Crise du coût de la vie : pourquoi l’Algérie est un cas-limite

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Le coût de la vie en Algérie

En bref :

En bref :
L’inflation mesurée : Le chiffre officiel basé sur un panier moyen — il a baissé, mais les prix restent élevés
L’inflation perçue : Ce que vous ressentez réellement au supermarché et à la pompe
Le coût de la vie : La contrainte globale : prix + revenus + accès aux services essentiels
Le décalage : La désinflation améliore les statistiques sans soulager les ménages
Les canaux d’ajustement : Logement et mobilité absorbent l’essentiel de la pression sur les budgets
icone cibleL’enjeu : Passer d’un pilotage par l’IPC à un pilotage par le coût de la vie réel

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Résumé analytique

Cet article analyse la crise contemporaine du coût de la vie en distinguant trois notions souvent confondues :

  • L’inflation mesurée : l’IPC agrégé, un indicateur statistique
  • L’inflation perçue : la pression vécue sur les biens essentiels et les prix quotidiens
  • Le coût de la vie : la contrainte globale résultant de l’interaction entre prix, revenus, accès aux services et protection sociale

À l’échelle internationale, la normalisation progressive de l’inflation depuis 2023 ne s’est pas traduite par un soulagement proportionnel pour les ménages : les prix essentiels restent élevés, les revenus réels s’ajustent lentement et le resserrement financier maintient la pression sur le logement et le crédit.

Deux régimes de gestion des chocs émergent :

  • La transmission directe : ajustement par les prix
  • L’amortissement public : stabilisation par subventions, contrôles et interventions

Chacun implique un arbitrage entre visibilité immédiate et coûts différés.

Le cas algérien illustre la seconde configuration. Entre 2000 et 2025, l’inflation mesurée apparaît modérée, mais le niveau général des prix a été multiplié par près de trois. Un écart structurel s’installe entre inflation officielle et inflation vécue.

Pour objectiver cette dissociation, l’étude propose une inflation élémentaire repondérée (IER) fondée sur les données officielles, mais pondérée selon les dépenses contraintes (alimentation, logement, transport, énergie). Les résultats indiquent un décrochage persistant, accentué lors des chocs alimentaires de 2022-2023 et non résorbé par la désinflation de 2024-2025.

Cela révèle des mécanismes d’ajustement hors prix – pénuries, rationnement implicite, marchés parallèles, coûts d’accès – invisibles dans l’IPC.

L’article montre enfin que la stabilisation administrative tend à déplacer l’effort d’ajustement vers les ménages, avec le logement et la mobilité comme canaux structurants. Il plaide pour un pilotage centré sur un indicateur opérationnel du coût de la vie réel, ainsi qu’un ajustement explicite, séquencé et socialement compensé.

Démystifier l’inflation

Synthèse

Depuis le début des années 2020, la hausse du coût de la vie s’est imposée comme un choc majeur à l’échelle mondiale. D’abord analysée comme une poussée inflationniste transitoire, elle s’est révélée plus profonde, plus persistante et structurellement distincte des épisodes antérieurs.

Un fait s’est progressivement imposé : la désinflation observée depuis 2023 a amélioré les indicateurs macroéconomiques sans produire un soulagement proportionnel pour les ménages. Ce décalage met en évidence un découplage croissant entre inflation mesurée, inflation vécue et niveau de vie effectif.

L’objectif de cette étude est double :

  • Partie 1 : proposer une lecture structurée de la crise mondiale du coût de la vie
  • Partie 2 : examiner pourquoi l’Algérie constitue un cas particulièrement instructif, un pays où la stabilisation statistique de l’inflation peut coexister durablement avec une crise persistante du coût de la vie

Partie 1 – Perspective internationale : une crise de niveau de vie au-delà de l’inflation

Une crise de niveau de vie, pas seulement un épisode inflationniste. La crise du coût de la vie ne se réduit pas à l’inflation mesurée par l’IPC. Elle renvoie à une contrainte plus large : la capacité effective des ménages à satisfaire leurs besoins essentiels – alimentation, logement, énergie, transport, santé, éducation – compte tenu du niveau atteint par les prix, de la dynamique des revenus réels, des conditions financières et de la solidité des amortisseurs sociaux.

Dans de nombreux pays, la pression sur le pouvoir d’achat persiste alors que l’inflation agrégée ralentit. Pourquoi ? Parce que les salaires réels rattrapent lentement les pertes, les dépenses contraintes ont durablement augmenté, l’endettement pèse toujours et les protections sociales se sont affaiblies.

Une configuration macroéconomique atypique. La crise s’inscrit dans une configuration atypique : convergence de chocs d’offre, héritage des politiques accommodantes de la période COVID, tensions géopolitiques, contraintes climatiques et resserrement financier mondial synchronisé.

Si les trajectoires nationales diffèrent, les conséquences sociales convergent : insécurité alimentaire, pression accrue sur le logement, fragilisation des classes moyennes et montée des tensions sociales.

Trois notions à distinguer :

  • Inflation mesurée : indicateur agrégé indispensable au pilotage monétaire, mais structurellement limité. Fondé sur un panier moyen, il dilue les hétérogénéités distributives et ignore les ajustements hors prix.
  • Inflation perçue : loin d’un biais psychologique, elle reflète la saillance des biens essentiels, la fréquence des achats, la rigidité à la baisse des prix et la faible substituabilité des dépenses contraintes.
  • Coût de la vie : contrainte globale déterminée par l’interaction entre prix, revenus, emploi, conditions financières et accès aux services publics.

La crise contemporaine résulte précisément de la dissociation croissante entre ces trois dimensions : les statistiques se normalisent plus vite que la contrainte vécue.

Désinflation : amélioration statistique sans restauration du niveau de vie. La désinflation ne correspond ni à une baisse des prix, ni à une restauration du niveau de vie antérieur. Elle traduit uniquement un ralentissement du rythme de hausse. Lorsque les prix essentiels restent durablement élevés et que les revenus réels s’ajustent lentement, la désinflation améliore les indicateurs sans soulager les ménages.

C’est dans cet écart que se forme l’inflation perçue et que s’enracine la crise du coût de la vie.

Deux régimes de gestion des chocs :

  • Transmission directe : les chocs mondiaux se répercutent rapidement sur les prix domestiques. L’ajustement est transparent mais socialement coûteux à court terme.
  • Transmission amortie : subventions, contrôles et interventions contiennent l’inflation mesurée, mais déplacent les coûts vers d’autres canaux – pression budgétaire, distorsions, pénuries, inflation différée.

L’arbitrage central est net : visibilité immédiate du choc versus coûts différés et distorsions cumulées.

Une crise distributive et politique. La crise affecte disproportionnellement les ménages à faibles revenus et les classes moyennes, accroît les inégalités et nourrit tensions sociales et polarisation. Les réponses de court terme ont amorti le choc immédiat mais se heurtent désormais à des contraintes de soutenabilité.

La crise du coût de la vie est un choc durable de niveau de vie, non un simple épisode inflationniste. Cette lecture est indispensable pour comprendre l’Algérie.

