Le capital confiance, nouveau moteur de la transformation économique de l’Algérie

/

De la sortie de la liste grise du GAFI à la construction du capital confiance : un nouveau fondement de la transformation économique de l’Algérie

En bref :

GAFI : sortie de la liste grise en juin 2026, une reconnaissance internationale, mais pas un aboutissement des réformes.
Capital confiance : nouveau concept central de l’étude, fondé sur cinq piliers (institutions, système financier intègre, visibilité, évaluation, management public responsable).
Trois symptômes, un même mal : l’économie informelle, le cash et le marché parallèle des changes traduisent tous un déficit de confiance dans les circuits officiels.
Effet multiplicateur : la confiance réduit les coûts de transaction, attire l’investissement et améliore durablement la croissance.
Feuille de route : renforcer la visibilité des politiques publiques, développer l’évaluation des résultats et la redevabilité des institutions.
Enjeu stratégique : faire du capital confiance un objectif à part entière de la politique économique nationale, au même titre que le capital physique.

Message central de l’étude

La sortie de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) constitue une avancée importante. Au-delà de la seule conformité aux standards internationaux de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération, elle doit désormais être considérée comme le point de départ d’un processus plus ambitieux : la construction d’un véritable capital confiance.

Devenu au XXIᵉ siècle l’un des principaux actifs stratégiques des nations, ce capital conditionne la capacité d’un pays à attirer les investissements, mobiliser l’épargne, stimuler l’initiative privée, renforcer sa compétitivité et s’intégrer durablement à l’économie mondiale.

  • Pendant longtemps, la richesse des pays était principalement expliquée par l’accumulation du capital, du travail, des ressources naturelles, des infrastructures ou des investissements. Ces facteurs demeurent indispensables. Ils ne suffisent toutefois plus à assurer la compétitivité dans une économie mondialisée, financiarisée, numérique et fortement intégrée. Les États sont désormais également évalués à travers la qualité de leurs institutions, la crédibilité de leur gouvernance, la stabilité de leurs politiques publiques, l’intégrité de leur système financier, leur capacité à rendre des comptes et la visibilité qu’ils offrent aux acteurs économiques.
  • La confiance est ainsi devenue un véritable facteur de production. Elle réduit l’incertitude, diminue les coûts de transaction, facilite la mobilisation de l’épargne, améliore l’accès au financement, attire les investissements, stimule l’innovation, favorise la formalisation de l’économie et renforce l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales. À l’inverse, son absence alimente l’économie informelle, le recours au cash, les marchés parallèles, le renchérissement du coût du capital et la faiblesse de l’investissement.
  • Cette confiance ne se décrète pas mais se construit progressivement à travers ce que cette étude propose d’appeler le capital confiance : un actif collectif fondé sur cinq piliers complémentaires : des institutions crédibles, un système financier intègre, une visibilité des politiques publiques à court, moyen et long terme, une culture de l’évaluation des résultats et de la reddition des comptes ainsi qu’un management public responsable et performant.

La thèse défendue dans cette étude est que la sortie de la liste grise du GAFI ne constitue pas l’aboutissement des réformes, mais le point de départ d’une ambition beaucoup plus large : faire de la construction du capital confiance le nouveau fondement de la transformation économique de l’Algérie.

Dans une économie mondiale où les capitaux, les technologies, les talents et les investissements se dirigent en priorité vers les environnements les plus crédibles, les plus transparents et les plus prévisibles, la confiance n’est plus seulement une valeur institutionnelle ; elle est devenue un levier de compétitivité, de croissance et de souveraineté économique.

Résumé exécutif

Une étude sur la transformation économique plus que sur le GAFI

La sortie de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), décidée en juin 2026, constitue une étape importante dans le renforcement de la crédibilité du système financier national. Elle reconnaît les progrès accomplis dans la mise en conformité du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération, tout en améliorant la réputation financière du pays auprès des banques correspondantes, des investisseurs et des institutions internationales.

Cette étude montre cependant que la portée de cette décision dépasse largement la seule conformité réglementaire. Elle s’inscrit dans une évolution plus profonde de l’économie mondiale : au XXIᵉ siècle, la compétitivité des nations dépend de plus en plus de la confiance qu’elles inspirent.

Une nouvelle lecture du développement économique

Pendant longtemps, les performances économiques ont été principalement expliquées par l’accumulation du capital, du travail, des ressources naturelles, des infrastructures et du progrès technique. Ces facteurs demeurent essentiels, mais ils ne suffisent plus à expliquer les écarts de compétitivité entre les pays.

La mondialisation, l’intégration financière, la révolution numérique et la fragmentation des chaînes de valeur ont profondément modifié les critères d’attractivité des économies. Les investisseurs évaluent désormais autant la qualité des institutions, la stabilité des politiques publiques, la sécurité juridique, la transparence de la gouvernance et l’intégrité financière que les facteurs traditionnels de production.

La confiance devient ainsi un déterminant majeur de l’investissement, de la productivité et de la croissance.

Le principal apport de cette étude : le concept de capital confiance

L’apport central de cette étude consiste à proposer un cadre analytique unifié autour du concept de capital confiance.

Le capital confiance est défini comme l’ensemble des institutions, des règles, des mécanismes de gouvernance et des comportements qui réduisent durablement l’incertitude, renforcent la crédibilité d’un pays et créent un environnement favorable à l’investissement, à l’innovation et à la croissance.

Il repose sur cinq piliers complémentaires :

  • des institutions crédibles et un État de droit effectif ;
  • un système économique et financier intègre et transparent ;
  • une visibilité des politiques publiques à court, moyen et long terme ;
  • une culture de l’évaluation des politiques publiques et de la reddition des comptes ;
  • un management public responsable, performant et orienté vers les résultats.

Pris ensemble, ces piliers constituent un actif immatériel qui améliore durablement la compétitivité d’une économie.

Le GAFI : une première étape dans la construction du capital confiance

L’étude montre que le rôle du GAFI dépasse désormais la lutte contre le blanchiment de capitaux. À travers ses normes, ses évaluations mutuelles et son dispositif de surveillance, il contribue à la protection de l’intégrité financière internationale et à la crédibilité des systèmes économiques.

La sortie de la liste grise représente ainsi une condition nécessaire au renforcement de la confiance, mais elle ne constitue pas un aboutissement. Elle marque le début d’une nouvelle phase de réformes visant à transformer une réussite réglementaire en avantage économique durable.

Une nouvelle lecture des défis de l’économie algérienne

L’une des principales originalités de cette étude consiste à proposer une interprétation intégrée de plusieurs phénomènes généralement analysés séparément.

L’économie informelle, la forte circulation fiduciaire hors du système bancaire, le recours massif aux paiements en espèces, le marché parallèle des changes, la faible bancarisation, les difficultés de financement des entreprises, le niveau encore limité des investissements directs étrangers et la lente diversification de l’économie traduisent, à des degrés divers, un même déficit de capital confiance.

Cette lecture conduit à agir sur les causes profondes plutôt que sur les seuls symptômes.

Construire le capital confiance : une nouvelle stratégie de développement

L’étude montre que la confiance ne se décrète pas. Elle résulte d’un processus continu de renforcement des institutions et d’amélioration de la gouvernance.

La consolidation du capital confiance suppose notamment :

  • le renforcement de l’État de droit et de la sécurité juridique ;
  • la consolidation durable de l’intégrité financière ;
  • une plus grande visibilité des politiques publiques ;
  • une production régulière de données économiques fiables ;
  • une véritable culture de l’évaluation des politiques publiques ;
  • une responsabilisation accrue des institutions publiques ;
  • la modernisation du système bancaire et des moyens de paiement ;
  • l’amélioration du climat des affaires et de l’environnement de l’investissement.

Les principaux enseignements de politique économique

Cette étude débouche sur cinq enseignements majeurs.

  • La conformité aux standards internationaux constitue une condition nécessaire mais non suffisante pour attirer durablement les investissements.
  • La visibilité des politiques publiques est devenue un déterminant essentiel de la confiance économique.
  • L’évaluation des politiques publiques et la reddition des comptes doivent devenir des composantes permanentes de la gouvernance économique.
  • L’intégrité financière, la transparence et la qualité des institutions doivent être considérées comme des investissements productifs.
  • Le capital confiance doit désormais être reconnu comme un objectif stratégique de la politique économique nationale.

Conclusion

La sortie de l’Algérie de la liste grise du GAFI marque la fin d’un cycle de mise en conformité, mais surtout le début d’une nouvelle étape.

Dans une économie mondiale caractérisée par une forte mobilité des capitaux, des technologies et des talents, les pays les plus performants sont ceux qui inspirent durablement confiance.

La thèse centrale de cette étude peut être résumée simplement :

La sortie de la liste grise du GAFI est une condition nécessaire, mais non suffisante. Le véritable défi consiste désormais à transformer cette crédibilité réglementaire en un capital confiance durable, appelé à devenir l’un des principaux moteurs de la transformation économique, de la compétitivité et de l’intégration internationale de l’Algérie.

 1. Introduction : de la sortie de la liste grise du GAFI à la construction du capital confiance

Une reconnaissance internationale importante. La sortie de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) constitue une excellente nouvelle. Elle traduit la reconnaissance, par la communauté internationale, des progrès accomplis dans le renforcement du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération.

Cette décision améliore la crédibilité du système financier algérien auprès des banques correspondantes, des investisseurs, des institutions financières internationales et des partenaires économiques. Cependant, limiter la portée de cette décision à une simple mise en conformité réglementaire serait réducteur.

Elle s’inscrit dans une transformation beaucoup plus profonde de l’économie mondiale. Au cours des dernières décennies, les critères de compétitivité des nations ont profondément évolué.

Longtemps, la performance économique d’un pays s’est mesurée principalement à l’aune de ses ressources naturelles, de son capital physique, de son niveau d’investissement, de son industrialisation ou de l’abondance de sa main-d’œuvre. Ces facteurs demeurent naturellement essentiels.

Ils ne suffisent toutefois plus à expliquer pourquoi certaines économies attirent durablement les capitaux, les technologies, les talents et les investissements internationaux, tandis que d’autres peinent à mobiliser ces mêmes ressources.

La confiance : un nouveau facteur de compétitivité. Dans une économie mondialisée, financiarisée, numérique et fortement intégrée, un nouveau déterminant de la compétitivité s’est progressivement imposé : la confiance.

Les investisseurs, les banques, les entreprises et les partenaires internationaux n’évaluent plus seulement les performances macroéconomiques d’un pays ; ils apprécient également la qualité de ses institutions, la stabilité de ses politiques publiques, la sécurité juridique, la transparence de sa gouvernance, l’intégrité de son système financier et la prévisibilité de son environnement économique.

La confiance est ainsi devenue un véritable actif économique. Elle réduit les coûts de transaction, facilite le financement de l’économie, attire les investissements, favorise l’innovation, améliore la mobilisation de l’épargne et renforce l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales.

Le coût économique du déficit de confiance. À l’inverse, lorsque la confiance s’érode, les coûts économiques augmentent rapidement. Les ménages privilégient la détention d’espèces plutôt que les dépôts bancaires. Les entreprises reportent leurs investissements.

Les investisseurs exigent des primes de risque plus élevées. Les banques renforcent leurs procédures de contrôle. Les marchés parallèles se développent, l’économie informelle prospère et les capacités de financement de l’économie s’affaiblissent. Ces phénomènes, souvent analysés séparément, traduisent en réalité un même déficit : celui de la confiance dans les institutions, dans les règles et dans la capacité de l’État à offrir un cadre économique stable et crédible.

De la confiance à la visibilité. Mais la confiance, à elle seule, ne suffit plus. Dans un environnement marqué par les incertitudes géopolitiques, les ruptures technologiques, la fragmentation des chaînes de valeur et la volatilité financière, les acteurs économiques cherchent également à comprendre la trajectoire des pays dans lesquels ils investissent. Ils veulent connaître les réformes engagées, les priorités économiques, la stabilité des règles du jeu et la vision de long terme des pouvoirs publics.

Les investisseurs n’investissent plus seulement dans une économie ; ils investissent dans une stratégie et dans une trajectoire.

Le capital confiance
Le capital confiance
  • La visibilité est ainsi devenue le prolongement naturel de la confiance. Dans l’économie contemporaine, la crédibilité d’un pays dépend autant de la qualité de ses institutions que de sa capacité à annoncer une feuille de route claire, cohérente et prévisible à court, moyen et long terme.
  • Le capital confiance : un nouveau cadre d’analyse1. ette évolution conduit à dépasser une conception étroite de la confiance pour lui donner une dimension plus systémique. Cette étude propose de regrouper l’ensemble des facteurs qui inspirent durablement confiance sous un concept unique : le capital confiance.

Le capital confiance désigne l’ensemble des institutions, des règles, des pratiques de gouvernance et des mécanismes qui réduisent durablement l’incertitude, renforcent la crédibilité de l’action publique et créent un environnement favorable à l’investissement, à l’innovation et à la croissance. Il repose sur cinq piliers complémentaires :

  • Des institutions crédibles et un État de droit effectif ;
  • Un système économique et financier intègre et transparent ;
  • Une visibilité des politiques publiques à court, moyen et long terme ;
  • Une culture de l’évaluation des politiques publiques et de la reddition des comptes ;
  • Un management public responsable, performant et orienté vers les résultats.

Transformer une réussite réglementaire en transformation économique

C’est dans cette perspective qu’il convient d’interpréter la sortie de l’Algérie de la liste grise du GAFI. Cette reconnaissance internationale ne constitue pas l’aboutissement des réformes ; elle en marque le commencement. Elle ouvre une nouvelle étape, au cours de laquelle l’enjeu n’est plus seulement de satisfaire des standards internationaux, mais de faire du capital confiance un levier central de la transformation économique du pays.

Si la sortie du GAFI est une condition nécessaire, elle reste insuffisante pour renforcer durablement la compétitivité de l’économie algérienne

Dans la mesure où l’Algérie souhaite accélérer sa diversification, attirer davantage d’investissements directs étrangers, mobiliser son épargne, réduire le poids de l’économie informelle, mieux s’intégrer aux chaînes de valeur mondiales et financer durablement son développement, elle devra ainsi aller au-delà de la conformité réglementaire et construire un véritable capital confiance.

Dans l’économie du XXIᵉ siècle, les pays les plus performants ne sont plus seulement ceux qui disposent des ressources les plus abondantes ou des investissements les plus importants ; ce sont ceux qui inspirent durablement confiance, offrent de la visibilité à leurs partenaires et démontrent, par la qualité de leur gouvernance, leur capacité à transformer les réformes en résultats.

Partie 1. Pourquoi la confiance est-elle devenue un facteur de production ?

1.1 La confiance : un fondement des économies modernes

Le diagramme ci-dessous montre que le capital confiance résulte de l’interaction de cinq piliers complémentaires : des institutions crédibles, un système financier intègre, une visibilité des politiques publiques, une culture de l’évaluation et une véritable responsabilité des acteurs publics. Ensemble, ces piliers réduisent l’incertitude, renforcent la confiance des ménages, des entreprises et des investisseurs, facilitent la mobilisation de l’épargne et du crédit, favorisent l’investissement, l’innovation et la productivité et contribuent ainsi à une croissance durable ainsi qu’à une meilleure intégration dans l’économie mondiale.

