Croissance, productivité, inclusion et répartition du revenu national : enjeux stratégiques pour l’Algérie
En bref : ce que révèle l’étude
- Écart de croissance : 3% de croissance réelle vs 7% de potentiel
- Déséquilibre persistant : La part des salaires est passée de 48% à 40% du revenu national
- Dépendance structurelle : 90% des exportations proviennent des hydrocarbures
- Solution proposée : 4 leviers pour une croissance inclusive et productive
Introduction
Une répartition plus équitable du revenu national suppose une croissance économique capable de générer et de diffuser la richesse de manière inclusive. Entre 2000 et 2025, la croissance de l’Algérie — en moyenne autour de 3 % par an — est demeurée inférieure à son potentiel malgré l’abondance des ressources naturelles et un capital humain jeune et relativement qualifié.
Ce rythme modéré, fondé davantage sur la rente que sur la productivité, a limité l’élargissement du revenu national et accentué les inégalités dans sa répartition. Il n’a permis ni de créer suffisamment d’emplois productifs, ni d’améliorer durablement le niveau de vie des ménages.
Cette sous-performance résulte de contraintes structurelles profondes : dépendance prolongée à la rente pétrolière, faible diversification du tissu productif, rigidités du marché du travail, faible compétitivité du secteur privé, stagnation de la productivité totale des facteurs et qualité insuffisante des politiques publiques.
Ces contraintes se renforcent mutuellement et limitent la capacité de l’économie à créer de la valeur et à la redistribuer équitablement. Les choix économiques, historiquement orientés vers la dépense redistributive plutôt que vers la production, ont conduit à une allocation inefficiente des ressources et à une répartition inéquitable du revenu national.
Les rentes issues des hydrocarbures et les transferts publics continuent de bénéficier à certains groupes privilégiés, tandis que les revenus du travail stagnent et que le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires s’érode. Rééquilibrer la répartition du revenu ne signifie pas réduire la redistribution, mais la rationaliser : la rendre plus ciblée, plus efficiente et mieux articulée à la production de richesse. Cette refondation suppose d’activer trois leviers complémentaires — une croissance plus dynamique, un gain durable de productivité et un écosystème d’innovation inclusif — afin de concilier efficacité économique, équité sociale et soutenabilité macroéconomique.
L’analyse de ces leviers est essentielle pour comprendre comment l’Algérie peut à la fois accroître le revenu national, en diversifiant ses sources de création de valeur, et en assurer une répartition plus équitable au bénéfice de l’ensemble de la population. Discutons de ces questions.
Cadre conceptuel de la répartition
Les trois piliers de l’analyse
Les facteurs clés de la répartition : Cette dernière ne dépend pas seulement du rythme de la croissance, mais de sa nature et de ses fondements structurels. Une croissance soutenue par la productivité, l’innovation et la qualité institutionnelle favorise un partage équilibré des richesses et une stabilité économique et sociale durables. À l’inverse, une croissance tirée par la rente ou la dépense publique entretient la concentration des revenus et limite la prospérité partagée.
La mesure du revenu national
Le revenu national brut (RNB) correspond à l’ensemble des revenus générés par les facteurs de production appartenant aux résidents, qu’ils proviennent du territoire ou de l’étranger.
La répartition primaire distingue les rémunérations du travail, les revenus du capital et les revenus mixtes des entrepreneurs individuels.
La répartition secondaire intègre le rôle de l’État à travers la fiscalité, les cotisations, les prestations sociales et les transferts publics. L’État joue un rôle central pour corriger les inégalités initiales issues du marché. Par une fiscalité équitable, des subventions ciblées et des transferts sociaux efficaces, il peut atténuer les déséquilibres, renforcer la cohésion sociale et soutenir la demande intérieure.
Le revenu disponible brut (RDB) reflète le revenu effectivement perçu par les ménages, incluant les revenus d’activité (salaires, revenus des non-salariés), les revenus de la propriété (intérêts, dividendes, loyers) et les prestations sociales, après impôts et cotisations.