Partie 2 – Pourquoi l’Algérie est un cas-limite analytique

L’analyse internationale a montré que la question centrale n’est pas la variation annuelle des prix, mais la contrainte durable sur les budgets des ménages via le niveau des prix essentiels, les revenus réels et les conditions d’accès.

C’est précisément la logique algérienne. Historiquement, l’Algérie a privilégié un dispositif d’amortissement fondé sur trois leviers : subventions généraliséescontrôles administratifs des prix et gestion encadrée du taux de change.

Ce choix a lissé l’inflation mesurée mais a aussi déplacé une part substantielle de l’ajustement vers des dimensions imparfaitement captées par l’IPC : pénuries, rationnement implicite, marchés parallèles, coûts d’accès, dégradation de la qualité et segmentation monétaire.

Algérie (2000-2025) : inflation contenue, coût de la vie détérioré

Entre 2000 et 2025, l’inflation annuelle moyenne apparaît contenue, mais le niveau général des prix a été multiplié par près de 2,8. Trois phases structurent la période :

  • 2000-2013 : stabilité apparente (3-4 %) sous rente et subventions, masquant une hausse progressive du niveau des prix.
  • 2014-2020 : ajustement différé après le choc pétrolier ; inflation mesurée modérée mais montée de tensions non captées.
  • 2021-2025 : accélération (≈ 9 % en 2021-2023), puis désinflation. Point crucial : la désinflation ne restaure pas le niveau de vie.

Dispositif de stabilisation : trois piliers, coûts élevés.

  • Subventions généralisées : coût budgétaire élevé, efficacité redistributive limitée, distorsions productives et environnementales.
  • Contrôles de prix : lissage de l’IPC, contrepartie en pénuries et rationnement implicite.
  • Gestion encadrée du change : limitation du pass-through immédiat, mais dualité durable et inflation déplacée vers le segment parallèle.

Ce triptyque protège davantage l’indicateur d’inflation que le coût de la vie réel.

LFI 2026 et ajustements énergétiques : accélérateurs d’un ajustement déjà engagé. La LFI 2026 privilégie un ajustement diffus via fiscalité indirecte et parafiscale, régressif et partiellement invisible dans l’IPC. L’ajustement énergétique produit un choc micro diffus via transport, logistique et coûts intermédiaires.

Diagnostic et orientations. En l’absence de réformes explicites, l’ajustement devient fragmenté et se transfère vers les ménages, avec deux canaux structurants : logement et mobilité.

Une réponse cohérente requiert :

  • Un indicateur opérationnel du coût de la vie réel
  • Un ajustement explicite, séquencé et lisible
  • Un traitement prioritaire des canaux structurels (logement, mobilité)
  • Une normalisation progressive du change
  • Des instruments budgétaires plus progressifs
  • Des filets sociaux transformés en protection effective du revenu réel

Conclusion générale. La crise du coût de la vie est un choc durable de niveau de vie. Le cas algérien illustre une configuration-limite : l’inflation a été administrativement contenue, mais l’ajustement a été déplacé vers des canaux non captés par l’IPC, concentrant l’effort sur les ménages. La sortie durable requiert un basculement du pilotage par l’IPC vers le pilotage par le coût de la vie réel.

Partie 1 – Perspective internationale

I. La crise du coût de la vie : une réalité qui dépasse la seule inflation mesurée

Depuis le début des années 2020, la hausse rapide et persistante du coût de la vie s’est imposée comme l’un des principaux foyers de tension économique, sociale et politique à l’échelle mondiale. D’abord interprétée comme un phénomène transitoire lié à la sortie de la crise sanitaire, l’inflation s’est révélée plus durable, érodant le pouvoir d’achat, accentuant les inégalités et mettant à l’épreuve les cadres usuels de politique macroéconomique.

Toutefois, réduire cette séquence à une simple poussée inflationniste serait insuffisant.

La crise du coût de la vie renvoie à une notion plus large : la capacité effective des ménages à satisfaire leurs besoins essentiels – se nourrir, se loger, se chauffer, se déplacer, se soigner, se former – compte tenu de leurs revenus, de la dynamique des salaires réels, de l’accès aux services publics et de l’ampleur des mécanismes de protection sociale.

Dans de nombreux pays, la pression sur le niveau de vie persiste, voire s’intensifie, alors même que les taux d’inflation mesurés commencent à ralentir. Cette dissociation s’explique par plusieurs facteurs structurels :

  • Stagnation des revenus réels
  • Montée des dépenses contraintes (logement, énergie, alimentation)
  • Endettement accumulé au cours de la décennie précédente
  • Affaiblissement relatif des amortisseurs sociaux

D’un point de vue macroéconomique, la crise du coût de la vie reflète une configuration atypique : chocs d’offre mondiaux persistants, héritages des politiques macroéconomiques de la période COVID, recompositions géopolitiques, tensions énergétiques, contraintes climatiques et réponses publiques parfois fragmentées.

Si les manifestations varient selon les structures économiques nationales, les conséquences sociales convergent : insécurité alimentaire, pression accrue sur le logement, fragilisation des classes moyennes et montée du mécontentement social.

Dans ce cadre, le cas de l’Algérie constitue un terrain d’analyse particulièrement instructif. Grâce à un dispositif étendu de subventions, de contrôles administratifs des prix et de gestion encadrée du taux de change, la hausse du coût de la vie y a été partiellement amortie en apparence. Toutefois, cette stabilisation administrative tend à déplacer les tensions plutôt qu’à les résorber, en générant des distorsions, une érosion silencieuse du pouvoir d’achat réel et des pressions croissantes sur les équilibres budgétaires.

II. Cadre conceptuel : inflation mesurée, inflation perçue et coût de la vie

L’analyse de la crise contemporaine du coût de la vie exige une distinction rigoureuse entre trois notions souvent confondues. L’absence de clarification conduit fréquemment à sous-estimer la pression économique réellement vécue et à adopter des réponses publiques mal alignées sur les besoins sociaux.

L’inflation mesurée : un indicateur agrégé aux limites structurelles

L’inflation est définie comme le taux de variation d’un indice des prix à la consommation, construit à partir d’un panier représentatif pondéré selon une structure moyenne. Cet outil est central pour l’analyse conjoncturelle et l’orientation de la politique monétaire.

Toutefois, par construction, il masque des hétérogénéités essentielles :

  • Les pondérations reflètent des moyennes qui s’écartent souvent des structures de dépenses des ménages modestes, davantage exposés aux biens essentiels dont les prix ont fréquemment augmenté plus vite que l’inflation globale.
  • L’IPC agrégé ne capture pas les asymétries de substitution : les ménages aisés disposent de marges d’ajustement plus importantes, tandis que les ménages modestes subissent une rigidité élevée de la consommation non discrétionnaire.

Il en résulte qu’une décélération de l’inflation globale peut coexister avec une détérioration continue du bien-être d’une large fraction de la population.

L’inflation perçue : une expérience subjective économiquement fondée

Entre inflation mesurée et coût de la vie s’insère une dimension intermédiaire : l’inflation perçue. Celle-ci renvoie à la manière dont les ménages évaluent l’évolution des prix dans leur vie quotidienne.

