Bilan Provisoire à fin 2025, Perspectives 2030 et Stratégie de Refondation d’un Nouveau Modèle Economique et Social – Partie 1
En bref :
Bilan macroéconomique 2024 : Une croissance fragile sur fond de déséquilibres
Les données macroéconomiques 2024 du FMI confirment la non-viabilité des finances publiques algériennes et leurs impacts négatifs sur la qualité de la croissance et la stabilité macroéconomique. Avec une croissance de 3,6 % – légèrement au-dessus du potentiel – portée par l’agriculture, la construction et les services (4,2%), le secteur pétrolier recule de 1,4 %. Cette expansion économique repose largement sur un recours accru à la dette publique, au prix d’une inflation persistante et d’une fragilisation budgétaire accrue.
Des déficits préoccupants qui compromettent la stabilité
Le déficit courant a atteint -1,1 % du PIB en 2024, contre un surplus de 2,4 % en 2023, limitant considérablement les marges de manœuvre extérieures. Plus alarmant encore, le déficit budgétaire hors hydrocarbures demeure excessif à 25 % du PIB hors pétrole, bien au-dessus du seuil de viabilité de 10 %.
Malgré un léger recul, la dette publique (garanties incluses) reste élevée à 53,6 % du PIB contre 52,8 % en 2023.
Un cercle vicieux macro-financier
Cette configuration alimente un cercle vicieux destructeur :
- Éviction de l’investissement privé : L’épargne bancaire est absorbée par le financement du déficit, privant le secteur privé productif de ressources
- Érosion de la confiance : Les tensions inflationnistes et la dépréciation du dinar minent la confiance des agents économiques
- Distorsions bancaires : Le secteur bancaire, dominé par des établissements publics, se refinance à 2,75-3% et privilégie les bons du Trésor (rendement de 5,50-5,75%) pour générer des marges sans risque, au détriment du crédit à l’économie réelle
- Détérioration des portefeuilles : La qualité se fragilise par l’exposition aux entreprises publiques peu rentables
Ces déséquilibres interconnectés compromettent à la fois la viabilité budgétaire et la stabilité financière à moyen terme.
Algérie 2025 : Vers une détérioration économique amplifiée
Un contexte international défavorable
Les conflits internationaux, les tensions sino-américaines, le protectionnisme et surtout la politique tarifaire américaine pèsent sur la croissance mondiale, ravivent l’inflation et pourraient ouvrir la voie à une stagflation. Le marché pétrolier stagne, entre demande faible et offre abondante hors OPEP.
Des contraintes internes qui paralysent l’action publique
Ces facteurs externes s’ajoutent aux défis internes qui limitent l’action publique :
- Un modèle rentier à bout de souffle
- Une forte croissance démographique
- Les dégâts causés par le changement climatique
- La fragilité administrative
- L’inefficacité des leviers macroéconomiques
Projections 2025 : Un ralentissement confirmé
Selon le FMI, la croissance devrait ralentir à 3,4 %, portée par une hausse des dépenses publiques (35,9 % du PIB). Le secteur pétrolier stagnerait (+0,1%) tandis que le hors-pétrole atteindrait 3,8 %.
L’inflation resterait stable à 3,9 %, atténuée par la baisse des prix alimentaires. Le déficit du compte courant de la balance des paiements se creusera pour passer de -1,1 % du PIB à -3,7 % du PIB.
Le déficit hors hydrocarbures, bien qu’en léger recul, resterait élevé à 23,1 % du PIB hors pétrole. La dette publique (garanties comprises) remonterait à 59,1 % du PIB, un niveau préoccupant.
Perspectives 2030 : Le coût du statu quo
Sur le moyen terme, le maintien du statu quo contribuerait à une dégradation majeure des principaux indicateurs de performance du pays et à un affaiblissement de sa dynamique économique.
