Algérie : anatomie des déséquilibres macroéconomiques et de leur transmission

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En bref :

Le paradoxe central : Stabilité macroéconomique apparente, mais performance durablement en deçà du potentiel
L’architecture analysée : Quatre secteurs interdépendants — réel, public, extérieur, monétaire — reliés par des mécanismes de transmission cumulatifs
La dynamique à l’œuvre : Déficits budgétaires alimentent l’inflation, qui pèse sur le change, développe l’informalité et érode la base fiscale
Le concept clé : L’« équilibre dans le déséquilibre » : l’économie ne s’effondre pas, mais s’organise autour de distorsions persistantes
graphique chuteLe coût réel : Triple sous-performance : perte de PIB, insuffisance d’emplois formels et érosion des recettes fiscales (~10 % du PIB)
La réponse nécessaire : Non des ajustements ponctuels, mais une transformation des mécanismes qui produisent et reproduisent les déséquilibres

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Résumé exécutif

Cet article propose une lecture renouvelée du fonctionnement de l’économie algérienne à partir d’un constat central : les déséquilibres macroéconomiques observés ne sont ni isolés ni transitoires, mais s’inscrivent dans des mécanismes de transmission interdépendants qui structurent durablement la dynamique économique.

L’économie algérienne présente ainsi un paradoxe apparent. Elle a su maintenir, sur longue période, une certaine stabilité macroéconomique, malgré des chocs externes significatifs, notamment liés à la volatilité des prix des hydrocarbures.

Toutefois, cette stabilité s’accompagne d’une performance économique en deçà de son potentiel, caractérisée par une croissance modérée, une productivité limitée, une compétitivité contrainte et une capacité insuffisante à générer des emplois durables.

Ce contraste révèle que la stabilité observée repose sur des équilibres spécifiques, mais fondamentalement sous-optimaux.

L’analyse développée repose sur une approche intégrée de la macroéconomie, articulée autour des interactions entre quatre grands secteurs — réel, public, extérieur et monétaire — reliés non seulement par des identités fondamentales, mais surtout par des mécanismes de transmission.

Ces mécanismes expliquent comment un déséquilibre initial, qu’il soit budgétaire, monétaire, externe ou réel, se diffuse à l’ensemble de l’économie, affecte les autres variables et tend à se reproduire dans le temps.

L’économie doit ainsi être comprise comme un système dynamique de propagation, dans lequel les déséquilibres ne disparaissent pas, mais se déplacent, se transforment et s’amplifient.

Dans ce cadre, la notion d’équilibre macroéconomique acquiert une dimension pleinement opérationnelle. Elle constitue une condition essentielle de la performance économique et repose sur un double équilibre interne et externe. L’équilibre interne renvoie à une croissance soutenable, une inflation maîtrisée et un niveau d’emploi cohérent avec le potentiel de l’économie. L’équilibre externe reflète la soutenabilité des relations avec le reste du monde, à travers un solde extérieur viable et un taux de change cohérent. Ces deux dimensions sont étroitement interdépendantes : tout déséquilibre interne se transmet au secteur extérieur, et inversement, renforçant les dynamiques de propagation.

La gestion de ces équilibres repose sur la mobilisation coordonnée des principaux instruments de politique économique — budgétaire, monétaire, de change et structurels. L’article montre que l’efficacité de ces instruments dépend moins de leur puissance individuelle que de leur cohérence d’ensemble. En l’absence de coordination, les politiques tendent à se neutraliser ou à déplacer les déséquilibres sans les corriger durablement. Le rôle du policy mix apparaît ainsi central, non seulement comme outil de stabilisation, mais comme condition de cohérence du système économique.

Au-delà des instruments, l’article met en évidence le rôle déterminant du pilotage macroéconomique. Une politique économique efficace suppose des données fiables, des cadres analytiques cohérents et une organisation institutionnelle capable d’assurer la coordination des décisions. Elle implique également des dispositifs de suivi des déséquilibres et des mécanismes d’intervention permettant d’agir de manière anticipée et cohérente, afin de limiter leur propagation.

L’analyse établit en outre un lien étroit entre performance macroéconomique et répartition du revenu national. La création de richesse dépend de la qualité des équilibres macroéconomiques, mais sa distribution est également profondément affectée par les déséquilibres. L’inflation, les distorsions de change, les inégalités d’accès au crédit et l’expansion de l’informalité modifient la répartition du revenu, affectant le pouvoir d’achat, les incitations économiques et la cohésion sociale. Ainsi, les déséquilibres ne réduisent pas seulement la taille du revenu national ; ils en altèrent également la structure et la distribution.

L’un des apports majeurs de l’article consiste à mettre en évidence les coûts du régime de déséquilibre, qui se traduisent par une triple sous-performance macroéconomique. Premièrement, une perte de produit intérieur brut, liée à une croissance durablement inférieure au potentiel et traduisant une sous-production chronique. Deuxièmement, une dégradation de la dynamique de l’emploi, caractérisée par une insuffisance de création d’emplois formels et productifs, compensée partiellement par l’expansion de l’informalité. Troisièmement, une érosion des recettes fiscales, résultant de la faiblesse de la base taxable, de la structure productive et des comportements de contournement. Ces trois dimensions sont interdépendantes et s’inscrivent dans une dynamique cumulative qui réduit les marges de manœuvre de la politique économique.

Sur le plan théorique, l’article introduit une contribution centrale à travers le concept d’« équilibre dans le déséquilibre ». Contrairement à la vision standard, dans laquelle les déséquilibres sont temporaires et corrigés par les mécanismes de marché, l’analyse montre que certaines économies peuvent se stabiliser dans des configurations où les déséquilibres persistent, s’organisent et deviennent des éléments structurants du système. Dans ce régime, les agents développent des stratégies d’adaptation — notamment à travers l’informalité et les marchés parallèles — qui permettent au système de fonctionner sans corriger ses inefficiences. L’économie reste stable, mais elle sous-performe durablement.

Cette approche conduit à proposer une typologie des régimes macroéconomiques distinguant un régime d’équilibre, un régime intermédiaire et un régime de déséquilibre structuré. L’économie algérienne s’inscrit largement dans ce dernier, caractérisé par la persistance des déséquilibres, leur interdépendance et leur intégration dans le fonctionnement du système. Cette configuration explique à la fois la capacité de l’économie à éviter des crises ouvertes et son incapacité à converger vers une trajectoire de croissance plus élevée et plus soutenable.

Enfin, l’article met en évidence le caractère cumulatif et auto-renforçant des déséquilibres macroéconomiques en Algérie. Les déficits budgétaires alimentent l’inflation, qui affecte le taux de change et favorise l’informalité. L’expansion de l’informalité réduit la base fiscale, ce qui accentue à nouveau les déséquilibres budgétaires. Ces mécanismes de rétroaction expliquent la persistance des tensions et la difficulté à les résorber.

Le message central de l’article est clair : le problème ne réside pas uniquement dans l’existence de déséquilibres, mais dans le système qui les produit et les reproduit. Dès lors, les politiques économiques ne peuvent se limiter à des ajustements ponctuels. Elles doivent viser une transformation plus profonde des mécanismes de fonctionnement de l’économie, à travers une stratégie cohérente, une coordination renforcée des politiques et une amélioration des institutions.

Le véritable enjeu des réformes n’est pas de corriger des déséquilibres isolés, mais de transformer un régime macroéconomique qui organise leur persistance et limite durablement le potentiel de croissance, d’emploi et de mobilisation des ressources publiques.

Introduction

Avant de réformer une économie, il est indispensable de comprendre en profondeur les mécanismes qui structurent son fonctionnement.

L’économie algérienne présente un paradoxe apparent. Elle a su préserver, sur de longues périodes, une forme de stabilité macroéconomique relative, malgré des chocs externes significatifs, notamment liés à la volatilité des prix des hydrocarbures. Cette résilience, souvent mise en avant dans les analyses institutionnelles (FMI, 2023 ; Banque mondiale, 2022), contraste toutefois avec une performance économique en deçà de son potentiel, caractérisée par une croissance modérée, une productivité limitée, une compétitivité contrainte et une capacité insuffisante à créer des emplois durables.

Ce contraste entre stabilité et sous-performance appelle une lecture renouvelée du fonctionnement de l’économie. Les approches traditionnelles, centrées sur l’analyse de déséquilibres isolés — déficit budgétaire, inflation, déséquilibres extérieurs ou dualité du marché des changes — permettent d’identifier des fragilités, mais peinent à expliquer leur persistance et leur interaction dans le temps (Blanchard & Johnson, 2017 ; Dornbusch et al., 1998).

Cette persistance suggère que les déséquilibres observés ne relèvent pas de dysfonctionnements ponctuels, mais s’inscrivent dans une logique de fonctionnement plus profonde. L’économie ne peut être appréhendée comme une juxtaposition de variables indépendantes, mais comme un système structuré d’interactions, dans lequel les mécanismes de transmission génèrent des dynamiques cumulatives (IMF, Financial Programming Framework ; Mankiw, 2019). Dans ce cadre, en l’absence de mesures correctives cohérentes, les déséquilibres tendent à se reproduire : ils ne disparaissent pas, mais se déplacent, se transforment et s’inscrivent dans des enchaînements qui assurent leur continuité. L’économie fonctionne ainsi autour d’équilibres spécifiques, compatibles avec une certaine stabilité, mais sous-optimaux du point de vue de la croissance, de la productivité et de l’allocation des ressources — avec un coût économique élevé accumulé dans le temps.

Dans cette perspective, le présent travail propose une véritable radioscopie du fonctionnement de l’économie algérienne. Il vise à mettre en évidence les mécanismes internes qui structurent sa dynamique, à identifier les contraintes qui limitent ses performances et à éclairer les interactions entre les différentes variables macroéconomiques. L’objectif est double : d’une part, comprendre comment l’économie fonctionne réellement — au-delà des indicateurs apparents — et, d’autre part, fournir une base analytique solide pour la formulation de politiques macroéconomiques plus cohérentes et plus efficaces.

Car la compréhension des dynamiques macroéconomiques ne constitue pas un exercice purement académique. Elle est une condition préalable à toute action publique pertinente. Sans une lecture claire des mécanismes de transmission, les politiques économiques risquent de rester fragmentées, au risque de déplacer les déséquilibres plutôt que de les résorber (Tinbergen, 1952 ; Mundell, 1962).

Toutefois, cette compréhension, à elle seule, ne suffit pas. Encore faut-il qu’elle s’inscrive dans un cadre institutionnel adapté. La conduite efficace de la politique économique suppose l’existence d’une stratégie macroéconomique explicite, fondée sur des objectifs clairs et une hiérarchisation des priorités. Elle requiert également un centre de décision capable d’assurer la cohérence et la coordination des politiques macroéconomiques — budgétaire, monétaire et de change — ainsi que des politiques structurelles et sectorielles, afin d’éviter les contradictions et les pertes d’efficacité.

Elle implique, en outre, la mise en place d’instruments de suivi rigoureux des développements économiques, permettant d’anticiper les déséquilibres et d’évaluer en temps réel les effets des politiques mises en œuvre. Enfin, elle suppose l’existence de protocoles d’action clairement définis en cas de choc externe ou de crise, condition essentielle dans le cas d’une économie fortement dépendante des hydrocarbures.

L’analyse s’organise autour d’une approche intégrée. Elle commence par une lecture des interrelations macroéconomiques entre les principaux secteurs de l’économie, avant d’identifier les mécanismes de transmission qui structurent son fonctionnement et de clarifier le concept d’équilibre dans le contexte des économies contraintes. Elle met ensuite en évidence le rôle des politiques économiques et les conditions nécessaires à la mise en place de stratégies efficaces à court, moyen et long terme.