Loin d’être une simple illusion cognitive, elle repose sur des mécanismes économiques identifiables :

  • Les prix les plus visibles et les plus fréquemment observés (alimentation, carburants, loyers, transports) pèsent de façon disproportionnée dans la perception.
  • Les hausses présentent souvent une rigidité à la baisse : les ménages ressentent intensément les augmentations mais constatent rarement des baisses symétriques, alimentant un sentiment durable de cherté, y compris en phase de désinflation.
  • L’inflation perçue est socialement différenciée : elle est plus élevée lorsque les budgets sont concentrés sur des dépenses incompressibles.

Le coût de la vie : une contrainte globale

Le coût de la vie dépasse la seule dynamique des prix. Il dépend de l’interaction entre prix, revenus, conditions d’emploi, accès aux services essentiels et dispositifs de protection sociale.

Lorsque les prix des dépenses contraintes augmentent plus vite que les revenus, les ménages sont forcés à des arbitrages qui affectent directement le bien-être présent et futur :

  • Dégradation de la qualité de l’alimentation
  • Report des soins
  • Suroccupation des logements
  • Recours à l’endettement ou à l’épargne de précaution

Dans ce cadre, le rôle de l’État est déterminant : transferts, subventions ciblées et fourniture de services publics peuvent amortir fortement la pression du coût de la vie ; leur affaiblissement accroît la vulnérabilité, même en contexte d’inflation officiellement maîtrisée.

Désinflation, inflation perçue et crise du coût de la vie

La désinflation signifie que les prix continuent d’augmenter, mais moins vite qu’auparavant. Elle ne correspond donc ni à une baisse des prix, ni à un retour au niveau de vie antérieur.

Dans ce contexte :

  • La désinflation améliore les indicateurs macroéconomiques, mais ne corrige pas les hausses cumulées déjà subies par les ménages, en particulier sur les biens essentiels.
  • C’est dans cet écart que se forme l’inflation perçue. Les ménages réagissent moins au rythme de l’inflation qu’au niveau atteint par les prix et au poids croissant des dépenses contraintes dans leur budget.
  • La crise du coût de la vie résulte précisément de cette dissociation. Les indicateurs d’inflation se normalisent, tandis que l’inflation perçue et la pression sur les budgets persistent.

Implication centrale. La crise du coût de la vie révèle un découplage croissant entre inflation mesurée, inflation perçue et bien-être des ménages. Une politique exclusivement centrée sur la stabilisation de l’inflation mesurée risque de sous-estimer les tensions sociales.

III. Deux régimes de gestion des chocs de coût de la vie

L’expérience internationale met en évidence deux grands régimes de gestion des chocs de coût de la vie.

Transmission directe : ajustement par les prix

Dans certains pays, les chocs internationaux se répercutent rapidement sur les prix domestiques, notamment pour l’énergie, l’alimentation, le logement et le transport. L’intervention publique est limitée, ciblée ou transitoire, afin de préserver les signaux de marché. L’ajustement est transparent mais socialement coûteux à court terme.

Ce régime est caractéristique de nombreuses économies avancées à marchés libéralisés :

  • États-Unis : transmission rapide des chocs énergétiques et alimentaires, ajustement via les prix et les revenus nominaux, avec des dispositifs de soutien ciblés et temporaires.
  • Royaume-Uni : forte répercussion des hausses de l’énergie et du logement sur les factures des ménages ; ajustement rapide mais socialement coûteux.
  • Canada et Australie : répercussion élevée des chocs mondiaux, avec un rôle central des mécanismes de marché.
  • Pays nordiques : transmission relativement directe des chocs, compensée par des filets sociaux solides.

Dans ces pays, l’ajustement est transparent et statistiquement visible : l’inflation mesurée augmente rapidement, puis ralentit. Le coût social à court terme peut être élevé, en particulier pour les ménages vulnérables.

Transmission amortie : stabilisation par l’intervention publique

Dans d’autres pays, les autorités cherchent à découpler les prix domestiques des chocs externes via subventions, contrôles de prix, transferts et interventions sur les marchés énergétiques ou le change. Ce régime réduit la visibilité immédiate du choc et peut contenir l’inflation mesurée. Toutefois, il tend à déplacer les coûts.

Ce régime est observable dans plusieurs économies émergentes et rentières :

  • Algérie : subventions massives, contrôles de prix étendus et gestion encadrée du change, conduisant à une inflation mesurée contenue mais à des distorsions.
  • Égypte : subventions alimentaires et énergétiques, contrôle administratif et ajustements différés du change.
  • Tunisie : plafonnements de prix, subventions et contraintes budgétaires croissantes, accompagnées de pénuries périodiques.
  • Certains pays européens pendant la crise énergétique : recours temporaire à des boucliers tarifaires sur l’énergie.

Ce régime permet de contenir l’inflation mesurée à court terme, mais tend à déplacer les coûts dans le temps : pression budgétaire, distorsions, pénuries, inflation différée et divergence entre prix administrés et prix effectivement payés.

Un arbitrage central

  • La transmission directe rend le choc immédiatement visible mais permet un ajustement plus rapide et transparent.
  • La transmission amortie atténue l’impact immédiat, mais au prix de coûts différés souvent moins visibles.

Cet arbitrage – visibilité immédiate du choc versus coûts différés et distorsions cumulées – constitue une clé de lecture centrale pour comprendre la diversité des trajectoires nationales.

L’Algérie s’inscrit clairement dans le second régime, ce qui éclaire les mécanismes par lesquels une inflation officiellement contenue peut coexister avec une dégradation persistante du pouvoir d’achat réel.

IV. Les déterminants mondiaux de la crise : une convergence de forces

La crise du coût de la vie résulte d’une convergence de forces conjoncturelles et structurelles qui se renforcent mutuellement. Contrairement aux épisodes inflationnistes dominés par la demande, la séquence récente combine perturbations persistantes de l’offre, inertie post-pandémie, resserrement financier mondial et transformations géoéconomiques profondes.

Chocs d’offre persistants et renchérissement des biens essentiels

La pandémie a désorganisé les chaînes d’approvisionnement, générant goulets d’étranglement, hausse des coûts logistiques et renchérissement des intrants. Ces effets ont été amplifiés par les chocs énergétiques et alimentaires, notamment après la guerre en Ukraine, ainsi que par des chocs climatiques accentuant la volatilité de la production agricole.

Dans de nombreux pays, l’inflation de l’énergie et de l’alimentation a durablement dépassé l’inflation globale, aggravant la pression sur les ménages modestes.

Héritage macroéconomique et diffusion inflationniste

Les politiques budgétaires et monétaires exceptionnellement accommodantes mises en œuvre pendant la pandémie ont soutenu l’activité, mais ont aussi alimenté des tensions de demande lors de la réouverture de l’économie mondiale à la mi-2021.

Combinée à une offre contrainte, cette dynamique a favorisé la diffusion de l’inflation vers les services et le logement, avec des effets de second tour via salaires, loyers et anticipations. Le durcissement monétaire ultérieur a été nécessaire pour réancrer les anticipations, mais il a accru les coûts d’emprunt des ménages.