  • La confiance constitue l’un des fondements invisibles mais essentiels du fonctionnement des économies modernes. Bien qu’elle soit immatérielle et difficilement quantifiable, son influence sur les performances économiques est considérable. Elle conditionne les décisions d’investissement, facilite les échanges, réduit les coûts de transaction, améliore la coopération entre les agents économiques et favorise la circulation de l’information. Sans confiance, les marchés fonctionnent plus difficilement, les financements deviennent plus coûteux, les contrats nécessitent davantage de garanties et la croissance perd une partie importante de son potentiel.
Capital confiance
Capital confiance
  • La confiance économique peut être définie comme l’ensemble des anticipations positives que les ménages, les entreprises, les banques, les investisseurs et les partenaires internationaux entretiennent quant à la capacité d’une économie à offrir un environnement stable, prévisible et crédible. Elle traduit la conviction que les règles seront appliquées de manière équitable, que les contrats seront respectés, que les institutions fonctionneront efficacement et que les engagements pris seront honorés.
  • Longtemps considérée comme une notion relevant principalement de la sociologie, de la psychologie ou de la science politique, la confiance occupe aujourd’hui une place centrale dans l’analyse économique. Les travaux de la nouvelle économie institutionnelle ont montré que la qualité des institutions, la sécurité juridique, la protection des droits de propriété, la gouvernance et la confiance expliquent une part importante des différences de développement entre les nations. Les performances économiques ne dépendent donc plus uniquement des facteurs traditionnels de production ; elles reposent également sur la qualité de l’environnement institutionnel dans lequel évoluent les agents économiques.

1.2 La mondialisation a fait de la confiance un facteur de compétitivité

L’importance de la confiance s’est considérablement renforcée avec la mondialisation. Les économies nationales ne fonctionnent plus de manière isolée ; elles sont désormais intégrées dans des réseaux complexes d’échanges commerciaux, de flux financiers, d’investissements directs étrangers, de chaînes de valeur mondiales et de transferts technologiques.

  • Dans ce nouvel environnement, les entreprises, les investisseurs et les institutions financières prennent quotidiennement des décisions impliquant des partenaires situés dans des pays différents, soumis à des systèmes juridiques, réglementaires et institutionnels parfois très éloignés. Cette interdépendance rend la confiance indispensable au bon fonctionnement de l’économie mondiale.
  • Les investisseurs internationaux ne recherchent plus uniquement des coûts de production compétitifs ou des marchés prometteurs. Ils recherchent également des économies offrant des institutions crédibles, un système judiciaire efficace, une réglementation stable, une gouvernance transparente, un système bancaire solide, une protection effective des droits de propriété ainsi qu’une stabilité macroéconomique durable.
  • La concurrence internationale ne s’exerce donc plus seulement entre systèmes productifs. Elle oppose désormais des modèles institutionnels capables, ou non, d’inspirer durablement confiance.

1.3 Les multiples dimensions de la confiance économique

La confiance économique est un concept multidimensionnel. Elle ne se limite ni au système bancaire ni aux marchés financiers ; elle irrigue l’ensemble du fonctionnement de l’économie.

  • La première dimension est la confiance dans les institutions. Les citoyens et les entreprises doivent pouvoir compter sur un État capable de faire respecter les lois, de garantir la sécurité juridique et d’assurer l’égalité devant les règles.
  • La deuxième concerne la confiance dans les politiques publiques. Les décisions budgétaires, fiscales, monétaires et réglementaires doivent être suffisamment cohérentes et prévisibles pour permettre aux acteurs économiques de prendre des décisions d’investissement de long terme.
  • La troisième dimension est la confiance dans la monnaie et dans le système financier. Une monnaie stable protège l’épargne, facilite les transactions et favorise la bancarisation. Des banques solides et transparentes permettent de transformer efficacement l’épargne en investissement.
  • La quatrième est la confiance entre les acteurs privés. Les entreprises investissent davantage lorsqu’elles peuvent compter sur des fournisseurs fiables, des partenaires respectant leurs engagements et des délais de paiement raisonnables. Cette confiance constitue le socle des chaînes de valeur modernes.
  • Enfin, la confiance possède une dimension internationale. Les agences de notation, les banques correspondantes, les investisseurs, les institutions financières internationales et les partenaires commerciaux évaluent en permanence la crédibilité des pays. Cette confiance influence directement le coût du financement, les investissements directs étrangers, les exportations, les transferts internationaux et l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales.

1.4 La confiance produit des effets économiques mesurables

La confiance n’est pas une notion abstraite ; elle produit des effets économiques concrets.

  • Lorsqu’elle est élevée, les coûts de transaction diminuent, les contrats sont exécutés plus facilement, les banques prêtent davantage, l’épargne est plus largement mobilisée, les entreprises investissent plus rapidement et l’innovation se développe dans un environnement moins incertain. Les investisseurs étrangers acceptent des primes de risque plus faibles, tandis que les administrations publiques peuvent conduire leurs politiques dans un climat de coopération plus favorable.
  • À l’inverse, lorsque la confiance s’érode, les comportements de précaution se multiplient. Les ménages privilégient les paiements en espèces ou recherchent des actifs refuges. Les entreprises reportent leurs investissements. Les investisseurs exigent une rémunération plus élevée pour compenser les risques perçus. Les marchés parallèles se développent, l’économie informelle prend de l’ampleur et les coûts de financement augmentent.
  • Ainsi, la confiance agit comme un véritable multiplicateur économique. Elle améliore simultanément l’efficacité des marchés, la qualité de l’allocation des ressources et la capacité d’une économie à attirer les capitaux, les technologies et les talents.

1.5 Vers une nouvelle lecture de la compétitivité

Confiance comme facteur de production
Confiance comme facteur de production

Cette évolution marque un changement profond dans l’analyse du développement économique.

  • Les écarts de richesse entre les nations ne s’expliquent plus uniquement par l’abondance du capital, du travail ou des ressources naturelles. Ils reflètent également la capacité des pays à construire un environnement institutionnel crédible, stable et prévisible.
  • La confiance apparaît ainsi comme un véritable facteur de production. Elle contribue directement à la productivité, à l’investissement, à l’innovation, au financement de l’économie et à la croissance de long terme. Les économies les plus performantes sont désormais celles qui inspirent confiance à leurs citoyens autant qu’à leurs partenaires internationaux.
  • Cette évolution conduit naturellement à une question essentielle. Si la confiance produit des effets économiques aussi importants que les autres facteurs de production, ne doit-elle pas être considérée comme une forme particulière de capital ?

C’est à cette question que répond la partie suivante.

Partie 2. Le capital confiance : un nouvel actif stratégique au service de la compétitivité, de l’investissement et de la croissance économique

2.1 Le capital confiance : une nouvelle forme de capital

La première partie de cette étude a montré que la confiance est devenue bien davantage qu’une valeur sociale ou un simple facteur psychologique. Dans les économies contemporaines, elle constitue désormais une variable économique essentielle qui influence les décisions des ménages, des entreprises, des investisseurs et des institutions financières. Elle conditionne la mobilisation de l’épargne, l’investissement, l’innovation, l’accès au financement et, plus largement, la capacité d’une économie à créer durablement de la richesse.

  • Cette évolution conduit naturellement à considérer la confiance comme une véritable forme de capital. Au même titre que le capital physique, le capital humain, le capital technologique ou le capital institutionnel, elle représente un actif immatériel qui se construit progressivement, produit un rendement économique et peut se renforcer ou, au contraire, se déprécier sous l’effet des politiques publiques et de la qualité de la gouvernance.
  • Dans cette étude, le capital confiance est défini au sens large. Il inclutl’ensemble des institutions, des règles, des mécanismes de gouvernance et des comportements qui réduisent durablement l’incertitude, renforcent la crédibilité d’un pays et facilitent les échanges économiques entre les citoyens, les entreprises, les investisseurs et les partenaires internationaux.

2.2 Pourquoi parler de capital ?

Le terme « capital » ne relève pas ici d’une simple analogie. Il traduit une réalité économique.

  • Comme toute forme de capital, la confiance nécessite un investissement permanent. Elle résulte d’années d’efforts visant à renforcer les institutions, améliorer la gouvernance, garantir la stabilité réglementaire, développer la transparence et assurer la crédibilité des politiques publiques.
  • En retour, elle génère un rendement économique considérable. La confiance réduit les coûts de transaction, facilite la circulation de l’information, améliore la coopération entre les acteurs, diminue les primes de risque, favorise l’intermédiation financière et permet une allocation plus efficace des ressources.
  • Elle présente cependant une caractéristique particulière : sa construction est lente, mais sa dégradation peut être extrêmement rapide. Quelques décisions incohérentes, une instabilité réglementaire persistante ou une perte de crédibilité institutionnelle peuvent suffire à fragiliser un capital patiemment construit pendant plusieurs années.
  • Le capital confiance constitue ainsi un actif stratégique dont la préservation devient un objectif majeur de politique économique.

2.3 Les mécanismes économiques du capital confiance

Le capital confiance agit comme un puissant catalyseur de l’activité économique en réduisant l’incertitude qui entoure les décisions des agents économiques.

  • Lorsque les règles du jeu sont stables, les institutions crédibles et les politiques publiques prévisibles, les ménages acceptent plus facilement de confier leur épargne au système financier. Les banques disposent alors de ressources plus abondantes pour financer l’économie. Les entreprises investissent davantage parce qu’elles peuvent anticiper l’évolution de leur environnement économique avec une plus grande visibilité. Les investisseurs internationaux, quant à eux, exigent des primes de risque plus faibles et orientent plus facilement leurs capitaux vers les économies jugées fiables. La confiance agit ainsi tout au long de la chaîne économique. Elle favorise la mobilisation de l’épargne, facilite l’accès au crédit, stimule l’investissement, accélère l’innovation, améliore la productivité et soutient une croissance plus durable.
  • À l’inverse, lorsque la confiance fait défaut, les comportements changent profondément. Les ménages privilégient la détention d’espèces ou d’actifs refuges, les entreprises reportent leurs investissements, les banques renforcent leurs exigences de garanties, les investisseurs deviennent plus prudents et les activités informelles prennent une place croissante dans l’économie.
  • Le déficit de confiance impose un coût. Ce dernier prend des formes diverses, y compris une augmentation des coûts de financement, une faible intermédiation bancaire, une baisse des investissements privés, une croissance plus faible et une moindre capacité d’intégration dans l’économie mondiale.

2.4 La confiance : un nouvel avantage comparatif

La mondialisation a profondément modifié les déterminants de la compétitivité des nations.

  • Pendant longtemps, les avantages comparatifs reposaient principalement sur les ressources naturelles, le coût du travail, la taille du marché intérieur ou le volume des investissements publics. Ces facteurs demeurent importants, mais ils ne suffisent plus à expliquer pourquoi certains pays attirent durablement les investissements, les technologies et les talents.
  • Aujourd’hui, une entreprise qui choisit un pays pour produire, investir ou financer ses activités ne s’intéresse plus uniquement aux coûts de production. Elle évalue également la qualité des institutions, la stabilité juridique, la prévisibilité des politiques publiques, l’intégrité du système financier, la disponibilité d’informations fiables, la qualité des infrastructures et la conformité aux standards internationaux,  y compris en matière de gouvernance.
  • La concurrence internationale oppose désormais autant des systèmes institutionnels que des systèmes productifs. Les économies ne sont plus seulement en compétition par leurs coûts ; elles sont également en concurrence par la confiance qu’elles inspirent.
  • Dans ce nouvel environnement, le capital confiance devient un véritable avantage comparatif. Il réduit le risque pays, diminue le coût du financement, améliore l’attractivité pour les investissements directs étrangers, facilite l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales et renforce durablement la compétitivité internationale.

2.5 De la confiance nationale à la confiance internationale

La montée en puissance du capital confiance explique l’émergence progressive d’une véritable architecture internationale de la confiance.

  • Le développement des échanges mondiaux, l’intégration financière, la mobilité des capitaux et l’internationalisation des chaînes de valeur ont conduit les États à définir des règles communes destinées à préserver l’intégrité du système économique mondial.
  • Les banques internationales, les agences de notation, les institutions financières internationales, les investisseurs institutionnels et les grandes entreprises utilisent aujourd’hui des critères largement convergents pour apprécier le niveau de risque associé à chaque économie.
  • En plus de la qualité des institutions, de la stabilité macroéconomique, de la transparence, du respect de l’État de droit, l’intégrité du système financier et la conformité aux standards internationaux sont ainsi devenus des déterminants essentiels de la crédibilité d’un pays.

Dans cette perspective, les dispositifs initiaux de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme, le financement de la prolifération et les autres flux financiers illicites dépassent largement le cadre de la seule criminalité financière.

  • Ils constituent désormais l’un des principaux instruments de construction et de préservation du capital confiance à l’échelle mondiale.
  • La sortie de l’Algérie de la liste grise du GAFI s’inscrit précisément dans cette logique. Elle représente une étape importante dans le renforcement de la crédibilité financière internationale du pays. Elle ne constitue toutefois pas un aboutissement, mais le point de départ d’un processus plus ambitieux visant à consolider durablement le capital confiance national et international indispensable à une meilleure intégration dans l’économie mondiale.
  • Cette évolution conduit naturellement à examiner, dans la partie suivante, le rôle du Groupe d’action financière (GAFI) et, plus largement, des standards internationaux dans la construction de cette confiance devenue un facteur stratégique de compétitivité et de développement.

Partie 3. Le GAFI et l’intégrité financière mondiale : une nouvelle architecture internationale de la confiance

Introduction

La mondialisation financière a profondément transformé le fonctionnement de l’économie mondiale. L’intégration croissante des marchés financiers, la libéralisation des mouvements de capitaux, la digitalisation des paiements et le développement des nouvelles technologies ont considérablement facilité les échanges internationaux et le financement de l’économie.

Mais cette ouverture a également accru les possibilités de circulation des flux financiers illicites, qu’il s’agisse du blanchiment de capitaux, du financement du terrorisme, de la prolifération des armes de destruction massive, de la cybercriminalité ou des nouvelles formes de fraude financière.

Face à ces risques, la communauté internationale a progressivement construit une architecture mondiale d’intégrité financière reposant sur des normes communes, une coopération renforcée entre les États et une surveillance internationale.

  • Au cœur de ce dispositif figure le Groupe d’action financière (GAFI), devenu la principale instance internationale chargée d’élaborer les standards en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération.
  • L’influence du GAFI dépasse aujourd’hui largement le seul domaine réglementaire. Ses évaluations sont prises en compte par les institutions financières internationales, les banques centrales, les agences de notation, les banques correspondantes et les investisseurs. Elles influencent la réputation financière des pays, leur accès aux marchés internationaux, leurs coûts de financement et, plus largement, la confiance qu’ils inspirent aux partenaires économiques.
  • Cette évolution traduit une transformation profonde de l’économie mondiale. La compétitivité d’un pays ne dépend plus uniquement de ses performances macroéconomiques ou de ses ressources naturelles ; elle repose également sur la qualité de ses institutions, la transparence de son système financier et sa capacité à respecter les standards internationaux de gouvernance et d’intégrité financière.