L’ambition de ce travail est ainsi de proposer une grille de lecture globale, cohérente et opérationnelle, permettant non seulement de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre, mais aussi d’identifier les leviers d’action susceptibles d’engager l’économie sur une trajectoire de croissance plus soutenue et plus inclusive.

En définitive, l’équilibre ne disparaît jamais : il se déplace. Encore faut-il comprendre où, comment et pourquoi — et dans quelles conditions il devient lui-même le vecteur de déséquilibres persistants.

Partie 1. Architecture macroéconomique et mécanismes de transmission des déséquilibres

I. Les quatre grands secteurs : une lecture intégrée de l’économie

L’analyse macroéconomique moderne repose sur une représentation intégrée de l’économie structurée autour de quatre grands secteurs : le secteur réel, le secteur extérieur, le secteur public et le secteur monétaire et financier. Cette approche, largement mobilisée dans les cadres de programmation macroéconomique (FMI, Financial Programming Framework), permet de dépasser une lecture fragmentée de l’économie en mettant en évidence la cohérence d’ensemble des relations économiques.

  • Le secteur réel constitue le socle de l’activité économique. Il regroupe la production, le revenu et la demande globale, et reflète la capacité de l’économie à générer de la valeur ajoutée, à créer des emplois et à soutenir la croissance. Il est retracé dans les comptes nationaux et constitue le point d’ancrage de l’analyse macroéconomique (Blanchard & Johnson, 2017).
  • Le secteur extérieur décrit les relations avec le reste du monde à travers la balance des paiements, qui enregistre les échanges de biens et services ainsi que les flux de capitaux. Il conditionne la soutenabilité externe de l’économie et sa capacité à financer ses besoins, notamment dans les économies dépendantes des exportations de ressources naturelles (Krugman & Obstfeld, 2009).
  • Le secteur public regroupe les opérations de l’État — recettes, dépenses et solde budgétaire — et joue un rôle central dans l’orientation de la demande, la redistribution des ressources et la stabilisation de l’activité. Ses opérations sont retracées dans le tableau des opérations financières de l’État (TOFE) et constituent souvent, dans les économies en développement, un point d’origine majeur des déséquilibres macroéconomiques (Tanzi & Zee, 2000).
  • Le secteur monétaire et financier assure l’intermédiation entre l’épargne et l’investissement. Il détermine les conditions de financement de l’économie à travers la création monétaire, l’allocation du crédit et le fonctionnement du système bancaire. Les agrégats monétaires et les bilans de la banque centrale permettent d’en analyser les dynamiques (Mishkin, 2016).

Pris isolément, chacun de ces secteurs décrit une dimension spécifique de l’économie. Mais c’est leur interaction qui en détermine le fonctionnement réel. L’économie doit ainsi être appréhendée comme un système intégré, dans lequel les relations entre secteurs priment sur l’analyse des variables prises séparément.

II. Interrelations sectorielles et mécanismes de transmission

Les quatre grands secteurs de l’économie ne peuvent être analysés de manière indépendante.

 Ils sont liés par des identités macroéconomiques fondamentales et, surtout, par des mécanismes de transmission qui assurent la cohérence du système économique (Mankiw, 2019). Toute variation dans un secteur se propage aux autres, révélant une interdépendance structurelle des variables macroéconomiques.

Ainsi, un déséquilibre initial ne reste jamais circonscrit. Un déficit budgétaire génère un besoin de financement qui se transmet au système financier, affectant la liquidité et le crédit. L’expansion du crédit stimule la demande globale, avec des répercussions sur les importations et le solde extérieur. De même, un choc externe — notamment sur les prix des hydrocarbures — se transmet simultanément aux recettes publiques, à la croissance et aux équilibres financiers.

L’économie apparaît ainsi comme un système de propagation, dans lequel les déséquilibres se diffusent à travers différents canaux et produisent des effets en chaîne.

Dans cette perspective, le cadre de la programmation financière offre une grille d’analyse particulièrement pertinente.

 Il repose sur une représentation intégrée de l’économie à travers quatre comptes fondamentaux interdépendants — réel, public, extérieur et monétaire — reliés par des identités macroéconomiques assurant la cohérence globale (IMF, 1987 ; Polak, 1997).

  • Le compte du secteur réel met en relation la production et la demande globale — consommation, investissement, dépenses publiques et exportations nettes. Toute expansion de la demande non soutenue par l’offre se traduit soit par des tensions inflationnistes, soit par une augmentation des importations, affectant directement le secteur extérieur.
  • Le compte du secteur public met en évidence le rôle central du financement du déficit. Selon le mode de financement — monétaire, bancaire ou externe — les effets sur la liquidité, l’inflation et le crédit diffèrent, illustrant les canaux de transmission budgétaire (Sargent & Wallace, 1981).
  • Le compte du secteur extérieur repose sur l’identité entre épargne et investissement. Un déficit courant traduit une insuffisance d’épargne interne et implique un recours au financement externe, tandis qu’un excédent reflète une capacité de financement. Ce compte constitue ainsi un révélateur des déséquilibres internes et de leur soutenabilité.
  • Le compte monétaire et financier relie la masse monétaire aux avoirs extérieurs nets et au crédit intérieur. Le mécanisme de transmission monétaire s’exerce principalement à travers les flux extérieurs et le financement interne, en particulier celui du secteur public. Le financement monétaire des déficits se traduit généralement par une expansion de la masse monétaire et des pressions inflationnistes (Friedman, 1968).
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L’apport essentiel de ce cadre réside dans l’imbrication de ces mécanismes. Un choc initial se diffuse progressivement à l’ensemble de l’économie. Par exemple, un déficit budgétaire financé par le crédit entraîne une augmentation de la liquidité, qui stimule la demande, alimente l’inflation et dégrade la compétitivité. Cette perte de compétitivité se traduit par une hausse des importations et une détérioration du solde extérieur, exerçant à son tour une pression sur les réserves de change et la stabilité monétaire.

Ces mécanismes ne sont ni indépendants ni ponctuels. Ils s’enchaînent, se renforcent et produisent des effets cumulés. Une inflation persistante peut, par exemple, affaiblir la crédibilité de la politique monétaire, modifier les comportements de détention d’actifs et réduire l’efficacité de l’intermédiation financière. De même, une allocation inefficace du crédit peut limiter l’investissement productif et freiner durablement la croissance.

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L’économie apparaît ainsi comme un système cohérent de mécanismes de transmission interdépendants, dans lequel les déséquilibres se propagent, se transforment et s’amplifient. Comprendre ces mécanismes est essentiel pour analyser les dynamiques macroéconomiques et constitue une base indispensable pour la formulation de politiques économiques efficaces.

Au-delà des mécanismes de transmission, c’est bien la question de l’équilibre macroéconomique qui se pose : non pas comme un état statique, mais comme une construction dynamique, sans cesse remise en cause par les déséquilibres qui traversent l’économie.

III. L’équilibre macroéconomique : condition de performance, d’efficience et de soutenabilité

Dans ce cadre analytique, la notion d’équilibre macroéconomique acquiert une portée pleinement opérationnelle. Elle ne se limite pas à une construction théorique, mais constitue une condition structurante de la performance économique, au cœur des dynamiques de croissance, de stabilité et de crédibilité (Blanchard & Johnson, 2017 ; Mankiw, 2019).

Plus fondamentalement, la question de l’équilibre dépasse le simple objectif de stabilisation conjoncturelle. Elle conditionne directement l’efficacité de l’allocation des ressources, la qualité de l’investissement et, in fine, le niveau de croissance potentielle de l’économie. Une économie durablement déséquilibrée ne peut fonctionner de manière efficiente : elle mobilise ses ressources de manière sous-optimale, génère des signaux de prix biaisés et entretient des dynamiques qui freinent la création de richesse (Rodrik, 2008).

Un équilibre macroéconomique efficient repose sur deux dimensions indissociables et complémentaires : l’équilibre interne et l’équilibre externe, dont l’articulation constitue un principe fondamental de la macroéconomie ouverte (Mundell, 1962 ; Swan, 1960).

L’équilibre interne renvoie à une configuration dans laquelle l’économie utilise ses ressources de manière optimale, sans tensions inflationnistes ni sous-utilisation persistante des capacités productives. Il se traduit par une croissance soutenable, une inflation maîtrisée et un niveau d’emploi cohérent avec le potentiel de production. Cet équilibre suppose une adéquation entre la demande globale et l’offre productive, ainsi qu’un fonctionnement fluide des mécanismes de formation des prix, de transmission monétaire et d’allocation du capital.

L’équilibre externe, pour sa part, renvoie à la soutenabilité des relations économiques avec le reste du monde. Il se matérialise par un solde courant compatible avec les fondamentaux de l’économie, une capacité à financer durablement les importations et à honorer les engagements extérieurs, ainsi qu’un taux de change reflétant les conditions réelles de compétitivité. Il constitue un indicateur central de la cohérence entre la structure productive interne et l’insertion de l’économie dans les échanges internationaux (Krugman & Obstfeld, 2009).

Ces deux dimensions sont profondément interdépendantes et s’articulent à travers des mécanismes de transmission puissants. Un déséquilibre interne — par exemple une expansion excessive de la demande alimentée par des déficits budgétaires ou un financement monétaire — se traduit généralement par une détérioration du solde extérieur, via une hausse des importations, une pression sur les réserves de change et une dépréciation du taux de change. À l’inverse, un déséquilibre externe — tel qu’un déficit courant persistant ou une chute des recettes d’exportation — impose des ajustements internes, souvent sous forme de ralentissement de la croissance, de contraction de l’investissement ou de tensions sur l’emploi.

Dans ce contexte, la gestion macroéconomique consiste fondamentalement à assurer la cohérence simultanée de ces deux équilibres, dans une logique de soutenabilité dynamique et non de simple stabilisation statique. Il ne s’agit pas uniquement d’atteindre un point d’équilibre à un instant donné, mais de maintenir une trajectoire crédible dans le temps, capable d’absorber les chocs internes et externes — une problématique centrale dans les cadres de surveillance macroéconomique (FMI, Article IV).

Un équilibre macroéconomique efficient se caractérise ainsi par plusieurs propriétés fondamentales. Il repose d’abord sur la cohérence entre les différents secteurs de l’économie — réel, budgétaire, externe et financier — garantissant l’absence de désajustements majeurs. Il implique également une stabilité des prix et des anticipations, condition essentielle à la formation de décisions d’investissement rationnelles (Friedman, 1968). Il suppose, en outre, une soutenabilité des finances publiques, limitant le recours au financement monétaire et les effets d’éviction sur le secteur privé (Sargent & Wallace, 1981). Il requiert enfin un système financier capable d’allouer efficacement l’épargne vers les investissements productifs (Levine, 2005).

Ces conditions réunies permettent une allocation optimale des ressources, renforcent la productivité globale et créent un environnement propice à l’investissement et à l’innovation. Elles constituent le socle d’une croissance durable, inclusive et résiliente.

À l’inverse, des déséquilibres persistants — qu’ils soient internes ou externes — altèrent les signaux économiques, désorganisent les mécanismes d’allocation, accroissent l’incertitude et dégradent l’environnement des affaires. Ils se traduisent, à terme, par une perte de compétitivité, une érosion du pouvoir d’achat, une fragilisation des équilibres financiers et une limitation du potentiel de croissance.

C’est précisément pour cette raison que la restauration de l’équilibre macroéconomique constitue un impératif de politique économique, et non une option. Elle ne relève pas uniquement d’un objectif de stabilisation, mais d’une condition préalable à toute amélioration durable de la performance et de l’efficience économique.