Répartition et inégalités
La répartition du revenu national dépend de la nature et de la qualité de la croissance économique. Elle repose sur :
La productivité globale des facteurs, c’est-à-dire la capacité d’une économie à utiliser efficacement le capital et le travail pour créer de la valeur ajoutée. Une croissance durable ne résulte pas simplement de l’accumulation de ressources, mais de leur utilisation efficiente, soutenue par le progrès technologique, l’innovation organisationnelle et le développement du capital humain.
L’Innovation et L’équité : L’innovation stimule la productivité, crée des emplois qualifiés et élargit la base fiscale. Ces gains permettent de financer des politiques redistributives, augmentant le revenu global tout en favorisant une répartition plus équitable. À l’inverse, une croissance fondée principalement sur l’accumulation extensive du capital ou du travail, sans amélioration de la productivité, tend à concentrer les revenus dans des secteurs peu productifs ou rentiers et accroît les inégalités. La qualité de la croissance détermine donc la capacité d’une économie à assurer une distribution équitable et durable du revenu national.
Les indicateurs de mesure des inégalités
L’analyse de la répartition du revenu national ne se limite pas à l’observation de la croissance ou des niveaux moyens de revenu : elle requiert des indicateurs précis permettant d’évaluer les écarts entre les différentes catégories de la population et d’identifier les sources de déséquilibre. Les principaux instruments utilisés à cet effet sont les suivants :
Le coefficient de Gini, qui mesure le degré de concentration des revenus dans une économie. Un Gini proche de zéro indique une répartition très égalitaire, tandis qu’un Gini proche de un traduit une forte concentration des revenus au bénéfice d’une minorité. Il constitue un indicateur synthétique largement utilisé pour suivre l’évolution des inégalités au fil du temps.
Les ratios entre les déciles ou quintiles de revenus, notamment le rapport entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres. Ces mesures permettent de quantifier l’écart extrême entre les populations favorisées et défavorisées et de mettre en lumière les segments de la société qui peuvent rester marginalisés malgré la croissance économique.
La part des salaires dans le PIB, qui reflète la proportion du revenu national revenant au travail par rapport au capital ou aux rentes. Une diminution de cette part traduit un affaiblissement de la redistribution par le travail et une concentration croissante des revenus au bénéfice du capital et des rentes.
La répartition de la consommation des ménages, qui complète l’analyse des revenus en indiquant la capacité effective des ménages à accéder aux biens et services. Une consommation concentrée sur un petit nombre de ménages traduit une inégalité d’accès aux ressources et un risque de fragilisation de la demande intérieure.
L’analyse sectorielle et régionale, qui permet d’identifier les disparités entre le secteur public et le secteur privé, entre les industries à forte valeur ajoutée et les activités à faible productivité, ainsi qu’entre les régions plus ou moins intégrées à l’économie nationale.
L’ensemble de ces indicateurs fournit une vision globale et détaillée des inégalités, permettant d’évaluer l’efficacité des politiques publiques, d’identifier les distorsions liées aux subventions ou aux transferts, et de guider la réorientation stratégique vers un modèle de croissance plus inclusif et équitable. En combinant ces outils, il devient possible de mesurer non seulement le niveau des inégalités, mais aussi leur évolution dans le temps et l’impact potentiel des réformes sur la redistribution et le bien-être des populations.
L’ensemble de ces instruments fournit une vision globale et détaillée des inégalités, permettant d’évaluer l’efficacité des politiques publiques, d’identifier les distorsions liées aux subventions ou aux transferts, et de guider la réorientation stratégique vers une redistribution plus efficace et socialement légitime.
Evolution du revenu national (2000-2025)
Une double analyse s’impose pour comprendre le revenu national par période et de façon générale.
