Évaluation des politiques monétaire et de change en Algérie

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En bref :

Le cadre juridique et les instruments ne constituent plus la principale contrainte : la Banque d’Algérie dispose des outils des banques centrales modernes
Les résultats de la politique monétaire sont contrastés : la stabilité des prix n’est pas durablement maîtrisée, avec des épisodes d’inflation marqués entre 2021 et 2023
La transmission monétaire reste faible : le taux directeur joue un rôle limité dans la formation des conditions de crédit
La politique de change a préservé les réserves et limité la volatilité du dinar, mais n’a pas permis un marché unifié et efficace
La coexistence d’un marché officiel et d’un marché parallèle affaiblit la crédibilité de la politique de change
L’évaluation repose sur une méthodologie explicite : objectifs, instruments, résultats, critères et indicateurs

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Réformes de la Banque d’Algérie

Partie 1 sur 4 : Le référentiel conceptuel des politiques monétaire et de change

Partie 2 sur 4 : Évaluation des politiques monétaire et de change en Algérie

Partie 3 sur 4 : Les écarts de performance : pourquoi les résultats restent partiels

Partie 4 sur 4 : Comment renforcer durablement la Banque d’Algérie (cinq chantiers)

Objectif de la partie 2

La deuxième partie de cet ouvrage est consacrée à l’évaluation des politiques monétaire et de change mises en œuvre en Algérie au cours des vingt-cinq dernières années. Elle s’ouvre par la présentation du cadre méthodologique retenu pour conduire cette évaluation, avant d’examiner successivement les objectifs poursuivis, les instruments mobilisés, les résultats obtenus et les performances observées des deux principales politiques de stabilisation macroéconomique.

L’analyse ne porte pas sur la Banque d’Algérie en tant qu’institution, mais sur les politiques publiques qu’elle met en œuvre, en interaction avec les autres composantes de la politique économique. L’objectif est d’apprécier, à partir de critères explicites et d’indicateurs mesurables, dans quelle mesure ces politiques ont contribué à la stabilité des prix, à la préservation des équilibres extérieurs, au financement de l’économie et au renforcement de la confiance dans la monnaie nationale.

Ce chapitre constitue la première application de cette démarche à la politique monétaire. Son objectif est d’évaluer dans quelle mesure les instruments mobilisés et les décisions de politique monétaire ont permis d’atteindre l’objectif fondamental de stabilité des prix, tout en contribuant, dans le cadre de leur mandat, à la stabilité macroéconomique et au bon fonctionnement de l’économie.

Chapitre 5. Cadre méthodologique de l’évaluation des politiques monétaire et de change en Algérie

Objectif du chapitre

Ce chapitre présente la démarche méthodologique retenue pour évaluer les politiques monétaires et de change conduites en Algérie. Il précise l’objet de l’évaluation, les questions de recherche, les critères retenus, les indicateurs mobilisés ainsi que la méthode d’analyse appliquée dans l’ensemble de l’ouvrage. Son objectif est de fournir au lecteur la grille de lecture qui permettra d’apprécier, de manière rigoureuse et transparente, les performances des politiques étudiées avant d’en analyser les résultats, les limites et les perspectives de réforme.

5.1. Pourquoi une démarche d’évaluation ?

L’évaluation des politiques publiques constitue aujourd’hui un instrument essentiel d’amélioration de l’action publique. Elle ne consiste pas à apprécier les intentions des décideurs ni à porter un jugement sur les institutions chargées de leur mise en œuvre. Son objectif est d’examiner, à partir de critères explicites et de résultats observables, dans quelle mesure les politiques conduites permettent d’atteindre les objectifs qui leur sont assignés. Appliquée aux politiques monétaire et de change, cette démarche présente un intérêt particulier. Ces politiques mobilisent des instruments complexes dont les effets se transmettent à l’économie par des canaux multiples, souvent influencés par l’environnement institutionnel, les autres politiques économiques et les caractéristiques structurelles du pays. Leur efficacité ne peut donc être appréciée à partir de la seule existence d’instruments ou de dispositifs juridiques. Elle doit être évaluée à la lumière des résultats effectivement obtenus.

5.2. Objet de l’évaluation

Le présent ouvrage n’a pas pour objet d’évaluer la Banque d’Algérie en tant qu’institution. Il vise à évaluer les politiques monétaire et de change conduites en Algérie au cours des vingt-cinq dernières années. La Banque d’Algérie occupe naturellement une place centrale dans cette analyse, puisqu’elle est l’autorité chargée de la mise en œuvre de ces politiques. Toutefois, les performances observées résultent également de l’interaction entre la politique budgétaire, la gestion des recettes d’hydrocarbures, le fonctionnement du système bancaire, les mécanismes de transmission, les contraintes structurelles de l’économie et les chocs extérieurs. L’évaluation porte ainsi sur des politiques publiques et non sur une institution.