C’est dans cette perspective que s’inscrit cette partie. Son objectif est de montrer que le GAFI est devenu bien davantage qu’un organisme de normalisation. Il constitue aujourd’hui un acteur majeur de l’architecture internationale de la confiance, dont les normes contribuent à renforcer la stabilité financière, la crédibilité des institutions et l’intégration des économies dans le système financier mondial.

3.1 Pourquoi le monde a créé le GAFI ?

Le GAFI a été créé en 1989 à l’initiative des pays du G7 dans un contexte marqué par l’internationalisation rapide des flux financiers et la montée en puissance des organisations criminelles transnationales.

  • À cette époque, les profits générés par le trafic international de stupéfiants atteignaient déjà plusieurs centaines de milliards de dollars, tandis que les progrès des télécommunications et la libéralisation financière facilitaient les transferts internationaux de capitaux.
  • Les autorités publiques prirent progressivement conscience qu’il ne suffisait plus de lutter contre les activités criminelles elles-mêmes ; il devenait indispensable d’empêcher les organisations criminelles de réintroduire dans l’économie légale les revenus issus de leurs activités illicites. C’est précisément cette opération de dissimulation de l’origine criminelle des fonds que désigne le blanchiment de capitaux.
  • Très rapidement, les gouvernements comprirent que cette menace dépassait largement le seul trafic de stupéfiants. Les produits de la corruption, de la fraude fiscale, du trafic d’armes, de la traite des êtres humains, du trafic de migrants, de la contrebande, de la criminalité environnementale ou encore de la cybercriminalité empruntaient les mêmes circuits financiers.
Architecture mondiale fondée sur la coopération
Architecture mondiale fondée sur la coopération

La mondialisation avait créé un paradoxe : alors que les économies devenaient de plus en plus intégrées, les dispositifs nationaux de contrôle restaient largement cloisonnés.

Les organisations criminelles profitaient des différences entre législations nationales, des paradis fiscaux, des sociétés écrans et des insuffisances de coopération internationale pour déplacer rapidement leurs capitaux d’un pays à l’autre.

  • Le GAFI est né de cette prise de conscience collective. Sa mission fondamentale consiste à protéger l’intégrité du système financier international en élaborant des normes communes, en évaluant leur mise en œuvre et en encourageant les États à renforcer leurs dispositifs de prévention et de répression.
  • Cette mission s’inscrit dans une logique économique plus large. Les marchés financiers ne peuvent fonctionner efficacement que si les acteurs ont confiance dans la transparence des transactions, dans la solidité des institutions et dans la capacité des autorités publiques à lutter contre les activités criminelles. L’intégrité financière devient ainsi un bien public mondial dont la préservation bénéficie à l’ensemble de la communauté internationale.

La création du GAFI a marqué la première étape de cette architecture internationale. Son mandat n’a cependant cessé d’évoluer pour s’adapter à la transformation des risques financiers mondiaux.

3.2 De la lutte contre le blanchiment à la protection de l’intégrité financière mondiale

Depuis sa création, le mandat du GAFI n’a cessé de s’élargir afin de tenir compte des mutations de la criminalité financière internationale.

  • À l’origine, ses travaux étaient principalement consacrés au blanchiment des produits du trafic de stupéfiants. Cette approche sectorielle est rapidement apparue insuffisante face à la diversification des activités criminelles.
  • Les attentats du 11 septembre 2001 ont constitué un tournant majeur. La lutte contre le financement du terrorisme est devenue une priorité internationale, conduisant le GAFI à compléter ses recommandations afin d’intégrer cette nouvelle dimension sécuritaire.
  • Quelques années plus tard, le développement des programmes nucléaires sensibles a conduit la communauté internationale à renforcer les dispositifs de lutte contre le financement de la prolifération des armes de destruction massive.
  • Plus récemment encore, l’accélération de la transformation numérique a profondément modifié la nature des risques. Les crypto-actifs, les plateformes d’échange, la finance décentralisée (DeFi), les actifs virtuels, l’intelligence artificielle, les rançongiciels, les cyberattaques, les paiements instantanés et les nouvelles technologies financières sont devenus des préoccupations majeures.

Parallèlement, le GAFI a progressivement abandonné une approche exclusivement fondée sur la conformité juridique pour privilégier une évaluation beaucoup plus exigeante de l’efficacité réelle des dispositifs nationaux. Aujourd’hui, il ne suffit plus d’adopter des lois conformes aux standards internationaux ; il faut démontrer que celles-ci produisent effectivement les résultats attendus.

Cette évolution traduit un changement de paradigme. L’objectif n’est plus seulement de lutter contre certaines formes de criminalité, mais de préserver l’intégrité du système financier mondial dans son ensemble. Cette évolution illustre le passage d’une logique de lutte contre une forme spécifique de criminalité à une approche globale visant à préserver l’intégrité, la transparence et la confiance dans le système financier international.

Evolution du champ d'intervention du GAFI
Evolution du champ d’intervention du GAFI
Les domaines couverts par les dispositifs internationaux
Les domaines couverts par les dispositifs internationaux

3.3 Pourquoi le FMI, la Banque mondiale et les banques centrales s’y intéressent-ils ?

Pendant longtemps, la lutte contre le blanchiment de capitaux a été perçue comme un domaine relevant essentiellement des autorités judiciaires et des services répressifs. Cette vision est aujourd’hui dépassée.

  • Les institutions financières internationales considèrent désormais que les risques liés au blanchiment, au financement du terrorisme et à la criminalité financière constituent également des risques macroéconomiques. Ils peuvent affecter la stabilité financière, perturber les marchés de capitaux, fragiliser les banques, réduire les recettes fiscales, décourager les investissements et compromettre la croissance économique.
  • C’est pourquoi le Fonds monétaire international et la Banque mondiale participent activement aux programmes d’évaluation et d’assistance technique en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Ils considèrent qu’un système financier transparent et intègre constitue une condition essentielle de la stabilité économique et du développement durable.
  • Les banques centrales partagent cette analyse. Au-delà de leur mission traditionnelle de stabilité monétaire et financière, elles jouent un rôle croissant dans la supervision prudentielle, la surveillance des systèmes de paiement et la prévention des risques financiers. La lutte contre les flux financiers illicites contribue directement à la solidité du système bancaire et à la confiance du public dans les institutions financières.
  • Cette convergence entre les préoccupations sécuritaires, financières et macroéconomiques explique pourquoi les évaluations du GAFI sont aujourd’hui prises en compte par les agences de notation, les investisseurs internationaux, les banques correspondantes et les marchés financiers. Elles influencent la perception du risque pays, les coûts de financement, l’attractivité des investissements et, plus largement, la réputation économique des États.
Principaux domaines d'assistance technique du FMI
Principaux domaines d’assistance technique du FMI

En définitive, le GAFI est progressivement devenu bien davantage qu’un organisme technique chargé de formuler des recommandations. Il participe désormais à la définition des standards internationaux de bonne gouvernance financière et contribue à renforcer ce que l’on peut appeler le capital confiance international. Dans un environnement où la confiance est devenue un facteur déterminant de la compétitivité des économies, l’intégrité financière apparaît aujourd’hui comme une composante essentielle de la stabilité, de la croissance et du développement.

3.4 Le GAFI : comment fonctionne-t-il ?

Le GAFI n’est ni une organisation policière internationale, ni une juridiction chargée de sanctionner les États. Il s’agit d’un organisme intergouvernemental qui élabore des normes internationales destinées à protéger l’intégrité du système financier mondial contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et, plus récemment, le financement de la prolifération des armes de destruction massive.

  • Son influence ne repose pas sur un pouvoir juridique contraignant mais sur la crédibilité de ses évaluations et sur la pression exercée par les marchés financiers, les institutions internationales et les États membres. Les recommandations du GAFI constituent aujourd’hui la référence mondiale en matière de lutte contre les flux financiers illicites.
  • Le cœur du dispositif repose sur les quarante recommandations, régulièrement actualisées afin de tenir compte de l’évolution de la criminalité financière. Ces recommandations couvrent l’ensemble des composantes d’un système efficace de prévention et de répression : criminalisation du blanchiment, confiscation des avoirs criminels, obligations imposées aux banques et aux institutions financières, transparence des bénéficiaires effectifs, coopération judiciaire internationale, supervision des professions non financières et contrôle des nouveaux risques liés aux actifs virtuels.

Depuis la révision de ses standards en 2012, le GAFI privilégie une approche fondée sur les risques (Risk-Based Approach).

  • Celle-ci consiste à concentrer les ressources des autorités publiques et des institutions financières sur les secteurs, les activités et les acteurs présentant les risques les plus élevés de blanchiment de capitaux ou de financement du terrorisme, plutôt que d’appliquer uniformément les mêmes contrôles à l’ensemble des opérations.
  • Toutefois, le GAFI ne se limite plus à vérifier l’existence de textes juridiques. Depuis la réforme de sa méthodologie d’évaluation, il accorde une importance croissante à l’efficacité réelle des dispositifs nationaux.

Chaque pays fait ainsi l’objet d’une évaluation mutuelle conduite par une équipe pluridisciplinaire d’experts internationaux coordonnée par le GAFI ou par un organisme régional de type GAFI.

  • Ces équipes sont composées de praticiens expérimentés issus notamment des banques centrales, des ministères des Finances et de la Justice, des autorités de supervision bancaire et financière, des cellules de renseignement financier (CRF/FIU), des services de police et des autorités judiciaires.
  • Le secrétariat permanent du GAFI, basé à Paris au siège de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), assure la coordination technique des travaux et veille à l’application uniforme de la méthodologie d’évaluation.
  • Cette approche multidisciplinaire garantit que les évaluations reposent à la fois sur une expertise juridique, financière, prudentielle et opérationnelle, ce qui explique la crédibilité internationale des rapports du GAFI auprès du FMI, de la Banque mondiale, des banques multilatérales de développement, des banques centrales, des agences de notation et des investisseurs internationaux.

Cette évaluation repose sur deux dimensions complémentaires.

  • La première porte sur la conformité technique, c’est-à-dire sur l’existence d’un cadre juridique conforme aux quarante recommandations.
  • La seconde, beaucoup plus exigeante, concerne l’efficacité opérationnelle. Les évaluateurs examinent notamment si les institutions coopèrent effectivement entre elles, si les opérations suspectes sont détectées, si les enquêtes aboutissent, si les condamnations sont prononcées, si les avoirs criminels sont confisqués et si les risques identifiés sont réellement maîtrisés.
  • Cette évolution marque une rupture importante. La qualité d’un système ne se mesure plus à l’épaisseur de son arsenal législatif mais à sa capacité à produire des résultats concrets.

3.5 Les listes noire et grise : comment fonctionnent-elles ?

Les listes publiées par le GAFI constituent aujourd’hui l’un des principaux mécanismes internationaux d’incitation aux réformes.

  • Leur objectif n’est pas de sanctionner les États mais d’encourager l’amélioration des dispositifs nationaux de lutte contre les flux financiers illicites.
  • Contrairement à certaines idées reçues, ces listes ne distinguent pas les « bons » des « mauvais » pays. Elles reflètent le degré de conformité et d’efficacité des systèmes nationaux au regard des standards internationaux.

Il convient toutefois de distinguer clairement la liste noire de la liste grise.

  • La liste noire ou la liste des juridictions à haut risque faisant l’objet d’un appel à l’action, regroupe un nombre très limité de pays présentant des défaillances majeures dans leurs dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Ces juridictions sont généralement caractérisées par une coopération internationale très insuffisante, une faiblesse importante des institutions publiques, des conflits armés, une instabilité politique durable ou des sanctions internationales. Le GAFI appelle les États membres et les institutions financières à appliquer des mesures de vigilance particulièrement renforcées à leur égard. La liste noire demeure volontairement très restreinte afin de préserver son caractère exceptionnel.
  • La liste grise : ou la liste des juridictions placées sous surveillance renforcée. Les pays qui y figurent ont reconnu l’existence de déficiences stratégiques et se sont engagés à mettre en œuvre un plan d’action défini avec le GAFI. Contrairement à la liste noire, cette inscription traduit une volonté de coopération. Les pays concernés travaillent avec les experts internationaux afin de renforcer leurs dispositifs nationaux et de satisfaire progressivement aux exigences des quarante recommandations. L’expérience montre que la plupart des pays inscrits sur cette liste en sortent après avoir réalisé les réformes demandées. L’Algérie s’inscrit précisément dans cette logique.
  • Quels types de pays figurent généralement sur ces listes ? Les listes du GAFI ne concernent pas uniquement des économies en développement. On y retrouve des profils très variés :  des économies émergentes ; descentres financiers régionaux ; des États fragiles ; des économies en transition; de petits États insulaires ; et parfois des places financières importantes.

Depuis la création du mécanisme de suivi renforcé, plusieurs dizaines de pays sont passés par la liste grise avant d’en sortir après avoir mis en œuvre leurs plans d’action. Cette observation conduit à relativiser la portée de l’inscription. Celle-ci ne constitue pas une condamnation permanente mais un instrument destiné à accompagner les réformes.

  • Les pays développés figurent-ils sur ces listes ? Cette question revient fréquemment dans les débats publics. La réponse est nuancée. Les grandes économies avancées apparaissent rarement sur les listes noire ou grise. Cela ne signifie nullement qu’elles sont exemptes de blanchiment de capitaux.

Les scandales révélés ces dernières années — Panama Papers, Paradise Papers, Pandora Papers, FinCEN Files, Danske Bank, HSBC, Credit Suisse ou encore Wirecard — démontrent que les flux financiers illicites transitent également par les principales places financières internationales.

  • La différence essentielle réside dans la qualité des institutions. Les économies avancées disposent généralement de systèmes judiciaires plus efficaces, d’autorités de supervision mieux dotées, de cellules de renseignement financier performantes et d’une coopération internationale plus développée. Elles détectent davantage les infractions, poursuivent plus efficacement les auteurs et adaptent plus rapidement leurs dispositifs aux nouvelles formes de criminalité financière. En d’autres termes, le blanchiment est un phénomène mondial ; ce sont les capacités institutionnelles de prévention, de détection et de répression qui différencient les pays. Autrement dit, les listes du GAFI ne mesurent pas l’existence du blanchiment de capitaux, mais la capacité des États à le prévenir, le détecter et le réprimer efficacement.

Tableau 1. Ce que signifient réellement les listes du GAFI

Liste noireListe grise
Risque très élevéSurveillance renforcée
Déficiences majeuresDéficiences corrigibles
Coopération insuffisanteCoopération active
Mesures renforcéesPlan d’action
Cas exceptionnelsMécanisme normal d’accompagnement
Les mécanismes de surveillance du GAFI
Les mécanismes de surveillance du GAFI

3.6 Les nouveaux risques de la criminalité financière : vers une nouvelle génération de menaces

La criminalité financière internationale connaît aujourd’hui une mutation profonde.

