la rationalisation de la masse salariale, la réforme des transferts et le renforcement du cadre institutionnel de gestion des investissements publics.

Il s’agit d’améliorer la qualité des services publics, le rendement du capital humain et des infrastructures, tout en libérant des marges budgétaires.

À cet effet, la progression de la masse salariale devrait être mieux maîtrisée, notamment par un lien explicite entre rémunérations et productivité.

Par ailleurs, les procédures de sélection, de budgétisation, d’exécution et d’évaluation ex post des projets doivent être renforcées.

Efficacité des dépenses en capital

Malgré un niveau élevé d’investissement public, son impact sur la croissance et l’emploi demeure limité, révélant de profondes inefficiences.

Contraintes structurelles: Trois contraintes majeures peuvent être identifiées :

  1. Une gouvernance déficiente, caractérisée par des institutions de contrôle faibles, favorisant la corruption, la surfacturation et le gaspillage des ressources
  2. L’absence d’une stratégie de développement claire depuis la fin des années 1980, privant l’État de priorités sectorielles cohérentes et d’une programmation structurée des investissements
  3. Un cadre de gestion des investissements publics inadéquat, marqué par la fragmentation institutionnelle, une faible capacité de préparation technique des projets, des procédures complexes, l’absence de budgétisation pluriannuelle cohérente et des systèmes d’information insuffisants.

Ces faiblesses se traduisent par un taux d’exécution des projets estimé à seulement 45 %.

Coûts de l’inefficience : Les pertes associées à ces dysfonctionnements sont significatives : 

  • Un multiplicateur de l’investissement public limité, ne permettant de mobiliser qu’environ 40 % de l’effet attendu sur la demande globale
  • Une qualité des infrastructures évaluée à 76 %, laissant un potentiel d’amélioration de 24 %
  • Des surcoûts estimés à près de 30 % pour les grands projets
  • Des retards moyens d’achèvement d’environ 24 mois, entraînant des dépassements de coûts compris entre 10 % et 20 % selon la nature des projets.

Axes de réforme : La réforme de l’investissement public constitue un chantier stratégique majeur. Elle doit reposer sur deux axes complémentaires :

  • Une rationalisation du volume de la dépense en capital, afin de « mieux investir avec moins », quitte à ramener progressivement l’effort d’investissement vers des niveaux soutenables (environ 11 % du PIB pour les pays exportateurs de pétrole) ;
  • Une amélioration de l’efficacité de l’investissement public, par une refonte complète de la chaîne de gestion des projets : meilleure préparation technique, coordination institutionnelle renforcée, amélioration des procédures de passation des marchés et renforcement du contrôle.

La mise en œuvre de ces réformes devrait être progressive sur trois ans et guidée par quatre principes directeurs : cohérence macroéconomique, coordination sectorielle, supervision centrale des projets et application rigoureuse des règles de transparence et de concurrence.

Budget pluriannuel

La programmation budgétaire pluriannuelle revêt une dimension stratégique. Elle permet d’assurer la viabilité des finances publiques à moyen terme, de renforcer la capacité de stabilisation conjoncturelle, d’identifier les marges de manœuvre budgétaires et de préserver la soutenabilité de la dette.

Pour un pays riche en ressources naturelles comme l’Algérie, elle est essentielle pour gérer l’incertitude des recettes et répondre aux enjeux intergénérationnels.

Politique monétaire et de change

La politique monétaire souffre principalement d’un blocage du canal de transmission, d’une coordination insuffisante avec la politique budgétaire et d’un déficit de communication sur ses objectifs. Les réformes doivent viser :

  1. Une amélioration de la gestion des liquidités bancaires, via un usage plus efficace des instruments existants
  2. Un renforcement des capacités de stérilisation dans un contexte de monétisation du déficit, notamment par l’émission accrue de titres ou, le cas échéant, de papier de banque centrale
  3. Une stratégie graduelle de réduction puis d’élimination de la dualité du marché des changes, articulée autour de mesures à court, moyen et long terme, conduisant à terme à l’unification des marchés
  4. Un renforcement de la supervision bancaire et des outils macro prudentiels afin de limiter les risques systémiques.

