Introduction contextuelle
Le Dr. Abdelrahmi Bessaha a dispensé en novembre 2025 un cours magistral sur la stabilité macroéconomique et les politiques de redressement, s’appuyant sur son expertise d’ancien cadre du FMI. Cette intervention académique offre une grille de lecture particulièrement pertinente pour comprendre les défis économiques actuels de l’Algérie et les outils disponibles pour y répondre.
Face à la crise budgétaire persistante et aux déséquilibres macroéconomiques que nous avons analysés dans nos précédents articles, ce cours présente le cadre méthodologique de la programmation financière – un outil essentiel pour concevoir et suivre des programmes d’ajustement économique efficaces.
Les fondements de la stabilité macroéconomique
La stabilité macroéconomique repose sur deux piliers fondamentaux selon le Dr. Bessaha. L’équilibre intérieur exige que la production réelle soit proche de sa capacité optimale avec une inflation maîtrisée. L’équilibre extérieur nécessite une position soutenable du compte courant, financée sans compromettre la viabilité de la dette.
Cette double exigence est cruciale pour la croissance. Les récessions entraînent du chômage et des capacités inutilisées, tandis que la surchauffe génère des tensions inflationnistes, décourage l’épargne et peut conduire à la dollarisation de l’économie – un phénomène particulièrement préoccupant pour l’Algérie.

Les sources et réponses aux déséquilibres
Les déséquilibres macroéconomiques proviennent de trois sources principales : les chocs exogènes (variations des prix des matières premières, catastrophes naturelles), les politiques inappropriées (laxisme budgétaire ou monétaire), et les comportements irrationnels du secteur privé créant des bulles spéculatives.
Face à ces déséquilibres, deux stratégies s’offrent aux décideurs : le financement temporaire lorsque les chocs sont de court terme et que les ressources sont disponibles, ou l’ajustement structurel lorsque les déséquilibres sont durables. Le Dr. Bessaha souligne la difficulté à distinguer entre chocs temporaires et permanents, citant l’exemple des prix pétroliers dont personne n’anticipait la baisse durable.
La programmation financière comme outil de politique économique
La programmation financière constitue le cœur technique de l’intervention. Elle établit les liens entre quatre secteurs macroéconomiques majeurs : le secteur réel (PIB et ses composantes), le secteur extérieur (balance des paiements), les administrations publiques (budget de l’État) et le secteur monétaire (masse monétaire et crédit).
Le Dr. Bessaha présente trois approches complémentaires pour analyser les équilibres :
- L’approche épargne-investissement : (S – I = CAB)
- L’approche par l’absorption : (RNDB – A = CAB)
- L’approche monétaire : (ΔM2 = ΔCIR + ΔAEN)
Ces identités comptables permettent de vérifier la cohérence des politiques et d’identifier les sources de déséquilibres sectoriels.

Le mix des politiques macroéconomiques
L’ajustement macroéconomique mobilise quatre types d’instruments selon une architecture précise. La politique monétaire vise prioritairement la stabilité des prix à travers le contrôle de la masse monétaire. La politique budgétaire agit sur les recettes et dépenses publiques pour atteindre le plein emploi et optimiser l’allocation des ressources.
Les politiques structurelles transforment le système économique sur le moyen-long terme pour améliorer sa compétitivité. Les politiques sectorielles ciblent des domaines spécifiques pour accroître l’offre productive. Le Dr. Bessaha insiste sur la nécessaire coordination de ces instruments dans un « policy mix » cohérent.
Application au cas algérien : le cadrage macroéconomique
La dernière partie du cours applique ce cadre théorique à l’Algérie. Le Dr. Bessaha détaille la méthodologie de construction d’un programme financier en huit étapes, depuis la projection du PIB jusqu’à la vérification de la cohérence globale des comptes.
Les exemples de chocs présentés – épidémies, conflits, variations des prix des matières premières – résonnent particulièrement avec l’expérience algérienne récente. L’analyse montre comment ces chocs se propagent à travers les différents secteurs et nécessitent des réponses politiques calibrées.
Le cours souligne l’importance du suivi des variables clés : respect des critères de réalisation quantitatifs, mise en œuvre des repères structurels, et utilisation d’ajusteurs automatiques pour maintenir le programme sur sa trajectoire.

Un outil pédagogique de référence
Ce cours magistral constitue une ressource pédagogique majeure pour comprendre les mécanismes de l’ajustement macroéconomique. Il offre aux décideurs, analystes et étudiants un cadre méthodologique rigoureux pour analyser les déséquilibres économiques et concevoir des programmes de redressement.
Dans le contexte actuel de l’Algérie, confrontée à des défis budgétaires majeurs et à la nécessité de réformes structurelles, ces outils d’analyse sont plus pertinents que jamais. La programmation financière permet de dépasser les approches sectorielles fragmentées pour adopter une vision systémique de l’économie.








Laisser un commentaire