  • Les organisations criminelles ne se limitent plus aux circuits traditionnels de blanchiment reposant sur les espèces, les sociétés écrans ou les comptes bancaires offshore.
  • Elles exploitent désormais les possibilités offertes par la révolution numérique, l’intelligence artificielle, les plateformes électroniques et les nouvelles technologies financières.

Cette évolution conduit le GAFI à adapter en permanence ses recommandations afin d’anticiper les nouveaux risques plutôt que de répondre uniquement aux menaces déjà identifiées.

  • Parmi les évolutions les plus significatives figurent le développement des crypto-actifs, la finance décentralisée (DeFi), les cyberattaques, les rançongiciels (ransomware), les plateformes numériques de paiement, les systèmes informels de transfert de fonds, le blanchiment fondé sur les opérations commerciales (Trade-Based Money Laundering), l’utilisation abusive de sociétés écrans ainsi que les nouvelles possibilités offertes par l’intelligence artificielle.
Nouveaux crimes identifiés par le GAFI
Nouveaux crimes identifiés par le GAFI

Ces innovations offrent des opportunités considérables pour l’économie mondiale. Elles créent cependant de nouvelles vulnérabilités qui compliquent considérablement le travail des autorités de supervision.

Le défi consiste désormais à préserver l’innovation financière sans créer de nouvelles zones d’opacité susceptibles d’être exploitées par les organisations criminelles.

  • Parmi l’ensemble de ces nouvelles menaces, les crypto-actifs occupent une place particulière. Bien qu’ils ne constituent pas aujourd’hui le principal canal de blanchiment de capitaux, leur développement rapide et leurs caractéristiques technologiques ont conduit le GAFI à élaborer des standards spécifiques destinés à encadrer leur utilisation. La section suivante leur est consacrée.

3.7 Une architecture mondiale fondée sur la coopération

Une architecture mondiale fondée sur la coopération
Une architecture mondiale fondée sur la coopération

La lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération constitue aujourd’hui l’un des exemples les plus aboutis de gouvernance internationale. Contrairement à d’autres domaines de la coopération économique, elle ne repose ni sur une organisation unique ni sur une autorité supranationale disposant d’un pouvoir de sanction universel. Elle s’appuie sur un réseau mondial d’institutions complémentaires qui élaborent les normes, développent les capacités nationales, assurent la coopération opérationnelle et veillent à la mise en œuvre effective des standards internationaux.

Cette architecture s’est progressivement construite au cours des trois dernières décennies pour répondre à une réalité fondamentale : les flux financiers illicites circulent sans frontières alors que les compétences des autorités publiques demeurent essentiellement nationales.

Aucun État ne peut, à lui seul, détecter, suivre et démanteler des circuits internationaux de blanchiment impliquant plusieurs juridictions, plusieurs institutions financières et plusieurs systèmes juridiques.

L’efficacité des dispositifs AML/CFT repose ainsi sur une coopération permanente entre les organisations internationales, les organismes spécialisés, les autorités nationales et les réseaux d’échange d’informations financières. Cette coopération constitue aujourd’hui l’un des principaux fondements de l’intégrité financière mondiale.

Les institutions internationales : le cadre stratégique. Au sommet de cette architecture figurent les grandes institutions internationales.

  • Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale jouent un rôle essentiel dans le renforcement des capacités institutionnelles des pays membres. Ils apportent une assistance technique, participent à l’élaboration des stratégies nationales, réalisent des diagnostics dans le cadre des programmes d’évaluation du secteur financier (FSAP) et accompagnent les autorités dans la mise en conformité de leurs dispositifs avec les standards internationaux.
  • Les Nations Unies constituent quant à elles le socle juridique de cette gouvernance mondiale. Les conventions internationales relatives au trafic de stupéfiants, à la criminalité transnationale organisée, à la corruption et au financement du terrorisme fournissent les bases légales sur lesquelles reposent les législations nationales.
  • Le GAFI : le normalisateur mondial et l’un des principaux garants de la crédibilité financière des Etats.
  • Le groupe Egmont : le réseau mondial des cellules de renseignement financier

Toutes ces institutions créent ainsi l’environnement juridique, économique et technique indispensable au fonctionnement du système international de lutte contre les flux financiers illicites.

Le réseau mondial des Cellules de Renseignement Financier
Le réseau mondial des Cellules de Renseignement Financier

L’efficacité des normes élaborées par le GAFI dépend largement de la qualité du renseignement financier produit au niveau national.

  • Créé en 1995 au Palais d’Egmont à Bruxelles, le Groupe Egmont rassemble aujourd’hui plus de 170 Cellules de renseignement financier (Financial Intelligence Units – FIU) réparties sur tous les continents.
  • Ces cellules constituent le premier niveau d’analyse des opérations financières suspectes. Elles reçoivent les déclarations transmises par les banques, les compagnies d’assurance, les établissements financiers, les notaires, les casinos, les professions juridiques et les autres professions assujetties. Elles analysent ces informations, détectent les schémas financiers inhabituels et transmettent, lorsque cela est justifié, des renseignements exploitables aux autorités compétentes.
  • La véritable valeur ajoutée du Groupe Egmont réside dans son réseau sécurisé Egmont Secure Web (ESW), qui permet aux cellules nationales d’échanger rapidement des informations avec leurs homologues étrangers. Grâce à cette coopération opérationnelle, les autorités peuvent suivre des flux financiers internationaux, identifier des bénéficiaires effectifs, retracer des mouvements de capitaux et appuyer les enquêtes transfrontalières.
  • À l’heure de la numérisation des paiements, du développement des crypto-actifs et de la sophistication croissante des réseaux criminels, le Groupe Egmont est devenu l’un des piliers opérationnels de l’intégrité financière mondiale.

Le dispositif international est complété par les organismes régionaux de type GAFI (FATF-Style Regional Bodies – FSRB).

3.8 Les organismes régionaux de type GAFI

Structures régionales du GAFI
Structures régionales du GAFI

Ces organisations assurent la diffusion des standards internationaux au niveau régional, organisent les évaluations mutuelles, développent les capacités techniques des pays membres et favorisent les échanges d’expériences entre juridictions confrontées à des défis similaires. Parmi les principaux organismes régionaux figurent notamment :  le MENAFATF pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, MONEYVAL pour l’Europe, APG pour l’Asie-Pacifique, GAFILAT pour l’Amérique latine, GIABA pour l’Afrique de l’Ouest et GABAC pour l’Afrique centrale.

Ils constituent un relais essentiel entre les standards internationaux définis par le GAFI et leur mise en œuvre effective au niveau régional.

Les autorités nationales : la mise en œuvre opérationnelle : La réussite du dispositif repose enfin sur les institutions nationales.  Les banques centrales, les autorités de supervision bancaire et financière, les Cellules de renseignement financier, les administrations fiscales, les douanes, les services répressifs, les parquets spécialisés et les autorités judiciaires assurent quotidiennement la mise en œuvre opérationnelle des dispositifs AML/CFT. Leur mission consiste à transformer les normes internationales en actions concrètes : supervision des institutions financières, analyse des opérations suspectes, enquêtes financières, coopération judiciaire, confiscation des avoirs criminels et poursuites pénales. La qualité de leur coordination conditionne directement l’efficacité du système national.

Conclusion : un véritable écosystème mondial de confiance. Cette architecture internationale fonctionne comme un véritable écosystème de confiance. Les organisations internationales élaborent les principes directeurs, le GAFI fixe les standards, le Groupe Egmont facilite les échanges de renseignements, les organismes régionaux accompagnent les réformes et les autorités nationales assurent la mise en œuvre opérationnelle.

Ensemble, ces institutions poursuivent un objectif commun : préserver l’intégrité du système financier international, renforcer la transparence des transactions, réduire les possibilités de blanchiment de capitaux et favoriser un environnement financier sûr, stable et prévisible.

Dans une économie mondialisée où la confiance est devenue un actif stratégique, cette coopération internationale constitue désormais un bien public mondial. Elle protège non seulement les systèmes financiers contre les flux illicites, mais contribue également à améliorer la crédibilité des États, à sécuriser les investissements internationaux et à renforcer ce que nous avons défini tout au long de cette étude comme le capital confiance.

Parmi l’ensemble de ces nouvelles menaces, les crypto-actifs occupent une place particulière. Bien qu’ils ne constituent pas aujourd’hui le principal canal de blanchiment de capitaux, leur développement rapide et leurs caractéristiques technologiques ont conduit le GAFI à élaborer des standards spécifiques destinés à encadrer leur utilisation. La section suivante leur est consacrée.

3.9 Les limites du dispositif du GAFI : une approche à nuancer

Malgré son rôle essentiel dans la protection de l’intégrité financière internationale, le GAFI fait également l’objet de critiques.

  • La première concerne le coût élevé de mise en conformité. Les réformes exigées mobilisent des ressources humaines, financières et technologiques importantes que les pays en développement ne sont pas toujours en mesure de supporter rapidement.
  • Une deuxième critique porte sur la complexité croissante des standards internationaux. Les quarante recommandations couvrent aujourd’hui un champ extrêmement vaste, qui exige une forte capacité institutionnelle, une coordination efficace entre administrations et des systèmes d’information performants.
  • Plusieurs observateurs soulignent également que les évaluations peuvent parfois conduire certains établissements financiers internationaux à réduire leurs relations avec des juridictions jugées plus risquées, phénomène connu sous le nom de de-risking. Cette stratégie peut compliquer l’accès aux services bancaires internationaux pour certains pays ou certaines catégories d’acteurs économiques.
  • Certains auteurs estiment également que le processus d’évaluation du GAFI peut parfois conduire à une application uniforme de standards internationaux dans des contextes économiques, institutionnels et juridiques très différents. Ils plaident pour une prise en compte plus importante des spécificités nationales, sans pour autant remettre en cause les principes fondamentaux de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
  • Enfin, plusieurs économistes estiment que les dispositifs internationaux devraient davantage tenir compte des spécificités nationales. Les économies caractérisées par une forte informalité, une faible bancarisation ou un recours important aux paiements en espèces ne peuvent atteindre les mêmes niveaux de conformité au même rythme que les grandes économies développées.

Ces critiques ne remettent nullement en cause la légitimité ni la nécessité du GAFI. Elles soulignent plutôt que l’efficacité des réformes dépend autant de leur qualité que de leur adaptation aux réalités économiques, institutionnelles et sociales de chaque pays. Une mise en œuvre progressive, proportionnée aux risques et tenant compte des spécificités nationales apparaît ainsi comme la meilleure garantie d’une intégrité financière durable.

3.10 Pourquoi l’intégrité financière est devenue un facteur de compétitivité ?

L’une des évolutions majeures de l’économie mondiale réside dans le fait que l’intégrité financière est progressivement devenue un véritable facteur de compétitivité.

  • Autrefois, les investisseurs privilégiaient essentiellement les pays offrant des coûts de production faibles, des ressources naturelles abondantes ou une main-d’œuvre disponible.
  • Aujourd’hui, ils évaluent également : la qualité des institutions ; la stabilité des politiques publiques ; la sécurité juridique ; la transparence financière ; la gouvernance ; la qualité de la supervision bancaire ; la conformité aux standards internationaux ;  et la crédibilité des autorités publiques.

Cette évolution rejoint directement la notion de capital confiance développée dans cette étude.

  • Le GAFI ne protège donc pas uniquement le système financier contre la criminalité ; il contribue également à renforcer la confiance internationale, à réduire les coûts de transaction, à faciliter les relations bancaires internationales et à améliorer l’attractivité économique des pays respectant les standards internationaux.
  • Dans une économie mondialisée où les capitaux, les investissements et les activités financières sont de plus en plus mobiles, l’intégrité financière n’est plus seulement une exigence réglementaire. Elle est devenue un véritable actif stratégique et un avantage comparatif, au même titre que la stabilité macroéconomique, la qualité des institutions, les infrastructures, le capital humain ou la crédibilité des politiques publiques. C’est précisément cette évolution qui confère aujourd’hui au capital confiance une place centrale dans la compétitivité et l’attractivité des économies.

Partie 4. La nouvelle génération des risques technologiques

4.1 Les crypto-actifs : entre perception, risques réels et réponse réglementaire du GAFI

État des lieux : dissocier le mythe de la réalité : Les crypto-actifs constituent aujourd’hui l’un des principaux sujets de préoccupation du GAFI. Pourtant, contrairement à une idée largement répandue, ils ne représentent pas encore le principal canal mondial de blanchiment de capitaux. Les données des évaluations nationales et les rapports du GAFI montrent que les espèces, les sociétés écrans, la fraude commerciale et les circuits bancaires traditionnels demeurent largement prédominants dans les schémas de blanchiment.

Paradoxalement, la technologie blockchain sur laquelle reposent la majorité des crypto-actifs offre un niveau élevé de traçabilité des transactions. Chaque opération est enregistrée de manière immuable sur un registre public. Le problème ne vient donc pas des crypto-actifs en eux-mêmes, mais de l’usage de certains mécanismes conçus pour masquer l’identité des utilisateurs ou l’origine des fonds.

Pourquoi les actifs virtuels attirent les organisations criminelles. Malgré leur traçabilité potentielle, les actifs virtuels présentent plusieurs caractéristiques exploitées à des fins illicites :

CaractéristiqueRisque associé
Transferts internationaux quasi instantanésDéplacement rapide des fonds hors des juridictions d’enquête
Accessibilité mondiale 24/7Opérations en continu, y compris depuis des zones à faible supervision
Pseudo-anonymat des utilisateursDifficulté d’identifier le bénéficiaire effectif sans mesures KYC
Fragmentation des plateformes d’échangeArbitrage réglementaire entre juridictions moins conformes
Recours aux « mixers » et « tumblers »Brouillage volontaire de la piste des transactions
Développement de la DeFiAbsence d’intermédiaire centralisé soumis à la régulation

Les usages criminels observés par le GAFI. Ces technologies sont désormais utilisées dans des schémas de plus en plus complexes :

  • Cybercriminalité et rançongiciels : paiement des rançons en crypto-actifs
  • Escroqueries financières et fraude informatique : plateformes d’investissement fictives
  • Trafic de stupéfiants sur le darknet
  • Financement de groupes criminels organisés
  • Contournement de sanctions internationales par des États ou entités désignées

La réponse du GAFI : encadrer sans freiner l’innovation ; Depuis 2019, le GAFI a intégré les Prestataires de Services sur Actifs Virtuels (VASP) dans la Recommandation 15. Les plateformes d’échange, de conservation et de transfert sont désormais soumises à des obligations proches de celles des banques :

  • Identification des clients (KYC) et vérification de l’identité
  • Lutte contre le blanchiment : approche par les risques, surveillance des transactions
  • Déclaration des opérations suspectes aux CRF
  • Conservation des données relatives aux transactions et aux clients
  • Application de la Travel Rule : transmission des informations sur l’expéditeur et le bénéficiaire pour tout transfert ≥ 1 000 USD/EUR

L’objectif final : intégrité financière et innovation responsable. L’objectif du GAFI n’est pas de freiner l’innovation financière. Il s’agit de veiller à ce que le développement des actifs virtuels et de la finance décentralisée s’accompagne de garanties suffisantes en matière de transparence, de traçabilité et d’intégrité financière. L’enjeu est de permettre à l’innovation de se développer dans un cadre sécurisé, sans créer de faille systémique exploitable par les réseaux criminels.