2001-2008 : Reprise et accumulation
Cette période se caractérise par une reprise économique rapide entretenue par des prix du baril passant de $24 en 2001 à $97 en 2007 du fait de plusieurs facteurs (explosion de la demande en Chine et en Inde, capacités de production limitées, spéculation accrue sur les marchés à terme, tensions géopolitiques au Moyen Orient, boom du pétrole de schiste, refus de l’OPEP de réduire sa production et appréciation du dollar américain) et favorisant une forte croissance du PIB (4% en moyenne) et du Revenu Disponible (progression annuelle moyenne de 14,5 %). La transmission initiale de la rente tirée par les hydrocarbures se fait sentir dans l’ensemble des secteurs. La consommation progresse en moyenne de 6,4 % par an, mais à un rythme inférieur à celui du Revenu Disponible, ce qui suggère : une épargne croissante des ménages, une orientation des ressources vers la formation brute de capital fixe (FBCF) dont la hausse annuelle moyenne avait atteint 10,6 %), notamment dans les infrastructures et les services publics. L’épargne et l’investissement concentrés sur certains secteurs peuvent accentuer les inégalités régionales ou sectorielles. Une partie de la population peut rester marginalisée si les gains de la croissance ne sont pas redistribués efficacement.
2009-2016 : Volatilité et ajustements
Cette période est marquée par des fluctuations importantes des prix des hydrocarbures (qui passaient de $62 en 2009 à $108 en 2013 avant de chuter à $99 en 2014 et $44 en 2016) et par des politiques budgétaires contracycliques visant à stabiliser l’économie. Le Revenu Disponible Brut connaît alors des phases de faible croissance (2,5 % en 2013), voire de contraction (-2,1 en 2015), traduisant la vulnérabilité de l’économie face aux chocs externes. Les périodes de contraction réduisent le pouvoir d’achat des ménages, accentuant les inégalités de revenus. Les politiques contracycliques, bien que stabilisatrices, retardent la transmission de la croissance aux ménages.
2017-2024 : Consolidation et nouveaux défis
Après 2016, le Revenu Disponible Brut connaît une phase de consolidation, avec une hausse moyenne de 4,8% entre 2017et 2019 en raison d’une reprise de la transmission de la rente ; Il reculera de 9,2 % en 2020 et entamera une hausse continue entre 2021 et 2024 (avec une croissance de 14,7 % en moyenne). Cependant, la consommation restera modérée entre 2017 et 2019 (hausse de 1,3% en moyenne), suivie d’un recul en 2020et d’un rebond (hausse de 14,7% en moyenne entre 2021 et 2024). Ceci suggère que l’épargne ou les réserves publiques ne sont pas encore pleinement orientées vers des investissements productifs et générateurs d’emplois. Par ailleurs, une croissance du Revenu Disponible Brut a été concentrée sur certains segments de la population ce qui a pu accentuer les inégalités. L’épargne non investie dans le secteur productif limite la création d’emplois et la diffusion des revenus à l’ensemble de la population.
Analyse de la répartition (2000-2025)
Performances économiques et structure
La croissance de l’économie algérienne est restée modeste, oscillant autour de 3 % par an entre 2000 et 2025, alors que le potentiel de croissance est estimé à environ 7 %. Ce différentiel traduit la faiblesse du modèle de développement, dominé par une accumulation extensive de capital et de ressources, sans gains significatifs de productivité ni montée en gamme technologique. La consommation finale représente près de 82 % du PIB en 2024, confirmant le poids d’un modèle tiré par la dépense plutôt que par la production et l’investissement productif. Malgré un taux d’investissement élevé — autour de 32 % à 38 % du PIB selon les années — ces efforts proviennent quasi exclusivement du secteur public, c’est-à-dire de l’État et des entreprises publiques. Le secteur privé, bien que présent dans les services et le commerce, reste faiblement impliqué dans les activités manufacturières et industrielles, malgré le fait que sa valeur ajoutée cumulée dépasse aujourd’hui celle du secteur public. Ce déséquilibre structurel reflète à la fois un cadre d’affaires contraignant, une fiscalité peu incitative et un accès limité au financement.