L’objectif fondamental de la politique économique est donc clair : assurer le rétablissement et le maintien d’un double équilibre — interne et externe — cohérent, crédible et soutenable, condition indispensable à une trajectoire macroéconomique stable et performante.

III. L’équilibre macroéconomique : condition de performance, d’efficience et de soutenabilité

Dans ce cadre analytique, la notion d’équilibre macroéconomique acquiert une portée pleinement opérationnelle. Elle ne se limite pas à une construction théorique, mais constitue une condition structurante de la performance économique, au cœur des dynamiques de croissance, de stabilité et de crédibilité (Blanchard & Johnson, 2017 ; Mankiw, 2019).

Plus fondamentalement, la question de l’équilibre dépasse le simple objectif de stabilisation conjoncturelle. Elle conditionne directement l’efficacité de l’allocation des ressources, la qualité de l’investissement et, in fine, le niveau de croissance potentielle de l’économie. Une économie durablement déséquilibrée ne peut fonctionner de manière efficiente : elle mobilise ses ressources de manière sous-optimale, génère des signaux de prix biaisés et entretient des dynamiques qui freinent la création de richesse (Rodrik, 2008).

Un équilibre macroéconomique efficient repose sur deux dimensions indissociables et complémentaires : l’équilibre interne et l’équilibre externe, dont l’articulation constitue un principe fondamental de la macroéconomie ouverte (Mundell, 1962 ; Swan, 1960).

L’équilibre interne renvoie à une configuration dans laquelle l’économie utilise ses ressources de manière optimale, sans tensions inflationnistes ni sous-utilisation persistante des capacités productives. Il se traduit par une croissance soutenable, une inflation maîtrisée et un niveau d’emploi cohérent avec le potentiel de production. Cet équilibre suppose une adéquation entre la demande globale et l’offre productive, ainsi qu’un fonctionnement fluide des mécanismes de formation des prix, de transmission monétaire et d’allocation du capital.

L’équilibre externe, pour sa part, renvoie à la soutenabilité des relations économiques avec le reste du monde. Il se matérialise par un solde courant compatible avec les fondamentaux de l’économie, une capacité à financer durablement les importations et à honorer les engagements extérieurs, ainsi qu’un taux de change reflétant les conditions réelles de compétitivité. Il constitue un indicateur central de la cohérence entre la structure productive interne et l’insertion de l’économie dans les échanges internationaux (Krugman & Obstfeld, 2009).

Ces deux dimensions sont profondément interdépendantes et s’articulent à travers des mécanismes de transmission puissants. Un déséquilibre interne — par exemple une expansion excessive de la demande alimentée par des déficits budgétaires ou un financement monétaire — se traduit généralement par une détérioration du solde extérieur, via une hausse des importations, une pression sur les réserves de change et une dépréciation du taux de change. À l’inverse, un déséquilibre externe — tel qu’un déficit courant persistant ou une chute des recettes d’exportation — impose des ajustements internes, souvent sous forme de ralentissement de la croissance, de contraction de l’investissement ou de tensions sur l’emploi.

Dans ce contexte, la gestion macroéconomique consiste fondamentalement à assurer la cohérence simultanée de ces deux équilibres, dans une logique de soutenabilité dynamique et non de simple stabilisation statique. Il ne s’agit pas uniquement d’atteindre un point d’équilibre à un instant donné, mais de maintenir une trajectoire crédible dans le temps, capable d’absorber les chocs internes et externes — une problématique centrale dans les cadres de surveillance macroéconomique (FMI, Article IV).

Un équilibre macroéconomique efficient se caractérise ainsi par plusieurs propriétés fondamentales. Il repose d’abord sur la cohérence entre les différents secteurs de l’économie — réel, budgétaire, externe et financier — garantissant l’absence de désajustements majeurs. Il implique également une stabilité des prix et des anticipations, condition essentielle à la formation de décisions d’investissement rationnelles (Friedman, 1968). Il suppose, en outre, une soutenabilité des finances publiques, limitant le recours au financement monétaire et les effets d’éviction sur le secteur privé (Sargent & Wallace, 1981). Il requiert enfin un système financier capable d’allouer efficacement l’épargne vers les investissements productifs (Levine, 2005).

Ces conditions réunies permettent une allocation optimale des ressources, renforcent la productivité globale et créent un environnement propice à l’investissement et à l’innovation. Elles constituent le socle d’une croissance durable, inclusive et résiliente.

À l’inverse, des déséquilibres persistants — qu’ils soient internes ou externes — altèrent les signaux économiques, désorganisent les mécanismes d’allocation, accroissent l’incertitude et dégradent l’environnement des affaires. Ils se traduisent, à terme, par une perte de compétitivité, une érosion du pouvoir d’achat, une fragilisation des équilibres financiers et une limitation du potentiel de croissance.

C’est précisément pour cette raison que la restauration de l’équilibre macroéconomique constitue un impératif de politique économique, et non une option. Elle ne relève pas uniquement d’un objectif de stabilisation, mais d’une condition préalable à toute amélioration durable de la performance et de l’efficience économique.

L’objectif fondamental de la politique économique est donc clair : assurer le rétablissement et le maintien d’un double équilibre — interne et externe — cohérent, crédible et soutenable, condition indispensable à une trajectoire macroéconomique stable et performante.

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Partie 2. La conduite de la politique macroéconomique : instruments, interactions et cohérence du policy mix

I. Les instruments macroéconomiques : nature et champs d’action

La gestion macroéconomique repose sur un ensemble d’instruments à travers lesquels les autorités publiques orientent l’activité économique. Ces leviers constituent les principaux canaux d’intervention sur la croissance, la stabilité des prix, les équilibres externes et les conditions de financement de l’économie (Tinbergen, 1952 ; Blanchard & Johnson, 2017).

Quatre grandes catégories d’instruments peuvent être distinguées.

  • La politique budgétaire agit à travers les dépenses publiques et les recettes fiscales. Elle influence directement la demande globale, la redistribution des revenus et l’allocation des ressources. Dans de nombreuses économies, en particulier celles où l’État joue un rôle central, elle constitue un levier déterminant de la dynamique économique.
  • La politique monétaire intervient sur la liquidité, le crédit et les taux d’intérêt. Elle joue un rôle clé dans la maîtrise de l’inflation et dans la régulation des conditions de financement de l’économie (Mishkin, 2016).
  • La politique de change agit sur les prix relatifs entre l’économie nationale et le reste du monde. Elle influence la compétitivité, les échanges extérieurs et la position extérieure globale, notamment dans les économies ouvertes ou dépendantes des importations (Krugman & Obstfeld, 2009).
  • Enfin, les politiques structurelles agissent sur le fonctionnement du secteur réel en influençant la productivité, l’efficacité de l’investissement, la flexibilité des marchés et la qualité des institutions. Elles déterminent, à moyen et long terme, le potentiel de croissance de l’économie (Rodrik, 2008).

Pris isolément, ces instruments permettent d’influencer certaines variables spécifiques. Toutefois, leur portée réelle ne peut être pleinement comprise qu’en tenant compte des interactions qui les relient.

II. Des instruments interdépendants : une logique de transmission croisée

Les instruments de politique économique ne fonctionnent pas de manière indépendante. Toute action sur un levier donné se diffuse à l’ensemble de l’économie à travers des mécanismes de transmission interdépendants.

Ainsi, une expansion budgétaire peut soutenir l’activité en stimulant la demande, mais elle peut également générer des tensions inflationnistes et accroître les importations, affectant le solde extérieur. De même, un resserrement monétaire peut contenir l’inflation, mais au prix d’un ralentissement du crédit et de l’investissement. Une modification du taux de change peut améliorer la compétitivité externe, tout en produisant des effets sur les prix internes et sur le pouvoir d’achat.

Ces interactions illustrent une réalité essentielle : les politiques économiques produisent des effets multiples, souvent au-delà de leur objectif initial. Elles s’inscrivent dans un système de transmission croisée, dans lequel chaque instrument influence simultanément plusieurs variables macroéconomiques (Mundell, 1962).

Dans ce contexte, l’analyse des politiques économiques ne peut se limiter à une approche instrument par instrument. Elle doit intégrer les interdépendances qui structurent le fonctionnement du système économique.

III. Les limites d’une action fragmentée

L’expérience montre que l’utilisation isolée des instruments de politique économique est non seulement insuffisante, mais souvent inefficace.

Une politique monétaire restrictive peut être neutralisée par une politique budgétaire expansionniste. Un ajustement du taux de change peut être rapidement absorbé par des tensions inflationnistes internes. Une relance de la demande, en l’absence de capacités productives suffisantes, peut se traduire par une augmentation des importations plutôt que par une hausse durable de la production.

Dans ces configurations, les déséquilibres ne sont pas corrigés. Ils se déplacent au sein de l’économie et peuvent même s’amplifier. Une action fragmentée ne traite pas les causes profondes des déséquilibres, mais en modifie simplement la forme.

Ce constat rejoint un principe fondamental de la politique économique : l’existence d’un nombre limité d’instruments impose une hiérarchisation des objectifs et une cohérence dans leur utilisation (Tinbergen, 1952). En l’absence de coordination, les politiques peuvent devenir contradictoires et réduire leur efficacité globale.

IV. Le rôle central de la cohérence du policy mix

La performance macroéconomique dépend avant tout de la cohérence du policy mix, c’est-à-dire de la manière dont les différents instruments sont combinés et articulés dans une stratégie d’ensemble.

Cette cohérence suppose une coordination étroite entre les politiques budgétaire, monétaire, de change et structurelles. Elle implique également une convergence des objectifs poursuivis, ainsi qu’une articulation entre les horizons de court, moyen et long terme (FMI, 2023 ; OECD, 2020).

Lorsqu’elle est assurée, cette cohérence permet de stabiliser l’économie, d’améliorer l’allocation des ressources et de soutenir une croissance durable. Elle renforce la crédibilité des politiques publiques, ancre les anticipations des agents économiques et améliore l’efficacité des mécanismes de transmission.

À l’inverse, en l’absence de coordination, les politiques économiques peuvent devenir incohérentes, voire contradictoires. Les déséquilibres persistent, se transforment et finissent par fragiliser l’ensemble du système économique.

En définitive, ce n’est pas la puissance des instruments qui détermine la performance macroéconomique, mais leur cohérence et leur articulation dans une stratégie globale. La politique économique ne doit pas être conçue comme une juxtaposition d’interventions, mais comme un système coordonné d’actions visant à assurer la stabilité et la soutenabilité de l’économie.

Le tableau suivant synthétise les principaux instruments, leurs canaux de transmission et leurs effets macroéconomiques.

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Partie 3. Pilotage macroéconomique : information, analyse et coordination des décisions

I. Piloter l’économie : comprendre pour agir

La conduite de la politique économique ne peut être efficace sans une compréhension précise, cohérente et actualisée de la situation macroéconomique. Avant d’agir, il est indispensable d’observer les évolutions de l’économie, de les interpréter correctement et d’en tirer des décisions adaptées. Le pilotage macroéconomique repose ainsi sur une articulation étroite entre connaissance et action, au cœur des cadres modernes de surveillance économique (FMI, Article IV).

Lorsque cette articulation est absente, les politiques deviennent fragmentées, souvent tardives et parfois inefficaces. Le pilotage de l’économie suppose donc de dépasser une logique d’intervention ponctuelle pour s’inscrire dans un processus continu, fondé sur l’observation, l’analyse et la décision, dans une perspective dynamique et anticipative (OECD, 2020).

II. Mesurer l’économie : le rôle central des statistiques

La première étape du pilotage consiste à mesurer l’économie de manière fiable, cohérente et régulière. Cette mesure repose sur un ensemble de systèmes statistiques qui permettent de suivre les principales évolutions macroéconomiques (IMF, Data Quality Assessment Framework).