Les crypto-actifs et la réponse du GAFI
Les crypto-actifs et la réponse du GAFI

4.2 L’intelligence artificielle, nouvelle frontière de la criminalité financière et de la conformité

Le double visage de l’intelligence artificielle (IA) : levier d’efficacité et vecteur de risques

L’intelligence artificielle constitue aujourd’hui une rupture technologique majeure pour l’intégrité financière. Si elle offre des perspectives considérables pour renforcer les dispositifs LBC/FT, elle crée simultanément de nouvelles vulnérabilités exploitées par les réseaux criminels.

L’IA comme opportunité pour la conformitéL’IA comme menace criminelle
Détection renforcée : analyse en temps réel de millions de transactions pour identifier des schémas suspects complexesFalsification avancée : production de faux documents d’identité, relevés bancaires, factures ultra-crédibles
Analyse prédictive : profilage dynamique des risques clients et pays, scoring comportementalIdentités synthétiques : génération d’identités numériques fictives indétectables aux contrôles classiques
Supervision augmentée : automatisation du monitoring, réduction des faux positifs, priorisation des alertesDeepfakes audio/vidéo : usurpation de dirigeants pour ordonner des virements, contourner la biométrie vocale
KYC automatisé : vérification documentaire instantanée, détection de fraude à l’onboardingFraude industrialisée : campagnes massives de phishing, spear phishing et arnaques personnalisées par IA générative
Surveillance réseau : cartographie des flux et bénéficiaires effectifs via graph analyticsContournement des contrôles : optimisation des transactions pour éviter les seuils de déclaration et les filtres
Renseignement financier : extraction d’informations depuis données non structuréesCyberattaques sophistiquées : malware adaptatif, attaques contre les infrastructures bancaires

Les nouveaux modes opératoires facilités par l’IA. Les techniques d’IA permettent désormais :

  • D’accélérer le blanchiment transfrontalier : fragmentation automatisée des fonds, passage par la DeFi et les mixers, conversion rapide crypto/fiat
  • De rendre plus difficile l’identification des bénéficiaires effectifs : création de sociétés écrans, génération de documents KYC, chaînes de propriété complexes
  • D’industrialiser la fraude : arnaques à l’investissement, faux conseillers financiers, clones de sites bancaires générés à grande échelle
  • De cibler les institutions : attaques par ingénierie sociale augmentée, exploitation de failles zero-day, perturbation des systèmes de détection

Des enjeux qui dépassent la lutte contre le blanchiment des capitaux (LBC)/ Financement du terrorisme (FT). Au-delà du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme, l’IA soulève des défis systémiques :

  •  Cybersécurité : résilience des infrastructures critiques face aux attaques pilotées par IA
  • Protection des données : usage malveillant des données clients, attaques contre les bases KYC
  • Intégrité des systèmes financiers : risque de manipulation des marchés, altération des données de supervision
  • Confiance dans l’économie numérique : érosion de la confiance si les deepfakes et faux documents se généralisent

La réponse du GAFI : adapter l’approche par les risques. Conscient de ces défis, le GAFI appelle à une évolution rapide des dispositifs nationaux :

  • Intégrer les risques liés à l’IA dans les évaluations nationales des risques et l’approche fondée sur les risques
  • Adapter les capacités de surveillance : formation des superviseurs, acquisition d’outils RegTech/SupTech, exploitation du machine learning pour la détection
  • Renforcer la régulation : encadrement des usages de l’IA par les institutions financières, exigences de transparence algorithmique, gouvernance des modèles
  • Développer la coopération internationale : partage de typologies, échange d’informations sur les nouvelles menaces, coordination des réponses aux cyberattaques transfrontalières

Conclusion :

L’IA redéfinit l’équilibre entre innovation et sécurité. L’objectif n’est pas de freiner le progrès technologique, mais de s’assurer que son déploiement dans la sphère financière s’accompagne de garde-fous robustes. La lutte contre la criminalité financière entre dans l’ère de l’intelligence artificielle : superviseurs et criminels utilisent désormais les mêmes armes.

L'IA opportunité et menace pour l'intégrité financière
L’IA opportunité et menace pour l’intégrité financière

Partie 5. De la liste grise à la reconnaissance internationale : le GAFI comme révélateur du capital confiance

La décision du Groupe d’action financière (GAFI) de retirer l’Algérie de sa liste grise constitue l’une des évolutions institutionnelles les plus importantes enregistrées ces dernières années en matière de gouvernance économique et financière.

  • Au-delà de son caractère technique, cette décision possède une portée beaucoup plus large puisqu’elle touche directement à la crédibilité internationale du pays, à la confiance des investisseurs, aux relations avec les institutions financières étrangères et, plus généralement, à la qualité des institutions économiques.
  • Dans un contexte de mondialisation financière, les flux de capitaux ne dépendent plus uniquement des performances macroéconomiques ou des perspectives de croissance. Ils reposent également sur la confiance que les acteurs économiques accordent aux institutions publiques, au système financier et à la capacité d’un État à garantir la transparence, la traçabilité et l’intégrité des transactions financières. Les évaluations du GAFI sont aujourd’hui devenues l’un des principaux indicateurs de cette confiance institutionnelle.
  • L’expérience récente de l’Algérie illustre parfaitement cette réalité. Son inscription sur la liste grise, puis son retrait après la mise en œuvre d’un ambitieux programme de réformes, montrent qu’il est possible de restaurer progressivement la crédibilité d’un système financier lorsque les autorités engagent des transformations substantielles répondant aux standards internationaux.
  • Cette évolution constitue une excellente nouvelle pour l’économie nationale. Elle améliore la réputation financière du pays et renforce son capital confiance vis-à-vis des partenaires internationaux. Toutefois, elle ne saurait être interprétée comme l’achèvement du processus de réforme. Les évaluations du GAFI portent essentiellement sur l’efficacité du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Elles ne traitent que partiellement certaines vulnérabilités structurelles propres à l’économie algérienne, telles que l’importance de l’économie informelle, le recours massif aux paiements en espèces ou la persistance d’un marché parallèle des changes.

Pour apprécier pleinement la portée de cette décision, il convient de revenir sur les raisons ayant conduit à l’inscription de l’Algérie sur la liste grise, d’analyser les conséquences qui en ont découlé, d’examiner les réformes entreprises, avant d’évaluer les bénéfices de cette reconnaissance internationale ainsi que les défis qui demeurent.

5.1 Pourquoi l’Algérie a été inscrite sur la liste grise du GAFI ?

L’inscription de l’Algérie sur la liste grise du GAFI ne signifiait nullement que le pays était considéré comme une juridiction favorisant le blanchiment de capitaux ou le financement du terrorisme. Contrairement à la liste noire, qui concerne les pays présentant des risques particulièrement élevés et refusant de coopérer avec la communauté internationale, la liste grise rassemble les juridictions qui ont reconnu l’existence de déficiences stratégiques dans leur dispositif AML/CFT et qui se sont engagées à mettre en œuvre un plan d’action sous le suivi du GAFI.

Dans le cas de l’Algérie, les insuffisances identifiées ne portaient pas principalement sur l’existence du cadre juridique. Depuis plusieurs années déjà, le pays disposait de nombreuses dispositions législatives et réglementaires conformes aux recommandations internationales. Les évaluateurs ont cependant constaté que la conformité technique ne s’accompagnait pas toujours d’une efficacité opérationnelle suffisante.

Les principales faiblesses concernaient notamment :

  • Une approche insuffisamment fondée sur l’analyse des risques ;
  • Des mécanismes de supervision encore inégaux selon les secteurs concernés ;
  • Une identification imparfaite des bénéficiaires effectifs des personnes morales ;
  • Un nombre relativement limité d’enquêtes et de condamnations pour blanchiment de capitaux au regard des risques identifiés ;
  • Une utilisation encore perfectible du renseignement financier ;
  • Une efficacité limitée des dispositifs de confiscation des produits du crime.

Autrement dit, le GAFI ne reprochait pas à l’Algérie l’absence de réglementation, mais un déficit d’efficacité dans l’application des règles existantes.

Cette distinction est fondamentale. Elle traduit l’évolution de la philosophie même du GAFI. Alors que les premières évaluations privilégiaient essentiellement la conformité juridique, les évaluations modernes accordent une place beaucoup plus importante aux résultats effectivement obtenus. Les textes ne suffisent plus ; ils doivent produire des effets mesurables.

Cette évolution rejoint directement la notion de capital confiance développée dans cet article. Dans les économies contemporaines, la confiance internationale repose beaucoup moins sur les intentions affichées que sur la capacité démontrée des institutions à fonctionner efficacement.

5.2 Quelles ont été les conséquences ?

L’inscription sur la liste grise a principalement eu des conséquences réputationnelles. Or, dans une économie mondialisée, la réputation constitue un actif économique à part entière.

Les banques internationales, les établissements financiers, les investisseurs institutionnels, les entreprises multinationales ainsi que les agences de notation suivent attentivement les évaluations du GAFI. L’inscription d’un pays sur la liste grise constitue pour ces acteurs un signal de vigilance les conduisant à renforcer leurs procédures de contrôle et leurs exigences de conformité.

Concrètement, cette situation a entrainé :

  • Un renforcement des procédures de vérification lors des transactions internationales ;
  • Une augmentation des coûts de conformité pour les établissements financiers ;
  • Des délais plus longs dans certaines opérations transfrontalières ;
  • Une prudence accrue des banques correspondantes ;
  • Une dégradation de la perception du risque pays.

Ces effets ne sont pas toujours immédiatement quantifiables, mais ils influencent progressivement les décisions d’investissement et les relations financières internationales.

Pour un pays qui cherche à attirer davantage d’investissements productifs, à développer son secteur bancaire et à renforcer son insertion dans les marchés financiers internationaux, cette perte de crédibilité représente un coût économique réel.

Au-delà des conséquences financières, la liste grise affecte également le capital confiance. Elle peut nourrir une perception selon laquelle les institutions nationales ne disposent pas encore de tous les mécanismes nécessaires pour garantir la transparence des flux financiers.

Il convient néanmoins d’éviter toute interprétation excessive. L’inscription sur la liste grise ne signifie pas que les opérations financières avec le pays deviennent impossibles. Elle traduit avant tout une augmentation de la vigilance des partenaires internationaux et une exigence accrue de transparence.

5.3  Qu’a demandé le GAFI ?

Pour permettre la sortie de la liste grise, le GAFI a demandé aux autorités algériennes de mettre en œuvre un plan d’action couvrant les principales insuffisances identifiées lors de l’évaluation mutuelle. Ce plan poursuivait un objectif central : renforcer l’efficacité du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération.

  • Les autorités devaient notamment améliorer l’identification et l’évaluation des risques, renforcer la supervision des institutions financières et des professions non financières désignées, accroître la transparence sur les bénéficiaires effectifs des sociétés, développer l’exploitation du renseignement financier, améliorer les enquêtes relatives au blanchiment de capitaux et accroître l’efficacité des procédures de confiscation des avoirs illicites.
  • Le GAFI insistait également sur la nécessité d’améliorer la coordination entre les différentes institutions concernées — autorités judiciaires, services de renseignement financier, superviseurs bancaires, administrations fiscales, douanes et services de sécurité — afin que l’ensemble du dispositif fonctionne de manière cohérente.
  • Plus fondamentalement, le plan d’action demandait à l’Algérie de démontrer que son système produisait des résultats concrets. Les évaluateurs ne cherchaient plus seulement à vérifier l’existence des textes, mais leur application effective, leur efficacité et leur capacité à réduire les risques. Cette approche illustre l’évolution des standards internationaux de gouvernance financière. La crédibilité d’un pays ne repose plus uniquement sur son arsenal juridique ; elle dépend désormais de la capacité de ses institutions à mettre en œuvre les règles, à détecter les opérations suspectes, à poursuivre les infractions et à protéger l’intégrité du système financier.

Cette exigence rejoint pleinement la problématique développée dans cet article : le capital confiance ne se décrète pas. Il se construit progressivement à travers la qualité des institutions, leur efficacité et la confiance qu’elles inspirent aux acteurs économiques nationaux et internationaux.

5.4 Qu’a fait l’Algérie ?

À la suite de son inscription sur la liste grise, les autorités algériennes ont engagé un vaste programme de réformes destiné à répondre aux recommandations formulées par le GAFI. L’objectif n’était pas seulement d’adopter de nouvelles dispositions législatives ou réglementaires, mais de renforcer l’efficacité opérationnelle de l’ensemble du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération.

Principales exigences adressées à l'Algérie et réformes mises en œuvre
Principales exigences adressées à l’Algérie et réformes mises en œuvre

Les réformes entreprises ont concerné plusieurs dimensions complémentaires.

  • En premier lieu, le cadre juridique et réglementaire a été consolidé afin de mieux intégrer les standards internationaux. Plusieurs textes ont été adaptés ou complétés afin de renforcer les obligations de vigilance imposées aux institutions financières, d’améliorer les mécanismes de déclaration des opérations suspectes et de renforcer la transparence des personnes morales.
  • En deuxième lieu, les autorités ont renforcé les capacités institutionnelles des organismes chargés de la prévention, de la détection et de la répression des infractions financières. La Cellule de traitement du renseignement financier, les autorités de supervision bancaire, les services judiciaires, les services de sécurité ainsi que les administrations concernées ont développé leurs capacités d’analyse, d’échange d’informations et de coordination.
  • Une attention particulière a également été accordée à l’amélioration de la supervision fondée sur les risques. Les contrôles des établissements financiers, des bureaux de change, des professions non financières désignées et des autres entités soumises aux obligations AML/CFT ont été progressivement renforcés afin de mieux cibler les secteurs les plus exposés.
  • Parallèlement, les autorités ont intensifié les efforts visant à améliorer l’identification des bénéficiaires effectifs des personnes morales, à développer les enquêtes financières, à accroître le recours au renseignement financier et à renforcer les mécanismes de confiscation des produits du crime.

Ces différentes réformes ont fait l’objet d’un suivi régulier par les experts du GAFI, qui ont évalué non seulement les textes adoptés mais également leur mise en œuvre effective. Après plusieurs cycles d’évaluation, le GAFI a considéré que l’Algérie avait rempli de manière satisfaisante les engagements pris dans le cadre de son plan d’action.

Cette évolution illustre une réalité essentielle : la confiance internationale ne repose plus uniquement sur l’existence de bonnes lois ; elle dépend avant tout de la capacité des institutions à produire des résultats concrets, mesurables et durables.