La transmission et l’amplification des déséquilibres
Une dégradation progressive des comptes extérieurs provoquerait :
- Une érosion continue des réserves de change
- Une baisse des recettes pétrolières
- Une limitation de la capacité d’importation
- Une perturbation de l’approvisionnement en biens essentiels
- Une exacerbation des pressions inflationnistes
Dans ce contexte, la croissance économique ralentirait et les recettes fiscales ordinaires diminueraient. Cette dégradation entraînerait un recours accru au financement monétaire du déficit, amplifierait l’endettement public et accentuerait la hausse des prix.
Scénario catastrophe à l’horizon 2030
Au cours des 25 dernières années, la croissance économique algérienne est restée inférieure à 3 % par an, avec une inflation moyenne autour de 4 % et des recettes fiscales stabilisées à 11 % du PIB, en deçà de l’objectif optimal de 15 % du PIB.
Note : La dette publique algérienne (garanties incluses) pourrait dépasser 85% du PIB en 2030 sans réformes structurelles, un niveau considéré comme critique par les institutions internationales.
Sans réformes, cette dégradation s’aggravera entre 2025 et 2030 :
- Croissance : ralentissement de 3,4 % à 2,5 %
- Recettes fiscales ordinaires : stagnation à 10,9 % du PIB
- Déficit hors hydrocarbures : baisse à 17,2 % du PIB hors pétrole (toujours au-dessus du seuil normatif de 10%)
- Dette publique : explosion de 50,4 % (2025) à 85,3 % du PIB (2030)
- Inflation : maintien autour de 3,3 %, légèrement sous la cible de 4%
Cette situation compromettrait stabilité économique, investissement et diversification.
Projet de Loi de Finances 2026 : Un cap bienvenu mais insuffisant
L’impératif de viabilité budgétaire
Le rétablissement de la viabilité budgétaire est aujourd’hui un impératif pour faire rebondir la croissance économique bloquée à 3-4 %. Le projet de loi de finances pour 2026 (PLF 2026) amorce un rééquilibrage budgétaire graduel, principalement par un ralentissement des dépenses courantes à moyen terme. Nous avions déjà analysé les grandes lignes du PLF 2026 en octobre dernier.
Toutefois, il reste contraint par des déséquilibres structurels persistants :
- Déficits budgétaires élevés
- Endettement public domestique croissant
- Essoufflement du modèle économique fondé sur la rente pétrolière
Un contexte budgétaire dégradé depuis 2014
Depuis le choc pétrolier de 2014, les déséquilibres budgétaires se sont aggravés sous l’effet d’une gouvernance financière faible et d’une dépendance persistante aux hydrocarbures.
Note : Les dépenses courantes absorbent 77% du budget, limitant les investissements à seulement 23%. Dans les économies émergentes performantes, l’investissement public représente généralement plus de 30% du budget total.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- Recettes fiscales : 10,4% du PIB en 2025, loin de l’optimum de 15 %
- Dépenses courantes : 35,1 % du PIB, dominées par la masse salariale et les subventions (76,8 % des dépenses courantes et 62,2 % du total)
- Investissement public faiblement productif : rendement du capital de 8 pour 1, multiplicateur de 40 %, retards moyens de 24 mois et surcoûts de 30 %
- Dette publique : doublement de 26 % (1999) à 59,1 % (2025), dont 99,5 % domestique
Un cadrage macroéconomique incomplet
Le cadrage macroéconomique à moyen terme (CMMT) du PLF 2026 reste incomplet et ne permet pas de dégager une vision cohérente pour la période 2026–2028.
Projections de croissance optimistes
Le CMMT projette une croissance réelle du PIB à :
- 4,1 % en 2026
- 4,4 % en 2027
- 4,5 % en 2028
Cette croissance serait tirée principalement par les secteurs hors hydrocarbures, tandis que la valeur ajoutée du secteur pétrolier reculerait légèrement en 2026 (-0,3 %) avant de stagner.