Le niveau de vie de la population, mesuré par le PIB par habitant, n’a guère progressé au cours des quinze dernières années. Après avoir atteint environ 4 500 dollars en 2010, il s’établit autour de 4 300 dollars en 2025, traduisant une stagnation de la productivité globale et une inefficacité du modèle d’investissement. La part des salaires dans le revenu national est passée d’environ 48 % au début des années 2000 à près de 40 % en 2023, révélant un affaiblissement de la redistribution au profit des revenus de rente et de capital.
Subventions et transferts : limites et distorsions
Les subventions et transferts représentent un autre facteur de distorsion du revenu national. Coûteux, inéquitables et inefficaces, ils profitent davantage aux ménages aisés qu’aux populations vulnérables. Les produits énergétiques — carburants, électricité, gaz naturel — sont particulièrement concernés : leurs prix domestiques figurent parmi les plus bas au monde, ce qui favorise la surconsommation, le gaspillage et la contrebande transfrontalière, tout en réduisant les volumes exportables d’hydrocarbures. Ces distorsions ont aussi encouragé le développement d’industries à forte intensité de capital et freiné les investissements dans les transports publics, l’agriculture et les énergies renouvelables.
L’énergie bon marché décourage par ailleurs la sobriété énergétique et contribue à la pollution urbaine, à la congestion automobile et au réchauffement climatique. Dans le secteur agricole, les subventions mal ciblées sur des produits comme le lait en poudre ou le blé freinent les initiatives locales et entretiennent une dépendance chronique aux importations. Ces transferts massifs, en plus de peser sur les finances publiques, affaiblissent la cohérence de la politique de redistribution et détournent les ressources des investissements productifs susceptibles de relever durablement le revenu national.
Analyse des revenus salariaux et de la consommation
1. Une consommation des ménages relativement élevée et en hausse : La consommation des ménages oscille entre 30 % et 50 % du PIB, avec une moyenne d’environ 38 %. Elle atteint un pic en 2020 (≈51 %), en partie en raison des effets de la pandémie — baisse de l’investissement, hausse des transferts publics et soutien budgétaire accru. Ce niveau de consommation est élevé pour une économie dépendante des hydrocarbures, où le secteur public domine la création de revenu.
Interprétation : Une part élevée de la consommation dans le PIB traduit souvent une faible épargne et un niveau d’investissement insuffisant, surtout lorsqu’elle augmente sans progression parallèle des salaires. En Algérie, cela suggère que les ménages consomment une part importante de leur revenu malgré une croissance limitée des salaires réels, ce qui témoigne d’une dépendance à l’égard des transferts publics et des subventions plutôt que d’une croissance fondée sur les revenus du travail.
2. Une part des salaires stable mais relativement faible : La masse salariale représente en moyenne 24 % du PIB, avec une variation modérée entre 19 % et 28 %. Cette part n’a guère augmenté depuis deux décennies, malgré plusieurs revalorisations salariales dans la fonction publique.
Interprétation : Une part salariale faible et stagnante révèle une faible dynamique des revenus du travail, en particulier dans le secteur privé et informel. Dans une économie pétrolière comme l’Algérie, une part importante de la valeur ajoutée provient des rentes hydrocarbures et des entreprises publiques, où la contribution du travail est modeste comparée à celle du capital et des rentes.
3. Un écart marqué entre consommation et salaires : L’écart entre la consommation des ménages (≈38 % du PIB) et la part salariale (≈24 %) indique qu’environ un tiers de la consommation est financé par des revenus non salariaux, tels que :
- les subventions et transferts publics,
- les revenus informels,
- les rentes issues des hydrocarbures redistribuées via le budget de l’État.
Interprétation : Cette configuration montre que la consommation n’est pas principalement soutenue par les revenus du travail productif, mais plutôt par des mécanismes redistributifs et rentiers. Cela caractérise une économie de rente, où la dépense publique se substitue à une véritable génération de revenus issus de la production.