5.5 Pourquoi la sortie de la liste grise du GAFI est une excellente nouvelle ?

La décision de retirer l’Algérie de la liste grise constitue incontestablement une excellente nouvelle pour le pays. Elle représente avant tout une reconnaissance internationale des progrès accomplis dans le renforcement de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

  • Cette reconnaissance possède une portée qui dépasse largement le seul domaine de la conformité réglementaire. Elle signifie que les experts internationaux ont estimé que les autorités algériennes avaient mis en œuvre, de manière crédible et efficace, les engagements pris à l’issue de leur inscription sur la liste grise. En d’autres termes, le système national est désormais considéré comme répondant de façon satisfaisante aux principales exigences internationales en matière d’intégrité financière.
  • Cette reconnaissance internationale constitue un actif immatériel particulièrement précieux. Dans une économie mondialisée, les flux de capitaux reposent autant sur la confiance que sur les fondamentaux macroéconomiques. Les banques correspondantes, les investisseurs internationaux, les agences de notation, les fonds d’investissement et les institutions financières multilatérales suivent avec attention les évaluations du GAFI lorsqu’ils apprécient le niveau de risque d’un pays.
  • La sortie de la liste grise contribue ainsi à améliorer la réputation financière de l’Algérie. Elle réduit le risque de voir les établissements financiers étrangers appliquer des procédures de vigilance renforcées, facilite progressivement les relations avec les banques correspondantes et améliore l’image du pays auprès des investisseurs internationaux.
  • Cette évolution peut également soutenir les efforts engagés par les autorités pour attirer davantage d’investissements directs étrangers, développer les exportations hors hydrocarbures, renforcer l’intégration financière internationale et moderniser le système bancaire national.
  • Plus profondément encore, cette décision envoie un signal positif concernant la qualité des institutions publiques. Elle démontre que l’État est capable d’engager des réformes complexes, de mobiliser plusieurs administrations autour d’un objectif commun et de satisfaire à des standards internationaux particulièrement exigeants.

À la lumière du concept développé dans cet article, la sortie de la liste grise représente donc une progression importante du capital confiance de l’Algérie. Elle améliore la confiance des partenaires internationaux dans les institutions financières nationales et renforce progressivement la crédibilité économique du pays.

5.6 La sortie de la liste grise : doit être suivie par une nouvelle génération de réformes pour asseoir un nouveau modèle de croissance

La sortie de la liste grise du GAFI constitue une avancée majeure pour l’Algérie. Elle traduit une reconnaissance internationale des progrès accomplis dans le renforcement du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération. Elle améliore la crédibilité financière du pays, réduit certaines perceptions de risque et crée un environnement plus favorable au développement des relations financières internationales, à l’investissement et à la coopération économique.

Cette reconnaissance internationale constitue toutefois une étape importante plutôt qu’un aboutissement. Elle crée les conditions d’un renforcement durable de la confiance, mais elle ne peut, à elle seule, transformer en profondeur le fonctionnement de l’économie ni résoudre l’ensemble des fragilités structurelles qui limitent son potentiel de croissance. En effet, les évaluations du GAFI portent principalement sur l’efficacité des dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération. Elles n’ont pas vocation à traiter l’ensemble des contraintes économiques, institutionnelles et structurelles qui influencent la qualité de la gouvernance économique et le niveau de confiance dans une économie.

Dans le cas de l’Algérie, plusieurs défis demeurent particulièrement importants.

Le premier concerne le poids persistant de l’économie informelle, qui représente une part significative de l’activité économique et échappe encore largement aux circuits de traçabilité, de fiscalisation et de financement bancaire.

Le deuxième réside dans le recours massif aux paiements en espèces. Cette prédominance du cash freine la bancarisation, réduit la traçabilité des transactions et limite l’efficacité des dispositifs de prévention des flux financiers illicites.

Le troisième tient à la coexistence durable d’un marché officiel et d’un marché parallèle des changes. Les écarts entre les deux marchés entretiennent des incitations au contournement des circuits officiels, favorisent les transactions informelles et compliquent la transparence des flux financiers.

Le quatrième concerne la nécessité de poursuivre les réformes destinées à améliorer le climat des affaires, la qualité de la gouvernance économique, la transparence de l’action publique, la production régulière de statistiques macroéconomiques fiables et la modernisation des institutions économiques. Ces dimensions contribuent directement au renforcement de la confiance des investisseurs, des entreprises et des citoyens.

Au-delà de ces différents aspects, ces vulnérabilités renvoient à une problématique plus fondamentale : celle de la confiance. Une partie des ménages et des entreprises continue de privilégier les paiements en espèces, les circuits informels ou les transactions hors du système bancaire, non seulement pour des raisons économiques, mais également parce que les incitations à utiliser pleinement les circuits formels demeurent insuffisantes.

Autrement dit, la conformité aux standards internationaux constitue une condition nécessaire, mais non suffisante, à la construction d’un capital confiance durable. La sortie de la liste grise renforce la crédibilité internationale de l’Algérie ; elle doit désormais s’accompagner d’une nouvelle génération de réformes économiques et institutionnelles visant à consolider cette confiance, à favoriser l’inclusion financière, à améliorer le climat des affaires, à renforcer la transparence et à créer les conditions d’un nouveau modèle de croissance plus inclusif, plus diversifié et davantage fondé sur la productivité et l’investissement privé.

C’est précisément cette seconde étape que se propose d’examiner la partie suivante. L’enjeu n’est plus seulement de satisfaire à des exigences réglementaires internationales, mais de transformer cette reconnaissance en un levier durable de modernisation économique, de compétitivité et de renforcement du capital confiance.

de la conformité AML/CFT à la confiance économique
de la conformité AML/CFT à la confiance économique

Partie 6. Le déficit de capital confiance : le véritable défi de la transformation économique

La sortie de la liste grise du GAFI constitue une avancée importante pour l’Algérie et marque ainsi une étape importante dans la consolidation de l’intégrité financière nationale.

Elle atteste des progrès accomplis dans le renforcement du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et améliore la crédibilité du pays auprès des institutions financières internationales, des banques correspondantes et des investisseurs.  

Cependant, cette réussite ne constitue qu’une condition nécessaire de la transformation économique. Les expériences internationales montrent qu’un cadre réglementaire, aussi performant soit-il, ne produit pleinement ses effets que lorsqu’il s’inscrit dans un environnement institutionnel caractérisé par la confiance.

Les lois peuvent encadrer les comportements ; elles ne suffisent pas, à elles seules, à modifier durablement les incitations économiques qui orientent les décisions des ménages, des entreprises et des investisseurs.

Or, l’économie algérienne continue de présenter trois caractéristiques structurelles qui résistent aux différentes réformes engagées depuis plusieurs décennies : l’importance persistante de l’économie informelle, le recours massif aux paiements en espèces et la coexistence durable d’un marché officiel et d’un marché parallèle des changes.

  • Ces dysfonctionnements sont généralement analysés séparément. Les économistes expliquent l’informalité par les contraintes fiscales ou administratives, le recours au cash par la faible bancarisation et le marché parallèle des changes par les restrictions de change ou l’insuffisance de l’offre officielle de devises. Ces explications sont fondées mais elles demeurent incomplètes. Elles identifient les causes immédiates sans mettre en évidence le facteur commun qui relie ces comportements.
  • Ceci étant, ces trois dysfonctionnements sont les manifestations d’un même déséquilibre plus profond : un déficit de capital confiance. Autrement dit, lorsque les agents économiques considèrent que les institutions, les marchés ou les mécanismes officiels ne répondent pas pleinement à leurs besoins, ils développent spontanément des mécanismes alternatifs. Ceux-ci apparaissent alors non comme des comportements irrationnels ou déviants, mais comme des stratégies d’adaptation visant à réduire les coûts, les délais, les incertitudes ou les risques perçus.
  • Dans cette perspective, l’économie informelle, le recours au cash et le marché parallèle des changes ne constituent pas trois problèmes indépendants. Ils représentent trois réponses différentes à une même insuffisance de confiance dans les circuits économiques officiels.

La véritable question n’est donc pas seulement de savoir comment réduire ces phénomènes, mais pourquoi les agents économiques continuent de les privilégier malgré les nombreuses réformes engagées.

6.1 Le déficit de capital confiance : une nouvelle grille de lecture

Le concept de capital confiance proposé dans cette étude repose sur une idée simple : les économies modernes fonctionnent d’autant plus efficacement que les acteurs ont confiance dans leurs institutions. Cette confiance porte notamment sur :

  • La stabilité des règles économiques ;
  • La prévisibilité des politiques publiques ;
  • La qualité de la gouvernance ;
  • L’efficacité de la justice économique ;
  • La capacité du système bancaire à répondre aux besoins des entreprises et des ménages ;
  • La transparence des marchés ;
  • La crédibilité de la monnaie nationale.

Lorsque ces conditions sont réunies, les agents économiques utilisent naturellement les circuits officiels. Ils déposent leur épargne dans les banques, déclarent leurs activités, financent leurs investissements par le système bancaire et réalisent leurs opérations de change dans le cadre réglementaire.

À l’inverse, lorsque ce capital confiance s’affaiblit, les comportements évoluent progressivement. Les acteurs cherchent des solutions alternatives qu’ils jugent plus rapides, plus souples, moins coûteuses ou mieux adaptées à leurs contraintes.

Ces stratégies individuelles peuvent paraître rationnelles à court terme ; elles deviennent toutefois collectivement coûteuses puisqu’elles réduisent la transparence, limitent l’intermédiation financière, affaiblissent la politique monétaire et diminuent les ressources de l’État.

Le déficit de confiance agit ainsi comme un multiplicateur de l’informalité.

6.2 Trois symptômes d’un même déficit de confiance

La première manifestation de ce déficit est l’importance persistante de l’économie informelle

Au-delà des considérations fiscales ou réglementaires, une partie des opérateurs choisit de rester en dehors des circuits officiels parce qu’elle considère que les avantages procurés par le secteur formel ne compensent pas toujours les coûts administratifs, réglementaires ou financiers qu’il implique. L’informalité devient alors une stratégie d’adaptation, même si elle prive les entreprises d’un accès normal au crédit, limite leur croissance et réduit les recettes publiques.

La deuxième manifestation est la préférence durable pour les paiements en espèces

La forte circulation fiduciaire hors banques ne traduit pas uniquement un retard des moyens de paiement électroniques. Elle reflète également la volonté de conserver une plus grande autonomie financière, une disponibilité immédiate des liquidités et, dans certains cas, une moindre traçabilité des transactions. Cette situation réduit les ressources mobilisables par les banques, limite l’efficacité de l’intermédiation financière et affaiblit les mécanismes de transmission de la politique monétaire.

La troisième manifestation est la persistance du marché parallèle des changes

L’existence durable d’un marché parallèle ne résulte pas seulement d’un déséquilibre entre l’offre et la demande de devises. Elle traduit également le fait qu’une partie importante des opérateurs considère que le marché officiel ne répond pas suffisamment à leurs besoins en matière de rapidité, de flexibilité ou d’accès aux devises. Le marché parallèle devient alors un mécanisme alternatif d’allocation des devises, malgré les importantes distorsions économiques qu’il engendre.

Ces trois phénomènes ne s’additionnent pas ; ils se renforcent mutuellement

Une activité informelle privilégie naturellement les paiements en espèces. Le recours au cash facilite les transactions réalisées en dehors des circuits bancaires, notamment sur le marché parallèle des changes. Ce dernier alimente à son tour une partie des activités informelles en leur fournissant les devises nécessaires à leurs opérations. Il se crée ainsi un véritable écosystème économique parallèle qui tend à s’autoalimenter et à réduire progressivement l’efficacité des politiques publiques.

Ainsi, l’économie informelle, le recours massif au cash et le marché parallèle des changes ne constituent pas le véritable problème ; ils en sont les symptômes. Le défi fondamental consiste à restaurer progressivement le capital confiance dans les institutions économiques, les marchés financiers et la monnaie nationale. C’est à cette condition que les agents économiques reviendront durablement vers les circuits officiels, permettant ainsi d’améliorer l’efficacité de la politique monétaire, de renforcer l’intermédiation financière et d’accélérer la transformation économique.

Trois symptômes d'un même phénomène
Trois symptômes d’un même phénomène
  • Au-delà des considérations réglementaires, ce phénomène révèle également une insuffisance de confiance dans la capacité du marché officiel à répondre efficacement aux besoins des opérateurs économiques.
  • Ces trois phénomènes se renforcent mutuellement. L’économie informelle privilégie les paiements en espèces ; le recours au cash facilite les transactions sur le marché parallèle ; ce dernier alimente à son tour les activités informelles. Ils forment ainsi un véritable écosystème dont les composantes s’entretiennent réciproquement.

6.3 Les conséquences macroéconomiques et internationales d’un déficit de confiance

Les effets de ce système dépassent largement la seule lutte contre le blanchiment de capitaux.

  • Sur le plan macroéconomique, notons qu’ils réduisent la mobilisation de l’épargne nationale, affaiblissent l’intermédiation bancaire, limitent l’accès au crédit des entreprises et diminuent l’efficacité de la politique monétaire. Ils restreignent également les recettes fiscales, compliquent la conduite des politiques publiques, freinent la diffusion des paiements numériques et augmentent les coûts de transaction dans l’économie.
  • Sur le plan international, ces fragilités alimentent la perception d’un risque plus élevé, réduisent l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers et limitent son intégration dans les chaînes de valeur mondiales.
  • Ainsi, le déficit de capital confiance produit des effets cumulatifs qui affectent simultanément la croissance, la productivité, l’investissement et la stabilité financière.

6.4 Pourquoi les approches exclusivement répressives atteignent leurs limites ?

Face à ces phénomènes, la réponse des pouvoirs publics privilégie souvent le renforcement des contrôles, des sanctions et des dispositifs administratifs.

  • Ces mesures demeurent indispensables pour préserver l’intégrité du système financier. Elles ne peuvent toutefois produire des résultats durables lorsqu’elles ne s’accompagnent pas d’incitations favorisant la formalisation.
  • L’expérience internationale montre que les progrès les plus durables reposent sur une combinaison équilibrée entre contrôle et confiance. Les entreprises acceptent plus volontiers de rejoindre les circuits officiels lorsque les procédures sont simples, la fiscalité lisible, les services publics efficaces, la justice économique crédible et le système bancaire capable d’offrir des services modernes, accessibles et compétitifs.

Autrement dit, la formalisation ne peut être uniquement imposée ; elle doit devenir économiquement attractive.

6.5 Les réformes de deuxième génération : transformer la crédibilité en capital confiance

La sortie de la liste grise du GAFI ouvre une nouvelle phase des réformes économiques. Les efforts engagés pour renforcer le dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ont permis à l’Algérie de restaurer une partie de sa crédibilité réglementaire auprès de la communauté financière internationale. Cette avancée constitue une condition nécessaire, mais elle demeure insuffisante pour transformer durablement le fonctionnement de l’économie.

L’enjeu consiste désormais à engager des réformes de deuxième génération, dont l’objectif n’est plus uniquement de satisfaire aux exigences des standards internationaux, mais de créer un environnement institutionnel et économique capable d’inspirer durablement confiance aux ménages, aux entreprises, aux investisseurs et aux partenaires étrangers.