Prix du pétrole et inflation
Le prix de référence du pétrole est fixé à 60 $ le baril, demeurant prudent mais vulnérable aux fluctuations du marché mondial. Sur la base des données du PLF 2026, l’inflation est estimée à :
- 3,8 % en 2026
- 3,1 % en 2027
- 3,0 % en 2028
Fragilités de la trajectoire budgétaire
Les recettes totales resteraient autour de 31 % du PIB, dont à peine 11,6 % de recettes fiscales non pétrolières, loin du seuil de soutenabilité de 15 % du PIB.
Les dépenses publiques représenteraient environ 41 % du PIB, dominées par les dépenses courantes (27 % du PIB), laissant peu d’espace budgétaire à l’investissement.
Le déficit budgétaire global se maintiendrait autour de 9 % du PIB, tandis que la dette publique, essentiellement domestique, dépasserait 56 % du PIB à l’horizon 2026.
Déséquilibres persistants : Analyse des agrégats budgétaires
Recul des recettes publiques
Recettes pétrolières : Tendance baissière marquée
- 2 697 milliards DA en 2026
- 2 588 milliards DA en 2027
- 2 513 milliards DA en 2028
- Recul cumulé de 6,8 % sur trois ans
- Part dans le total : de 37,5 % (2025) à 29,9 % (2028)
Recettes fiscales : Performances modestes
- Recul de 10,4 % du PIB (2025) à 10,1 % (2028)
- Croissance annuelle moyenne de 6,6 % sur 2026–2028, inférieure au PIB nominal (7,5 %)
- Part dans le total des recettes : progression de 44 % à 58,3 %
Volatilité excessive des dépenses
Dépenses courantes : Gestion instable
- -0,27 % en 2026
- +4 % en 2027
- +0,5 % en 2028
Dépenses d’investissement : Variations encore plus marquées
- +27,5 % en 2026
- -9 % en 2027
- +16,6 % en 2028
Cette instabilité reflète l’absence d’une stratégie pluriannuelle cohérente, limitant la visibilité des projets et décourageant l’investissement privé complémentaire.
Dépenses fiscales
Les avantages fiscaux et douaniers sont projetés à 588 milliards DA (1,4% du PIB), dont 443,6 milliards DA au titre de la fiscalité de porte.
L’écart persistant entre recettes et dépenses
Déficit budgétaire global : Stabilisation nominale mais recul relatif
- 9 627 milliards DA en 2026
- 9 628 milliards DA en 2027
- 10 087 milliards DA en 2028
- Rapporté au PIB : recul de 22,9 % à 20,8 %
Cette amélioration relative résulte davantage de la croissance nominale et de la hausse anticipée des prix pétroliers que d’une consolidation structurelle.
Déficit primaire : Préoccupation majeure
- 6,8 % du PIB en 2026
- 7,4 % du PIB en 2027
- 6,5 % du PIB en 2028
Ce déficit primaire élevé révèle l’incapacité de l’État à couvrir ses charges d’intérêt.
Un cap bienvenu mais des réponses insuffisantes
Le PLF 2026 ne répond pas aux défis structurels de l’Algérie. Si nous avions salué en octobre les premiers pas vers la soutenabilité budgétaire, l’analyse détaillée révèle aujourd’hui des insuffisances majeures.
Recettes fiscales faibles
Les recettes fiscales prévues à 4 327 milliards DA ne progresseront quasiment que grâce à la croissance économique (+269 milliards), tandis que les nouvelles mesures fiscales restent marginales.
La structure reste problématique :
- Impôts sur le revenu : 47,7 %
- Consommation : 37,3 %
- Fiscalité de porte : 10,3%
L’Algérie taxe l’effort et est affaiblie par des exonérations massives et une faible élasticité aux dynamiques économiques.
Dépenses courantes excessives
Les dépenses courantes demeurent excessives et volatiles :
- 66,8 % du total des dépenses
- 126 % des recettes en 2026
Ce déséquilibre nourrit un cercle vicieux de déficits, d’inflation et de dépréciation du dinar, accentuant le recours au marché parallèle.