5.3. Les questions de recherche

L’évaluation s’organise autour de quatre interrogations complémentaires :  Les politiques monétaire et de change poursuivent-elles des objectifs clairement définis et cohérents avec les principes d’une banque centrale moderne ?  Les instruments mobilisés sont-ils adaptés aux objectifs poursuivis ?  Les résultats obtenus sont-ils conformes aux objectifs assignés ? Quels enseignements peut-on tirer de cette évaluation pour améliorer durablement l’efficacité de ces politiques ?

5.4. Les critères d’évaluation

Les politiques sont évaluées à partir de quatre dimensions complémentaires : la pertinence des objectifs poursuivis ; la cohérence des instruments mobilisés ; les performances effectivement observées ; et la capacité des politiques à produire des résultats durables.  Cette approche permet d’éviter une évaluation limitée au seul respect du cadre juridique ou à la simple description des instruments disponibles.

5.5. Les indicateurs retenus

Démarche d'évaluation des politiques monétaires et de change
Démarche d’évaluation des politiques monétaires et de change

L’évaluation repose sur un ensemble d’indicateurs reflétant les principaux objectifs des politiques étudiées.  Pour la politique monétaire, l’analyse mobilise notamment l’évolution de l’inflation, des taux directeurs, du crédit au secteur privé ainsi que d’autres variables permettant d’apprécier la transmission des décisions monétaires.

  • Pour la politique de change, l’évaluation porte notamment sur le taux de change nominal, le taux de change effectif réel, les réserves officielles de change, la compétitivité extérieure ainsi que la prime observée sur le marché parallèle des devises.

Ces indicateurs sont analysés sur une période suffisamment longue afin d’identifier les tendances de fond plutôt que les fluctuations conjoncturelles.

5.6. La démarche méthodologique d’évaluation

La démarche retenue dans cet ouvrage s’inspire des principes généralement utilisés pour l’évaluation des politiques publiques. Elle repose sur une séquence analytique logique qui distingue clairement l’identification des objectifs, l’analyse des instruments, la mesure des résultats, l’appréciation des performances, l’explication des écarts observés et la formulation des réformes. Cette démarche présente plusieurs avantages. Elle permet, d’une part, d’éviter une approche uniquement descriptive des politiques monétaire et de change. D’autre part, elle distingue clairement les constats empiriques de leur interprétation, puis des recommandations qui en découlent. Chaque étape répond ainsi à une question précise, ce qui renforce la cohérence de l’analyse et la transparence de l’évaluation. La méthode est appliquée de manière identique aux deux politiques étudiées afin d’assurer la comparabilité des résultats. Elle constitue le fil conducteur de l’ensemble de l’ouvrage. La démarche d’évaluation retenue repose sur une séquence logique unique appliquée à chacune des politiques analysées.

5.7. Les limites de l’évaluation

L’évaluation des politiques monétaire et de change comporte nécessairement certaines limites. Les résultats observés ne dépendent jamais exclusivement des décisions des autorités monétaires. Ils sont également influencés par la politique budgétaire, les conditions internationales, les évolutions des marchés énergétiques, les rigidités structurelles de l’économie, les comportements des agents économiques et les délais de transmission des politiques publiques. Les conclusions de cette étude doivent donc être interprétées comme une appréciation des performances globales des politiques mises en œuvre dans leur environnement économique, et non comme une mesure de la seule action de la Banque d’Algérie.

Conclusion

Le présent chapitre a défini le cadre méthodologique qui guidera l’ensemble de l’évaluation. En précisant l’objet de l’analyse, les questions de recherche, les critères retenus, les indicateurs mobilisés et la démarche d’évaluation, il fournit la grille de lecture commune aux chapitres qui suivent.  

Les deux chapitres suivants appliquent cette méthodologie à l’évaluation de la politique monétaire puis de la politique de change conduites en Algérie, avant que la troisième partie de l’ouvrage n’analyse les facteurs expliquant les écarts observés entre les objectifs poursuivis et les résultats obtenus.

Chapitre 6. La politique monétaire en Algérie : a-t-elle atteint son objectif de stabilité des prix ?

Dans quelle mesure la politique monétaire conduite en Algérie a-t-elle permis d’assurer la stabilité des prix et quels résultats a-t-elle obtenus au regard des objectifs qui lui sont assignés ?

Introduction

Le chapitre précédent a présenté le cadre méthodologique retenu pour l’évaluation des politiques monétaire et de change en Algérie. Cette démarche repose sur une séquence analytique commune fondée sur l’examen des objectifs poursuivis, des instruments mobilisés, des résultats obtenus et de leur appréciation au regard des objectifs assignés. La présente analyse constitue la première application de cette méthodologie à la politique monétaire.