4. Implications pour la répartition du revenu national : La faible progression des salaires par rapport au PIB et la consommation élevée financée par les transferts traduisent une répartition inégale du revenu :
- Les travailleurs formels, notamment du secteur public, captent l’essentiel du revenu salarial.
- Le secteur informel et les chômeurs dépendent largement des transferts et subventions de l’État.
- Les revenus du capital et de la rente demeurent concentrés entre un nombre limité d’acteurs.
Conclusion : En Algérie, la mesure précise des inégalités reste limitée par la disponibilité et la qualité des données statistiques. Les informations sur la consommation des ménages, les revenus du capital et la répartition sectorielle sont souvent partielles ou peu détaillées, ce qui complique une évaluation fine de l’équité et l’élaboration de politiques ciblées. Pourtant, en dépit de ces limites, les données disponibles permettent de dégager des tendances significatives et de réaliser une analyse pertinente. Elles révèlent une structure de revenu marquée par les inégalités et la dépendance à la rente : la part du travail dans le revenu national reste faible et quasi stable, tandis que la consommation des ménages repose largement sur la redistribution publique plutôt que sur la progression des revenus salariaux. Ce modèle limite les incitations à la productivité, entretient la dépendance à la rente pétrolière et freine la construction d’un développement durable et inclusif.
Contraintes structurelles et orientations
L’économie algérienne reste marquée par de profondes rigidités structurelles qui limitent la productivité et la création de valeur. La dépendance aux hydrocarbures, qui assurent encore près de 90 % des recettes d’exportation et plus de 40 % des revenus budgétaires, rend la croissance vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux. L’économie domestique demeure peu diversifiée, et la contribution du secteur manufacturier au PIB reste inférieure à 6 %, un niveau insuffisant pour entraîner des effets d’entraînement sur l’emploi et les exportations hors hydrocarbures.
La structure du marché du travail reflète ces déséquilibres : la majorité des emplois créés provient des secteurs à faible productivité — commerce, services informels, construction — tandis que les activités industrielles et technologiques stagnent. Ce désalignement entre formation, compétences et besoins productifs explique la persistance d’un chômage élevé chez les jeunes diplômés et la faible progression des revenus réels.
Le système d’investissement, dominé par le secteur public, souffre d’une faible sélectivité et d’une gouvernance insuffisante. L’évaluation économique des projets est rarement fondée sur la rentabilité sociale ou la productivité attendue, ce qui conduit à une accumulation d’actifs peu performants. Parallèlement, le secteur privé reste marginalisé par des procédures administratives lourdes, un accès restreint au crédit bancaire et une incertitude réglementaire qui freine l’initiative et l’innovation.
Les contraintes institutionnelles et de gouvernance accentuent ces faiblesses. L’instabilité du cadre réglementaire, l’opacité de la dépense publique et la faiblesse des mécanismes d’évaluation réduisent la crédibilité des politiques économiques. Le système de subventions généralisées, conçu pour amortir les chocs sociaux, a fini par créer un biais anti-productif en décourageant la compétitivité et en affaiblissant les incitations à l’effort et à l’efficacité.
Face à ces limites, une réorientation stratégique s’impose : passer d’un modèle extensif — fondé sur la rente et la dépense — à un modèle intensif, axé sur la productivité, la qualité des investissements et l’innovation.
Leviers pour un modèle productif
Un modèle de croissance fondé sur la productivité reposerait sur plusieurs leviers interdépendants :
Une stratégie économique cohérente à moyen terme, articulant stabilité macroéconomique et transformation structurelle, afin de restaurer la prévisibilité et la confiance des acteurs.
Une réallocation des dépenses publiques vers l’investissement productif, l’éducation, la recherche et la transition numérique, pour créer les conditions d’une croissance auto-entretenue.
Une réforme graduelle des subventions, orientant l’aide vers les ménages vulnérables tout en libérant des ressources pour l’investissement et l’innovation.
Une modernisation du système financier, destinée à canaliser le crédit vers les projets à forte valeur ajoutée et à renforcer l’inclusion financière.