Politique monétaire et politique de change. La politique monétaire souffre principalement d’un blocage du canal de transmission, d’une coordination insuffisante avec la politique budgétaire et d’un déficit de communication sur ses objectifs. Les réformes doivent viser : (1) une amélioration de la gestion des liquidités bancaires, via un usage plus efficace des instruments existants ; (2) un renforcement des capacités de stérilisation dans un contexte de monétisation du déficit, notamment par l’émission accrue de titres ou, le cas échéant, de papier de banque centrale ; (3) une stratégie graduelle de réduction puis d’élimination de la dualité du marché des changes, articulée autour de mesures à court, moyen et long terme, conduisant à terme à l’unification des marchés ; et (4) un renforcement de la supervision bancaire et des outils macroprudentiels afin de limiter les risques systémiques.

Réformes structurelles pour élargir l’offre

Au-delà des réformes macro-structurelles, un second ensemble de réformes structurelles est indispensable pour élargir l’offre globale, stimuler la productivité et favoriser une croissance plus inclusive et tirée par le secteur privé.

Ces réformes doivent s’attaquer aux contraintes institutionnelles, financières et sociales qui freinent l’initiative économique et l’emploi.

Environnement des affaires

La simplification des formalités administratives et le renforcement de la transparence constituent des leviers essentiels pour dynamiser l’activité du secteur privé.

Il s’agit en priorité de renforcer les cadres institutionnel et juridique assurant la protection effective des droits de propriété et des droits contractuels, condition nécessaire à l’investissement.


Parallèlement, la rationalisation et la digitalisation des procédures administratives permettraient de réduire les coûts de transaction, de limiter les marges de discrétion administrative et, in fine, de lutter contre la corruption.

Un environnement réglementaire plus lisible et plus prévisible est indispensable pour restaurer la confiance des opérateurs économiques.

Accès au financement

L’accès au financement demeure une contrainte majeure pour le développement du secteur privé, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. Des efforts soutenus sont nécessaires pour diversifier les sources de financement, développer des instruments financiers adaptés aux besoins des PME et mobiliser l’épargne privée.


La canalisation de cette épargne vers le système financier formel contribuerait à réduire la thésaurisation et la taille de l’économie informelle.

Cela suppose une modernisation profonde du secteur bancaire, aujourd’hui largement dominé par des banques publiques, ainsi qu’un renforcement de la concurrence, de la gouvernance et de la gestion des risques.

Entrepreneuriat et prise de risque

Le développement d’un véritable esprit d’entreprise suppose un changement de paradigme, en rompant avec une logique de dépendance à la demande publique et aux rentes de situation fondées sur les connexions politiques.

Dans ce cadre, le respect effectif des droits des créanciers, la simplification et l’accélération des procédures de faillite, ainsi que le renforcement des mécanismes de résolution des créances douteuses sont essentiels pour améliorer l’allocation du capital et encourager la prise de risque productive.

La suppression progressive des bonifications d’intérêts permettrait de réduire les distorsions, d’améliorer la discipline de marché, de contenir les dépenses budgétaires et de favoriser une meilleure sélection des projets d’investissement, tout en renforçant l’attractivité des marchés de capitaux.

Inclusion des femmes

L’augmentation du taux de participation des femmes au marché du travail constitue un levier majeur de croissance potentielle et d’inclusion sociale.

Elle nécessite une approche multidimensionnelle agissant simultanément sur plusieurs déterminants.