Resserrement financier mondial et fragilisation des bilans des ménages

La hausse rapide des taux d’intérêt a renchéri le crédit immobilier et à la consommation et alourdi le service de la dette, neutralisant partiellement les bénéfices de la désinflation. Dans les économies émergentes, les sorties de capitaux et les dépréciations de change ont renforcé l’inflation importée, surtout sur l’alimentation et l’énergie.

Fragmentation géoéconomique et hausse des coûts structurels

La fragmentation commerciale, les relocalisations et l’usage accru de restrictions ont renchéri les échanges. Parallèlement, la transition énergétique, indispensable, s’est accompagnée de coûts à court et moyen termes, contribuant à maintenir des niveaux de prix élevés.

Synthèse. Cette convergence de facteurs explique pourquoi la normalisation de l’inflation globale ne se traduit pas mécaniquement par une baisse du coût de la vie. Les prix des biens essentiels demeurent élevés, les bilans des ménages sont plus fragiles et les marges d’ajustement se sont réduites.

V. Canaux de transmission : des chocs mondiaux au niveau de vie des ménages

Les chocs mondiaux affectent le bien-être via des canaux interdépendants reliant perturbations macroéconomiques et résultats microéconomiques.

Canal des prix : inflation des biens et services essentiels

L’alimentation, l’énergie, le logement et le transport ont enregistré des hausses plus fortes et plus persistantes que l’inflation moyenne. Ces postes amplifient l’impact sur le bien-être car :

  • Ils occupent une part élevée du budget des ménages modestes
  • Leur demande est peu élastique
  • Leurs prix présentent une rigidité à la baisse

Ainsi, la désinflation peut coexister avec une crise du coût de la vie : le rythme des hausses ralentit, mais le niveau des prix reste durablement élevé.

Canal revenu-emploi : le décalage prix-revenus

La crise devient aiguë lorsque les prix des biens essentiels augmentent plus vite que les revenus. Dans de nombreux pays, les salaires nominaux se sont ajustés partiellement et avec retard, entraînant une baisse des salaires réels au pic inflationniste et un rattrapage lent.

L’informalité, la précarité et l’affaiblissement de la négociation salariale amplifient cette dynamique. Le coût de la vie est ainsi un choc fondamentalement distributif.

Canal financier : taux d’intérêt, crédit et bilans

Le resserrement monétaire mondial a augmenté les mensualités, les loyers, le coût du crédit et la contrainte de financement. Pour de nombreux ménages, la hausse des charges d’intérêts a comprimé le revenu disponible, maintenant la pression sur le niveau de vie malgré la désinflation.

Canal externe : change et importations

Les dépréciations de change et la hausse des importations renchérissent directement les biens essentiels, particulièrement dans les pays fortement dépendants des importations alimentaires et énergétiques. Un espace budgétaire limité et des filets sociaux faibles aggravent l’impact.

L’interaction et le renforcement des canaux

Ces canaux de transmission n’opèrent pas de manière isolée. Les hausses de prix érodent les revenus réels ; la montée des taux d’intérêt accentue les tensions sur les revenus ; et les pressions sur le taux de change se répercutent sur les prix domestiques. L’interaction de ces mécanismes génère des dynamiques auto-renforçantes qui enracinent durablement la crise du coût de la vie.

Conclusion. La crise du coût de la vie résulte des effets cumulés et mutuellement renforcés des canaux de transmission liés aux prix, aux revenus, aux conditions financières et aux facteurs externes. Cette configuration explique pourquoi les politiques exclusivement centrées sur la réduction de l’inflation globale peinent souvent à soulager les ménages.

VI. Impacts inégaux : une crise distributive et politique

Bien que mondiale, la crise se manifeste de façon profondément hétérogène entre pays et au sein des sociétés. Les différences d’exposition, de marges de manœuvre budgétaires, d’institutions du marché du travail et de protection sociale déterminent l’ampleur de l’érosion des niveaux de vie.

Économies avancées vs économies émergentes

Les économies avancées ont mieux amorti le choc via stabilisateurs automatiques, transferts et dispositifs sociaux, au prix d’un endettement public accru et d’un resserrement monétaire. Les économies émergentes et en développement, davantage dépendantes des importations, exposées aux dépréciations de change et disposant d’un espace budgétaire limité, ont subi une érosion plus aiguë et persistante des revenus réels.

Une crise fondamentalement régressive

La crise du coût de la vie est régressive : elle affecte proportionnellement davantage les ménages à faibles revenus que les ménages aisés.

  • Les ménages modestes consacrent une part beaucoup plus élevée de leurs ressources aux dépenses essentielles dont les prix ont le plus augmenté. Disposant de peu d’épargne et d’une capacité d’ajustement limitée, ils subissent des arbitrages immédiats et coûteux.
  • Les classes moyennes urbaines sont de plus en plus exposées par le canal du logement et du service de la dette. Les jeunes actifs et les retraités constituent également des groupes particulièrement vulnérables.
  • Ainsi, la crise ne se contente pas de réduire le niveau de vie moyen : elle accroît les inégalités, en transférant l’essentiel de l’ajustement vers les ménages disposant des marges de manœuvre les plus faibles.

Disparités régionales et sectorielles

Les zones urbaines, où les ménages dépendent davantage des biens et services fournis par le marché, ont généralement subi des pressions sur les coûts plus fortes que les zones rurales. Toutefois, les ménages ruraux n’ont pas été épargnés, notamment lorsque la hausse des coûts des intrants agricoles et de l’énergie a renchéri les coûts de production.

Les travailleurs des services, du commerce de détail, du bâtiment et des activités informelles – secteurs caractérisés par une faible productivité et un pouvoir de négociation salariale limité – ont subi des pertes de revenu réel plus importantes.

Conséquences sociales et politiques

La dégradation des niveaux de vie a alimenté des protestations, des grèves et une polarisation politique accrue dans de nombreux pays. Dans certains cas, les gouvernements ont privilégié des réponses de court terme fondées sur des instruments administratifs afin de préserver la stabilité sociale, y compris lorsque ces mesures fragilisent la soutenabilité budgétaire.

La crise a également renforcé l’attrait de discours économiques populistes, montrant que la crise du coût de la vie dépasse le strict champ économique pour remettre en cause le contrat social.

VII. Réponses de politique publique : entre urgence sociale et contraintes macroéconomiques

Les réponses publiques à la crise du coût de la vie ont été façonnées par une tension centrale : protéger rapidement les ménages tout en préservant la soutenabilité macroéconomique. Trois enseignements principaux se dégagent de l’expérience internationale récente.

Les réponses axées sur la demande ne sont plus soutenables

Subventions, transferts et contrôles : efficacité immédiate, limites structurelles. Les subventions généralisées, les plafonnements de prix et les transferts exceptionnels ont permis d’amortir rapidement les hausses visibles des prix. Leur coût budgétaire a toutefois été élevé, atteignant en moyenne 1 à 3 % du PIB dans les économies avancées entre 2021 et 2023, et davantage dans certaines économies émergentes.