Demande publique excessive
La demande publique excède systématiquement la capacité productive, avec un PIB réel supérieur au PIB potentiel depuis 2017 (+1,5 % en moyenne), alimentant une inflation structurelle qui pèse sur les ménages et les travailleurs.
Reprise du contrôle : Une stratégie de refondation nécessaire
Le tournant stratégique amorcé par le PLF 2026 doit s’inscrire dans une vision à long terme, combinant :
- Rééquilibrage budgétaire crédible
- Diversification des recettes
- Maîtrise des dépenses
- Réformes structurelles pour une croissance inclusive et durable
Axes opérationnels prioritaires
1. Cadre macroéconomique et budgétaire à moyen terme
Un CMMT crédible est indispensable pour fonder un cadre budgétaire pluriannuel solide. La création d’une unité macro-budgétaire permettra d’articuler projections économiques, recettes, dépenses et déficit.
Des règles claires et des objectifs précis sont essentiels pour ajuster progressivement le déficit primaire hors pétrole sans recourir à des mesures d’austérité.
2. Recettes fiscales et pétrolières
La diversification des recettes est cruciale pour réduire la dépendance aux hydrocarbures et atteindre un ratio recettes fiscales/PIB de 15 %. Cela passe par :
- L’élargissement de l’assiette fiscale
- La suppression des exonérations inefficaces
- Le renforcement de la gouvernance des administrations fiscales et douanières
3. Dépenses publiques
Les dépenses doivent être maîtrisées et alignées sur des objectifs pluriannuels. La volatilité actuelle compromet la stabilité macroéconomique et la crédibilité budgétaire.
4. Dépenses sociales
Elles doivent être ciblées et intégrées dans le rééquilibrage budgétaire, afin de préserver la cohésion sociale et l’équité.
5. Gouvernance et institutions
Le renforcement des institutions de suivi et de contrôle est essentiel pour garantir la transparence et améliorer la gouvernance.
6. Réformes structurelles
Des réformes ciblées sont nécessaires pour dynamiser les secteurs hors hydrocarbures, attirer les investissements et améliorer la compétitivité globale.
L’enjeu fondamental : Reconstruire les équilibres macroéconomiques
Au-delà des fluctuations du niveau des réserves de change, l’enjeu fondamental pour l’Algérie est la reconstruction de la viabilité des finances publiques, condition indispensable pour rétablir une stabilité macroéconomique durable, relancer la croissance et favoriser la création d’emplois.
Racines profondes de l’instabilité actuelle
L’instabilité s’enracine dans des déséquilibres budgétaires structurels qui remontent aux années 2000, lorsque l’abondance des recettes pétrolières a permis de financer un modèle de croissance extensif, fortement dépendant des dépenses publiques, sans renforcement des bases fiscales, des institutions budgétaires et des mécanismes d’allocation des ressources.
Cette fragilité persistante se manifeste par :
- Une dépendance excessive aux hydrocarbures
- Une faible mobilisation des recettes fiscales
- Un niveau élevé et rigide de dépenses courantes
- Une efficacité limitée de l’investissement public
- Un mode de financement du déficit qui ne concilie ni viabilité ni soutien à l’activité
Contraintes structurelles multiples
La politique budgétaire en Algérie reste fortement contrainte par la dépendance aux hydrocarbures et par des vulnérabilités structurelles persistantes.
Faiblesses structurelles majeures
Mobilisation insuffisante des recettes :
- Taux et bases d’imposition inadéquats
- Gouvernance faible des administrations fiscales et douanières
- Coût de recouvrement élevé : 3,5 DA pour chaque dinar collecté
- Exonérations fiscales généralisées qui réduisent l’assiette
Dépenses rigides :
- Dépenses courantes élevées et rigides
- Dépenses d’investissement d’efficacité limitée
- Impact faible sur la croissance
Financement problématique : Le financement des déficits, en particulier par création monétaire, accentue les tensions entre viabilité budgétaire et soutien à l’activité.