Les comptes nationaux offrent une vision globale de la production, de la croissance et de la structure de la demande. Les statistiques des finances publiques permettent de suivre l’évolution des recettes, des dépenses et du solde budgétaire, ainsi que les modalités de son financement. La balance des paiements retrace les relations économiques avec le reste du monde et constitue un indicateur central de la soutenabilité externe. Les statistiques monétaires et financières permettent d’analyser la liquidité, le crédit et les conditions de financement de l’économie.

À ces cadres s’ajoutent des indicateurs clés — inflation, chômage, taux de change, réserves de change — qui permettent de capter les tensions émergentes. Toutefois, la production de données ne suffit pas. Encore faut-il qu’elles soient fiables, cohérentes et disponibles dans des délais compatibles avec la prise de décision. Un décalage entre la réalité économique et l’information disponible réduit fortement la capacité d’anticipation des autorités (IMF, 2017).

III. Comprendre les données : le rôle des cadres analytiques

Les données économiques ne prennent pleinement leur sens que si elles sont analysées et mises en cohérence. C’est le rôle des cadres analytiques, qui permettent de relier les variables entre elles, d’identifier les mécanismes à l’œuvre et de comprendre les dynamiques macroéconomiques (Blanchard, 2018).

Ces cadres permettent notamment d’identifier les mécanismes de transmission à travers lesquels un déséquilibre initial se diffuse à l’ensemble de l’économie, d’évaluer les effets des politiques économiques et d’apprécier leur capacité à corriger les tensions existantes. Ils constituent également un outil essentiel pour l’élaboration de scénarios, l’analyse prospective et l’évaluation des risques.

Ainsi, le pilotage macroéconomique ne repose pas uniquement sur l’observation des données, mais sur la capacité à transformer l’information en diagnostic, puis en décision, dans une logique de cohérence et d’anticipation.

IV. Organiser l’action : le rôle déterminant des institutions

Même en présence de données de qualité et d’une analyse pertinente, la politique économique ne peut être efficace sans une organisation institutionnelle adaptée. Les différents instruments de politique économique — budgétaire, monétaire, de change et structurels — sont généralement gérés par des institutions distinctes.

En l’absence de coordination, leurs actions peuvent devenir incohérentes, voire contradictoires. Un pilotage efficace suppose donc l’existence d’un cadre institutionnel capable d’assurer la cohérence d’ensemble des politiques, de coordonner les décisions et d’arbitrer entre les différents objectifs (North, 1990 ; IMF, 2020).

Il implique également une communication claire et crédible, afin d’ancrer les anticipations des agents économiques et de renforcer l’efficacité des politiques mises en œuvre. Sans cette cohérence institutionnelle, même les meilleures analyses restent insuffisantes pour assurer un pilotage macroéconomique efficace.

V. Suivre les déséquilibres et agir de manière anticipée

Le pilotage macroéconomique ne consiste pas seulement à observer, mais aussi à réagir de manière appropriée et en temps utile. Le suivi régulier des indicateurs économiques permet d’identifier les tensions dès leur apparition et d’éviter qu’elles ne se transforment en déséquilibres majeurs. Ce suivi doit être accompagné de mécanismes d’intervention clairement définis. Il ne suffit pas de constater les déséquilibres ; il faut être en mesure d’agir rapidement, en mobilisant les instruments appropriés selon une séquence cohérente. L’enjeu est de passer d’une logique de réaction tardive à une logique d’anticipation, fondée sur la capacité à détecter les risques et à intervenir avant qu’ils ne deviennent critiques. Cette dimension est particulièrement centrale dans les économies exposées à des chocs externes fréquents, où la réactivité des politiques conditionne la stabilité macroéconomique.

VI. Un système cohérent pour des politiques efficaces

Au total, le pilotage macroéconomique repose sur trois dimensions indissociables : la qualité de l’information, la pertinence de l’analyse et la cohérence de l’organisation institutionnelle. L’absence de l’un de ces éléments fragilise l’ensemble du dispositif. Une politique économique, même bien conçue, ne peut produire ses effets si elle repose sur une information imparfaite, une analyse insuffisante ou une coordination défaillante. À l’inverse, lorsque ces trois dimensions sont réunies, les autorités sont en mesure de mieux comprendre les déséquilibres, de prendre des décisions cohérentes et d’améliorer l’efficacité des politiques mises en œuvre. Le pilotage macroéconomique ne constitue donc pas un simple outil technique. Il est une condition essentielle de la performance économique et de la capacité d’un pays à maîtriser durablement sa trajectoire de développement.

Pilotage de l’économie

Partie 4. Équilibres macroéconomiques, création de richesse et distribution du revenu national

I. Performance macroéconomique et création du revenu

La performance macroéconomique constitue le fondement de la création du revenu national. Elle reflète la capacité d’une économie à produire de la richesse de manière durable, à mobiliser efficacement ses ressources et à transformer l’investissement en croissance réelle (Solow, 1956 ; Barro, 1990).

Toutefois, cette performance ne se réduit pas au seul taux de croissance. Elle dépend également de la qualité de cette croissance, c’est-à-dire de son contenu en productivité, de l’efficacité de l’allocation du capital et de la capacité de l’économie à générer des emplois et des revenus durables (Stiglitz, Sen & Fitoussi, 2009).

Une croissance alimentée par des déséquilibres — qu’il s’agisse d’une expansion excessive de la demande, d’un financement monétaire ou d’une dépendance à une rente externe — peut donner l’illusion d’une création de richesse, sans en assurer la solidité ni la pérennité. Elle tend à produire des effets transitoires, au prix d’une accumulation de déséquilibres qui fragilisent la trajectoire de croissance.

Dans ce cadre, la relation entre performance macroéconomique et revenu national peut être exprimée à travers l’identité macroéconomique fondamentale :

Y=C+I+G+(X−M)

où Y représente le revenu national, C la consommation, I l’investissement, G les dépenses publiques et (X−M) le solde extérieur (Keynes, 1936).

Lorsque les équilibres macroéconomiques sont fragilisés, chacun de ces composants est affecté. L’inflation perturbe la consommation, l’incertitude freine l’investissement, les contraintes budgétaires limitent l’action publique et les déséquilibres externes pèsent sur les échanges. L’économie produit alors moins de richesse qu’elle ne pourrait dans un environnement plus stable et plus efficient.

II. Le revenu national : production et répartition

Le revenu national peut être appréhendé selon deux perspectives complémentaires. Du point de vue de la production, il correspond à la somme des richesses créées dans l’économie. Cette approche permet d’identifier les moteurs de la croissance et d’évaluer la contribution respective des différentes composantes de la demande globale. Du point de vue de la répartition, le revenu national se partage entre les revenus du travail, les revenus du capital et les transferts. Les salaires rémunèrent le travail, les profits et les intérêts rémunèrent le capital, tandis que les transferts reflètent les mécanismes de redistribution mis en place par l’État (Piketty, 2014). Cette répartition n’est pas neutre. Elle influence directement le niveau de vie des ménages, la structure de la demande interne et les incitations à produire, investir et innover. Elle constitue ainsi un déterminant central du fonctionnement macroéconomique.

III. Performance macroéconomique et dynamique de répartition

La manière dont le revenu est réparti dépend étroitement de la performance macroéconomique. Une économie caractérisée par une croissance soutenable et une allocation efficace des ressources favorise une distribution plus stable et plus équilibrée du revenu. À l’inverse, lorsque la croissance est faible ou déséquilibrée, les mécanismes de répartition deviennent moins efficaces et tendent à accentuer les inégalités. Les déséquilibres macroéconomiques modifient en profondeur cette répartition. L’inflation, en particulier, agit comme un mécanisme de redistribution implicite, souvent assimilé à une forme de taxation non légiférée, qui réduit le pouvoir d’achat des revenus fixes et pénalise l’épargne monétaire (Friedman, 1968). De même, les distorsions dans l’accès au crédit ou aux devises introduisent des inégalités entre agents économiques, tandis que le développement de l’informalité affaiblit les mécanismes de redistribution et réduit la capacité de l’État à mobiliser des ressources fiscales. Ainsi, les déséquilibres ne se contentent pas de réduire la taille du revenu national ; ils en modifient également la structure et la distribution.

IV. Déséquilibres et inefficacité dans l’allocation des ressources

Lorsque les équilibres macroéconomiques sont fragilisés, l’économie devient moins efficace dans la création et la répartition du revenu. Une allocation inefficiente du capital limite la productivité et freine la croissance (Hsieh & Klenow, 2009). La prédominance de secteurs peu productifs ou rentiers peut concentrer les revenus sans générer une dynamique économique durable. Par ailleurs, les signaux de prix étant perturbés, les décisions d’investissement et de production deviennent moins efficientes. Dans ce contexte, les ressources ne sont pas orientées vers leurs usages les plus productifs. Une partie de la richesse potentielle est perdue, tandis que la répartition devient plus inégalitaire et moins efficiente.

V. Une articulation centrale pour la politique économique

La performance macroéconomique et la répartition du revenu national sont étroitement liées et doivent être analysées conjointement. Une croissance durable suppose non seulement une création suffisante de richesse, mais aussi une allocation efficace de cette richesse entre les différents agents économiques. La performance d’une économie ne peut donc être évaluée uniquement à travers son taux de croissance, mais doit être appréciée à travers la qualité de cette croissance et la manière dont ses fruits sont distribués. Cette articulation est centrale pour la politique économique. Elle implique que les stratégies de stabilisation et de réforme ne visent pas seulement à corriger des déséquilibres, mais aussi à améliorer le fonctionnement global de l’économie. Lorsque ces mécanismes se dégradent, les déséquilibres macroéconomiques cessent d’être de simples phénomènes agrégés et se traduisent par des coûts économiques et sociaux croissants, affectant à la fois la croissance, l’emploi et le niveau de vie.

VI. Structure et mécanismes de répartition du revenu

La répartition du revenu national ne relève pas uniquement de politiques de redistribution. Elle est au cœur du fonctionnement économique et dépend directement des conditions macroéconomiques. Le revenu se répartit entre trois grandes catégories — travail, capital et transferts — mais cette structure est fortement influencée par les mécanismes macroéconomiques et les politiques publiques (Atkinson, 2015). L’inflation modifie le pouvoir d’achat et redistribue les revenus de manière implicite. Les politiques budgétaires influencent directement la distribution du revenu disponible à travers la fiscalité et les transferts. Le taux de change affecte le revenu réel, en particulier dans les économies dépendantes des importations. Les conditions d’accès au crédit déterminent la capacité des agents à investir et à consommer.

Ainsi, la qualité de la répartition dépend étroitement de la qualité des équilibres macroéconomiques. Une économie stable et bien organisée favorise une distribution plus équilibrée et plus efficiente du revenu. À l’inverse, des déséquilibres persistants tendent à accentuer les distorsions, à renforcer les comportements de rente et à fragiliser les mécanismes de redistribution.

Répartition du revenu National

Partie 5. Les mécanismes de transmission des déséquilibres : dynamiques, propagation et reproduction

I. Une lecture dynamique de la macroéconomie

La macroéconomie est souvent appréhendée à travers une série d’indicateurs — inflation, croissance, déficit ou taux de change — analysés de manière isolée. Si cette approche permet d’identifier les déséquilibres, elle demeure insuffisante pour en comprendre l’origine, la propagation et la persistance. En réalité, ces variables sont étroitement interdépendantes. Elles interagissent en permanence à travers des mécanismes de transmission qui assurent la cohérence du système économique. Un déséquilibre initial ne reste jamais isolé : il se diffuse à travers différents canaux, affecte d’autres variables et transforme progressivement l’ensemble des équilibres macroéconomiques. La macroéconomie doit ainsi être comprise comme un système dynamique de relations interdépendantes, dans lequel les déséquilibres se propagent, se transforment et tendent à se reproduire dans le temps (Blanchard, 2018 ; Mankiw, 2019). Cette approche permet de dépasser une lecture statique pour analyser le fonctionnement réel de l’économie.