Ces instruments ont contenu l’inflation mesurée à court terme, mais au prix d’une efficacité redistributive limitée et de distorsions croissantes.

Politique monétaire : rôle central contre l’inflation, portée limitée sur le coût de la vie. Le resserrement monétaire engagé à partir de 2022 a été nécessaire pour réancrer les anticipations, avec des hausses cumulées de taux directeurs de l’ordre de 400 à 500 points de base dans les principales économies. Si cette action a contribué à la désinflation, elle a également renchéri le coût du crédit et du logement.

La politique monétaire apparaît ainsi mal adaptée pour traiter une crise centrée sur les dépenses contraintes et les rigidités d’offre.

Pourquoi ? La crise est un choc de niveau de vie

La crise du coût de la vie apparaît comme un choc de niveau de vie, plus que comme un simple épisode inflationniste. Elle résulte de la combinaison de prix durablement élevés des biens essentiels, de revenus réels sous pression et de contraintes financières accrues, avec des effets distributifs marqués.

Cette configuration explique pourquoi la désinflation ne suffit pas à restaurer le bien-être des ménages.

D’où le besoin de réorientation : du soutien généralisé vers la protection ciblée et les politiques de l’offre

L’expérience internationale suggère qu’une réponse soutenable passe par une réorientation vers des transferts mieux ciblés, dont l’impact redistributif est nettement supérieur à celui des subventions généralisées.

Toutefois, la réduction durable du coût de la vie requiert surtout des politiques de l’offre ciblant les principaux postes de dépenses contraintes – logement, alimentation, transport et énergie – afin d’agir sur les déterminants structurels des prix.

Partie 2 – Inflation mesurée, inflation perçue et crise du coût de la vie en Algérie (2000-2025)

VIII. L’inflation mesurée en Algérie : évolution et limites de l’outil statistique

Depuis le début des années 2000, l’inflation mesurée en Algérie a suivi une trajectoire globalement modérée en comparaison internationale, mais marquée par des épisodes de tensions sectorielles récurrentes.

Sur la période 2000-2025, le niveau général des prix a été multiplié par près de 2,8, traduisant une érosion cumulative du pouvoir d’achat, malgré des taux d’inflation annuels souvent contenus.

Trois phases structurent la période

Première phase (2000-2013) : relative stabilité. Cette période correspond à une stabilité inflationniste soutenue par l’abondance de la rente pétrolière, un régime de subventions généralisées et un contrôle administratif étendu des prix. L’inflation annuelle moyenne s’est établie autour de 3 à 4 %.

Cette inflation modérée a toutefois masqué une hausse progressive et cumulative du niveau général des prix, dont les effets sur le pouvoir d’achat sont restés peu visibles à court terme.

Deuxième phase (2014-2020) : ajustement différé. Après le choc pétrolier de 2014, la contraction des marges budgétaires et externes n’a pas donné lieu à une correction structurelle explicite, mais à une combinaison de restrictions administratives, de compression des importations et de gestion encadrée du taux de change.

L’inflation mesurée est restée relativement contenue (moyenne de 4,2 %) malgré des déséquilibres macroéconomiques croissants. Cette stabilité apparente s’est toutefois accompagnée d’une montée des tensions non captées par l’IPC (pénuries, marchés parallèles, ajustements par la qualité).

Troisième phase (2021-2025) : accélération puis désinflation. Cette phase correspond à la période des chocs globaux (pandémie, tensions alimentaires et énergétiques, perturbations logistiques). L’inflation mesurée s’est nettement accélérée en 2021-2023, avec des taux annuels proches de 9 % en moyenne, avant de ralentir à partir de 2024.

Point crucial : cette désinflation récente traduit davantage un ralentissement du rythme de hausse des prix qu’une amélioration des conditions de vie, les prix s’étant stabilisés à des niveaux historiquement élevés.

Message clé. Sur l’ensemble de la période 2000-2025, l’inflation annuelle moyenne apparaît modérée, mais elle a conduit à une multiplication du niveau général des prix par près de trois. C’est un problème fondamental de lecture lorsque l’analyse se limite aux seuls taux annuels.

Par construction, l’IPC mesure une variation moyenne de prix, et non le niveau des prix ni le coût effectif de maintien d’un niveau de vie donné.

Consommation nominale et illusion de bien-être

La dynamique de la consommation finale des ménages en termes nominaux confirme la nature réelle de la crise. Entre 2001 et 2023, la consommation nominale est passée d’environ 1 916 milliards de dinars à près de 19 752 milliards, soit une multiplication par plus de dix.

Cette progression ne saurait toutefois être interprétée comme une amélioration du niveau de vie réel. Elle reflète principalement :

  • Des effets de prix cumulés
  • Une absorption croissante du revenu par des dépenses contraintes
  • Des ajustements nominaux partiels et tardifs des revenus

Dans un régime de stabilisation administrative des prix, une part significative de l’ajustement s’opère par des mécanismes hors prix – pénuries, rationnement implicite, dégradation de la qualité, coûts d’accès – qui renchérissent la consommation effective sans être captés par l’IPC.

Les ménages consomment davantage en termes nominaux, mais sous une contrainte réelle accrue.

IX. L’inflation perçue : définition, fondements et implications

Définition et fondements analytiques

L’inflation perçue est définie ici comme une mesure élargie de l’inflation, visant à appréhender l’évolution du coût de la vie effectivement supporté par les ménages. Elle ne relève ni d’un biais subjectif ni d’un phénomène psychologique, mais résulte de mécanismes économiques structurels insuffisamment intégrés dans la mesure conventionnelle.

Quatre canaux principaux expliquent l’écart systématique entre inflation mesurée et inflation perçue :

  1. Effet de composition budgétaire : les ménages modestes consacrent une part disproportionnée de leurs revenus aux dépenses contraintes dont les prix sont structurellement plus volatils.
  2. Effet de fréquence et de saillance des achats : les biens achetés fréquemment, en particulier les produits alimentaires, jouent un rôle déterminant dans la formation des anticipations.
  3. Effets d’ajustement hors prix : dans un contexte de stabilisation administrative, l’ajustement s’opère aussi par les quantités disponibles, la qualité des produits, le temps d’accès et la substitution forcée.
  4. Écart entre prix administrés et prix effectivement payés : la coexistence de prix officiels, de prix rationnés et de prix parallèles conduit à une divergence croissante.

Méthodologie : inflation élémentaire repondérée (IER)

Afin d’objectiver cette dissociation, une inflation élémentaire repondérée (IER) est construite à partir des données officielles de l’ONS, avec des pondérations représentatives de la structure budgétaire des ménages les plus exposés :

  • Alimentation (y compris produits frais) : 55 %
  • Logement et charges : 15 %
  • Transport et communications : 15 %
  • Autres biens et services : 15 %
Répartition budget des ménages

Cette approche, volontairement prudente, ne remet pas en cause les données officielles mais en modifie la lecture pour mieux refléter la contrainte économique réellement vécue.

Résultats : un écart structurel et persistant

Les résultats mettent en évidence un écart significatif, durable et structurel entre inflation mesurée et inflation perçue.

