PLF 2026 : premier pas vers la soutenabilité budgétaire

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loi finance 2026

Projet de loi de finances 2026 : un premier pas vers la soutenabilité budgétaire, conditionné à des réformes complémentaires pour restaurer les équilibres macroéconomiques et relancer la croissance.

L’impératif de viabilité budgétaire

Le rétablissement de la viabilité budgétaire est aujourd’hui un impératif pour faire rebondir la croissance économique bloquée à 3-4 %. Le projet de loi de finances pour 2026 (PLF 2026) amorce un rééquilibrage budgétaire graduel, principalement par un ralentissement des dépenses courantes à moyen terme. Toutefois, il reste contraint par des déséquilibres structurels persistants : déficits budgétaires élevés, endettement public domestique croissant et essoufflement du modèle économique fondé sur la rente pétrolière. Ces fragilités traduisent une dépendance excessive aux hydrocarbures, une inefficience durable de la dépense publique et des modes de financement des déficits qui ne maintenaient pas un équilibre entre croissance et viabilite budgétaire. Dans un contexte international marqué par une forte incertitude et une contraction des marges externes, le PLF 2026 s’inscrit timidement dans la perspective d’une restauration progressive de la viabilité des finances publiques. Cette trajectoire exige toutefois une amélioration de la mobilisation fiscale — afin d’atteindre le seuil minimal de 15 % du PIB, tel que reconnu dans le Compromis de Séville (2019) — ainsi que la mise en œuvre de réformes structurelles visant à diversifier la base productive, stimuler l’investissement privé et renforcer la compétitivité. Et la productivité. L’enjeu central est donc d’évaluer si le PLF 2026 constitue un véritable point d’inflexion vers une politique budgétaire soutenable et cohérente à moyen terme, ou s’il se limite à un ajustement partiel face à des vulnérabilités désormais systémiques. Discutons de ces questions cruciales.

Le contexte budgétaire et les défis à relever

Le contexte budgétaire du PLF 2026 et les défis à relever. Depuis le choc pétrolier de 2014, les déséquilibres budgétaires de l’Algérie se sont aggravés sous l’effet d’une gouvernance financière faible et d’une dépendance persistante aux hydrocarbures. Les données des autorités algériennes font ressortir que les recettes fiscales restent limitées à 10,4% du PIB en 2025, loin de l’optimum de 15 %, en raison d’une fiscalité obsolète, d’une administration coûteuse et d’exonérations à faible rendement. Les dépenses courantes atteignent 35,1 % du PIB, dominées par la masse salariale et les subventions (76,8 % des dépenses courantes et 62,2 % du total), ce qui rigidifie le budget et freine l’efficacité de la dépense publique. L’investissement public, faiblement productif (rendement du capital de 8 pour 1, multiplicateur de 40 %, retards moyens de 24 mois et surcoûts de 30 %), est financé quasi exclusivement par les banques publiques, accentuant le risque d’éviction du secteur privé et les tensions inflationnistes. Cette configuration a maintenu une croissance faible (en moyenne 3,5 % entre 2000 et 2025, avec une perte de valeur ajoutée estimée à $50 milliards), une inflation structurelle en hausse (de 3,9 % sur 2000–2019 à 6,1 % sur 2020–2024) et un doublement de la dette publique, passant de 26 % du PIB en 1999 à 59,1 % (garanties incluses, FMI) en 2025, dont 99,5 % domestique. Les priorités sont claires : renforcer la mobilisation fiscale, rationaliser les dépenses, diversifier les sources de financement et soutenir un tissu productif plus résilient. Leur mise en œuvre conditionne la restauration de la soutenabilité budgétaire et la transition vers une croissance durable.