II. Définition opérationnelle des mécanismes de transmission

Un mécanisme de transmission macroéconomique peut être défini comme le processus par lequel un déséquilibre initial déclenche une chaîne d’interactions entre variables économiques. Ce processus repose sur trois caractéristiques fondamentales.

  • Des variables macroéconomiques sont structurellement interdépendantes ; et  
  • Des chocs qui se propagent d’un secteur à l’autre. Enfin, des effets de rétroaction apparaissent, contribuant à amplifier et à prolonger les déséquilibres.

Ces mécanismes de rétroaction jouent un rôle central. Ils expliquent pourquoi les déséquilibres ne disparaissent pas spontanément, mais évoluent, se déplacent et tendent à se reproduire dans le temps — une dynamique proche des analyses des cycles cumulés et des déséquilibres persistants (Kaldor, 1982).

III. Des points d’entrée multiples dans le système économique

Les déséquilibres macroéconomiques peuvent émerger à différents niveaux du système économique. Ils peuvent avoir diverses origines :

  • Une origine budgétaire, lorsque les dépenses publiques excèdent durablement les recettes.
  • Une origine monétaire, à travers un excès de liquidité ou une inflation persistante.
  • Une résultante du secteur extérieur, via des déséquilibres du taux de change ou de la balance des paiements.
  • Enfin, ils peuvent provenir du secteur réel, à travers une faible productivité ou une inefficacité de l’investissement.

Chaque type de déséquilibre constitue un point d’entrée spécifique dans l’économie et déclenche des enchaînements distincts. Il n’existe donc pas un mécanisme unique, mais un ensemble de dynamiques interdépendantes.

IV. Le rôle déterminant des modes de financement

La manière dont les déséquilibres sont financés joue un rôle déterminant dans leur propagation. Le financement monétaire, à travers la banque centrale, agit directement sur la liquidité et les prix. Le crédit bancaire domestique peut soutenir l’activité, mais aussi générer des effets d’éviction pour le secteur privé. L’endettement extérieur permet de mobiliser des ressources en devises, mais introduit une dépendance vis-à-vis de l’environnement international (Krugman, 1979). Parmi ces mécanismes, la création monétaire occupe une place particulière. Elle agit simultanément sur les prix, le taux de change et les comportements des agents économiques, ce qui en fait un vecteur central de transmission des déséquilibres (Friedman, 1968 ; Sargent & Wallace, 1981).

V. Les principaux canaux de transmission

Les mécanismes de transmission se manifestent à travers plusieurs canaux structurants qui relient les différents secteurs de l’économie.

  • Le premier canal est d’ordre budgétaire et monétaire. Lorsqu’un déficit public est financé par le système bancaire ou par la création monétaire, il entraîne une augmentation de la liquidité qui, en l’absence d’une réponse de l’offre, se traduit par des pressions inflationnistes.
  • Le deuxième canal concerne la transmission de l’inflation vers le taux de change et les comportements économiques. La hausse des prix réduit la valeur réelle de la monnaie et exerce une pression sur le taux de change. Lorsque ce dernier ne s’ajuste pas pleinement, des écarts apparaissent, favorisant les circuits parallèles et les comportements d’arbitrage.
  • Le troisième canal est lié au secteur extérieur. Un déséquilibre externe réduit les réserves de change et impose des ajustements internes, qui peuvent prendre la forme d’un ralentissement de la demande, d’un ajustement budgétaire ou de tensions inflationnistes.
  • Le quatrième canal concerne le crédit. Lorsque le financement de l’État mobilise une part importante des ressources bancaires, l’accès au crédit pour le secteur privé se réduit, limitant l’investissement et la croissance.
  • Le cinquième canal est lié à la productivité et à l’efficacité de l’investissement. Une mauvaise allocation des ressources limite la croissance et entretient les déséquilibres budgétaires (Hsieh & Klenow, 2009).
  • Le sixième canal concerne les anticipations et les comportements des agents. Une inflation persistante ou une instabilité des politiques incite à privilégier les actifs liquides ou en devises, affaiblissant les mécanismes de transmission des politiques économiques.
  • Enfin, le septième canal est celui de l’informalité. Le développement de circuits parallèles permet d’absorber certaines contraintes, mais réduit la base fiscale, affaiblit l’action de l’État et limite l’efficacité des politiques publiques.

Ces canaux ne sont pas indépendants. Ils interagissent et se renforcent mutuellement.

VI. Des dynamiques cumulatives et auto-entretenues

Les mécanismes de transmission produisent des dynamiques cumulatives. Un déséquilibre initial se propage, se transforme et finit par générer de nouveaux déséquilibres. Un déficit budgétaire peut ainsi alimenter l’inflation, qui affecte le taux de change, ce qui détériore les équilibres externes. Ces déséquilibres externes se répercutent à leur tour sur les finances publiques et sur les conditions de financement de l’économie. L’économie fonctionne ainsi comme un système de boucles de rétroaction, dans lequel les déséquilibres se renforcent et se reproduisent. Cette dynamique peut conduire à une stabilisation à un niveau de performance inférieur au potentiel, caractéristique des équilibres sous-optimaux.

VII. Implications pour la politique économique

Ces mécanismes ont des implications majeures pour la conduite de la politique économique.

  • Ils montrent d’abord que les déséquilibres persistants ne résultent pas uniquement de chocs externes, mais aussi de dynamiques internes. Ils montrent ensuite que les interventions isolées sont insuffisantes : une action sur un seul levier peut déplacer le déséquilibre sans le corriger.
  • Ils soulignent enfin la nécessité d’un policy mix cohérent, mobilisant simultanément plusieurs instruments afin de limiter la propagation des déséquilibres et d’en corriger les causes profondes (Tinbergen, 1952 ; Mundell, 1962).
  • L’objectif de la politique économique ne doit pas être seulement de réagir aux déséquilibres, mais d’agir sur les mécanismes qui les produisent et les entretiennent.

Conclusion — Une clé de lecture opérationnelle

L’analyse des mécanismes de transmission permet de renouveler la compréhension de la macroéconomie. Elle montre que les déséquilibres ne sont ni isolés ni accidentels, mais résultent de mécanismes internes qui structurent la dynamique économique. Ce ne sont pas seulement les déséquilibres qui expliquent la sous-performance d’une économie, mais la manière dont ils se propagent, s’amplifient et se reproduisent dans le système.

Partie 6. Le coût macroéconomique des déséquilibres : une sous-performance cumulative de la production, de l’emploi et des recettes publiques

L’un des apports essentiels de cette analyse est de montrer que le régime de déséquilibre ne constitue pas uniquement un cadre conceptuel ou une grille de lecture analytique. Il engendre des coûts macroéconomiques concrets, persistants et cumulés, qui affectent directement la trajectoire de croissance, la dynamique de l’emploi et la soutenabilité des finances publiques.

Ces coûts ne sont ni marginaux ni transitoires. Ils s’inscrivent dans le fonctionnement même de l’économie et traduisent une forme de sous-performance systémique, dans laquelle les ressources disponibles — capital, travail et capital humain — ne sont ni pleinement mobilisées ni efficacement allouées (Hsieh & Klenow, 2009).

Ils peuvent être analysés à travers trois canaux fondamentaux : la perte de produit intérieur brut, la dégradation de la dynamique de l’emploi et l’érosion de la base fiscale. Pris ensemble, ces trois dimensions révèlent une économie durablement contrainte, opérant en deçà de son potentiel.

I. Les pertes en PIB : un régime de sous-production chronique

Le premier coût du régime de déséquilibre réside dans une perte structurelle de produit. Sur longue période, la croissance de l’économie algérienne s’établit autour de 3 à 3,5 %, malgré un effort d’investissement public soutenu et des ressources importantes issues des hydrocarbures. Cette configuration met en évidence une inefficacité persistante dans l’utilisation des ressources, caractérisée par une allocation sous-optimale du capital et une faible productivité (Solow, 1956 ; Barro, 1990).

Toutefois, la mesure du coût en PIB ne peut se limiter à l’observation d’un taux de croissance modéré. Elle doit être appréhendée comme un écart durable entre la production effectivement réalisée et le niveau de production potentielle qui pourrait être atteint dans un environnement caractérisé par une meilleure allocation des ressources, une valorisation accrue du capital humain et une réduction des distorsions structurelles.

Dans ce cadre, le régime de déséquilibre s’apparente à un régime de sous-production chronique. L’économie ne perd pas simplement des points de croissance de manière ponctuelle ; elle accumule, année après année, un déficit de production qui se traduit par un niveau de revenu national durablement inférieur à son potentiel.

Une économie qui croît de manière persistante en dessous de son potentiel enregistre, sur une décennie, un écart considérable en termes de richesse produite. Cet écart se répercute sur l’ensemble des variables macroéconomiques — capacité d’investissement, niveau de vie, accumulation du capital et marges de manœuvre budgétaires.

Le coût du déséquilibre est donc intrinsèquement cumulatif : il affecte non seulement le rythme de croissance, mais aussi le niveau même du produit.

II. Les pertes en emplois : désallocation et dualité du marché du travail

Le deuxième coût du régime de déséquilibre concerne la dynamique de l’emploi, tant dans sa dimension quantitative que qualitative.

Dans un tel régime, la croissance est non seulement insuffisante, mais également faiblement intensive en emplois productifs. Une part importante de la population active est absorbée par le secteur informel, une autre demeure en situation de chômage — notamment parmi les jeunes diplômés — tandis qu’une fraction croissante du travail est orientée vers des situations de sous-emploi ou de déclassement.

Le problème ne se limite donc pas à un déficit d’emplois, mais à une désallocation du facteur travail. L’économie ne parvient ni à créer des emplois formels, stables et productifs en quantité suffisante, ni à orienter efficacement les compétences disponibles vers des activités à forte valeur ajoutée (Lewis, 1954 ; Fields, 2011).

L’économie informelle joue certes un rôle d’amortisseur social en absorbant une partie du chômage ouvert. Mais cette fonction d’ajustement se fait au prix d’une dégradation de la qualité de l’emploi, d’une fragmentation du tissu productif et d’un affaiblissement de la productivité globale.

Le coût en emploi est donc double et cumulatif : une insuffisance structurelle de création d’emplois productifs dans le secteur formel et une mauvaise allocation du travail vers des activités à faible productivité.

III. Les pertes en recettes fiscales : une contrainte budgétaire endogène

Le troisième coût du régime de déséquilibre se manifeste au niveau des finances publiques, à travers une érosion progressive et structurelle de la base fiscale.

Lorsque l’informalité s’étend, que les distorsions — notamment sur le marché des changes — favorisent les comportements de contournement et que la croissance reste peu diversifiée, la capacité de l’État à mobiliser des ressources internes se trouve durablement affaiblie (Tanzi, 1987 ; Keen, 2013).

Le manque à gagner fiscal ne résulte pas uniquement de l’existence d’activités non déclarées. Il reflète un effet systémique plus large.

D’une part, une fraction importante de l’activité économique échappe directement à l’imposition. D’autre part, le fonctionnement même de l’économie limite l’élargissement de l’assiette fiscale : la faible productivité du secteur formel réduit les profits imposables, la faiblesse de l’emploi déclaré limite les cotisations sociales, et la dépendance aux hydrocarbures accentue la volatilité des recettes publiques.

La perte fiscale est ainsi à la fois directe — liée à l’évasion d’une partie de la matière taxable — et indirecte — liée à la faiblesse de la croissance taxable et à la structure de l’économie.