Cet écart s’élargit brutalement lors des chocs alimentaires de 2022-2023 et ne se résorbe pas avec la désinflation officiellement observée en 2024-2025. La stabilisation de l’inflation mesurée coexiste avec une pression persistante sur le coût de la vie réel.

Implications pour le pilotage des politiques publiques

Dans ces conditions, l’indice des prix à la consommation ne peut plus être considéré comme un instrument central et suffisant de pilotage des politiques publiques.

  • Fondé sur une base obsolète et incapable d’intégrer les mécanismes d’ajustement hors prix, l’IPC fournit une lecture partielle des tensions économiques.
  • S’appuyer prioritairement sur cet indicateur pour calibrer les politiques revient à minimiser systématiquement le choc réel sur le pouvoir d’achat.

L’apparente modération de l’inflation mesurée ne traduit pas une amélioration des conditions de vie, mais une distorsion des signaux macroéconomiques.

Le décrochage persistant entre inflation mesurée et inflation perçue constitue un signal d’alerte majeur, révélateur d’un dysfonctionnement plus profond du cadre de mesure et de pilotage macroéconomique.

X. La crise du coût de la vie en Algérie : concept, mécanismes et canaux

De l’inflation à la crise du coût de la vie

La crise du coût de la vie en Algérie ne saurait être assimilée à un simple épisode inflationniste. Elle correspond à un choc durable de niveau de vie, résultant de la combinaison entre le niveau élevé atteint par les prix, la rigidité des dépenses incompressibles, l’existence de coûts non monétaires significatifs et un ajustement incomplet des revenus nominaux.

Dans ce cadre, une désinflation peut parfaitement coexister avec une dégradation persistante du bien-être économique. Cette dissociation constitue la caractéristique centrale de la période récente.

Mécanismes structurels

Trois mécanismes structurels expliquent la persistance de la crise :

  1. La rigidité des dépenses contraintes. Les dépenses essentielles représentent une part élevée et peu compressible du budget. Leur hausse exerce un effet disproportionné sur le revenu disponible.
  2. L’ajustement incomplet et différé des revenus nominaux. Les salaires, pensions et transferts sociaux ne s’ajustent que partiellement et avec retard, entraînant une érosion cumulative du pouvoir d’achat.
  3. Le déplacement de l’ajustement vers des canaux non-prix. L’ajustement est partiellement déplacé vers des mécanismes comme les pénuries, le rationnement ou la dégradation de la qualité.

Canaux de transmission vers les ménages

La crise se matérialise à travers plusieurs canaux majeurs :

  • L’alimentation : principal vecteur de la pression quotidienne, en raison de son poids budgétaire et de la volatilité des prix des produits frais.
  • Le logement : canal d’ajustement structurel, via la hausse des loyers, la suroccupation et l’augmentation des charges.
  • La mobilité et les véhicules : dans un contexte de transports collectifs insuffisants, de hausse des coûts énergétiques et de rareté de l’offre automobile.
  • Les coûts non monétaires : temps d’attente, incertitude, accès inégal, baisse de la qualité.

Une crise sans flambée inflationniste généralisée

Cette combinaison explique pourquoi la crise du coût de la vie en Algérie s’est installée sans flambée inflationniste généralisée. L’inflation est contenue sur le plan statistique, mais l’ajustement macroéconomique est transféré vers les ménages, sous la forme d’une dégradation progressive du niveau de vie.

La stabilité apparente des indicateurs d’inflation ne saurait être interprétée comme un signal de normalisation. Elle révèle un déséquilibre profond entre la dynamique macroéconomique mesurée et l’expérience économique vécue.

XI. Désinflation statistique et inflation différée

En Algérie, la désinflation récente revêt une nature essentiellement administrative. La baisse de l’inflation mesurée résulte principalement du contrôle des prix, du maintien des subventions et d’une gestion encadrée du taux de change, davantage que d’un ajustement macroéconomique fondé sur les mécanismes de marché.

Cette désinflation ne se traduit pas par une détente du coût de la vie réel. Les niveaux de prix atteints demeurent élevés, notamment pour les biens essentiels, et l’ajustement s’opère en partie hors prix, par les quantités, l’accès et la qualité.

Les pénuries, le rationnement et le recours accru aux circuits parallèles déplacent la pression inflationniste sans la résorber, donnant lieu à une inflation différée et largement invisible dans les statistiques.

L’analyse de l’inflation perçue confirme cette dissociation. L’écart entre inflation mesurée et inflation vécue ne se referme pas en phase de désinflation ; il peut au contraire s’accentuer lorsque les prix cessent d’augmenter mais restent à des niveaux historiquement élevés.

Ainsi, la désinflation améliore les indicateurs macroéconomiques sans soulager les ménages. Elle restaure une stabilité nominale apparente, mais ne constitue pas une politique du coût de la vie.

La désinflation réduit le rythme de la hausse des prix, mais elle ne corrige ni le niveau atteint par les prix essentiels ni l’érosion cumulative du pouvoir d’achat.

XII. Inflation stabilisée statistiquement, niveau de vie fragilisé

L’analyse conjointe de l’inflation mesurée, de l’inflation perçue et de la crise du coût de la vie met en évidence une divergence structurelle et persistante entre les indicateurs macroéconomiques conventionnels et l’expérience économique vécue par les ménages.

En Algérie, la stabilisation de l’IPC a permis de contenir l’inflation officielle, mais au prix d’un ajustement largement invisible dans les statistiques, cumulatif dans le temps et socialement différencié, dont la charge a été supportée de manière disproportionnée par les ménages.

Cette dissociation souligne les limites d’un pilotage macroéconomique centré sur la seule désinflation. La modération de l’inflation mesurée ne saurait être assimilée à une amélioration du bien-être économique.

XIII. Le dispositif algérien de stabilisation administrative : logique, instruments et coûts

La stabilisation du coût de la vie et de l’inflation en Algérie repose sur un dispositif administratif articulé autour de trois piliers principaux, qui ont permis d’amortir les chocs externes mais au prix de coûts macroéconomiques et structurels élevés.

Pilier 1 : Subventions généralisées aux produits essentiels

Les subventions généralisées sur les produits alimentaires de base, l’énergie et certains services essentiels constituent le premier pilier. Sur longue période, les transferts et subventions ont représenté entre 8 % et 12 % du PIB, avec une concentration marquée sur l’énergie et l’alimentation.

Toutefois, un large consensus analytique souligne leurs limites :

  • Coût budgétaire élevé
  • Faible efficacité redistributive : ces subventions bénéficient de manière disproportionnée aux ménages à revenu élevé, en particulier via la consommation énergétique. Malgré les ajustements récents, les prix domestiques des carburants demeurent parmi les plus bas au monde.
  • Distorsions économiques : les subventions énergétiques encouragent la surconsommation, le gaspillage et la hausse rapide de la demande intérieure d’énergie, réduisant les volumes exportables d’hydrocarbures.
  • Externalités environnementales et sociales : pollution, congestion, émissions, retard structurel dans le développement des transports collectifs et des énergies renouvelables.