  • Cette nouvelle étape dépasse largement le champ de la réglementation financière. Elle suppose une modernisation profonde de l’environnement économique, fondée sur la simplification des procédures administratives, l’amélioration du climat des affaires, la stabilité et la prévisibilité des règles économiques, le renforcement de la sécurité juridique des investissements, la modernisation du système bancaire, le développement des paiements électroniques, l’élargissement de l’inclusion financière, la transparence des décisions publiques, l’amélioration de la gouvernance ainsi que la poursuite graduelle de la réforme du marché des changes.
  • Ces réformes poursuivent un objectif commun : modifier les incitations économiques. Une économie se formalise durablement lorsque les acteurs trouvent davantage d’avantages à utiliser les circuits officiels qu’à évoluer dans l’informalité. La confiance ne peut être imposée par la contrainte ; elle se construit lorsque les institutions deviennent plus performantes, les règles plus lisibles, les procédures plus simples et les coûts de la formalisation plus faibles que les bénéfices qu’elle procure.
  • Autrement dit, la véritable réussite des réformes ne se mesurera pas seulement au respect des normes internationales, mais à leur capacité à transformer progressivement les comportements économiques. Le succès sera atteint lorsque les ménages choisiront spontanément de déposer leur épargne dans les banques, lorsque les entreprises privilégieront les circuits formels, lorsque les investisseurs réduiront leur perception du risque pays et lorsque les opérateurs économiques considéreront le marché officiel comme leur principal espace d’activité.

6.6 Le capital confiance : un nouveau facteur de production du XXIᵉ siècle

Les théories traditionnelles de la croissance économique identifient quatre principaux moteurs du développement : l’accumulation du capital physique, la qualité du capital humain, le progrès technique et les gains de productivité.

  • Ces facteurs demeurent essentiels, mais ils ne suffisent plus à expliquer les écarts de performance observés entre les économies dans un monde de plus en plus intégré.
  • L’expérience des économies les plus performantes montre qu’un autre déterminant joue désormais un rôle central : le capital confiance.
  • Dans une économie mondialisée, les investisseurs n’évaluent plus uniquement la rentabilité attendue d’un projet. Ils analysent également la qualité des institutions, la stabilité des politiques publiques, la sécurité juridique, la transparence des règles, la solidité du système financier, la capacité des autorités à respecter leurs engagements ainsi que la visibilité offerte sur les orientations économiques futures.
  • Le capital confiance agit comme un véritable multiplicateur de croissance. En réduisant l’incertitude, il diminue les coûts de transaction, réduit les primes de risque, facilite la mobilisation de l’épargne, améliore l’intermédiation financière, stimule l’investissement, favorise l’innovation et permet une allocation plus efficace des ressources. Il accroît ainsi la productivité globale de l’économie sans nécessiter nécessairement une augmentation des facteurs traditionnels de production.

Dans cette perspective, la réduction de l’économie informelle, la réintégration progressive de la monnaie fiduciaire dans le système bancaire et le rapprochement des marchés officiel et parallèle des changes ne constituent pas des objectifs sectoriels indépendants. Ils représentent trois manifestations concrètes d’une même stratégie visant à renforcer le capital confiance et, par conséquent, à améliorer durablement la compétitivité de l’économie nationale.

Au XXIᵉ siècle, la confiance devient ainsi un actif stratégique au même titre que les infrastructures, les compétences ou les capacités technologiques. Les pays qui parviennent à accumuler ce capital immatériel bénéficient d’un avantage comparatif durable, car ils attirent plus facilement les investissements, mobilisent davantage leur épargne nationale et s’intègrent plus efficacement aux chaînes de valeur mondiales.

6.7 Conclusion : de la conformité réglementaire à la transformation économique

La sortie de la liste grise du GAFI ne constitue pas l’aboutissement des réformes ; elle marque le commencement d’une transformation beaucoup plus ambitieuse. Elle a permis à l’Algérie de restaurer une partie de sa crédibilité réglementaire auprès de la communauté financière internationale. Le véritable défi consiste désormais à convertir cette crédibilité en un capital confiance capable de modifier durablement les comportements économiques.

L’analyse développée dans cette partie montre que l’économie informelle, le recours massif aux paiements en espèces et la persistance du marché parallèle des changes ne constituent pas des phénomènes indépendants. Ils forment les trois manifestations d’un même déficit de confiance, qui fragilise l’intermédiation financière, réduit la transparence de l’économie, limite la mobilisation de l’épargne nationale, renchérit le coût du financement et freine l’investissement productif.

Réduire l’informalité, réintégrer progressivement la liquidité dans le système bancaire, rapprocher les marchés officiel et parallèle des changes et renforcer l’adhésion aux circuits économiques formels ne relèvent donc pas uniquement d’une politique de contrôle ou de conformité réglementaire. Ces objectifs supposent avant tout la construction d’institutions plus crédibles, d’un environnement économique plus stable et plus prévisible, d’une gouvernance publique plus performante et d’une relation de confiance renouvelée entre les citoyens, les entreprises et l’État.

La véritable ambition consiste ainsi à faire évoluer le système économique d’une logique de conformité vers une logique de confiance. C’est à cette condition que les acquis des réformes AML/CFT pourront devenir un puissant levier de formalisation de l’économie, de mobilisation de l’épargne, de financement de l’investissement, d’attractivité des capitaux internationaux, de diversification productive et d’intégration réussie dans les chaînes de valeur mondiales.

Le principal enseignement de cette étude est que, dans l’économie du XXI siècle, la confiance n’est plus seulement une valeur institutionnelle ; elle est devenue un facteur de production, un avantage comparatif et un actif stratégique. Après avoir investi pendant plusieurs décennies dans le capital physique, l’Algérie est désormais appelée à investir avec la même détermination dans son capital confiance. C’est probablement là l’une des conditions essentielles de sa transformation économique durable.

Cercle vicieux du déficite de capital confiance
Cercle vicieux du déficite de capital confiance
Cercle vertueux du capital confiance
Cercle vertueux du capital confiance

Partie 7. Reconstruire les piliers du capital confiance : visibilité, évaluation et redevabilité

La sortie de l’Algérie de la liste grise du GAFI constitue une étape importante dans le renforcement de la crédibilité financière du pays. Elle témoigne de la capacité des institutions nationales à mettre en œuvre des réformes complexes et à satisfaire aux exigences internationales en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Toutefois, cette réussite ne représente qu’une première étape. Le véritable défi consiste désormais à transformer cette crédibilité retrouvée en un capital confiance durable, capable d’améliorer le fonctionnement de l’économie, de stimuler l’investissement et de renforcer la compétitivité du pays.

Les analyses développées dans les parties précédentes ont montré que l’économie informelle, la prédominance du cash et le marché parallèle des changes constituent moins des causes que les manifestations d’un déficit de confiance. La réponse ne peut donc être uniquement réglementaire ou répressive. Elle doit également être institutionnelle.

Cette seconde génération de réformes repose principalement sur trois piliers : la visibilité de l’action publique, l’évaluation systématique des politiques publiques et la redevabilité des institutions.

7.1 La visibilité : donner une trajectoire lisible à l’économie

Le premier pilier du capital confiance est l’évaluation.

  • Dans une économie moderne, les investisseurs ne prennent plus leurs décisions uniquement en fonction de la situation présente d’un pays. Ils investissent dans une trajectoire.
  • Les projets industriels, énergétiques, technologiques ou logistiques s’inscrivent désormais sur des horizons de dix, quinze ou vingt ans. Les entreprises cherchent donc moins à connaître la situation économique actuelle qu’à comprendre les orientations futures des politiques publiques, la stabilité du cadre réglementaire, les priorités nationales et la cohérence de la stratégie économique.
  • La confiance se nourrit ainsi de la prévisibilité.
  • L’Algérie dispose de nombreuses stratégies sectorielles, de plans de développement et de programmes publics. En revanche, les opérateurs économiques disposent rarement d’une vision consolidée présentant, pour les principales réformes, les objectifs poursuivis, les étapes intermédiaires, les calendriers de mise en œuvre, les responsabilités institutionnelles et les indicateurs de suivi.
  • Cette insuffisance de visibilité entretient l’incertitude. Les entreprises peinent à anticiper l’évolution de leur environnement économique, ce qui retarde certains investissements ou conduit à privilégier des stratégies de court terme.
  • Une gouvernance fondée sur la visibilité suppose au contraire la publication régulière de stratégies pluriannuelles, de plans d’action détaillés, d’indicateurs de performance et de rapports d’étape permettant de mesurer les progrès accomplis. La stabilité et la cohérence de ces orientations constituent aujourd’hui un avantage compétitif aussi important que les infrastructures ou les ressources naturelles.

Que signifie concrètement une politique publique visible ?

La visibilité ne se résume pas à l’annonce d’une stratégie nationale ou d’un programme gouvernemental. Elle suppose la mise à disposition régulière d’informations permettant aux acteurs économiques de suivre concrètement l’avancement des réformes.

Une gouvernance fondée sur la visibilité repose notamment sur plusieurs instruments complémentaires : une stratégie nationale clairement formulée, précisant les objectifs économiques à moyen et long terme ; des feuilles de route sectorielles, déclinant cette stratégie en actions concrètes, responsabilités institutionnelles et calendriers de réalisation ; des plans d’action détaillés, indiquant les réformes à mettre en œuvre, les étapes intermédiaires et les échéances retenues ; des tableaux de bord publics, publiés à intervalles réguliers, permettant de mesurer l’état d’avancement des réformes au moyen d’indicateurs simples, comparables et vérifiables ; des rapports périodiques d’exécution, expliquant les résultats obtenus, les difficultés rencontrées et, le cas échéant, les ajustements décidés.

La publication régulière de ces informations ne répond pas uniquement à un objectif de transparence. Elle permet aux entreprises, aux investisseurs, aux banques et aux partenaires économiques de réduire l’incertitude, d’améliorer leurs anticipations et de prendre leurs décisions dans un environnement plus prévisible.

En définitive, la visibilité transforme une stratégie en engagement crédible. Elle constitue le lien entre l’annonce d’une réforme et la confiance que les acteurs économiques accordent à sa mise en œuvre.  

7.2 L’évaluation : passer d’une culture des moyens à une culture des résultats

Le deuxième pilier du capital confiance est l’évaluation.

  • Pendant de nombreuses années, les politiques publiques ont principalement été appréciées à travers les moyens mobilisés : montant des investissements publics, volume des dépenses budgétaires, nombre de projets lancés ou importance des programmes de soutien.
  • Cette approche demeure utile, mais elle ne répond plus aux exigences d’une gouvernance moderne.
  • La véritable question n’est plus de savoir combien l’État dépense, mais quels résultats ces dépenses produisent effectivement.
  • Les investissements publics ont-ils permis d’améliorer durablement la productivité ? Ont-ils accéléré la diversification économique ? Ont-ils favorisé l’investissement privé, l’innovation, les exportations hors hydrocarbures et la création d’emplois qualifiés ?

Ces questions demeurent encore insuffisamment documentées.

  • Dans les économies les plus performantes, l’évaluation constitue désormais une composante normale de l’action publique. Les politiques sont régulièrement analysées au regard d’indicateurs mesurables, les résultats sont publiés et les enseignements tirés servent à améliorer les décisions futures.
  • En Algérie, le développement d’une véritable culture du bilan représenterait une avancée majeure. Il permettrait d’améliorer l’efficacité de la dépense publique, d’accroître la crédibilité des politiques économiques et de renforcer progressivement la confiance des acteurs économiques.
  • L’objectif n’est plus seulement d’investir davantage ; il est surtout d’investir mieux.

7.3 La redevabilité : renforcer la crédibilité des institutions

Le troisième pilier est la redevabilité.

  • Une institution inspire durablement confiance lorsqu’elle explique ses choix, publie régulièrement les résultats obtenus, reconnaît les difficultés rencontrées et présente les mesures correctives envisagées.
  • Cette démarche ne constitue ni un aveu de faiblesse ni un mécanisme de sanction. Elle traduit au contraire une conception moderne de la gouvernance fondée sur la responsabilité, la transparence et l’amélioration continue.
  • Dans les économies avancées, les politiques publiques sont désormais pilotées à partir d’objectifs clairement définis, d’indicateurs de performance, d’évaluations indépendantes et de mécanismes permanents de suivi. Cette culture de la redevabilité permet d’améliorer la qualité des décisions publiques tout en renforçant la confiance des citoyens, des entreprises et des investisseurs.
  • En Algérie, cette dimension reste encore insuffisamment développée. Les bilans des grandes politiques publiques, les évaluations de leurs résultats et les explications relatives aux ajustements décidés demeurent relativement rares. Le renforcement de cette pratique contribuerait à accroître la crédibilité de l’action publique et à consolider durablement le capital confiance.

7.4 Faire du capital confiance un objectif stratégique de politique publique

Le capital confiance dépasse largement le seul domaine de la lutte contre le blanchiment de capitaux ou de l’intégrité financière. Il constitue aujourd’hui un véritable actif économique national.

  • Il influence les décisions des ménages qui choisissent d’épargner ou d’investir, des entreprises qui développent leurs activités, des banques qui financent l’économie, de la diaspora qui envisage de participer au développement national, ainsi que des investisseurs et partenaires internationaux.
  • Sa construction repose sur des institutions crédibles, des règles stables, des politiques publiques lisibles, une évaluation permanente des résultats et une véritable culture de la responsabilité.
  • Ces différents éléments interagissent de manière cumulative. Une gouvernance plus transparente renforce la confiance ; une confiance accrue stimule l’investissement ; l’investissement favorise la croissance ; une croissance plus forte améliore les ressources publiques, permettant à leur tour de renforcer la qualité des institutions. À l’inverse, l’absence de confiance alimente l’incertitude, encourage les comportements informels et freine l’investissement productif.
  • Au XXIᵉ siècle, les nations ne sont plus seulement en concurrence par leurs ressources naturelles, le coût du travail ou leurs infrastructures. Elles le sont également par la qualité de leurs institutions, la stabilité de leurs politiques publiques et la confiance qu’elles inspirent.
  • Pour l’Algérie, la sortie de la liste grise du GAFI offre une occasion historique d’engager cette seconde génération de réformes. Le véritable enjeu n’est plus seulement de satisfaire aux standards internationaux, mais de faire du capital confiance un levier durable de transformation économique, de compétitivité et de croissance inclusive.

Partie 8. Les grands axes d’une feuille de route pour renforcer durablement le capital confiance

Les développements précédents ont montré que le capital confiance constitue l’un des déterminants essentiels du bon fonctionnement d’une économie moderne. La sortie de l’Algérie de la liste grise du GAFI a permis de renforcer la crédibilité du dispositif national d’intégrité financière et de franchir une étape importante dans ce processus.

  • Le défi consiste désormais à inscrire cette dynamique dans une démarche plus large de modernisation de la gouvernance économique.
  • Au-delà de la conformité aux standards internationaux, l’objectif est de créer un environnement institutionnel plus lisible, plus prévisible et plus responsable, capable de renforcer durablement la confiance des citoyens, des entreprises, des investisseurs et des partenaires internationaux. Trois priorités apparaissent à cet égard particulièrement importantes.