  • Premièrement, les politiques de genre et d’éducation, ainsi que la structure des ménages, influencent fortement les décisions de participation au marché du travail et doivent être renforcées.
  • Deuxièmement, les politiques actives du marché du travail, les institutions et les incitations économiques restent insuffisantes, ce qui réduit l’attractivité de l’emploi formel et pèse sur les taux de participation et de rétention dans l’emploi.
  • Troisièmement, la prise en charge des contraintes spécifiques auxquelles font face certaines catégories de travailleuses — notamment l’accès aux services de garde d’enfants, les politiques familiales, les systèmes de retraite et les mécanismes de transferts sociaux — demeure limitée et freine l’insertion professionnelle.
  • Enfin, une attention particulière doit être accordée aux déterminants démographiques et sociaux, notamment l’éducation des femmes, la fertilité et le mariage, qui influencent durablement les trajectoires professionnelles et la participation au marché du travail.

Politiques sectorielles

La transition de l’économie algérienne vers un modèle de croissance durable, diversifié et résilient repose en grande partie sur la mise en œuvre de politiques sectorielles ciblées, capables de générer des activités à forte valeur ajoutée, d’améliorer la productivité et de renforcer l’intégration de l’économie dans les chaînes de valeur régionales et mondiales.

Dans un contexte de contraintes budgétaires croissantes et de volatilité des revenus pétroliers, l’enjeu n’est plus l’expansion extensive de l’activité, mais la montée en gamme du tissu productif.

Les politiques sectorielles doivent d’abord s’appuyer sur une priorisation claire des secteurs à potentiel, fondée sur des critères économiques objectifs : avantages comparatifs latents, capacité d’exportation, intensité technologique, création d’emplois qualifiés et effets d’entraînement sur le reste de l’économie.

À cet égard, plusieurs domaines présentent un potentiel structurant, notamment l’agro-industrie à forte transformation, les industries manufacturières à contenu technologique intermédiaire, les services numériques et professionnels, les énergies renouvelables et leurs chaînes de valeur, ainsi que la logistique, la chimie et les industries de transformation liées aux hydrocarbures.

La réussite de ces politiques suppose un changement de paradigme : passer de politiques de substitution aux importations centrées sur la protection administrative à des politiques de compétitivité et de productivité, combinant ouverture maîtrisée, incitations à l’investissement productif, accès au financement, amélioration du climat des affaires et développement des compétences.

Les instruments sectoriels — incitations fiscales, accès au foncier industriel, soutien à l’innovation, financement ciblé, partenariats public-privé — doivent être sélectifs, temporaires et conditionnés à des critères de performance mesurables (exportations, productivité, intégration locale, création d’emplois qualifiés).

Les politiques sectorielles ne peuvent cependant être efficaces sans une cohérence macroéconomique forte. La stabilité macroéconomique, la prévisibilité du cadre budgétaire, une politique de change compatible avec la compétitivité extérieure et un système financier capable de canaliser l’épargne vers l’investissement productif constituent des prérequis essentiels.

De même, l’articulation avec une stratégie nationale de développement est indispensable pour assurer la cohérence intersectorielle, éviter la dispersion des ressources et aligner les priorités sectorielles avec les objectifs de transformation structurelle de moyen et long terme.

Enfin, la gouvernance des politiques sectorielles doit être renforcée. Cela implique des mécanismes clairs de coordination interministérielle, un suivi rigoureux des résultats, une évaluation régulière de l’efficacité des dispositifs et la capacité de réorienter ou d’abandonner les politiques peu performantes.

Sans cette discipline institutionnelle, les politiques sectorielles risquent de reproduire des schémas peu efficaces du passé, fondés sur la protection, la rente et la faible productivité, au détriment de la création durable de valeur ajoutée.

En définitive, les politiques sectorielles constituent un levier central de la diversification et de la montée en gamme de l’économie algérienne, à condition qu’elles soient sélectives, cohérentes, bien gouvernées et pleinement intégrées au cadre macroéconomique et budgétaire.

Leur objectif doit être clair : transformer les avantages comparatifs latents en avantages compétitifs durables, capables de soutenir l’investissement, l’emploi qualifié et la croissance à long terme.