La dynamique des transferts publics illustre ce rôle central du budget dans l’amortissement du coût de la vie. Entre 2000 et 2025, les transferts ont été multipliés par plus de vingt, passant d’environ 300 milliards de dinars à plus de 6 000 milliards de dinars.

Pilier 2 : Contrôles administratifs des prix

Le deuxième pilier repose sur des contrôles directs des prix appliqués à de nombreux biens de consommation. Ces dispositifs ont contribué à lisser l’évolution de l’IPC.

En contrepartie, l’ajustement s’est partiellement déplacé des prix vers les quantités et les conditions d’accès :

  • Pénuries récurrentes
  • Rationnement implicite
  • Substitution forcée
  • Développement de marchés parallèles

Le prix effectivement payé par les ménages – intégrant primes de rareté, coûts d’accès et pertes de qualité – s’est ainsi progressivement écarté du prix administré.

Pilier 3 : Gestion encadrée du taux de change

Le troisième pilier consiste en une gestion administrée du taux de change officiel, visant à limiter la transmission immédiate de l’inflation importée. Ce mécanisme a permis de contenir temporairement la passation des hausses de prix internationales.

Cependant, il a favorisé l’émergence d’un double marché des changes, avec une prime de change atteignant environ 85 % sur la période récente. Cette distorsion a déplacé une partie significative de l’inflation effective vers le segment parallèle, hors du champ de l’IPC.

Lecture d’ensemble

Pris ensemble, ces trois instruments expliquent la relative modération de l’inflation mesurée en Algérie. Ils n’éliminent toutefois pas la pression inflationniste, mais en modifient la temporalité et les canaux.

L’ajustement est déplacé vers des dimensions insuffisamment captées par les statistiques – quantités, qualité, informalité, prix implicites – générant des coûts macroéconomiques élevés et des dommages structurels durables.

La stabilisation administrative protège l’indicateur d’inflation, mais ne protège pas nécessairement le coût de la vie effectivement supporté par les ménages.

L’Algérie ne supprime pas l’inflation ; elle en modifie la temporalité et les canaux : pénuries, marchés parallèles, coûts d’accès, inflation différée.

XIV. LFI 2026 et hausses des prix pétroliers : les accélérateurs de la crise

La Loi de finances 2026 : ajustement budgétaire contraint et transfert diffus vers les ménages

C’est dans ce contexte – désinflation apparente mais coût de la vie structurellement élevé – que s’inscrit la Loi de finances 2026. Elle ne constitue pas une rupture de politique économique, mais un ajustement budgétaire contraint, opéré dans un environnement de marges financières réduites.

Renforcement de la fiscalité indirecte et parafiscale. La LFI 2026 privilégie un ajustement essentiellement indirect, à travers :

  • L’introduction ou la revalorisation de taxes et droits administratifs
  • L’augmentation de redevances parafiscales sectorielles
  • L’ajustement à la hausse de droits liés aux procédures administratives

Ces prélèvements sont rapidement mobilisables mais leur incidence économique est largement régressive : ils pèsent proportionnellement davantage sur les ménages à revenus faibles et intermédiaires.

Incidence sur le coût de la vie. L’impact de ces mesures sur le coût de la vie est partiellement invisible dans l’IPC. Elles renchérissent directement les dépenses contraintes des ménages et les coûts intermédiaires des entreprises, générant des effets de second tour diffus.

En conséquence, la LFI 2026 tend à prolonger la crise du coût de la vie, malgré une inflation officiellement contenue.

L’ajustement des prix des produits pétroliers

Les autorités ont procédé, à compter du 1er janvier 2026, à une révision des prix à la pompe :

Produit Prix avant Prix après Variation (DZD) Variation (%)
Essence 45,62 47,00 + 1,38 + 3.0
Gasoil 29,01 31,00 + 1,99 + 6,9
GPL 9,00 12,00 + 3,0 + 33,3

Ces relèvements demeurent modestes en niveau absolu et maintiennent les prix domestiques très inférieurs aux références internationales. Ils constituent néanmoins une inflexion claire après une longue période de stabilité nominale.

Modalités de l’ajustement énergétique

Au-delà de ces relèvements explicites, l’ajustement énergétique repose sur trois modalités :

  1. Hausses ciblées de certains prix administrés, avec des hausses nominales comprises entre 20 % et 40 % selon les produits.
  2. Réduction implicite des subventions réelles lorsque les revalorisations nominales demeurent inférieures à l’inflation cumulée.
  3. Transfert partiel du coût de l’énergie vers les ménages et les entreprises, via les coûts intermédiaires.

Transmission au coût de la vie : un choc diffus et différé

Sur le plan macroéconomique, cet ajustement contribue à préserver les équilibres budgétaires. Sur le plan microéconomique, il agit comme un choc de coût différé via trois canaux :

  • La hausse des coûts de transport et de mobilité
  • Le renchérissement des biens alimentaires et manufacturés via les coûts logistiques
  • L’augmentation des charges énergétiques indirectes

Ces effets sont progressifs, diffus et faiblement visibles statistiquement à court terme, ce qui explique qu’ils soient partiellement captés par l’IPC tout en alimentant fortement la dissociation entre inflation mesurée et coût de la vie vécu.

L’ajustement énergétique alimente la crise du coût de la vie sans se traduire par une flambée inflationniste immédiate.

XV. Un ajustement silencieux, une crise du coût de la vie sans flambée inflationniste

Une crise du coût de la vie sans crise inflationniste apparente

La crise du coût de la vie en Algérie ne se manifeste pas par une flambée de l’inflation mesurée, mais par une érosion silencieuse, cumulative et socialement différenciée du pouvoir d’achat réel. Malgré une inflation officiellement contenue, les ménages font face à une pression persistante sur leurs budgets.

La Loi de finances 2026 ne crée pas cette dynamique. Elle en révèle la profondeur et en accélère la matérialisation, en transférant vers les ménages une part croissante d’un ajustement macroéconomique longtemps différé.

La stabilité de l’inflation masque une dégradation profonde et continue du niveau de vie.

Un ajustement réel, mais non déclaré

Dans le contexte macroéconomique algérien actuel, l’ajustement ne s’opère ni par une correction explicite des prix relatifs de marché, ni par une restructuration assumée des finances publiques. Il s’effectue de manière diffuse, graduelle et largement non déclarée, à travers des canaux indirects qui déplacent progressivement le coût vers les agents les moins protégés.

Ce mode d’ajustement permet de contenir les tensions macroéconomiques visibles, mais ne les élimine pas. Il en modifie les formes et les temporalités.

L’ajustement existe, mais il est dissimulé, fragmenté et politiquement non assumé.

Les ménages comme variable d’ajustement centrale

Dans cette configuration, les ménages apparaissent comme la variable d’ajustement la plus flexible. Contrairement à l’État et aux entreprises publiques, ils ne disposent ni de protections institutionnelles robustes ni de capacités de report des pertes dans le temps.

L’ajustement s’opère donc prioritairement à leur niveau :

  • Contraction de la consommation réelle
  • Dégradation de la qualité des biens et services consommés
  • Désépargne
  • Recours accru à l’endettement informel
  • Intensification du travail informel

Quand les rigidités bloquent l’ajustement en amont, les ménages deviennent l’amortisseur de dernier ressort.