Dans ce contexte, le déséquilibre budgétaire ne constitue pas uniquement un problème de gestion des dépenses. Il est en partie endogène au régime de déséquilibre, qui réduit la capacité de l’État à mobiliser des ressources de manière stable et soutenable.

IV. Une dynamique cumulative : vers une triple sous-performance systémique

Les trois dimensions analysées — production, emploi et recettes fiscales — sont étroitement interdépendantes et s’inscrivent dans une dynamique cumulative.

La sous-production limite la création d’emplois formels. La faiblesse de l’emploi formel réduit les recettes fiscales et sociales. La contrainte budgétaire qui en résulte conduit l’État à maintenir des mécanismes de soutien et de dépense qui, à leur tour, entretiennent les déséquilibres existants.

Ce processus engendre une triple sous-performance systémique : un niveau de production inférieur au potentiel, une insuffisance d’emplois productifs et une capacité réduite de mobilisation des ressources fiscales.

Autrement dit, le régime de déséquilibre ne se limite pas à générer des tensions conjoncturelles. Il exerce une contrainte structurelle sur le fonctionnement de l’économie, réduisant son potentiel de croissance, affaiblissant ses capacités d’ajustement et limitant les marges de manœuvre de la politique économique.

Conclusion — Le coût du déséquilibre : une trajectoire de développement contrainte

Le régime de déséquilibre se traduit par une économie durablement en deçà de ses capacités. Il ne produit pas seulement des inefficiences ponctuelles, mais une perte cumulative de richesse, d’emplois et de ressources publiques.

Cette triple sous-performance constitue une contrainte majeure pour la trajectoire de développement. Elle limite la capacité de l’économie à converger vers un régime de croissance soutenable, fondé sur la productivité, la diversification et la valorisation du capital humain.

En définitive, le coût du déséquilibre ne se mesure pas uniquement en points de PIB perdus, mais en opportunités de développement non réalisées.

Partie 7. Du déséquilibre à l’équilibre contraint : vers un cadre théorique des systèmes macroéconomiques sous-optimaux

La théorie économique standard repose sur une distinction fondatrice entre équilibre et déséquilibre. L’équilibre y est associé à l’efficacité, à l’allocation optimale des ressources et à la stabilité du système, tandis que le déséquilibre est généralement interprété comme une situation transitoire, appelée à être corrigée par les mécanismes de marché.

Dans ce cadre, les prix jouent un rôle central : ils assurent l’ajustement entre l’offre et la demande et permettent à l’économie de converger vers un état d’équilibre. Le déséquilibre n’est alors qu’une phase passagère, résultant de chocs ou d’imperfections temporaires (Arrow & Debreu, 1954).

Cependant, l’observation des économies contemporaines — en particulier celles caractérisées par une forte dualité, des rigidités structurelles et une intervention publique significative — remet en cause cette représentation. Dans de nombreux cas, les déséquilibres ne disparaissent pas : ils persistent, s’organisent et finissent par structurer le fonctionnement même de l’économie (Kornai, 1980 ; North, 1990).

Ce constat appelle une relecture du cadre analytique traditionnel. L’enjeu n’est plus de comprendre comment l’économie retourne à l’équilibre, mais d’expliquer pourquoi elle peut se stabiliser dans une configuration durablement inefficiente.

C’est dans cette perspective que s’inscrit la notion d’« équilibre dans le déséquilibre » : un régime dans lequel des déséquilibres persistants ne conduisent pas à une crise systémique, mais s’articulent pour former un système cohérent, stable et auto-entretenu.

I. Le cadre théorique classique : l’équilibre comme référence normative

Le modèle walrasien constitue le socle de la théorie de l’équilibre général. Il repose sur des hypothèses fortes — marchés complets, prix flexibles, agents rationnels et information parfaite — dans lesquelles les prix assurent un ajustement instantané et coordonné de l’ensemble des marchés.

Dans ce cadre, le système de prix remplit une double fonction : informationnelle et allocative. Toute divergence entre l’offre et la demande est corrigée par des ajustements de prix, garantissant la convergence vers un équilibre optimal (Debreu, 1959).

L’approche keynésienne introduit une première rupture en montrant que l’économie peut se stabiliser dans un équilibre de sous-emploi (Keynes, 1936). Toutefois, elle conserve l’idée que cet état résulte de rigidités spécifiques et qu’il peut être corrigé par une politique économique appropriée.

Dans les modèles contemporains — notamment les modèles dynamiques avec frictions — l’économie reste ancrée autour d’un sentier d’équilibre, même si celui-ci est perturbé par des chocs temporaires (Woodford, 2003).

Ainsi, malgré leurs différences, ces approches partagent une hypothèse implicite : l’existence d’un équilibre de référence vers lequel l’économie tend à converger.

II. Une rupture empirique : des économies durablement hors équilibre

L’observation des économies réelles, en particulier dans les pays caractérisés par une forte dualité institutionnelle, met en évidence des configurations qui s’écartent durablement de ce cadre théorique.

On y observe la coexistence de systèmes de prix multiples (officiel et parallèle), des rigidités persistantes, une inefficacité de l’investissement, une informalité structurelle et des déséquilibres budgétaires récurrents.

Ces phénomènes ne correspondent pas à des déviations temporaires, mais à des caractéristiques structurelles du système économique. L’économie ne converge pas vers l’équilibre théorique : elle se stabilise dans une configuration alternative, durablement inefficiente.

III. La transformation du rôle des prix

Dans ce contexte, le rôle du système de prix est profondément modifié.

Dans la théorie standard, les prix reflètent la rareté relative des ressources et orientent les décisions des agents. Dans une économie marquée par des distorsions structurelles, certains prix sont administrés, d’autres émergent dans des marchés parallèles, et les prix relatifs sont biaisés.

Le prix cesse alors d’être un mécanisme d’ajustement. Il devient l’expression de contraintes institutionnelles et de déséquilibres persistants.

Le cas du taux de change est particulièrement révélateur. Un taux officiel administré, combiné à une demande excédentaire de devises, conduit à un rationnement et à l’émergence d’un marché parallèle. Le taux parallèle devient alors le véritable prix d’équilibre, révélant un déplacement de l’ajustement vers des circuits informels.

IV. L’équilibre dans le déséquilibre : une reformulation du cadre analytique

Ce constat conduit à une reformulation centrale : le déséquilibre ne disparaît pas, il se recompose.

Les agents économiques ne subissent pas passivement les contraintes. Ils développent des stratégies d’arbitrage entre différents segments du système — formels et informels — permettant de reconstituer des mécanismes d’ajustement.

Il en résulte une multiplicité d’équilibres locaux, interconnectés, qui assurent le fonctionnement global du système.

Un « équilibre dans le déséquilibre » peut ainsi être défini comme un régime dans lequel :

  • Les déséquilibres officiels sont compensés par des ajustements informels ;
  • Les agents arbitrent entre différents circuits ;
  • La stabilité est assurée, mais au prix d’une inefficience persistante.

L’économie fonctionne, mais sous-performe.

V. Une dynamique endogène et auto-entretenue

Ce type d’équilibre repose sur des mécanismes endogènes. Les déséquilibres ne sont pas extérieurs au système : ils en constituent des éléments structurants.

Ils s’inscrivent dans des boucles de rétroaction qui assurent leur reproduction. Par exemple :
déficit budgétaire → création monétaire → inflation → pression sur le change → développement du marché parallèle → expansion de l’informalité → érosion de la base fiscale → maintien du déficit.

L’économie converge ainsi vers une forme d’équilibre… mais un équilibre de déséquilibre.

Cette dynamique n’implique pas nécessairement une instabilité ouverte. Au contraire, elle peut s’accompagner de mécanismes d’ajustement implicites. Les marchés parallèles, l’informalité et certaines interventions publiques jouent un rôle d’amortisseur, permettant d’absorber les tensions sans les corriger.

La stabilité observée repose alors sur des mécanismes non conventionnels, qui assurent la continuité du système tout en maintenant une inefficience structurelle (Kornai, 1980).

VI. Le rôle structurant des institutions

Les institutions jouent un rôle déterminant dans la formation et la stabilisation de ces configurations.

Contrairement à la vision classique où elles corrigent les défaillances du marché, elles participent ici à l’organisation même du système. À travers les subventions, les contrôles administratifs ou la tolérance à l’informalité, elles créent des incitations qui rendent le déséquilibre durable et coûteux à remettre en cause.

Il ne s’agit pas d’une absence de règles, mais de la présence de règles qui structurent le déséquilibre (North, 1990 ; Acemoglu & Robinson, 2012).

VII. Vers un changement de paradigme

Cette analyse conduit à dépasser l’opposition traditionnelle entre marché et État. Le fonctionnement réel des économies apparaît comme une co-construction institutionnelle, dans laquelle le marché n’est pas autonome et l’État ne se limite pas à corriger.

Il en résulte un changement de paradigme : les économies ne convergent pas nécessairement vers un équilibre optimal. Elles peuvent produire des équilibres spécifiques, fondés sur des déséquilibres persistants.

Dans ce cadre, les réformes économiques échouent souvent lorsqu’elles ne prennent pas en compte la nature systémique de ces équilibres. En intervenant sur des variables isolées, elles sont absorbées par le système, qui recompose ses mécanismes d’ajustement.

L’enjeu des réformes n’est donc pas de corriger des variables, mais de transformer les mécanismes qui structurent le fonctionnement de l’économie.

Conclusion — Une relecture de l’équilibre macroéconomique

La distinction traditionnelle entre équilibre et déséquilibre apparaît insuffisante pour rendre compte des dynamiques économiques contemporaines.

Dans de nombreux cas, les déséquilibres ne sont ni temporaires ni corrigés. Ils s’organisent en systèmes cohérents, capables d’assurer une stabilité apparente tout en générant une inefficience durable.

La notion d’« équilibre dans le déséquilibre » permet ainsi de renouveler l’analyse macroéconomique en mettant en évidence l’existence d’équilibres alternatifs, fondés sur la reproduction de distorsions structurelles.

Le véritable enjeu n’est plus de corriger des déséquilibres isolés, mais de transformer un système qui les produit et les reproduit.

Partie 8. Typologie des régimes macroéconomiques : de l’ajustement à la persistance des déséquilibres

À la lumière du cadre analytique développé précédemment, il apparaît que les économies ne se distinguent pas tant par l’existence de déséquilibres que par la manière dont ceux-ci sont absorbés, corrigés ou intégrés dans leur fonctionnement. Les tensions macroéconomiques constituent une dimension normale de l’activité économique. Toutefois, leur persistance, leur intensité et leur mode de traitement varient profondément d’un système à l’autre.

La différence essentielle réside dans la capacité des mécanismes économiques et institutionnels à transformer ces tensions en ajustements transitoires ou, au contraire, à les laisser s’inscrire dans la durée. Cette distinction permet d’identifier différents régimes macroéconomiques, traduisant des configurations spécifiques du fonctionnement de l’économie (North, 1990 ; Acemoglu & Robinson, 2012). Dans cette perspective, trois grandes catégories peuvent être distinguées : le régime d’équilibre, le régime intermédiaire et le régime de déséquilibre structuré.

I. Le régime d’équilibre

Dans le régime d’équilibre, les désajustements existent, mais ils demeurent transitoires et ne remettent pas en cause la cohérence d’ensemble du système.  Les mécanismes d’ajustement fonctionnent de manière effective, assurant une correction relativement rapide des tensions résultant de chocs internes ou externes. Le système de prix joue pleinement son rôle d’information et de coordination, permettant de rétablir les équilibres entre l’offre et la demande (Arrow & Debreu, 1954). Dans ce cadre, la politique monétaire parvient à contenir les pressions inflationnistes et à ancrer les anticipations, la politique budgétaire conserve une fonction de stabilisation, et le taux de change reflète, dans une large mesure, les fondamentaux de l’économie (Taylor, 1993). Les institutions assurent la crédibilité des arbitrages et renforcent la capacité du système à absorber les chocs. L’économie converge ainsi vers un sentier de croissance soutenable, dans lequel les déséquilibres, bien que présents, ne deviennent pas structurels.