Risques aggravants
Ces déséquilibres sont exacerbés par :
- Chocs macroéconomiques récurrents
- Instabilité des prix des hydrocarbures
- Charges implicites liées aux entreprises publiques
- Déséquilibre du système de retraites
- Passifs éventuels des partenariats public-privé
- Fragilité des finances locales
Conséquences visibles
- Recettes fiscales ordinaires : 10,7 % du PIB en 2024, contre un potentiel estimé à 15 %
- Structure fiscale déséquilibrée : l’impôt sur le revenu représente près de 49 % des recettes, pénalisant l’effort productif
- Système douanier peu performant : taux de recouvrement inefficace (2,8 milliards de dollars de droits pour 5,5 milliards d’importations)
- Déficit primaire persistant : absence de marge de manœuvre pour couvrir les charges d’intérêt sur 2025–2027
Une politique de revenus déconnectée de la productivité
L’Algérie a bâti sa politique sociale sur un système problématique :
- Subventions universelles (énergie, produits de base, logement)
- Transferts sociaux étendus
- Masse salariale publique élevée
- SNMG (Salaire National Minimum Garanti) comme outil de soutien au pouvoir d’achat
Inefficiences générées
Si ces mécanismes ont contribué à la stabilité sociale, ils ont aussi généré de sérieuses inefficiences :
- Mauvaise allocation des ressources
- Distorsion des signaux de prix
- Désincitation à l’emploi productif
- Dépendance accrue à la rente pétrolière
En 2025, l’ensemble des transferts (hors subventions indirectes) représente près de 16 % du PIB et 35 % des dépenses publiques, tandis que la masse salariale est de 11,7 % du PIB et 26,4 % des dépenses totales.
La revalorisation récurrente du SNMG, déconnectée des gains de productivité, alimente une hausse structurelle des salaires dans le secteur public et génère des pressions inflationnistes dans le privé, au détriment de la compétitivité.
Le système de retraites : Un déficit structurel
Le système de retraites algérien, fondé sur un régime public par répartition, constitue un élément central de la politique de revenus mais fait face à de graves déséquilibres structurels.
Dégradation du rapport cotisants/retraités
Le rapport se dégrade en raison de :
- La faiblesse de l’emploi formel
- Le vieillissement démographique
- Le poids persistant du secteur informel
Déficit chronique de la CNR
La Caisse nationale des retraites enregistre un déficit chronique, couvert principalement par des transferts croissants du budget de l’État :
- 870 milliards DA en 2024
- 951 milliards DA projetés en 2025
Les pensions sont souvent faibles, mal indexées et ne suivent pas l’évolution réelle du coût de la vie, accentuant l’érosion du pouvoir d’achat des retraités.
Le prix de référence fiscal du pétrole : Un mécanisme détourné
Le prix budgétaire du pétrole (ou prix de référence) avait initialement pour vocation de jouer un double rôle :
- Favoriser la constitution d’épargne publique
- Faire de la dépense publique une variable d’ajustement
Dans la pratique, cette règle a été largement contournée. Les ressources excédentaires générées en période de prix élevés ont été utilisées pour combler les déficits budgétaires, plutôt que pour financer des investissements productifs.
L’épargne accumulée, notamment au sein du Fonds de régulation des recettes (FRR), a été rapidement épuisée, sans effet durable sur la transformation structurelle de l’économie.
Faiblesse des outils de pilotage économique
L’économie algérienne pâtit d’un déficit structurel en outils de gestion macroéconomique :
Absences critiques
- Cadre cohérent à moyen terme intégrant croissance, inflation, stabilité extérieure et soutenabilité budgétaire
- Cadre budgétaire pluriannuel crédible
- Indicateurs clés : comptes consolidés des administrations publiques, coûts unitaires, endettement net, prévisions macro-budgétaires, indicateurs de compétitivité
Cette opacité empêche une évaluation rigoureuse des performances économiques, freine l’analyse prospective et complique la formulation de diagnostics précis.
La gouvernance économique reste donc largement réactive, peu orientée vers le moyen terme, ce qui accroît la vulnérabilité face aux chocs internes et externes.
Une mesure obsolète de l’inflation
L’ampleur réelle de l’inflation en Algérie est sous-estimée en raison d’un indice des prix à la consommation (IPC) obsolète, basé sur l’année 2001.
Cet IPC ne reflète ni :
- L’évolution des habitudes de consommation
- L’introduction de nouveaux biens et services
- Les disparités régionales
- Les effets des subventions, pénuries et marchés parallèles
Cette sous-évaluation affaiblit la crédibilité des politiques publiques, fausse la lecture du pouvoir d’achat et limite l’efficacité de la réponse monétaire.
Le désalignement des politiques macroéconomiques
L’Algérie fait face à des déséquilibres macroéconomiques croissants, alimentés par un cadre budgétaire fragilisé et une coordination insuffisante entre politiques budgétaire, monétaire et de change.
Spirale de l’endettement intérieur
Depuis l’arrêt du financement non conventionnel en 2019 et l’épuisement du Fonds de régulation des recettes, le financement récurrent des déficits par des ressources domestiques a fait grimper la dette intérieure au-delà de 60 % du PIB en 2025.
Majoritairement détenue par la Banque d’Algérie et les institutions publiques, cette dette :
- Exerce une pression sur la liquidité bancaire
- Restreint l’accès au crédit privé
- Renchérit le coût du capital
- Freine l’investissement productif
Politique budgétaire déséquilibrée
La politique budgétaire demeure orientée vers :
- Dépenses courantes
- Subventions généralisées
- Transferts sociaux
Ce déséquilibre se fait au détriment de l’investissement, dans un contexte marqué par l’absence de ciblage et de mécanismes d’évaluation, affaiblissant la productivité globale des facteurs et réduisant le potentiel de croissance.
Politique monétaire accommodante
Une politique monétaire accommodante et une indexation implicite des salaires entretiennent une inflation structurelle non liée à des gains de productivité, érodant le pouvoir d’achat et alimentant les tensions sociales.
Régime de change rigide
Le régime de change, rigide et surévalué, déconnecté des fondamentaux économiques, accentue les distorsions :
- Perte de compétitivité hors hydrocarbures
- Creusement du déficit extérieur
- Stimulation des importations
- Affaiblissement des réserves de change
- Expansion d’un marché parallèle profondément enraciné
Conséquences multiples
- L’incertitude fiscale et la hausse de la prime de risque pèsent sur le financement externe
- Dissuasion de l’investissement privé
- Limitation des marges de manœuvre pour les réformes
- Contraction des dépenses sociales et d’infrastructure
- Compromission de la capacité de l’État à répondre aux défis démographiques et sociaux
Conclusion de la Partie 1 : Un diagnostic sans complaisance
Dans ce contexte, l’identification rigoureuse des vulnérabilités et des risques budgétaires est essentielle pour restaurer la soutenabilité des finances publiques et bâtir une trajectoire de croissance viable.
En Algérie, où l’État joue un rôle économique prépondérant — représentant 46 % de la valeur ajoutée et contrôlant près de 400 entités publiques — cette démarche n’est pas technique mais stratégique.
Elle permet de :
- Recentrer le rôle de l’État
- Optimiser l’allocation des ressources rares
- Préparer une réforme structurelle en profondeur
Sans ce diagnostic lucide, toute stabilisation budgétaire reste partielle et tout effort de transformation, illusoire.
La Partie 2 de cet article approfondira les stratégies de refondation nécessaires pour éliminer les rigidités structurelles et mettre en place un nouveau modèle économique durable à l’horizon 2030-2050.








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