Politiques sociales et communication

La politique sociale comme condition de réussite de l’ajustement.  Dans le contexte actuel de déséquilibres macroéconomiques et de contraintes budgétaires accrues, la politique sociale constitue un pilier indissociable du processus d’ajustement engagé.

La combinaison d’un déficit budgétaire élevé, d’une dépendance persistante aux hydrocarbures et d’une inflation ressentie forte a profondément fragilisé le pouvoir d’achat des ménages, en particulier celui des segments les plus vulnérables de la population.

La politique sociale comme condition de réussite

Dès lors, toute stratégie crédible de redressement des finances publiques doit intégrer, dès sa conception, un volet social explicitement articulé aux objectifs macroéconomiques.

Même lorsqu’il est graduel et techniquement maîtrisé, l’ajustement budgétaire produit inévitablement des effets à court terme sur les prix relatifs et les revenus réels. La rationalisation des subventions généralisées, la maîtrise des dépenses courantes et la recherche de nouvelles marges de recettes peuvent accentuer, de manière transitoire, la pression sur le coût de la vie.

En l’absence de mécanismes d’accompagnement appropriés, ces effets risquent d’affaiblir l’adhésion sociale aux réformes et, à terme, d’en compromettre la continuité et la crédibilité. De ce fait :

  • L’objectif central de la politique sociale dans cette phase est donc de protéger prioritairement les ménages les plus vulnérables contre les effets négatifs à court terme de l’ajustement. Il s’agit notamment des ménages à faibles revenus, des travailleurs du secteur informel, des retraités percevant des pensions modestes et des catégories fortement exposées à la hausse des prix des biens essentiels. La protection de ces groupes constitue à la fois un impératif social et une condition de stabilité macroéconomique et politique.
  • Dans cette perspective, la politique sociale doit évoluer d’un système largement fondé sur des subventions généralisées, coûteuses et peu ciblées, vers des mécanismes de protection plus sélectifs, plus transparents et plus efficaces. Les transferts monétaires ciblés, les aides temporaires aux revenus faibles et les subventions ciblées sur les biens essentiels permettent de préserver le pouvoir d’achat des ménages fragiles tout en maîtrisant le coût budgétaire. Cette recomposition qualitative de la dépense publique est compatible avec l’objectif de réduction progressive du déficit budgétaire hors hydrocarbures.
  • Par ailleurs, la politique sociale joue un rôle macroéconomique stabilisateur en soutenant la demande intérieure et en limitant les risques d’aggravation de la pauvreté et des inégalités dans une phase de transition économique. Elle contribue ainsi à créer un environnement social plus favorable à la mise en œuvre des réformes structurelles et sectorielles nécessaires à la diversification de l’économie et à la croissance à moyen terme.
  • Enfin, la prise en compte explicite de la dimension sociale dans le suivi du programme d’ajustement permet d’apprécier la soutenabilité globale des réformes. L’intégration d’indicateurs sociaux dans le dispositif d’évaluation contribue à anticiper les tensions potentielles et à ajuster, le cas échéant, le rythme ou la composition de l’ajustement, sans remettre en cause l’ancre macroéconomique.

Ainsi conçue, la politique sociale ne constitue pas une exception à la discipline budgétaire, mais un levier stratégique de crédibilité, de stabilité et de durabilité de la trajectoire de réformes sur la période 2026–2030.

La communication comme pilier de crédibilité

Dans un contexte d’ajustement macroéconomique marqué par des contraintes budgétaires sévères, une inflation ressentie élevée et une forte sensibilité sociale aux questions de pouvoir d’achat, la politique de communication ne constitue pas un simple exercice d’accompagnement ou de pédagogie a posteriori.