II. Le régime intermédiaire : une stabilisation incomplète

Entre le régime d’équilibre et le régime de déséquilibre structuré existe une zone de transition caractérisée par une stabilisation incomplète et souvent fragile.

Dans ce régime, les mécanismes formels d’ajustement demeurent opérationnels, mais leur efficacité est partielle. Les politiques économiques permettent de contenir certaines tensions, sans toutefois parvenir à les résorber de manière durable.

Cette configuration se traduit généralement par une inflation plus volatile, une crédibilité institutionnelle inégale et une dépendance accrue aux chocs externes. Les réformes engagées contribuent à améliorer le fonctionnement du système, mais restent inachevées ou insuffisamment cohérentes pour produire des effets durables (Rodrik, 2008).

Parallèlement, des mécanismes informels persistent et jouent un rôle significatif dans l’ajustement de l’économie, introduisant une forme de dualité structurelle.

Il en résulte une économie oscillant entre amélioration et fragilité, sans parvenir à s’inscrire durablement dans un régime d’équilibre. Ce régime intermédiaire est déterminant, car il conditionne la trajectoire future de l’économie.

III. Le régime de déséquilibre structuré : stabilité inefficiente

Dans le régime de déséquilibre structuré, les mécanismes d’ajustement ne remplissent plus leur fonction corrective.

  • Les déséquilibres ne sont plus transitoires : ils deviennent persistants, interdépendants et finissent par structurer le fonctionnement même de l’économie. Des phénomènes tels que l’informalité, la dualité des marchés — notamment sur le marché des changes — la monétisation des déficits ou la prépondérance d’un État distributif ne relèvent plus d’exceptions. Ils constituent des modes ordinaires d’ajustement.
  • Le système ne corrige plus les déséquilibres : il les absorbe, les organise et, dans une certaine mesure, les reproduit. La stabilité observée repose sur un ensemble de distorsions. L’inflation devient récurrente, les marchés restent segmentés, la productivité demeure faible, la base fiscale s’érode et l’investissement perd en efficacité.
  • Ce régime correspond à ce que l’on peut qualifier d’« équilibre dans le déséquilibre ». Il ne s’agit pas d’une absence d’équilibre, mais d’un équilibre spécifique, fondé sur la coexistence et l’interaction de déséquilibres persistants (Kornai, 1980).

L’économie fonctionne, mais durablement en deçà de son potentiel.

IV. Implications analytiques

Cette typologie permet de dépasser la lecture binaire traditionnelle opposant équilibre et déséquilibre. Elle met en évidence que les économies peuvent fonctionner selon des régimes distincts, caractérisés non par l’absence de déséquilibres, mais par leur mode d’intégration dans le système. Elle conduit également à reconsidérer la notion de stabilité : une économie peut apparaître stable tout en étant profondément inefficiente, tandis que certaines tensions peuvent refléter des processus d’ajustement porteurs d’amélioration future. Dans cette perspective, l’enjeu des politiques économiques ne se limite pas à corriger des déséquilibres ponctuels. Il consiste à transformer le régime macroéconomique lui-même, en rétablissant des mécanismes d’ajustement efficaces.

V. Positionnement du cas algérien dans une perspective comparative

Dans ce cadre analytique, l’économie algérienne s’inscrit largement dans un régime de déséquilibre structuré. La mise en perspective internationale permet de mieux situer cette configuration. Certaines économies, comme l’Argentine, illustrent des régimes de déséquilibre ouvert, caractérisés par une dynamique cumulative d’instabilité. D’autres, comme la Turquie, évoluent dans des configurations intermédiaires, marquées par des phases alternées de stabilisation et de tensions.

À l’inverse, certaines économies — dont l’Algérie — se caractérisent par des régimes de déséquilibre plus stabilisés, dans lesquels les tensions sont contenues sans être résolues.

Les déséquilibres y sont persistants, interdépendants et profondément ancrés dans le fonctionnement du système. Ils se manifestent notamment à travers la dualité des marchés, l’extension de l’informalité, la dépendance aux hydrocarbures et la fragilité de la base fiscale.

Toutefois, l’économie bénéficie de mécanismes d’amortissement, en particulier liés à la rente, qui atténuent temporairement les tensions sans en corriger les causes profondes (Auty, 2001).

Cette configuration explique à la fois la capacité du système à éviter des crises ouvertes et son incapacité à converger vers un régime de croissance plus dynamique et soutenable.

Conclusion — Une typologie pour penser la transformation économique

L’analyse des régimes macroéconomiques permet de mieux comprendre la diversité des trajectoires économiques.

Elle montre que les déséquilibres ne doivent pas être interprétés uniquement comme des anomalies à corriger, mais comme des éléments susceptibles de structurer durablement le fonctionnement d’une économie.

La distinction entre régime d’équilibre, régime intermédiaire et régime de déséquilibre structuré met en évidence un point central : le véritable enjeu n’est pas simplement de réduire les déséquilibres, mais de transformer le cadre dans lequel ils se reproduisent.

Une économie ne se transforme pas en corrigeant des symptômes isolés ; elle se transforme en modifiant les mécanismes qui organisent son équilibre.

Lecture stylisée des régimes macroéconomiques

La typologie peut être illustrée par des configurations économiques distinctes en matière de croissance, d’emploi formel et de mobilisation des ressources publiques. Les économies proches du régime d’équilibre tendent à combiner une croissance plus soutenue, une capacité accrue de création d’emplois formels et une mobilisation plus efficace des recettes fiscales.

À l’inverse, les économies en régime de déséquilibre structuré se caractérisent par une croissance modérée ou volatile, une faible formalisation de l’emploi et une dépendance accrue à des sources de financement instables.

Autrement dit, le régime macroéconomique ne détermine pas seulement le niveau de croissance, mais aussi la qualité de cette croissance, sa capacité à générer de l’emploi et à soutenir durablement les finances publiques.

Typologie des régimes macroéconomiques

PaysRégime macroéconomiqueCroissanceEmploi formelRecettes fiscales
AllemagneÉquilibreÉlevée et stableÉlevéÉlevées
Corée du SudÉquilibreÉlevéeÉlevéÉlevées
ChiliIntermédiaireModéréeModéréModérées
AlgérieDéséquilibre structuréModérée mais volatileFaible (formel)Faibles hors hydrocarbures
NigériaDéséquilibre structuréFaible à volatileFaibleFaibles
VenezuelaDéséquilibre extrêmeTrès faibleTrès faibleTrès faibles

Partie 9. Algérie : stabilité macroéconomique relative et sous-performance structurelle

I. Une stabilité macroéconomique sous contrainte

L’économie algérienne présente une configuration singulière : elle ne se caractérise ni par une instabilité ouverte ni par une dynamique de croissance soutenue, mais par une forme de stabilité relative associée à une performance durablement insuffisante.

Sur longue période, cette configuration se traduit par la coexistence de plusieurs tendances : une croissance modérée, une inflation plus fréquente, une dépréciation progressive du taux de change, des déficits budgétaires élevés, une montée de la dette publique et une capacité limitée à mobiliser des ressources fiscales. Ces évolutions s’inscrivent dans des mécanismes de transmission interdépendants qui structurent le fonctionnement de l’économie (FMI, Article IV ; Banque mondiale, 2022).

II. Une croissance contrainte par une faible efficacité du capital

Sur les deux dernières décennies, la croissance économique s’est établie en moyenne autour de 3 à 3,5 %, avec une amélioration ponctuelle à 3,7 % au début des années 2020, suivie d’un ralentissement attendu à 2,5–3 % à moyen terme.

Ce rythme demeure insuffisant pour absorber la croissance démographique et réduire significativement le chômage.

Ce résultat est d’autant plus notable que l’investissement public a été élevé, atteignant environ 10 % du PIB sur la période 2000–2019 et se maintenant autour de 8 % du PIB récemment.

L’ICOR, estimé entre 8 et 9, traduit une faible efficacité du capital, bien supérieure aux standards observés dans les économies émergentes performantes (Easterly & Levine, 2001 ; Hsieh & Klenow, 2009).

III. Inflation et taux de change : des ajustements incomplets et déplacés

L’évolution récente de l’inflation constitue un indicateur central des tensions macroéconomiques. Après une longue période de relative modération, autour de 3 à 4 %, l’inflation s’est sensiblement accélérée pour atteindre 6 à 7 % en moyenne sur la période récente, avec des pics proches de 9 % en 2022 et 2023. Cette dynamique reflète à la fois des facteurs conjoncturels et des déterminants plus structurels, liés notamment à la gestion de la demande, aux modalités de financement de l’économie et à l’ancrage des anticipations (Friedman, 1968).

La trajectoire du taux de change s’inscrit dans la même logique. Le dinar s’est déprécié de manière continue, passant de 79 DZD pour un dollar en 2013 à plus de 130 DZD en 2024, pour atteindre environ 155 DZD/USD à fin 2025. Cette évolution traduit un ajustement progressif des déséquilibres externes et monétaires.

Toutefois, cet ajustement demeure partiel. Un écart important persiste avec les marchés parallèles, notamment pour l’euro, où la prime atteint environ 80 %. Cette dualité indique que le taux de change officiel ne reflète pas pleinement les conditions d’équilibre du marché. L’ajustement ne disparaît pas : il se déplace vers des circuits informels, ce qui altère les signaux de prix, favorise les comportements d’arbitrage et réduit l’efficacité des politiques économiques (Krugman & Obstfeld, 2009).

IV. Le budget et la dette publique : un rôle central dans la propagation des déséquilibres

Les finances publiques occupent une position pivot dans la dynamique macroéconomique. Depuis le choc pétrolier de 2014, les déficits budgétaires sont devenus élevés et persistants. Le solde global, proche de l’équilibre en 2013, s’est rapidement dégradé pour atteindre près de 14 % du PIB en 2015, avant de se stabiliser à des niveaux durablement élevés, souvent supérieurs à 10 % du PIB.

Le déficit hors hydrocarbures, estimé entre 25 et 30 % du PIB hors pétrole, met en évidence une dépendance structurelle aux revenus énergétiques et souligne la difficulté à assurer un équilibre budgétaire en dehors de la rente (Auty, 2001).

Dans ce contexte, la dette publique a suivi une trajectoire haussière, principalement sous forme de dette domestique. Cette dynamique reste, à ce stade, relativement contenue en niveau, mais elle apparaît préoccupante dans sa tendance. Elle reflète la persistance de déficits élevés et le recours à des modes de financement susceptibles de générer des effets monétaires, renforçant les pressions inflationnistes et les déséquilibres macroéconomiques (Sargent & Wallace, 1981 ; FMI, 2023).

Le budget joue ainsi un rôle ambivalent : il constitue un instrument de stabilisation à court terme, mais également un canal de transmission des déséquilibres lorsqu’il est associé à des déficits persistants et à des modes de financement non soutenables.

 V. Une base fiscale structurellement limitée

La faiblesse des recettes fiscales constitue une contrainte majeure. Sur longue période, celles-ci n’ont jamais durablement dépassé 15 % du PIB. Après un pic autour de 15–16 % au milieu des années 2000, elles se sont stabilisées entre 9 et 12 % du PIB, avec une moyenne récente proche de 10 %.

Ce niveau reste nettement inférieur aux standards observés dans les économies émergentes, généralement compris entre 15 et 25 % du PIB (Tanzi, 1987 ; Keen, 2013).