 

8.1 Renforcer la visibilité de l’action publique

La confiance repose en grande partie sur la capacité des acteurs économiques à anticiper les évolutions de leur environnement.

  • Aujourd’hui, les entreprises n’investissent plus uniquement dans un marché ; elles investissent dans une trajectoire. Elles cherchent à comprendre les orientations de la politique économique, la stabilité des règles, les priorités nationales et la cohérence des réformes engagées.
  • L’Algérie dispose de stratégies et de programmes dans de nombreux domaines. Leur impact pourrait toutefois être renforcé par une plus grande visibilité de leur mise en œuvre. Cela suppose notamment la publication de feuilles de route précisant les objectifs poursuivis, les étapes intermédiaires, les responsabilités institutionnelles, les calendriers d’exécution ainsi que les indicateurs permettant d’en mesurer régulièrement les progrès.
  • Des tableaux de bord publics et des rapports périodiques d’avancement contribueraient également à améliorer la lisibilité de l’action publique, à réduire l’incertitude et à renforcer la crédibilité des réformes.
  • La transparence permet de comprendre les décisions prises ; la visibilité permet d’anticiper la trajectoire suivie. Cette capacité de projection constitue aujourd’hui un facteur essentiel de confiance.

 

8.2 Développer une culture de l’évaluation et des résultats

Le deuxième chantier concerne l’évaluation des politiques publiques.

  • Pendant longtemps, les performances publiques ont été appréciées principalement à travers les moyens mobilisés : volume des investissements, importance des dépenses budgétaires ou nombre de projets engagés.
  • Une gouvernance moderne conduit à déplacer cette logique vers les résultats obtenus.
  • La question n’est plus seulement de savoir combien l’État investit, mais dans quelle mesure ces investissements améliorent durablement la productivité, favorisent la diversification économique, stimulent l’investissement privé, renforcent les exportations hors hydrocarbures ou créent des emplois qualifiés.
  • Le développement d’indicateurs de performance, d’évaluations régulières et de bilans publics permettrait d’apprécier plus objectivement l’efficacité des politiques mises en œuvre, d’identifier les ajustements nécessaires et d’améliorer progressivement la qualité de la décision publique.
  • L’objectif n’est pas d’évaluer pour contrôler, mais d’évaluer pour mieux gouverner.

 

8.3 Renforcer la redevabilité des institutions

La confiance se nourrit également de la capacité des institutions à rendre compte de leur action.

  • Les institutions les plus crédibles sont celles qui expliquent leurs décisions, publient les résultats obtenus, reconnaissent les difficultés rencontrées et présentent les mesures correctives qu’elles envisagent lorsque les objectifs fixés ne sont pas atteints.
  • Cette démarche ne constitue pas un mécanisme de sanction. Elle représente au contraire un instrument d’amélioration continue, qui renforce la qualité de la gouvernance et consolide progressivement la confiance des citoyens, des entreprises et des investisseurs.
  • Le développement d’une véritable culture du bilan contribuerait ainsi à accroître la crédibilité de l’action publique et à améliorer la qualité du dialogue entre les pouvoirs publics et les différents acteurs économiques.

 

8.4 Faire du capital confiance un levier de transformation économique

Le renforcement du capital confiance dépasse largement le seul domaine de l’intégrité financière.

  • Une action publique plus visible, mieux évaluée et davantage fondée sur la redevabilité contribuerait à améliorer le climat des affaires, à encourager la bancarisation, à réduire progressivement le recours au cash et à l’économie informelle, à mobiliser davantage l’épargne nationale et à attirer les investissements privés, nationaux comme étrangers.
  • Dans un environnement international où les capitaux, les technologies et les talents privilégient les économies les plus crédibles et les plus prévisibles, le capital confiance constitue désormais un véritable avantage compétitif.
  • La sortie de la liste grise du GAFI ne doit donc pas être considérée comme l’aboutissement d’un processus de mise en conformité. Elle peut devenir le point de départ d’une nouvelle étape des réformes, fondée sur une gouvernance plus transparente, plus performante et plus responsable. C’est à cette condition que le capital confiance pourra pleinement jouer son rôle de levier de transformation économique, de diversification productive et de croissance durable.
Sortie du GAFI : une étape importante
Sortie du GAFI : une étape importante

Conclusion générale : du respect des normes internationales à la construction d’un capital confiance durable

La sortie de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière constitue incontestablement une avancée majeure.

  • Elle reconnaît les progrès accomplis dans le renforcement du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération, tout en améliorant la crédibilité du pays auprès des institutions financières internationales, des banques correspondantes et des investisseurs.
  • Cette étude montre toutefois que la portée de cette décision dépasse largement le seul domaine de la conformité réglementaire. Elle invite à replacer cette réussite dans une réflexion plus large sur les conditions institutionnelles de la transformation économique.
  • La conformité aux standards internationaux est une condition indispensable, mais elle ne constitue pas, à elle seule, une garantie de développement. Les réformes produisent pleinement leurs effets lorsqu’elles modifient durablement les comportements des agents économiques et renforcent leur confiance dans les institutions, la monnaie, les marchés et les politiques publiques.

C’est dans cette perspective qu’a été proposé le concept de capital confiance.

  • Inspiré des travaux consacrés au capital social, à l’économie institutionnelle, à la gouvernance publique et à l’intégrité financière, il désigne l’ensemble des conditions institutionnelles, réglementaires et économiques qui conduisent spontanément les ménages, les entreprises et les investisseurs à privilégier les circuits officiels pour épargner, investir, financer leurs activités et développer leurs projets.
  • Cette approche conduit à une lecture renouvelée de plusieurs phénomènes qui caractérisent encore l’économie algérienne. L’économie informelle, le recours massif aux paiements en espèces et la persistance d’un marché parallèle des changes apparaissent moins comme des problèmes isolés que comme les manifestations d’un déficit plus profond de confiance dans les mécanismes économiques formels.
  • Réduire durablement ces phénomènes suppose donc d’aller au-delà du renforcement des contrôles ou de l’adoption de nouvelles réglementations. Cela exige une amélioration continue de la qualité des institutions, de la gouvernance économique et de l’environnement dans lequel évoluent les acteurs économiques.

Dans cette perspective, une seconde génération de réformes apparaît nécessaire.

  • Elle ne doit plus se limiter au renforcement de l’intégrité financière, mais viser également à améliorer la visibilité des politiques publiques, développer une culture de l’évaluation des politiques économiques, renforcer la redevabilité des institutions, produire une information économique régulière, fiable et transparente et consolider la sécurité juridique.
  • Ces réformes sont complémentaires : elles contribuent à réduire l’incertitude, à améliorer les anticipations des agents économiques et à créer un environnement plus favorable à l’investissement, à l’innovation et à la diversification productive.
  • Au-delà du cas de l’Algérie, cette réflexion met en évidence une évolution plus générale de l’économie mondiale. Dans un environnement caractérisé par une concurrence accrue entre les nations, l’attractivité d’un pays ne dépend plus uniquement de ses ressources naturelles, de son capital physique ou de son capital humain. Elle repose également sur la qualité de ses institutions, la prévisibilité de ses politiques publiques, la transparence de sa gouvernance et la confiance qu’il inspire à ses citoyens, à ses entreprises et à ses partenaires internationaux.
  • Le capital confiance apparaît ainsi comme un actif stratégique. Sans se substituer aux facteurs traditionnels de production, il en renforce l’efficacité en facilitant la mobilisation de l’épargne, l’investissement privé, l’intermédiation financière, la compétitivité des entreprises et l’intégration dans l’économie mondiale. Il constitue l’un des leviers essentiels d’une croissance durable, inclusive et résiliente.

La sortie de la liste grise du GAFI ne doit donc pas être considérée comme l’aboutissement d’un processus de réforme, mais comme le point de départ d’une ambition plus vaste : faire de la confiance un véritable moteur de la transformation économique.  

Pour l’Algérie, le défi n’est plus seulement de satisfaire aux standards internationaux, mais de construire un environnement institutionnel dans lequel les citoyens, les entreprises et les investisseurs choisiront naturellement les circuits officiels parce qu’ils les jugeront plus crédibles, plus efficaces et plus porteurs d’avenir.

Au XXI siècle, la richesse des nations ne se mesurera plus seulement à leurs ressources naturelles, à leur capital physique ou à leurs performances macroéconomiques. Elle dépendra également de la confiance que leurs institutions sauront inspirer. Faire du capital confiance un actif stratégique constitue, pour l’Algérie, l’une des conditions les plus importantes pour réussir sa transformation économique, renforcer sa compétitivité et assurer son intégration durable dans l’économie mondiale.

Bibliographie

I. Capital confiance, institutions et gouvernance

Acemoglu, D., & Robinson, J. A. (2012). Why Nations Fail: The Origins of Power, Prosperity and Poverty. Crown Business.
Arrow, K. J. (1972). Gifts and Exchanges. Philosophy and Public Affairs, 1(4), 343-362.
Coase, R. H. (1937). The Nature of the Firm. Economica, 4(16), 386-405.
Fukuyama, F. (1995). Trust: The Social Virtues and the Creation of Prosperity. Free Press.
Knack, S., & Keefer, P. (1997). Does Social Capital Have an Economic Payoff? A Cross-Country Investigation. Quarterly Journal of Economics, 112(4), 1251-1288.
North, D. C. (1990). Institutions, Institutional Change and Economic Performance. Cambridge University Press.
North, D. C., Wallis, J. J., & Weingast, B. R. (2009). Violence and Social Orders. Cambridge University Press.
Ostrom, E. (1990). Governing the Commons. Cambridge University Press.
Putnam, R. D. (1993). Making Democracy Work. Princeton University Press.
Williamson, O. E. (1985). The Economic Institutions of Capitalism. Free Press.
Zak, P., & Knack, S. (2001). Trust and Growth. Economic Journal, 111(470), 295-321.

II. Compétitivité, investissement et développement

Hausmann, R., Rodrik, D., & Velasco, A. (2008). Growth Diagnostics. Harvard University.
Porter, M. E. (1990). The Competitive Advantage of Nations. Free Press.
Rodrik, D. (2007). One Economics, Many Recipes. Princeton University Press.
Rodrik, D. (2011). The Globalization Paradox. W. W. Norton.
Solow, R. M. (1956). A Contribution to the Theory of Economic Growth. Quarterly Journal of Economics.
Stiglitz, J. E. (2002). Globalization and Its Discontents. W. W. Norton.

III. Gouvernance publique et qualité institutionnelle

Kaufmann, D., Kraay, A., & Mastruzzi, M. (2011). The Worldwide Governance Indicators.
OECD. (2017). Trust and Public Policy. OECD Publishing.
OECD. (2024). Government at a Glance. OECD Publishing.
OECD. (2024). Economic Outlook. OECD Publishing.
Transparency International. Corruption Perceptions Index.
World Justice Project. Rule of Law Index.
World Economic Forum. Global Competitiveness Report.

IV. AML/CFT, intégrité financière et GAFI

Financial Action Task Force (FATF). (2012-2026). International Standards on Combating Money Laundering and the Financing of Terrorism and Proliferation (The FATF Recommendations).
Financial Action Task Force (FATF). Methodology for Assessing Technical Compliance with the FATF Recommendations and the Effectiveness of AML/CFT Systems.
Financial Action Task Force (FATF). Mutual Evaluation Reports.
Financial Action Task Force (FATF). Outcomes of FATF Plenary Meetings.
Middle East and North Africa FATF (MENAFATF). Mutual Evaluation Reports.
United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC). Global Programme against Money Laundering.
World Bank & UNODC. Stolen Asset Recovery Initiative (StAR).
Basel Institute on Governance. Basel AML Index.

V. Fonds monétaire international

International Monetary Fund. Article IV Consultation Reports: Algeria.
International Monetary Fund. Financial Sector Assessment Program (FSAP).
International Monetary Fund. Global Financial Stability Report.
International Monetary Fund. World Economic Outlook.
International Monetary Fund. Fiscal Monitor.
International Monetary Fund. Capacity Development Strategy.
International Monetary Fund. AML/CFT Strategy and Technical Assistance Documents.
International Monetary Fund. Governance Diagnostic Reports.

VI. Banque mondiale

World Bank. World Development Report.
World Bank. Worldwide Governance Indicators.
World Bank. Enterprise Surveys.
World Bank. Algeria Economic Monitor.
World Bank. Global Financial Development Report.

VII. Banque des règlements internationaux (BRI)

Bank for International Settlements.
Annual Report.
Basel Core Principles for Effective Banking Supervision.
BIS Quarterly Review.

VIII. Nations Unies

United Nations.
United Nations Convention against Corruption (UNCAC).
United Nations Convention against Transnational Organized Crime (Convention de Palerme).
International Convention for the Suppression of the Financing of Terrorism.
United Nations Security Council Resolutions on Counter-Terrorism Financing.

IX. Algérie

Banque d’Algérie.
Rapports annuels.
Rapports sur la stabilité financière.
Cellule de Traitement du Renseignement Financier (CTRF).
Rapports annuels.
Conseil National Économique, Social et Environnemental (CNESE).
Rapports annuels.
Ministère des Finances.
Lois de finances.
Rapports économiques.
Office National des Statistiques (ONS).
Comptes nationaux.
Indices des prix à la consommation.
Enquêtes économiques.
Conseil de la Concurrence.
Rapports annuels.

X. Articles scientifiques complémentaires

Alesina, A., & Perotti, R. (1996). Income Distribution, Political Instability and Investment.
La Porta, R., Lopez-de-Silanes, F., Shleifer, A., & Vishny, R. (1997). Trust in Large Organizations.
Mauro, P. (1995). Corruption and Growth.
Rodrik, D., Subramanian, A., & Trebbi, F. (2004). Institutions Rule: The Primacy of Institutions over Geography and Integration in Economic Development.


XI. Sources statistiques

  • Banque d’Algérie
  • Office National des Statistiques (ONS)
  • Fonds monétaire international (IMF)
  • Banque mondiale (World Bank)
  • GAFI (FATF)
  • GAFIMOAN (MENAFATF)
  • Banque des règlements internationaux (BRI)
  • OCDE
  • Nations Unies
  • Transparency International
  • World Justice Project
  • World Economic Forum

  1. Dans cette étude, l’expression « capital confiance » est utilisée comme un concept analytique proposé par l’auteur pour désigner l’ensemble des facteurs institutionnels, réglementaires et comportementaux qui renforcent durablement la crédibilité économique d’un pays et favorisent son développement. ↩︎

Vous avez apprécié cet article ?

Inscrivez vous à notre newsletter pour être averti(e) par e-mail dès la publication des nouvelles analyses

Newsletter Article
Partagez cet article:
Article précédent
  • États-Unis – Chine 2026 : la grande rivalité du XXIe siècle dans un monde en transition

    Abdelrahmi Bessaha/
    mer 8 juillet 2026
Autres articles dans cette catégorie
  • Dollar sous tension

    Le dollar sous tension : le Golfe au cœur du jeu monétaire mondial

    Abdelrahmi Bessaha/
    sam 2 mai 2026

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *