En bref :
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Réformes de la Banque d’Algérie
Dans cette série :
Partie 1 sur 4 : Le référentiel conceptuel des politiques monétaire et de change
Partie 2 sur 4 : Évaluation des politiques monétaire et de change en Algérie
Partie 3 sur 4 : Les écarts de performance : pourquoi les résultats restent partiels
Partie 4 sur 4 : Comment renforcer durablement la Banque d’Algérie (cinq chantiers)
Comment renforcer durablement la capacité de la Banque d’Algérie à remplir son mandat
Introduction
Les trois premières parties de cet ouvrage ont suivi une progression logique. La première a défini le référentiel conceptuel d’une banque centrale moderne. La deuxième a évalué les politiques monétaires et de change conduites en Algérie au regard de ce référentiel. La troisième a expliqué les principaux écarts observés entre les objectifs poursuivis et les résultats obtenus.
Cette démarche conduit à une conclusion essentielle. Les limites mises en évidence ne résultent pas principalement d’un mandat inadapté ni d’une insuffisance des instruments de politique économique.
Elles trouvent leur origine dans les conditions d’exercice des politiques monétaire et de change : interactions avec la politique budgétaire, imperfections du marché des changes, profondeur limitée du système financier, mécanismes de transmission incomplets et contraintes structurelles qui réduisent progressivement leur efficacité.
L’objet de cette dernière partie n’est donc pas de proposer une nouvelle définition du mandat des autorités monétaires. Le cadre juridique issu de la loi monétaire et bancaire de 2023 apparaît globalement conforme aux standards internationaux. L’enjeu est désormais d’identifier les réformes susceptibles de renforcer l’efficacité des politiques monétaire et de change dans le contexte spécifique de l’économie algérienne.
Les propositions formulées dans cette partie s’inscrivent directement dans le prolongement du diagnostic établi précédemment. Elles ne cherchent pas à multiplier les réformes institutionnelles, mais à agir sur les principaux facteurs qui limitent aujourd’hui la transmission et l’efficacité des politiques économiques. Leur objectif commun est de créer un environnement permettant aux instruments déjà disponibles de produire pleinement leurs effets.
Cette approche conduit à organiser les réformes autour de cinq chantiers complémentaires. Chacun répond à l’une des principales contraintes identifiées dans la troisième partie et vise à renforcer durablement la stabilité macroéconomique, l’efficacité des politiques monétaire et de change et la résilience de l’économie algérienne.
La quatrième partie ne constitue donc pas une rupture avec les analyses précédentes. Elle en représente l’aboutissement logique.
Après avoir répondu aux questions « Que doit faire une banque centrale moderne ? », « Que font les politiques monétaires et de change en Algérie ? » et « Pourquoi certains objectifs demeurent-ils partiellement atteints ? », il devient désormais possible de répondre à la dernière question de cet ouvrage :
Comment renforcer durablement l’efficacité des politiques monétaire et de change au service de la stabilité macroéconomique et du développement de l’économie algérienne ?
Chapitre 18. Chantier 1 — Renforcer le cadre de politique monétaire, la gouvernance et la crédibilité
Introduction
La loi monétaire et bancaire de 2023 place la stabilité des prix au cœur du mandat de la Banque d’Algérie. Elle lui confère également les principaux instruments nécessaires à la conduite de la politique monétaire. Le diagnostic établi dans les chapitres précédents montre donc que la difficulté ne réside pas principalement dans l’absence d’un mandat ou d’instruments appropriés.
L’enjeu est désormais de construire un cadre permettant d’utiliser ces instruments de manière plus cohérente, plus prévisible et plus transparente. Une politique monétaire efficace ne repose pas uniquement sur des décisions techniques. Elle dépend également de la qualité des analyses qui les fondent, de la clarté des objectifs poursuivis, de la crédibilité de l’institution et de la confiance que lui accordent les agents économiques.
Ce premier chantier vise ainsi à consolider le cadre de décision de la Banque d’Algérie. Il ne suppose pas l’adoption immédiate d’un régime rigide de ciblage de l’inflation. Il recommande plutôt une évolution progressive vers une politique monétaire mieux structurée, fondée sur un diagnostic macroéconomique explicite, une hiérarchie claire des objectifs, une communication régulière et une responsabilité institutionnelle renforcée.
18.1. Clarifier le cadre opérationnel de la politique monétaire
La loi définit la stabilité des prix comme l’objectif de la politique monétaire. Cette orientation doit être traduite dans un cadre opérationnel permettant de relier clairement les objectifs, les indicateurs suivis, les instruments utilisés et les décisions prises.

Dans le cadre actuel, la Banque d’Algérie dispose de nombreux instruments : opérations sur le marché monétaire, réserves obligatoires, refinancement bancaire, dépôts, titres, swaps de change et autres mécanismes de gestion de la liquidité. L’efficacité de cet ensemble dépend toutefois de la cohérence de son utilisation.
Une première réforme consisterait à formaliser davantage la chaîne de décision :
Diagnostic de l’inflation → appréciation des risques → orientation monétaire → choix des instruments → évaluation des effets.
Cette clarification permettrait de mieux distinguer les objectifs finaux de la politique monétaire, les variables intermédiaires suivies et les instruments opérationnels mobilisés.
La Banque d’Algérie devrait également expliciter les principaux indicateurs guidant ses décisions : inflation globale, inflation sous-jacente, évolution de la masse monétaire, crédit, liquidité bancaire, taux de change, anticipations et situation budgétaire. Une telle approche réduirait le risque de décisions fragmentées et renforcerait la cohérence intertemporelle de la politique monétaire.
18.2. Adopter une stratégie progressive de stabilité des prix
La modernisation du cadre monétaire ne signifie pas que l’Algérie doive adopter immédiatement un régime formel de ciblage de l’inflation. Un tel régime suppose plusieurs conditions : statistiques fiables et rapidement disponibles, prévisions macroéconomiques robustes, marchés financiers développés, mécanismes de transmission fonctionnels, discipline budgétaire et forte crédibilité institutionnelle. Ces conditions ne sont pas encore toutes réunies.
Une stratégie plus réaliste consisterait à évoluer progressivement vers un cadre de stabilité des prix mieux explicité. La Banque d’Algérie pourrait annoncer une orientation à moyen terme, publier son appréciation des tensions inflationnistes et expliquer les facteurs justifiant ses décisions, sans s’engager prématurément sur une cible numérique rigide.
Cette approche présenterait trois avantages.
- Elle permettrait d’abord de reconnaître que l’inflation algérienne résulte de facteurs multiples, dont plusieurs échappent au contrôle direct de la politique monétaire.
- Elle renforcerait ensuite la responsabilité de la Banque d’Algérie en l’obligeant à distinguer les chocs temporaires des tensions persistantes.
- Elle faciliterait enfin l’ancrage progressif des anticipations, sans imposer à l’institution une obligation difficilement compatible avec les contraintes actuelles de l’économie.
18.3. Renforcer l’analyse macroéconomique et la fonction de prévision
Une politique monétaire prospective exige une capacité d’analyse suffisamment développée pour anticiper l’évolution de l’inflation et des principaux équilibres macroéconomiques. Or les décisions monétaires produisent leurs effets avec des délais. Une banque centrale qui agit uniquement à partir des données contemporaines risque d’intervenir trop tard.
La Banque d’Algérie devrait donc renforcer sa fonction de prévision autour d’un système intégré comprenant :
- un cadre de suivi conjoncturel ;
- des projections à court et moyen terme ;
- des scénarios de risques ;
- des analyses de sensibilité ;
- un modèle macroéconomique central complété par des outils plus simples.
Le développement d’un modèle excessivement sophistiqué ne constitue pas une priorité immédiate. Dans le contexte algérien, un cadre macroéconomique relativement simple, transparent et régulièrement actualisé serait probablement plus utile qu’un modèle complexe reposant sur des données insuffisantes ou instables.
Ce cadre devrait expliciter les principales relations entre activité, politique budgétaire, masse monétaire, crédit, taux de change, prix internationaux et inflation. Il pourrait ensuite être progressivement enrichi à mesure que la qualité des données et les capacités techniques s’améliorent.

18.4. Faire de la communication un instrument de politique monétaire
La communication n’est plus une fonction périphérique des banques centrales. Elle constitue un instrument de politique monétaire à part entière. En expliquant ses décisions, une banque centrale influence les anticipations des ménages, des entreprises, des banques et des investisseurs.
La Banque d’Algérie publie un rapport annuel conformément à la loi. Cette obligation représente une base importante, mais elle pourrait être complétée par une communication plus régulière et davantage centrée sur les décisions de politique monétaire.
Plusieurs instruments pourraient être introduits progressivement :
- Un rapport périodique sur l’inflation et les perspectives macroéconomiques ;
- Un communiqué après chaque décision importante ;
- Une présentation des facteurs de risque ;
- Une explication de l’orientation de la politique monétaire ;
- Une publication plus régulière des statistiques monétaires et financières ;
- Une communication pédagogique destinée au grand public.
L’objectif ne serait pas de dévoiler toutes les délibérations internes ni de réduire la flexibilité de la Banque d’Algérie. Il serait de permettre aux agents économiques de comprendre la logique de ses décisions.
Une communication claire renforcerait également la distinction entre les facteurs d’inflation relevant de la politique monétaire et ceux qui dépendent de la politique budgétaire, des marchés ou des chocs externes. Elle contribuerait ainsi à une évaluation plus juste de la responsabilité de la banque centrale.
18.5. Consolider l’autonomie opérationnelle et la responsabilité
L’efficacité d’une banque centrale dépend de sa capacité à prendre les décisions nécessaires à la réalisation de son mandat.
- Cette autonomie ne signifie ni isolement institutionnel ni absence de contrôle démocratique. Elle doit être accompagnée d’une obligation de rendre compte.
- La loi de 2023 prévoit plusieurs garanties importantes : mandat de cinq ans du gouverneur et des vice-gouverneurs, incompatibilités professionnelles, pouvoirs réglementaires du Conseil monétaire et bancaire et présentation du rapport annuel au Parlement.
- Ces dispositions doivent produire des effets concrets dans la pratique institutionnelle. L’autonomie opérationnelle suppose notamment que les décisions relatives à la liquidité, aux instruments monétaires et au calendrier des interventions soient guidées par l’objectif de stabilité des prix.
- En contrepartie, la Banque d’Algérie doit expliquer ses décisions, publier ses analyses et rendre compte des résultats obtenus. L’autonomie et la responsabilité ne s’opposent pas : elles se renforcent mutuellement.
- La relation avec le Gouvernement doit également être clarifiée. Une coordination macroéconomique régulière est indispensable, notamment en matière de politique budgétaire, de financement de l’État, de gestion de la liquidité et de politique de change. Cette coordination ne doit toutefois pas conduire à subordonner la politique monétaire aux besoins de financement budgétaire.

18.6. Instituer un processus régulier d’évaluation de la politique monétaire
La loi attribue au Conseil monétaire et bancaire la responsabilité de définir, conduire, suivre et évaluer la politique monétaire. Cette fonction d’évaluation doit devenir plus visible et plus systématique.
La Banque d’Algérie pourrait établir une revue périodique portant sur quatre dimensions : les objectifs annoncés ; les instruments mobilisés ; les résultats observés ; et les causes des écarts éventuels.
Cette revue permettrait de distinguer les erreurs de prévision, les limites de transmission, les chocs externes et les effets des autres politiques économiques. Elle favoriserait l’apprentissage institutionnel et l’amélioration continue du cadre monétaire.
L’évaluation ne devrait pas consister à juger une décision uniquement à partir du résultat final de l’inflation. Elle devrait apprécier si la décision était cohérente avec les informations disponibles, les risques identifiés et les moyens d’action de la Banque d’Algérie.
18.7. Première synthèse du chantier

Le premier chantier ne consiste pas à modifier le mandat de la Banque d’Algérie. Il vise à rendre son exercice plus structuré, plus prévisible et plus crédible.
Cinq priorités se dégagent :
- Clarifier le cadre opérationnel de la politique monétaire ;
- Adopter une stratégie progressive de stabilité des prix ;
- Renforcer les capacités d’analyse et de prévision ;
- Développer une communication régulière ;
- Consolider l’autonomie opérationnelle et l’obligation de rendre compte.
Conclusion
La Banque d’Algérie dispose désormais d’un mandat clairement défini et d’une gamme étendue d’instruments. L’enjeu principal n’est donc pas de reconstruire entièrement son cadre de politique monétaire, mais d’en améliorer la cohérence, la transparence et la capacité d’anticipation.
Une politique monétaire plus efficace exige une meilleure articulation entre le diagnostic, la décision, la communication et l’évaluation. Elle suppose également une autonomie opérationnelle réelle, accompagnée d’une responsabilité institutionnelle renforcée.
Ces réformes ne suffiront toutefois pas si les décisions de la Banque d’Algérie continuent de se transmettre imparfaitement à l’économie. Le deuxième chantier portera donc sur le renforcement des mécanismes de transmission, l’amélioration de l’intermédiation bancaire et l’approfondissement des marchés financiers.
Chapitre 19. Chantier 2 – Renforcer les mécanismes de transmission et approfondir le système financier
Introduction
La qualité d’une politique monétaire ne se mesure pas uniquement à la pertinence des décisions prises par la banque centrale.
Elle dépend également de la capacité du système financier à transmettre ces décisions vers l’économie réelle. Une modification des conditions monétaires ne produit des effets sur l’inflation, l’investissement ou la croissance que si les banques, les marchés financiers et les systèmes de paiement jouent pleinement leur rôle d’intermédiation.
Les analyses développées dans les chapitres précédents ont montré que cette transmission demeure imparfaite en Algérie. La prédominance des banques publiques, le faible développement des marchés financiers, l’importance de la circulation fiduciaire, le poids de l’économie informelle et le recours encore limité aux paiements électroniques réduisent l’efficacité des instruments de politique monétaire.
L’objectif de ce deuxième chantier est de renforcer les canaux de transmission de la politique monétaire en développant l’intermédiation financière, en modernisant les infrastructures financières et en favorisant une plus grande inclusion financière.
19.1. Faire de l’intermédiation bancaire un véritable relais de la politique monétaire

La politique monétaire agit principalement à travers le système bancaire.
- Les banques constituent l’interface entre les décisions de la Banque d’Algérie et les besoins de financement des entreprises et des ménages.
- Le renforcement de ce canal suppose une amélioration continue de l’efficacité bancaire.
- Les établissements de crédit doivent disposer d’une capacité accrue à mobiliser l’épargne, à évaluer les risques et à financer les projets productifs.
- Une politique monétaire efficace nécessite également une plus grande réactivité des taux débiteurs et créditeurs aux décisions de la Banque d’Algérie.
19.2. Développer les marchés monétaires et financiers
Le financement de l’économie ne peut reposer exclusivement sur le crédit bancaire. Les marchés monétaires, obligataires et boursiers jouent un rôle essentiel dans la diffusion de la politique monétaire, la diversification des sources de financement et l’amélioration de l’allocation du capital. L’approfondissement de ces marchés permettrait : d’améliorer la transmission des décisions monétaires ; d’élargir les possibilités de financement des entreprises ; de renforcer la liquidité du système financier ; et de réduire progressivement la dépendance du financement bancaire. Le développement de ces marchés constitue ainsi un complément indispensable à la modernisation du système bancaire.
19.3. Réduire progressivement l’économie du cash

L’importance de la circulation fiduciaire constitue aujourd’hui l’un des principaux obstacles à l’efficacité de la politique monétaire.
Une stratégie progressive de réduction du recours aux espèces permettrait d’accroître les ressources du système bancaire ; d’améliorer la traçabilité des transactions ; de renforcer l’inclusion financière ; de faciliter la lutte contre l’économie informelle ; et d’améliorer les statistiques monétaires.
Cette évolution suppose toutefois que les alternatives offertes aux ménages et aux entreprises soient simples, accessibles et peu coûteuses.
L’objectif ne doit pas être de contraindre les agents économiques mais de rendre les paiements électroniques plus attractifs que les paiements en espèces.
19.4. Accélérer l’inclusion financière
Une politique monétaire moderne suppose qu’une part croissante des ménages et des entreprises participe au système financier formel.
L’inclusion financière ne consiste pas uniquement à ouvrir davantage de comptes bancaires. Elle implique également : un accès élargi au crédit ; des moyens de paiement modernes ; des services financiers numériques ; et une meilleure éducation financière.
Une population davantage intégrée au système financier améliore naturellement l’efficacité des instruments de politique monétaire.
19.5. Construire un système financier plus profond
Le développement financier constitue une réforme de long terme. Il suppose notamment : une concurrence bancaire accrue ; des marchés de capitaux plus actifs ; un financement plus diversifié des entreprises ; une meilleure mobilisation de l’épargne nationale ; et une amélioration continue du cadre réglementaire.
L’objectif n’est pas seulement d’accroître la taille du système financier, mais surtout d’améliorer sa capacité à financer durablement la croissance et la transformation économique.
19.6. Première synthèse du chantier
Le deuxième chantier vise à améliorer les conditions dans lesquelles la politique monétaire se transmet à l’économie. Cinq priorités apparaissent: renforcer l’efficacité de l’intermédiation bancaire ; développer les marchés monétaires et financiers ; réduire progressivement l’économie du cash ; accélérer l’inclusion financière ; et approfondir durablement le système financier.
Ces réformes renforceront la capacité de la Banque d’Algérie à exercer efficacement son mandat, tout en améliorant le financement de l’investissement privé.

Conclusion
Le renforcement des mécanismes de transmission constitue une condition indispensable de l’efficacité de la politique monétaire. Une banque centrale ne peut agir efficacement que si le système financier relaie rapidement et fidèlement ses décisions vers l’économie réelle.
Toutefois, même un système financier plus performant ne suffira pas à assurer pleinement l’efficacité de la politique monétaire tant que le marché des changes restera marqué par une dualité entre marché officiel et marché parallèle. La modernisation de ce marché constitue ainsi le troisième chantier de réforme.
Chapitre 20. Chantier 3 – Moderniser le marché des changes et construire progressivement un marché unifié
Introduction
L’analyse développée dans les chapitres précédents a mis en évidence l’un des principaux écarts entre le mandat confié à la Banque d’Algérie et le fonctionnement actuel de l’économie : alors que la loi monétaire et bancaire de 2023 consacre le principe d’un marché des changes reposant sur un taux de change unique, l’économie algérienne demeure caractérisée par la coexistence d’un marché officiel et d’un marché parallèle.
Cette situation ne résulte pas uniquement de la politique de change. Elle traduit également l’interaction entre le contrôle des changes, la structure de l’économie, les besoins de devises des ménages et des entreprises, l’importance de l’économie informelle et les anticipations des agents économiques.
L’objectif de ce troisième chantier n’est pas de proposer une libéralisation brutale du marché des changes. Une telle stratégie serait incompatible avec les contraintes macroéconomiques de l’Algérie. Il s’agit plutôt de définir une trajectoire progressive permettant de rapprocher le fonctionnement du marché des objectifs fixés par la loi, tout en préservant les équilibres macroéconomiques et la stabilité financière.
20.1. Faire converger progressivement les deux marchés
Le maintien durable de deux marchés des changes réduit l’efficacité de la politique de change et affaiblit la crédibilité du taux officiel.
- L’objectif de long terme doit être la convergence progressive entre le marché officiel et le marché parallèle.
- Cette convergence ne peut toutefois être obtenue par une décision administrative.
- Elle suppose une augmentation progressive de l’offre officielle de devises, une amélioration du fonctionnement du marché et une réduction des incitations à recourir aux circuits parallèles.
- La vitesse de cette convergence devra être déterminée en fonction de la situation macroéconomique, des réserves de change et de la capacité du marché officiel à absorber une demande croissante.

20.2. Développer un véritable marché interbancaire des changes

Dans la plupart des économies, les banques jouent un rôle central dans le fonctionnement du marché des changes. Le développement progressif d’un marché interbancaire plus actif permettrait : une meilleure formation des prix ; une plus grande liquidité ; une allocation plus efficace des devises ; et une amélioration de la transmission de la politique de change.
La Banque d’Algérie conserverait naturellement son rôle de régulateur et d’intervenant lorsque les conditions de marché l’exigent.
L’objectif est de renforcer progressivement les mécanismes de marché tout en préservant la stabilité financière.
20.3. Faire du taux de change un instrument de compétitivité
La politique de change ne doit pas être évaluée uniquement à partir de son effet sur l’inflation. Elle influence également :
- La compétitivité des entreprises ;
- Les exportations hors hydrocarbures ;
- Les importations ;
- Les décisions d’investissement ;
- La transformation productive de l’économie.
Le taux de change doit donc être géré comme un instrument d’équilibre entre plusieurs objectifs.
Cette approche suppose une évaluation régulière du taux de change effectif réel, des gains de compétitivité et de l’évolution des principaux partenaires commerciaux.
20.4. Accompagner progressivement la libéralisation
La convergence vers un marché unifié constitue un processus de moyen terme. Elle devra être accompagnée par plusieurs réformes complémentaires :
- renforcement de la discipline budgétaire ;
- approfondissement du système financier ;
- réduction de l’économie informelle ;
- amélioration de la compétitivité ;
- développement des paiements électroniques ;
- renforcement des statistiques du marché des changes.
Ces réformes réduiront progressivement les facteurs alimentant le marché parallèle.
20.5. Première synthèse du chantier
Le troisième chantier repose sur une idée simple. Le marché des changes ne peut être modernisé uniquement par des décisions administratives. Sa réforme suppose une évolution coordonnée : du cadre réglementaire ; du système bancaire ; des infrastructures de marché ; et des politiques macroéconomiques.
L’objectif est de construire progressivement un marché des changes plus transparent, plus liquide et davantage conforme aux principes définis par la loi monétaire et bancaire.
Conclusion
La modernisation du marché des changes constitue une réforme essentielle pour renforcer l’efficacité de la politique monétaire, améliorer la compétitivité de l’économie et rapprocher progressivement le fonctionnement du marché des objectifs définis par la loi.
Cette réforme ne peut toutefois réussir sans une transformation plus profonde des capacités institutionnelles de la Banque d’Algérie. Les banques centrales modernes s’appuient désormais sur les données massives, l’intelligence artificielle, les paiements numériques et les nouvelles technologies pour améliorer leurs analyses et leurs décisions.
Le quatrième chantier sera donc consacré à la construction d’une Banque d’Algérie numérique, fondée sur les données et l’innovation.

Chapitre 21. Chantier 4 – Construire une Banque d’Algérie numérique, fondée sur les données et l’innovation
Introduction
Les banques centrales connaissent aujourd’hui une transformation comparable à celle qu’ont connue les systèmes bancaires au cours des deux dernières décennies.
L’essor des paiements numériques, des données massives, de l’intelligence artificielle, des technologies financières et des cyber-risques modifie profondément leur manière d’exercer leurs missions.
Cette évolution ne constitue pas une simple modernisation technologique. Elle transforme les méthodes d’analyse, les instruments de surveillance, les mécanismes de paiement, les relations avec les établissements financiers et, plus largement, la conduite de la politique monétaire.
Pour la Banque d’Algérie, cette mutation représente une opportunité majeure. Une banque centrale davantage fondée sur les données sera mieux en mesure de comprendre les évolutions de l’économie, d’anticiper les risques, d’améliorer la transmission de la politique monétaire et de renforcer la stabilité financière.
L’objectif de ce quatrième chantier est de proposer les principales orientations permettant de construire progressivement une Banque d’Algérie numérique, plus réactive, plus transparente et mieux adaptée aux défis du XXIᵉ siècle.

21.1 Faire des données un instrument de politique économique
Une banque centrale prend des décisions à partir des informations dont elle dispose. Plus ces informations sont complètes, fiables et disponibles rapidement, meilleure est la qualité des décisions. La Banque d’Algérie devrait donc poursuivre le développement d’une véritable stratégie nationale de la donnée, fondée sur :
- des statistiques de meilleure qualité ;
- des données à haute fréquence ;
- une intégration plus étroite des informations bancaires, monétaires et financières ;
- une amélioration des capacités de traitement et d’analyse.
L’objectif est de réduire les délais entre l’apparition des tensions économiques et leur détection par la banque centrale.
21.2 Utiliser l’intelligence artificielle comme outil d’aide à la décision
L’intelligence artificielle ne remplacera pas les décideurs. Elle leur permettra de traiter des volumes d’information beaucoup plus importants. Elle pourra notamment être utilisée pour : détecter les tensions inflationnistes ; améliorer les prévisions macroéconomiques ; identifier les risques bancaires ; renforcer les dispositifs de lutte contre le blanchiment ; analyser les flux de paiements ; et produire des scénarios de politique économique.
L’IA doit être conçue comme un outil d’aide à la décision et non comme un substitut au jugement économique.
21.3. Accélérer la modernisation des systèmes de paiement
La qualité des systèmes de paiement conditionne directement l’efficacité du système financier. La Banque d’Algérie devrait poursuivre : le développement des paiements instantanés ; l’élargissement des paiements électroniques ; l’interopérabilité des plateformes ; la réduction des paiements en espèces ; et la sécurité des infrastructures. Une économie davantage numérisée améliore naturellement la transmission de la politique monétaire.
21.4. Renforcer la souveraineté des paiements
Au cours de la dernière décennie, plusieurs pays émergents ont profondément modernisé leurs infrastructures nationales de paiement.
L’Inde, avec le système UPI, et le Brésil, avec Pix, ont démontré qu’une banque centrale pouvait jouer un rôle déterminant dans la mise en place d’infrastructures de paiement rapides, peu coûteuses, accessibles à l’ensemble de la population et favorables à l’inclusion financière.
Au-delà de leurs bénéfices économiques, ces infrastructures répondent désormais à un objectif plus large : renforcer la souveraineté nationale en matière de paiements.
Les tensions géopolitiques récentes, les sanctions financières internationales et la dépendance à certaines infrastructures étrangères ont conduit de nombreux pays à développer des systèmes nationaux capables de fonctionner de manière autonome, tout en restant interopérables avec les réseaux internationaux.

Pour l’Algérie, cette évolution présente plusieurs avantages : réduire progressivement l’utilisation des espèces ; améliorer l’inclusion financière ; diminuer les coûts des transactions ; renforcer la traçabilité des paiements ; développer les services numériques ; et accroître la résilience du système financier national.
Il ne s’agit pas de s’isoler du système financier international, mais de disposer d’une infrastructure nationale moderne permettant à la Banque d’Algérie de mieux remplir son mandat et de renforcer la sécurité économique du pays.

Les banques centrales expérimentent aujourd’hui de nouvelles formes de monnaie numérique ainsi que de nouvelles infrastructures de règlement. La Banque d’Algérie devra suivre attentivement ces évolutions. Il ne s’agit pas nécessairement d’émettre rapidement une monnaie numérique de banque centrale. Il convient en revanche : d’évaluer les expériences étrangères ; d’analyser leurs avantages et leurs risques ; de préparer les capacités techniques nécessaires ; et d’adapter progressivement le cadre réglementaire.
La prudence demeure préférable à une adoption précipitée.
21.6 Renforcer la cybersécurité et la résilience opérationnelle
La numérisation accroît également les risques. Une banque centrale moderne doit être capable de protéger :
- les infrastructures de paiement ;
- les données financières ;
- les réseaux bancaires ;
- les systèmes d’information.
La cybersécurité devient désormais une composante essentielle de la stabilité financière. La Banque d’Algérie devra donc continuer à renforcer ses capacités de prévention, de détection et de réponse aux incidents cyber.
21.7 Première synthèse du chantier
Le quatrième chantier ne consiste pas uniquement à acquérir de nouvelles technologies. Il vise surtout à transformer la manière dont la Banque d’Algérie exerce son mandat. Les principales priorités sont :
- développer une stratégie nationale de la donnée ;
- utiliser l’intelligence artificielle comme outil d’aide à la décision ;
- moderniser les systèmes de paiement ;
- préparer les innovations monétaires ;
- renforcer la cybersécurité.
Ces transformations permettront d’améliorer la qualité des décisions, de renforcer la stabilité financière et d’accroître l’efficacité de la politique monétaire.
Conclusion
La transformation numérique constitue aujourd’hui un levier majeur de modernisation des banques centrales. Elle ne modifie pas leur mandat fondamental, mais elle transforme profondément les moyens dont elles disposent pour l’exercer.
Pour la Banque d’Algérie, cette évolution représente une opportunité d’améliorer la qualité de ses analyses, de renforcer la transmission de la politique monétaire et d’accroître la résilience du système financier.
Toutefois, une banque centrale plus performante ne peut, à elle seule, transformer l’économie. Son rôle consiste avant tout à créer un environnement macroéconomique stable, propice à l’investissement, à l’innovation et à la croissance. C’est précisément l’objet du dernier chantier.
Chapitre 22. Chantier 5 – Faire de la Banque d’Algérie un catalyseur de la transformation économique
Introduction
La mission fondamentale d’une banque centrale demeure la stabilité monétaire et financière.
La Banque d’Algérie n’a ni vocation à conduire la politique industrielle, ni à se substituer au Gouvernement dans la définition des choix économiques.
Son mandat, tel qu’il est défini par la loi monétaire et bancaire de 2023, reste centré sur la stabilité des prix, la politique monétaire, la politique de change, la stabilité financière et le bon fonctionnement du système bancaire.
Toutefois, l’expérience internationale montre qu’une banque centrale moderne contribue au développement économique de manière indirecte mais déterminante.
En assurant la stabilité de la monnaie, en renforçant la confiance dans le système financier, en favorisant un financement plus efficace de l’économie et en modernisant les infrastructures financières, elle crée un environnement propice à l’investissement, à l’innovation et à la croissance.
La Banque d’Algérie ne crée donc pas directement la transformation économique. Elle en constitue un catalyseur. C’est cette conception qui inspire le présent chantier.
22.1. La stabilité monétaire comme premier facteur de développement
L’histoire économique montre qu’aucun pays n’a durablement réussi sa transformation économique dans un environnement marqué par une inflation élevée, une instabilité monétaire ou une perte de confiance dans la monnaie nationale.

- La première contribution de la Banque d’Algérie au développement consiste donc à préserver durablement la stabilité des prix.
- Cette stabilité réduit l’incertitude, améliore les décisions d’investissement, protège le pouvoir d’achat et favorise une meilleure allocation des ressources.
- La stabilité monétaire n’est pas une fin en soi.
- Elle constitue le socle sur lequel peuvent se construire les autres politiques de développement.
22.2. Favoriser un financement plus efficace de l’économie
Une économie en transformation a besoin d’un système financier capable de mobiliser l’épargne et de financer les projets les plus productifs. La Banque d’Algérie peut contribuer à cet objectif en poursuivant :
- le renforcement de l’intermédiation bancaire ;
- le développement des marchés financiers ;
- l’amélioration des systèmes de paiement ;
- l’inclusion financière ;
- l’innovation financière.
Son rôle consiste à créer un environnement financier où les ressources sont orientées vers les investissements créateurs de valeur.
22.3. Renforcer la confiance économique
Au-delà des instruments monétaires, une banque centrale contribue à la confiance.
- La confiance dans la monnaie.
- La confiance dans les banques.
- La confiance dans les paiements.
- La confiance dans les institutions.
Cette dimension immatérielle est souvent sous-estimée. Pourtant, elle influence directement : l’investissement ; l’épargne ; les comportements financiers ; et les décisions des investisseurs nationaux et étrangers. Une banque centrale crédible réduit l’incertitude et améliore le fonctionnement de l’économie.

22.4. Accompagner la diversification économique
La diversification productive relève des politiques industrielles, commerciales, éducatives et d’investissement. La Banque d’Algérie n’a pas vocation à définir ces politiques. En revanche, elle peut contribuer à leur réussite en garantissant : un environnement monétaire stable ; un système financier solide ; des paiements efficaces ; un marché des changes mieux organisé ; et un financement plus fluide de l’investissement privé.
Son rôle consiste donc à rendre possible la diversification plutôt qu’à la conduire. Cette distinction est essentielle. Elle préserve la cohérence du mandat de la Banque d’Algérie tout en reconnaissant sa contribution au développement.
22.5. Une Banque d’Algérie au service de l’Algérie de 2035

À l’horizon 2035, la Banque d’Algérie pourrait devenir une institution : pleinement crédible ; fondée sur les données ; largement numérisée ; fortement intégrée aux marchés financiers modernes ; dotée d’une capacité renforcée de prévision ; transparente dans sa communication ; pleinement coordonnée avec les autres politiques macroéconomiques ; ET reconnue comme l’une des institutions clés de la stabilité économique nationale.
Cette évolution ne modifierait pas son mandat. Elle renforcerait simplement sa capacité à l’exercer.
22.6. Synthèse du chantier
Le cinquième chantier repose sur une idée simple. La Banque d’Algérie ne peut pas transformer seule l’économie algérienne. En revanche, aucune transformation durable ne pourra réussir sans une Banque d’Algérie forte, crédible et efficace. Sa contribution consiste à créer les conditions macroéconomiques, financières et institutionnelles qui permettent au secteur privé, aux investisseurs, aux entreprises et aux pouvoirs publics de conduire cette transformation. Cette conception respecte pleinement le mandat défini par la loi tout en élargissant la compréhension du rôle d’une banque centrale moderne.
Conclusion
Les cinq chantiers proposés dans cette dernière partie poursuivent un objectif commun : renforcer durablement la capacité de la Banque d’Algérie à exercer le mandat que lui confie la loi monétaire et bancaire de 2023.
Ils ne visent ni à élargir indéfiniment les missions de la Banque d’Algérie, ni à lui attribuer des responsabilités qui relèvent d’autres institutions.
Leur ambition est plus simple, mais aussi plus exigeante : permettre à la Banque d’Algérie de remplir plus efficacement ses missions fondamentales dans un environnement économique en profonde mutation.
Une politique monétaire plus crédible, des mécanismes de transmission plus efficaces, un marché des changes modernisé, une banque centrale numérique et un système financier plus profond constituent autant de conditions nécessaires pour renforcer la stabilité des prix, soutenir la compétitivité et accompagner la transformation économique de l’Algérie.
Conclusion Générale
Au terme de cette étude, la question posée dans l’introduction peut désormais recevoir une réponse fondée sur l’analyse économique, les données empiriques et le cadre juridique défini par la loi monétaire et bancaire de 2023.
- Cette étude montre tout d’abord que la Banque d’Algérie dispose aujourd’hui d’un mandat moderne, clairement défini et largement conforme aux standards internationaux. La loi lui confie des responsabilités précises en matière de stabilité des prix, de politique monétaire, de politique de change, de stabilité financière, de supervision bancaire et de bon fonctionnement des systèmes de paiement. Elle lui fournit également les principaux instruments nécessaires à l’exercice de ces missions.
- L’analyse met ensuite en évidence que les performances de la Banque d’Algérie sont globalement encourageantes, mais demeurent contrastées. Des progrès importants ont été réalisés dans la modernisation du cadre monétaire et prudentiel, dans le renforcement de la crédibilité du système financier et dans la maîtrise progressive de l’inflation. Toutefois, plusieurs objectifs assignés par la loi restent encore partiellement atteints. La transmission de la politique monétaire demeure imparfaite, le marché des changes reste marqué par la coexistence d’un marché officiel et d’un marché parallèle, la profondeur financière demeure insuffisante et l’économie continue de se caractériser par une circulation fiduciaire importante.
- L’un des principaux enseignements de cette étude est que ces limites ne trouvent pas leur origine dans une insuffisance du mandat de la Banque d’Algérie ni dans l’absence d’instruments adaptés. Elles résultent essentiellement de l’environnement économique, financier et institutionnel dans lequel la politique monétaire est mise en œuvre. Les déterminants de l’inflation dépassent largement le seul champ de la politique monétaire. La dominance budgétaire, les imperfections du marché des changes, la faible profondeur financière, le poids de l’économie informelle et l’insuffisante coordination des politiques économiques limitent encore l’efficacité de l’action de la Banque d’Algérie.
Cette conclusion conduit naturellement aux cinq chantiers proposés dans la dernière partie de l’ouvrage.
Leur objectif n’est pas de modifier le mandat de la Banque d’Algérie, mais de lui permettre de l’exercer plus efficacement. Le renforcement du cadre de politique monétaire, l’amélioration des mécanismes de transmission, la modernisation progressive du marché des changes, la transformation numérique de la Banque d’Algérie et le développement d’un système financier plus profond constituent autant de leviers complémentaires destinés à améliorer durablement ses performances.
L’idée centrale défendue dans cet ouvrage est qu’une banque centrale moderne ne se limite plus à lutter contre l’inflation. Sans se substituer au Gouvernement ni conduire la politique industrielle, elle contribue à créer les conditions macroéconomiques, financières et institutionnelles qui favorisent l’investissement, l’innovation, la compétitivité et la croissance durable. Son rôle n’est pas de conduire la transformation économique, mais d’en être l’un des principaux catalyseurs.
En définitive, renforcer la Banque d’Algérie ne constitue pas une fin en soi. C’est un choix stratégique pour l’avenir de l’économie algérienne. Une banque centrale plus crédible, plus transparente, plus indépendante dans l’exercice de son mandat, mieux équipée sur le plan analytique, davantage fondée sur les données et pleinement intégrée aux évolutions technologiques sera mieux à même de préserver la stabilité des prix, de renforcer la confiance dans la monnaie nationale et d’accompagner les profondes mutations économiques auxquelles l’Algérie est appelée à faire face.
Une Banque d’Algérie plus forte ne garantit pas, à elle seule, la transformation économique du pays. En revanche, aucune transformation durable ne pourra s’accomplir sans une Banque d’Algérie forte, crédible et efficace. C’est sans doute la principale conclusion de cette étude.
Annexe 1 – Algeria Macroeconomic Projection Model (AMPM)
La mise en place d’un système moderne de prévision et d’analyse constitue une composante importante de la transformation de la Banque d’Algérie. La conduite d’une politique monétaire prospective exige en effet une compréhension structurée des relations entre activité économique, inflation, monnaie, crédit, finances publiques, taux de change, balance des paiements et réserves internationales.
Dans cette perspective, l’élaboration de l’Algeria Macroeconomic Projection Model — AMPM représente une avancée analytique significative. Développé dans le cadre de l’assistance technique du FMI, ce modèle trimestriel semi-structurel cherche à intégrer les principales caractéristiques de l’économie algérienne : poids du secteur des hydrocarbures, influence de la politique budgétaire, interactions monétaires et budgétaires, ciblage des agrégats monétaires, gestion du taux de change et faible ouverture du compte de capital.
L’AMPM offre un cadre théoriquement cohérent pour analyser la propagation des chocs et construire des scénarios de politique économique. Il permet également d’imposer une cohérence entre les différentes composantes des projections et d’étudier les effets possibles de changements dans les instruments ou dans le cadre de politique monétaire.
Son utilisation opérationnelle doit cependant être entourée d’importantes précautions.

1. Les limites liées aux données
La fiabilité d’un modèle macroéconomique dépend d’abord de la qualité des informations qui l’alimentent. Or le système statistique algérien présente encore plusieurs insuffisances : disponibilité limitée de séries trimestrielles longues et cohérentes, retards de publication, révisions, couverture incomplète du secteur privé, mesure insuffisante de l’économie informelle et faiblesse des informations sur les anticipations, les revenus, l’emploi et les prix.
Certaines variables essentielles au modèle ne sont pas directement observables. C’est notamment le cas de la production potentielle, de l’écart de production, du taux d’intérêt réel d’équilibre, du taux de change réel d’équilibre et des anticipations d’inflation. Leur estimation devient particulièrement fragile dans une économie marquée par des ruptures structurelles, des prix administrés, des restrictions quantitatives, un important marché parallèle des changes et une forte dépendance aux hydrocarbures.
La sophistication du modèle ne peut donc se substituer à la qualité des données. Elle peut même créer une illusion de précision lorsque les informations de départ sont insuffisantes.
2. Une connaissance encore partielle des interrelations macroéconomiques
L’utilisation d’un modèle structurel suppose que les principales relations économiques soient suffisamment connues et relativement stables. Or les mécanismes de transmission de la politique monétaire restent faibles en Algérie.
Le taux directeur exerce encore une influence limitée sur les taux bancaires, le crédit, l’investissement et la demande. Le système bancaire demeure dominé par les banques publiques, tandis que les taux bonifiés, les garanties de l’État, les circuits administrés de financement et la faible profondeur des marchés réduisent le rôle des prix financiers.
Dans ces conditions, plusieurs coefficients du modèle sont difficiles à identifier empiriquement. La réaction de l’inflation à la monnaie, au taux de change, au déficit budgétaire ou aux chocs d’offre demeure incertaine. Il en va de même pour les effets des taux d’intérêt sur l’activité, des dépenses publiques sur la croissance et du taux de change sur les importations.
Un modèle complexe risque ainsi de formaliser des relations qui ne sont pas encore suffisamment établies ou qui peuvent varier à la suite de changements institutionnels et réglementaires.
3. Les limites de la calibration et des tests historiques
L’AMPM repose en partie sur une calibration des paramètres. Cette méthode permet d’obtenir des réponses cohérentes avec la théorie lorsque les données sont insuffisantes, mais elle accorde une place importante au jugement des modélisateurs.
Les simulations historiques et les tests réalisés dans l’échantillon indiquent que le modèle reproduit convenablement plusieurs évolutions passées. Ces résultats sont encourageants, mais ils ne suffisent pas à démontrer sa capacité prédictive. La véritable évaluation devra reposer sur des prévisions hors échantillon, comparées aux réalisations ainsi qu’aux résultats de modèles plus simples.
La qualité d’un modèle ne doit pas être appréciée seulement à sa sophistication ou à sa capacité à reproduire le passé. Elle doit être évaluée à partir de la précision de ses prévisions, de la stabilité de ses paramètres, de la transparence de ses hypothèses et de son utilité effective pour les décideurs.
4. Une forte exigence en capacités humaines et institutionnelles
L’utilisation d’un tel modèle suppose une équipe permanente et hautement qualifiée, capable de comprendre ses fondements théoriques, d’entretenir les bases de données, de recalibrer les paramètres, d’interpréter les résultats et de soumettre les projections à un jugement critique.
Le risque serait de disposer d’un outil techniquement avancé, mais insuffisamment maîtrisé par l’institution. Un modèle qui dépend de quelques experts ou d’une assistance extérieure peut rapidement devenir une boîte noire et perdre sa pertinence opérationnelle.
La construction des capacités doit donc précéder ou, à tout le moins, accompagner la sophistication des outils.
5. Privilégier une démarche progressive
Dans les conditions actuelles, la priorité devrait être donnée à la construction d’un modèle macroéconomique simple, transparent et pleinement maîtrisé par les équipes de la Banque d’Algérie.
- Ce modèle devrait être fondé sur les principales identités de la comptabilité nationale, des finances publiques, de la situation monétaire et de la balance des paiements. Il permettrait d’assurer la cohérence entre les projections de croissance, d’inflation, de déficit budgétaire, de crédit, de monnaie, de compte courant et de réserves internationales.
- À ce noyau comptable pourraient être ajoutées progressivement quelques équations comportementales simples portant sur l’inflation, les importations, la demande de monnaie, le crédit, l’activité hors hydrocarbures et les recettes extérieures.
- Le système devrait privilégier la construction de scénarios plutôt que la production d’une projection unique excessivement précise. Dans une économie dépendante des hydrocarbures et soumise à des chocs importants, il est plus utile de mesurer les conséquences de différentes hypothèses que de rechercher une prévision ponctuelle présentée comme certaine.
6. Une architecture combinant plusieurs outils
Le choix ne doit donc pas être présenté comme une opposition entre un modèle simple et l’AMPM. La solution la plus robuste consiste à bâtir une architecture à plusieurs niveaux :
- un cadre macroéconomique intégré comme instrument central de projection ;
- des modèles satellites simples pour les principales variables ;
- des indicateurs de court terme pour le suivi conjoncturel ;
- l’AMPM pour les simulations, l’analyse des risques et l’étude des mécanismes de transmission ;
- un jugement économique explicite pour réconcilier les différents résultats.
L’AMPM peut ainsi constituer un objectif de moyen terme et un outil complémentaire important. Mais sa sophistication ne doit pas devancer la disponibilité des données, la compréhension des mécanismes économiques et la capacité technique de l’institution.
Conclusion de l’annexe
La modernisation analytique de la Banque d’Algérie doit suivre une logique de progression maîtrisée.
Il est préférable de disposer d’abord d’un modèle simple, transparent, cohérent et effectivement utilisé que d’un modèle sophistiqué dont les hypothèses seraient insuffisamment comprises ou dont les résultats ne pourraient être évalués de manière indépendante.
La priorité n’est pas de construire le modèle le plus complexe. Elle est de mettre en place un système de projection fiable, approprié par les équipes, fondé sur les réalités de l’économie algérienne et capable d’éclairer concrètement les décisions.
Dans cette architecture, l’AMPM conserverait toute son utilité comme instrument d’analyse avancée et de simulation. Mais il devrait être progressivement consolidé, confronté à des modèles plus simples et soumis à des évaluations hors échantillon avant de devenir le principal support des projections et des décisions de politique monétaire.
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- République algérienne démocratique et populaire (2023). Loi n° 23-09 du 21 juin 2023 portant Loi monétaire et bancaire.
- Journal officiel de la République algérienne.







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