Un cadrage macroéconomique incomplet

Le cadrage macroéconomique à moyen terme (CMMT) du PLF 2026 reste incomplet et ne permet pas de dégager une vision cohérente pour la période 2026–2028. Faute d’indicateurs complets, il ne rend pas possible l’évaluation de la soutenabilité des trajectoires de croissance, d’inflation et de finances publiques, ni celle de la cohérence entre politiques budgétaire, monétaire et extérieure. Fondé sur des hypothèses de croissance, de prix pétrolier et de trajectoire budgétaire, le CMMT reste partiel et peu lisible. La croissance réelle du PIB est projetée à 4,1 % en 2026, 4,4 % en 2027 et 4,5 % en 2028, tirée principalement par les secteurs hors hydrocarbures, tandis que la valeur ajoutée du secteur pétrolier reculerait légèrement en 2026 (-0,3 %) avant de stagner. Le prix de référence du pétrole, fixé à $60 le baril, demeure prudent mais vulnérable aux fluctuations du marché mondial. Dans un contexte de transition énergétique, la viabilité budgétaire dépendra moins du prix du pétrole que de la maîtrise de la dépense et de la diversification des recettes. L’absence d’informations sur l’inflation, les agrégats monétaires et les comptes extérieurs affaiblit la portée analytique du cadrage. Sur la base des données relatives aux PIB nominaux et aux taux de croissance en termes réels contenus dans le PLF 2026, nos estimations situent l’inflation à 3,8 % en 2026, 3,1 % en 2027 et 3 % en 2028, sans qu’un ancrage nominal clair ne soit défini. La trajectoire budgétaire présente des fragilités notables. Les recettes totales resteraient autour de 31 % du PIB, dont à peine 11,6 % de recettes fiscales non pétrolières, loin du seuil de soutenabilité de 15 % du PIB identifié par le Compromis de Séville (2019). Les revenus pétroliers, estimés à 19 % du PIB en 2024, devraient reculer progressivement avec la baisse des volumes exportés et la stabilisation des cours. Les dépenses publiques, quant à elles, représenteraient environ 41 % du PIB, dominées par les dépenses courantes (27 % du PIB), laissant peu d’espace budgétaire à l’investissement. Le déficit budgétaire global se maintiendrait autour de 9 % du PIB, tandis que la dette publique, essentiellement domestique, dépasserait 56 % du PIB à l’horizon 2026. L’absence d’un cadre budgétaire à moyen terme crédible et de règles d’ajustement explicites compromet la soutenabilité fiscale. En somme, malgré la volonté affichée de consolidation, le PLF 2026 repose sur des hypothèses fragiles et un cadrage analytique incomplet. Le renforcement de la mobilisation des recettes, la stabilisation des dépenses et l’instauration d’un cadre budgétaire pluriannuel crédible constituent des prérequis essentiels pour restaurer la soutenabilité et la prévisibilité de la politique économique.

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La trajectoire budgétaire : déséquilibres persistants

La trajectoire budgétaire du PLF 2026 : déséquilibres persistants et fragilités structurelles : analysons les agrégats :

Les recettes publiques reculent : (1) Les recettes pétrolières : connaissent une tendance baissière, passant de 2 697 milliards de DA en 2026 à 2 588 milliards en 2027 et 2 513 milliards en 2028, soit un recul cumulé de 6,8 % sur trois ans. Leur part dans le total des recettes diminue de 37,5 % en 2025 à 29,9 % en 2028, accentuant la pression sur les finances publiques ; (2) Les recettes fiscales affichent également des performances modestes, reculant de 10,4 % du PIB en 2025 à 10,1 % en 2028, loin du seuil de 15 % considéré comme soutenable. Leur croissance annuelle moyenne de 6,6 % sur 2026–2028 reste inférieure à celle du PIB nominal (7,5 %), traduisant un recouvrement fiscal faible et une élasticité limitée, conséquence d’un système fiscal obsolète, d’exonérations récurrentes et d’une gouvernance déficiente. Toutefois, la part des recettes fiscales dans le total des recettes progresse de 44 % à 58,3 %, réduisant légèrement la dépendance aux hydrocarbures.

Les dépenses publiques révèlent une forte volatilité. Les dépenses courantes — salaires, subventions et transferts sociaux — diminuent marginalement de 0,27 % en 2026, rebondissent de 4 % en 2027 puis ralentissent à 0,5 % en 2028, illustrant une gestion conjoncturelle liée à la maîtrise du déficit et aux pressions sociales. Les dépenses d’investissement connaissent des variations encore plus marquées : +27,5 % en 2026, -9 % en 2027, puis +16,6 % en 2028. Cette instabilité reflète l’absence d’une stratégie pluriannuelle cohérente, limitant la visibilité des projets, décourageant l’investissement privé complémentaire et réduisant l’impact de l’investissement public sur la croissance potentielle.

Les dépenses fiscales (avantages fiscaux et douaniers) : sont projetées à 588 milliards de DA (1,4% du PIB), dont 443,6 milliards de DA au titre de la fiscalité de porte.

L’écart entre recettes et dépenses demeure lourd quel que soit le point d’ancrage. (1) Le déficit budgétaire global reste élevé mais se stabilise en valeur nominale : 9627 milliards de DA en 2026, 9 628 milliards en 2027 et 10 087 milliards en 2028. Rapporté au PIB, il recule progressivement de 22,9 % à 20,8 %, davantage sous l’effet de la croissance nominale et de la hausse anticipée des prix pétroliers que d’une consolidation structurelle ; (2) Le déficit primaire, révélateur de la capacité de l’État à couvrir ses charges d’intérêt, reste préoccupant, passant de 6,8 % du PIB en 2026 à 7,4 % en 2027, puis à 6,5 % en 2028.

En l’absence de mesures structurelles fortes pour maîtriser la dépense et diversifier les recettes, cette trajectoire budgétaire pourrait donc prolonger la spirale déficits–endettement, réduisant la capacité de l’État à financer les politiques de développement et à préserver ses marges face à d’éventuels chocs externes.

Des réponses insuffisantes aux défis structurels

PLF 2026 : un cap bienvenu mais des réponses insuffisantes face aux défis structurels et macroéconomiques. Le projet de LFI 2026 ne répond pas aux défis internes et externes de l’Algérie. (1) Les recettes fiscales, prévues à 4327 milliards de DA, ne progresseront quasiment que grâce à la croissance économique (+269 milliards), tandis que les nouvelles mesures fiscales restent marginales, insuffisantes pour réformer un système obsolète et restaurer la soutenabilité budgétaire. La structure des recettes fiscales reste dominée par les impôts sur le revenu (47,7 %) et la consommation (37,3 %) et la fiscalité de porte (10,3%), soulignant ainsi que l’Algérie taxe l’effort et est affaiblie par des exonérations massives et une faible élasticité aux dynamiques économiques ; (2) Les dépenses courantes demeurent excessives et volatiles, représentant 66,8 % du total et 126 % des recettes en 2026, nourrissant un cercle vicieux de déficits, d’inflation et de dépréciation du dinar, tout en accentuant le recours au marché parallèle ; et (3) La demande publique excède systématiquement la capacité productive, avec un PIB réel supérieur au PIB potentiel depuis 2017 (+1,5 % en moyenne), alimentant une inflation structurelle qui pèse sur les ménages et les travailleurs. Ces déséquilibres, combinés à la hausse de la dette et au manque de visibilité économique, compromettent la confiance des investisseurs et limitent les marges de manœuvre budgétaires. En somme, le PLF 2026, tout en présentant une légère amélioration relative, ne corrige pas les déséquilibres structurels — faibles recettes, dépendance aux hydrocarbures, volatilité des dépenses et déficit primaire élevé — soulignant l’urgence d’une réforme fiscale et budgétaire profonde pour stabiliser les dépenses, diversifier les recettes et restaurer la soutenabilité et la crédibilité des finances publiques.

Stratégie de reprise du contrôle des finances publiques

Reprise du contrôle des finances publiques dans le cadre d’une stratégie de refondation du modèle économique. Le tournant stratégique qui semble amorcé par le PLF 2026 doit s’inscrire dans une vision à long terme, visant non seulement à restaurer la soutenabilité budgétaire, mais aussi à établir un nouveau modèle économique et social. L’objectif est de combiner un rééquilibrage budgétaire crédible, la diversification des recettes, la maîtrise des dépenses et des réformes structurelles pour soutenir une croissance inclusive et durable. Sur le plan opérationnel, il doit s’articuler autour des éléments suivants :

Cadre macroéconomique à moyen terme et cadre budgétaire pluriannuel. Un CMMT crédible est indispensable pour fonder un cadre budgétaire pluriannuel solide et cohérent. La création d’une unité macro budgétaire permettra d’articuler projections économiques, recettes, dépenses et déficit, renforçant ainsi la crédibilité et la prévisibilité des politiques publiques. Des règles claires et des objectifs précis pour les recettes, les dépenses et le déficit, intégrant l’impact intergénérationnel des ressources naturelles, sont essentiels pour ajuster progressivement le déficit primaire hors pétrole sans recourir à des mesures d’austérité qui nuiraient à la croissance et à l’emploi.

Les recettes fiscales et pétrolières : La diversification des recettes est cruciale pour réduire la dépendance aux hydrocarbures et atteindre un ratio recettes fiscales/PIB de 15 %. Cela passe par l’élargissement de l’assiette fiscale, la suppression des exonérations inefficaces et le renforcement de la gouvernance des administrations fiscales et douanières.

Les dépenses publiques : Les dépenses doivent être maîtrisées et alignées sur des objectifs pluriannuels. La volatilité actuelle des dépenses courantes et d’investissement compromet la stabilité macroéconomique, la crédibilité budgétaire et la capacité de l’État à soutenir durablement la croissance.

Les dépenses sociales : doivent être ciblées et intégrées dans le rééquilibrage budgétaire, afin de préserver la cohésion sociale et l’équité tout en optimisant l’utilisation des ressources publiques.

Gouvernance et institutions : Le renforcement des institutions de suivi et de contrôle des finances publiques est essentiel pour garantir la transparence, améliorer la gouvernance et renforcer la confiance des citoyens et des investisseurs dans la politique économique.

Réformes structurelles : Des réformes structurelles ciblées sont nécessaires pour dynamiser les secteurs hors hydrocarbures, attirer les investissements et améliorer la compétitivité globale. Couplées à un cadre de financement des déficits plus stable, ces réformes permettront de mieux équilibrer les finances publiques et de soutenir une croissance inclusive et durable.

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