Un investissement massif dans le capital humain, à travers l’amélioration de la qualité de l’enseignement, la formation professionnelle et le développement des compétences numériques.
Un renforcement de la gouvernance économique, fondé sur la transparence budgétaire, la stabilité des règles et la responsabilisation des institutions publiques.
La transition vers un modèle fondé sur la productivité n’est pas seulement technique : elle relève d’un choix de gouvernance et de société. Elle suppose un nouveau contrat social fondé sur la justice, la performance et la transparence, où la redistribution soutient la production plutôt que la substituer. Différer cette mutation reviendrait à accroître le coût futur de l’ajustement et à prolonger la stagnation du niveau de vie.
Vers un modèle fondé sur la productivité
La sortie du modèle rentier et la construction d’une économie productive supposent une refonte stratégique des politiques économiques. Il ne s’agit pas de réduire la redistribution, mais de la rationaliser afin qu’elle soutienne la création de richesse, l’efficacité économique et l’équité sociale. Le futur modèle de croissance devra reposer sur trois piliers : la croissance et la création de valeur, la productivité et l’efficacité économique, et l’innovation inclusive.
Croissance et création de valeur
L’Algérie dispose d’un potentiel de croissance supérieur à 7 % si les ressources financières et humaines sont mieux allouées. Pour cela, la stratégie doit viser une croissance tirée par la production et la valeur ajoutée plutôt que par la dépense publique.
Il s’agit de diversifier la base productive en modernisant l’industrie, en soutenant les services à haute valeur ajoutée et en intégrant l’agriculture dans les chaînes de valeur régionales.
L’investissement privé, notamment manufacturier, doit être stimulé par un cadre réglementaire stable, un accès simplifié au financement et une concurrence loyale.
Enfin, la cohérence entre politiques macroéconomiques et réformes structurelles est essentielle pour restaurer la confiance et garantir une croissance inclusive.
Productivité et efficacité économique
La faiblesse de la productivité est aujourd’hui le principal frein à la progression du revenu national et à l’amélioration du niveau de vie.
Une meilleure allocation du capital et du travail est nécessaire pour renforcer la compétitivité et l’efficacité globale.
Les dépenses publiques doivent être réorientées vers les secteurs à fort potentiel productif (industrie, agriculture moderne, transition énergétique).
Le capital humain et technologique doit devenir un levier central : amélioration de la formation, diffusion du numérique et développement d’un tissu d’entreprises innovantes.
Un modèle de croissance intensif, fondé sur la montée en gamme industrielle et l’innovation, permettrait de générer davantage de valeur à partir des mêmes ressources, atténuant ainsi la vulnérabilité aux cycles pétroliers.
Innovation et inclusion économique
La compétitivité durable repose sur la capacité à innover et à inclure l’ensemble des acteurs économiques.
L’innovation doit être encouragée par des incitations ciblées, un cadre institutionnel stable et un financement adapté au risque.
L’inclusion économique des jeunes, des femmes et des régions défavorisées est indispensable pour élargir la base productive et réduire les inégalités.
Une innovation inclusive accroît non seulement le revenu national, mais en améliore aussi la répartition.
Réformes de l’investissement public
Les projets doivent être évalués selon des critères de rentabilité économique, de productivité et d’emploi.
L’investissement doit être priorisé dans les secteurs à haute valeur ajoutée, intégrés aux chaînes de valeur mondiales et porteurs de diversification.
Conclusion
Le modèle de croissance algérien actuel, fondé sur la rente et la dépense publique, ne permet plus d’assurer une répartition équitable du revenu national ni une amélioration durable du niveau de vie. La transition vers un modèle de croissance fondé sur la productivité, l’innovation et l’inclusion est devenue une nécessité stratégique. Cette transformation exige une refonte des politiques économiques, une modernisation institutionnelle et un engagement politique fort en faveur de la transparence, de la performance et de l’équité. C’est à ce prix que l’Algérie pourra concilier création de richesse, redistribution équitable et développement durable.





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