Cette situation reflète des facteurs structurels : poids élevé de l’informalité, faible diversification de la base productive et élasticité limitée des recettes fiscales à la croissance. Il en résulte une contrainte budgétaire persistante, qui réduit les marges de manœuvre de la politique économique et renforce la dépendance à la rente.

VI. Des mécanismes de transmission cumulatifs et auto-entretenus

L’un des éléments les plus structurants du diagnostic réside dans l’interaction entre les différents déséquilibres.

Les déficits budgétaires, souvent supérieurs à 10 % du PIB, alimentent les besoins de financement et contribuent à générer des pressions inflationnistes (6 à 9 %). L’inflation exerce à son tour une pression sur le taux de change, qui atteint environ 155 DZD/USD en 2025, tout en maintenant un écart important avec le marché parallèle (≈80 %).

Cette dualité favorise l’expansion de l’informalité, qui réduit la base fiscale (≈10 % du PIB), accentuant à nouveau les déséquilibres budgétaires.

Ces mécanismes s’inscrivent dans une dynamique cumulative dans laquelle les déséquilibres se renforcent mutuellement. Ils ne disparaissent pas ; ils se déplacent et reviennent, alimentant une boucle de rétroaction qui structure durablement le fonctionnement de l’économie.

VII. Un coût macroéconomique élevé et persistant

Les conséquences de cette configuration sont significatives. L’écart entre la croissance observée (2,5–3,5 %) et le niveau requis pour soutenir le développement économique représente une perte annuelle estimée à 1,5 à 2 points de PIB.

Sur une période prolongée, cet écart se traduit par une perte cumulative substantielle de richesse, affectant le niveau de vie, la capacité d’investissement et les marges de manœuvre budgétaires.

Sur le marché du travail, la croissance insuffisante limite la création d’emplois formels, tandis que l’informalité absorbe une part importante de la population active. Sur le plan fiscal, la faiblesse des recettes (≈10 % du PIB) réduit la capacité de l’État à financer ses politiques publiques, limitant ainsi la transformation structurelle de l’économie.

VIII. Vers une réorientation cohérente de l’action économique

Face à ces contraintes, la réponse ne peut se limiter à des ajustements ponctuels. Elle doit s’inscrire dans une stratégie cohérente et séquencée.

À court terme, la priorité consiste à stabiliser le cadre macroéconomique, notamment par une réduction progressive des déficits (supérieurs à 10 % du PIB), une maîtrise des pressions inflationnistes et une gestion plus cohérente du taux de change.

À moyen et long terme, les réformes doivent viser à améliorer l’efficacité de l’investissement, renforcer les institutions, réduire l’informalité et élargir la base fiscale, tout en soutenant la diversification et la productivité (FMI, 2023 ; Rodrik, 2008).

 Conclusion — Une stabilité qui contraint la trajectoire de développement

L’économie algérienne présente une stabilité relative, mais cette stabilité s’accompagne d’une performance insuffisante et d’un coût économique élevé.

Les principaux indicateurs convergent vers un diagnostic cohérent : une croissance limitée (2,5–3,5 %), une inflation élevée (6–9 %), une dépréciation continue du taux de change (≈155 DZD/USD en 2025), des déficits budgétaires importants (>10 % du PIB), une base fiscale faible (≈10 % du PIB) et une efficacité du capital réduite (ICOR 8–9).

Ces déséquilibres ne sont pas transitoires. Ils s’inscrivent dans une dynamique cumulative qui limite la capacité de l’économie à converger vers un sentier de croissance plus élevé et plus soutenable.

Le défi central ne réside pas dans la correction de déséquilibres isolés, mais dans la transformation des mécanismes qui les produisent et les reproduisent.

Partie 10. Réformes macroéconomiques : restaurer la cohérence, briser les dynamiques de déséquilibre et réancrer la croissance

La configuration actuelle de l’économie algérienne appelle une réponse structurée, cohérente et séquencée. Les déséquilibres observés ne sont ni isolés ni temporaires ; ils s’inscrivent dans une dynamique cumulative dans laquelle chaque tension alimente les autres. Dans ce contexte, des mesures ponctuelles ou sectorielles ne peuvent produire que des effets limités. L’enjeu central est de restaurer la cohérence d’ensemble de l’action économique et d’engager une transformation progressive mais crédible (FMI, 2023 ; Rodrik, 2008).

Une stratégie de réforme efficace doit s’articuler autour de trois piliers complémentaires : la définition d’un cap de long terme, la stabilisation macroéconomique à court terme et la transformation des mécanismes économiques à moyen et long terme.

I. Restaurer un cap stratégique de long terme

La première priorité consiste à rétablir une stratégie économique explicite et cohérente. Depuis la fin des années 1990, l’économie algérienne a progressivement évolué vers une logique de gestion des cycles, fortement dépendante des fluctuations des prix des hydrocarbures, sans s’inscrire dans une trajectoire claire de transformation structurelle.

Il est dès lors essentiel de définir un cadre stratégique articulé autour de quelques objectifs fondamentaux : la diversification de l’économie, l’amélioration de la productivité, la création d’emplois formels et l’élargissement de la base fiscale. Cette stratégie doit être intégrée, en assurant la cohérence entre les politiques budgétaire, monétaire, de change et les réformes structurelles (Tinbergen, 1952 ; Mundell, 1962).

Au-delà de son contenu, cette stratégie doit être crédible. Elle doit s’appuyer sur des objectifs mesurables, un calendrier explicite et une hiérarchisation claire des priorités. Elle doit également transformer progressivement les incitations économiques afin de réorienter l’investissement vers des activités productives et formelles.

II. Stabiliser à court terme : restaurer les équilibres et la crédibilité

La stabilisation macroéconomique constitue une condition préalable à toute transformation durable. Elle vise à restaurer la crédibilité des politiques économiques et à limiter les dynamiques de déséquilibre.

  • La première dimension concerne les finances publiques. Une réduction graduelle du déficit budgétaire est nécessaire, non pas à travers des ajustements brutaux, mais par une maîtrise progressive des dépenses courantes et une amélioration de leur efficacité. Il est essentiel de préserver les investissements à fort rendement économique, tout en rationalisant les dépenses peu productives (FMI, 2023).
  • La deuxième dimension concerne le financement du déficit. Le recours à des mécanismes générant des pressions monétaires doit être progressivement réduit, afin de contenir l’inflation et de renforcer la crédibilité du cadre macroéconomique (Sargent & Wallace, 1981).
  • La troisième dimension porte sur le taux de change. Sans viser un ajustement brutal, un processus graduel de convergence entre les différents segments du marché des changes est nécessaire. La réduction de la dualité permettrait d’améliorer la formation des prix relatifs, de limiter les arbitrages parallèles et de renforcer l’efficacité des politiques économiques (Krugman & Obstfeld, 2009).
  • Enfin, la stabilisation doit intégrer une dimension sociale. Des mécanismes de protection ciblés doivent être mis en place pour atténuer l’impact de l’inflation sur les ménages les plus vulnérables, tout en évitant les dispositifs généralisés coûteux et peu efficaces (Banque mondiale, 2022).

III. Réformes à moyen et long terme : transformer les mécanismes économiques

Au-delà de la stabilisation, l’enjeu central réside dans la transformation des mécanismes qui produisent et reproduisent les déséquilibres.

La première priorité concerne la coordination des politiques économiques. Il est indispensable de renforcer l’articulation entre politique budgétaire, politique monétaire et politique de change, afin d’éviter les incohérences et les effets de neutralisation. Cela suppose également de clarifier les rôles institutionnels et de réduire la fragmentation du pilotage économique (IMF, Policy Coordination Frameworks).

La deuxième priorité est le renforcement des outils de pilotage macroéconomique. L’économie doit être dotée d’un cadre d’anticipation plus robuste, fondé sur des scénarios macroéconomiques, des cibles explicites et des mécanismes d’ajustement prédéfinis. Le passage d’une gestion réactive à une gestion préventive est essentiel pour améliorer la qualité des décisions économiques (Blanchard, 2018).

La troisième dimension concerne l’élargissement de la base productive et fiscale. La réduction progressive de l’informalité constitue un levier central. Elle implique une simplification du cadre réglementaire et fiscal, une amélioration du climat des affaires et une meilleure intégration des activités informelles dans l’économie formelle (Tanzi, 1987 ; Keen, 2013).

La quatrième priorité porte sur l’amélioration de l’efficacité de l’investissement. L’enjeu n’est pas d’accroître le volume d’investissement, mais d’en améliorer la qualité. Cela suppose de renforcer les mécanismes de sélection des projets, d’améliorer la gouvernance, de réduire les délais d’exécution et d’instaurer des systèmes d’évaluation rigoureux (Hsieh & Klenow, 2009).

Enfin, la transformation de l’économie repose sur le développement du capital humain. L’amélioration de la qualité de l’éducation, de la formation et des capacités d’innovation constitue une condition essentielle pour soutenir une croissance plus productive, inclusive et durable (Lucas, 1988 ; Barro, 1990).

Conclusion — De la stabilisation à la transformation structurelle

La situation actuelle de l’économie algérienne appelle une réponse cohérente et séquencée. La stabilisation macroéconomique est une condition nécessaire, mais elle ne peut suffire. L’enjeu central n’est pas uniquement de corriger des déséquilibres visibles, mais de rompre la dynamique cumulative qui les alimente. Cela suppose de restaurer la cohérence de l’action économique, de renforcer la coordination des politiques et de transformer les mécanismes qui structurent le fonctionnement de l’économie. La réussite des réformes dépendra de leur capacité à articuler stabilisation et transformation, dans une logique de crédibilité et de soutenabilité. À cette condition, l’économie pourra converger vers un régime de croissance plus élevé, plus inclusif et plus résilient.

Bibliographie

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  • International Monetary Fund (2001). Financial Programming and Policies. Washington, DC.
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  • Jacques J. Polak (1997). “The IMF Monetary Model at Forty”. IMF Working Paper.

2. Macroéconomie générale et politiques économiques

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  • Michael Woodford (2003). Interest and Prices: Foundations of a Theory of Monetary Policy. Princeton University Press.
  • Ben Bernanke, Gertler, M. (1995). “Inside the Black Box: The Credit Channel of Monetary Policy Transmission”. Journal of Economic Perspectives.

3. Déséquilibres macroéconomiques et transmission

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4. Croissance, productivité et allocation des ressources

  • Robert Solow (1956). “A Contribution to the Theory of Economic Growth”.
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  • Dani Rodrik (2011). The Globalization Paradox.
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5. Informalité, institutions et inefficience

  • Hernando de Soto (1989). The Other Path.
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  • Daron Acemoglu & James A. Robinson (2012). Why Nations Fail.
  • International Labour Organization (2018). Women and Men in the Informal Economy.

6. Finances publiques et fiscalité

  • International Monetary Fund (2019). Fiscal Monitor.
  • Richard Musgrave (1959). The Theory of Public Finance.
  • Vito Tanzi (2013). Government versus Markets.

7. Économie algérienne

  • Banque d’Algérie. Rapports annuels (diverses années).
  • Office National des Statistiques. Comptes nationaux et statistiques économiques.
  • International Monetary Fund. Algeria Article IV Consultation Reports.
  • World Bank. Algeria Economic Update.
  • African Development Bank. African Economic Outlook – Algeria.

8. Taux de change, marchés parallèles et déséquilibres

  • Sebastian Edwards (1989). Real Exchange Rates, Devaluation, and Adjustment.
  • Guillermo Calvo (1998). Capital Flows and Capital-Market Crises.
  • Carmen Reinhart & Rogoff, K. (2009). This Time is Different.

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