Elle est un instrument stratégique à part entière de la conduite des réformes, au même titre que les instruments budgétaires, monétaires et sociaux. Une communication mal conçue ou insuffisante peut amplifier les tensions sociales, nourrir l’incertitude et affaiblir la crédibilité du programme d’ajustement ; à l’inverse, une communication structurée, cohérente et crédible peut renforcer l’adhésion sociale et améliorer l’efficacité globale des réformes.

L’un des principaux défis de la communication économique dans un contexte d’ajustement tient à l’écart entre les objectifs macroéconomiques de moyen terme et les coûts perçus à court terme par les ménages.

La réduction des subventions généralisées, la rationalisation des dépenses publiques ou les ajustements de prix relatifs sont souvent interprétés comme des pertes immédiates, tandis que les bénéfices attendus – stabilité macroéconomique, croissance plus inclusive, amélioration de l’emploi – apparaissent différés et incertains.

La politique de communication doit précisément viser à réduire cet écart de perception, en explicitant les enchaînements économiques, les arbitrages retenus et les mécanismes de protection mis en place. À cet égard, la communication doit reposer sur trois principes fondamentaux :

  • Premièrement, la cohérence : les messages portés par les différentes institutions publiques doivent être alignés, tant sur le diagnostic que sur les objectifs et le calendrier des réformes. Les discours contradictoires ou fragmentés affaiblissent la crédibilité de l’action publique et alimentent la défiance.
  • Deuxièmement, la transparence : il s’agit de reconnaître explicitement les coûts à court terme de l’ajustement, d’en expliquer les raisons et d’en préciser les limites, plutôt que de les minimiser ou de les nier. Une communication qui sous-estime les difficultés vécues par les ménages est rapidement disqualifiée.
  • Troisièmement, la prévisibilité : la clarté sur les étapes, le rythme et les conditions d’évolution des politiques publiques permet de réduire l’incertitude et d’ancrer les anticipations des agents économiques.

La politique de communication doit également être étroitement articulée à la politique sociale. Il ne s’agit pas seulement d’annoncer des mesures de protection, mais d’en expliquer le ciblage, les critères d’éligibilité et les mécanismes de mise en œuvre, afin de renforcer leur lisibilité et leur acceptabilité.

Dans un contexte de crise du coût de la vie, la visibilité des dispositifs de compensation et la compréhension de leur logique distributive constituent des éléments clés de l’adhésion sociale au programme d’ajustement.

Par ailleurs, une communication efficace doit intégrer une dimension de redevabilité. La publication régulière d’informations sur l’avancement des réformes, les résultats obtenus et les écarts éventuels par rapport aux objectifs initiaux contribue à instaurer un climat de confiance et à crédibiliser l’engagement des autorités.

À ce titre, la communication doit s’appuyer sur les indicateurs de suivi du programme, y compris les indicateurs sociaux, afin de montrer que la dimension sociale de l’ajustement fait l’objet d’un suivi effectif et non d’un simple affichage.

Enfin, la politique de communication ne peut être dissociée de la gouvernance globale des réformes. Elle suppose une capacité institutionnelle dédiée, capable de produire des messages clairs, fondés sur des données fiables, et adaptés à des publics différenciés (ménages, entreprises, partenaires sociaux, opinion publique).

Elle doit également s’inscrire dans une logique de dialogue, même limité, permettant de capter les signaux de tension sociale et d’ajuster, le cas échéant, le contenu ou le rythme des réformes sans remettre en cause l’ancrage macroéconomique.

En définitive, la politique de communication constitue un facteur critique de soutenabilité politique et sociale de l’ajustement macroéconomique. Elle ne se substitue ni aux réformes ni aux mécanismes de protection sociale, mais en conditionne largement l’acceptation, la crédibilité et la durabilité.

Dans le cas algérien, marqué par une forte sensibilité sociale aux évolutions du coût de la vie et une confiance institutionnelle fragile, l’absence d’une stratégie de communication économique structurée ferait peser un risque significatif sur la réussite même du programme de réformes.

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