Le logement : un canal structurel et durable

Le logement constitue aujourd’hui l’un des canaux centraux de transmission de l’ajustement vers les ménages. Dans un contexte de rareté persistante de l’offre formelle, de rigidités foncières et d’insuffisance de l’investissement privé, l’ajustement se traduit par :

  • Une hausse durable des loyers effectifs
  • Une dégradation des conditions de logement
  • Une augmentation continue de la part du logement dans le budget

L’absence de mécanismes d’indexation des revenus sur le coût du logement conduit à une compression progressive du revenu disponible.

Le logement n’absorbe pas un choc conjoncturel, il internalise un ajustement permanent.

La mobilité et les véhicules : un ajustement diffus mais décisif

La mobilité constitue un second canal majeur de l’ajustement social. Dans une économie où les transports collectifs demeurent insuffisants, le véhicule individuel n’est pas un bien discrétionnaire, mais un actif quasi essentiel pour l’accès à l’emploi et aux services.

L’ajustement s’opère par :

  • La hausse du coût total de détention des véhicules
  • La rareté de l’offre liée aux restrictions d’importation
  • Le report de l’ajustement vers l’entretien différé

La mobilité est devenue un coût contraint, non négociable, de l’ajustement social.

Stabilisation administrative et inflation déplacée

La stabilisation administrative des prix, du taux de change et de certains marchés permet de contenir les tensions macroéconomiques visibles, mais au prix d’un déplacement de l’ajustement vers d’autres canaux.

Le coût de cette stratégie se manifeste sous des formes différées ou non monétaires : pénuries, files d’attente, écarts entre prix officiels et prix effectivement payés, restrictions d’accès aux biens importés et aux devises.

La stabilisation des prix ne supprime pas l’inflation, elle en déplace les formes et les victimes.

Un ajustement budgétaire à dominante régressive

Faute de réforme fiscale structurelle, l’ajustement budgétaire repose principalement sur la fiscalité indirecte et parafiscale, les redevances administratives et la dégradation progressive de la qualité des services publics. Ces instruments affectent proportionnellement davantage les ménages à revenu faible et intermédiaire.

L’ajustement budgétaire est réel, mais il est supporté principalement par ceux qui ont le moins de marges.

Des filets sociaux insuffisants

Les dispositifs de protection sociale existants jouent un rôle d’amortisseur partiel, mais demeurent incomplets, imparfaitement ciblés et peu crédibles dans la durée. Ils ne compensent ni la hausse structurelle du coût du logement, ni celle de la mobilité.

Les filets sociaux amortissent des chocs conjoncturels, pas des déséquilibres structurels.

Synthèse finale

Dans une économie administrée en déséquilibre, l’ajustement ne disparaît jamais : il change de canal. En Algérie, en l’absence de réformes explicites, il transite principalement par les ménages, avec le logement et la mobilité comme vecteurs centraux.

Ce mode d’ajustement explique la divergence croissante entre indicateurs macroéconomiques officiels et vécu économique, ainsi que la fatigue sociale diffuse observée malgré une inflation mesurée relativement contenue.

En Algérie, l’ajustement ne disparaît jamais; il passe par les ménages.

XVI. Pour une réponse cohérente à la crise du coût de la vie en Algérie

Recentrer la stabilisation macroéconomique sur le coût de la vie réel

La stabilisation de l’inflation mesurée ne saurait constituer, à elle seule, un objectif pertinent de politique économique. Il apparaît nécessaire d’élargir le cadre de suivi macroéconomique en intégrant explicitement un indicateur opérationnel du coût de la vie réel.

Celui-ci devrait reposer sur une repondération des dépenses contraintes et intégrer les prix effectivement payés ainsi que les coûts non monétaires d’accès. Une telle évolution permettrait d’aligner le diagnostic officiel sur la réalité sociale.

Rendre l’ajustement macroéconomique explicite, séquencé et lisible

L’ajustement actuellement à l’œuvre est réel mais fragmenté, diffus et largement non assumé. Cette opacité accroît l’incertitude et retarde les arbitrages nécessaires.

Une stratégie plus soutenable consisterait à rendre cet ajustement explicite, en clarifiant les objectifs macroéconomiques, les contraintes budgétaires et les choix de priorités. La mise en place d’un calendrier de réformes graduelles permettrait de substituer à l’ajustement silencieux une trajectoire lisible et socialement maîtrisée.

Déplacer l’ajustement des ménages vers les rigidités et les rentes

Il devient impératif de déplacer l’effort d’ajustement vers les rigidités structurelles et les rentes protégées du système économique. Cela implique :

  • Une réforme progressive des subventions généralisées
  • Une réduction des rentes d’importation
  • Une amélioration de la gouvernance des entreprises publiques déficitaires

Traiter le logement comme une priorité macroéconomique

Le logement constitue aujourd’hui l’un des principaux canaux structurels d’érosion du pouvoir d’achat. Une réponse durable à la crise nécessite de traiter le logement comme une priorité macroéconomique, à travers une politique active de l’offre : libération du foncier, simplification des procédures, incitations à l’investissement privé et développement du marché locatif.

Sans action sur ce canal, toute politique de protection du pouvoir d’achat restera incomplète.

Réduire le coût structurel de la mobilité

Une stratégie soutenable suppose de réduire le coût structurel de la mobilité plutôt que de multiplier les subventions indifférenciées. Cela passe par :

  • Un investissement accru dans les transports collectifs
  • Une normalisation progressive de l’accès aux véhicules et aux pièces détachées
  • Un ciblage plus précis des compensations énergétiques

Réduire l’ajustement par les quantités en restaurant les signaux de prix

La stabilisation administrative des prix et du change n’élimine pas l’inflation ; elle en modifie les formes. Une réponse plus efficace consisterait à réduire progressivement cet ajustement non-prix en restaurant les signaux de marché. Cela implique une normalisation graduelle du régime de change et un allègement ciblé des contrôles de prix.

Rééquilibrer l’ajustement budgétaire vers des instruments plus progressifs

Une réforme plus équitable nécessite de rééquilibrer l’ajustement vers des instruments plus progressifs, en engageant une réforme fiscale structurelle, en réduisant la dépendance aux taxes indirectes et en préservant les dépenses sociales à fort impact redistributif.

Transformer les filets sociaux en instruments de protection du revenu réel

Il devient nécessaire de transformer les filets sociaux en instruments de protection effective du revenu réel, en ciblant explicitement les dépenses contraintes, en indexant les transferts sur un indicateur du coût de la vie élargi et en améliorant la qualité des données et des capacités administratives.

Conclusion opérationnelle

La crise du coût de la vie en Algérie ne résulte pas d’un excès ponctuel d’inflation, mais d’un régime d’ajustement prolongé qui en a déplacé les coûts vers les ménages, à travers le logement, la mobilité et les dépenses contraintes.

Une sortie durable de cette crise suppose non pas une intensification des contrôles ou un ajustement silencieux prolongé, mais une reconfiguration explicite, graduelle et crédible des instruments macroéconomiques, budgétaires et sociaux.

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