Celle-ci occupe une place centrale dans la conduite de la politique économique puisqu’elle vise, avant tout, à préserver la stabilité des prix, condition essentielle du maintien du pouvoir d’achat de la monnaie, de la confiance des agents économiques et d’un environnement favorable à l’investissement et à la croissance.

L’existence d’un mandat clairement défini et d’instruments modernes ne garantit toutefois pas, à elle seule, l’efficacité d’une politique monétaire. Celle-ci ne peut être appréciée ni à partir de ses intentions ni à partir de la seule sophistication de ses instruments. Son évaluation doit reposer sur les résultats effectivement obtenus au regard des objectifs poursuivis.

Conformément au cadre méthodologique présenté au chapitre précédent, ce chapitre ne cherche ni à expliquer les déterminants de l’inflation ni à proposer des réformes. Ces questions seront examinées dans les parties suivantes.

Son objectif est plus précis : évaluer la politique monétaire conduite en Algérie en analysant successivement son référentiel, les instruments mobilisés, les résultats observés puis leur appréciation au regard du mandat qui lui est assigné.

6.1. Le référentiel d’évaluation : quel est l’objectif assigné à la politique monétaire ?

Toute évaluation suppose l’existence d’un référentiel clairement défini. Avant d’apprécier les performances de la politique monétaire, il convient donc de rappeler les objectifs qui lui sont assignés ainsi que les principes qui guident son action.

La loi monétaire et bancaire de 2023 confie à la Banque d’Algérie la responsabilité de définir et de conduire la politique monétaire afin d’assurer la stabilité des prix.

Cet objectif constitue aujourd’hui le fondement de la politique monétaire moderne et s’inscrit dans les standards internationaux qui reconnaissent la stabilité des prix comme la contribution essentielle de la banque centrale à la stabilité macroéconomique.

La stabilité des prix ne constitue toutefois pas une fin en soi. Elle vise à préserver le pouvoir d’achat de la monnaie, à limiter les distorsions provoquées par l’inflation, à favoriser des décisions d’investissement prises dans un environnement plus prévisible et à renforcer la confiance dans la monnaie nationale.

En assurant un cadre monétaire stable, la politique monétaire contribue également au bon fonctionnement du système financier et à une croissance économique plus durable.

Cadre analytique de l'évaluation de la politique monétaire
Cadre analytique de l’évaluation de la politique monétaire

La réalisation de cet objectif repose sur l’utilisation d’instruments permettant d’influencer les conditions monétaires, la liquidité bancaire, le coût du crédit et, plus largement, les anticipations des agents économiques.

Toutefois, l’efficacité de cette action dépend également de facteurs qui dépassent le seul champ d’intervention de la politique monétaire, notamment la politique budgétaire, les conditions de l’offre, les évolutions des prix internationaux et le fonctionnement des mécanismes de transmission.

Conformément à la méthodologie retenue dans cet ouvrage, la politique monétaire est donc évaluée à l’aune de sa capacité à atteindre durablement son objectif de stabilité des prix. Les sections suivantes examinent successivement les instruments mobilisés, les résultats obtenus puis leur appréciation.

6.2. Les instruments et la conduite de la politique monétaire

La deuxième étape de l’évaluation consiste à examiner les instruments mobilisés pour atteindre l’objectif de stabilité des prix. La qualité du mandat constitue une condition nécessaire, mais l’efficacité d’une politique monétaire dépend également de la pertinence de ses instruments, de leur cohérence et de leur capacité à influencer effectivement les conditions monétaires.

À l’instar des banques centrales modernes, la Banque d’Algérie met en œuvre sa politique monétaire au moyen d’un ensemble d’instruments directs et indirects destinés à agir sur la liquidité bancaire, le coût du refinancement et les conditions générales du crédit. Ces instruments comprennent notamment les taux directeurs, les réserves obligatoires, les opérations d’open market, les facilités permanentes ainsi que les différents mécanismes de gestion de la liquidité.

La loi monétaire et bancaire de 2023 a consolidé ce dispositif en modernisant le cadre opérationnel de la politique monétaire et en renforçant les prérogatives de la Banque d’Algérie. Celle-ci dispose désormais d’un ensemble d’instruments globalement comparable à celui des principales banques centrales.

Toutefois, la disponibilité de ces instruments ne constitue pas en elle-même un indicateur de performance. Leur efficacité dépend de leur utilisation, de leur cohérence avec les objectifs poursuivis et de leur capacité à influencer les décisions des banques, des entreprises et des ménages.

En Algérie, la conduite de la politique monétaire s’inscrit dans un environnement économique particulier, caractérisé notamment par une forte présence de l’État dans l’économie, une prédominance des banques publiques, une profondeur financière limitée, une circulation fiduciaire importante en dehors du système bancaire et une interaction étroite entre les politiques monétaire, budgétaire et de change.

Ces spécificités influencent les conditions dans lesquelles les instruments monétaires produisent leurs effets. L’objet de cette section n’est donc pas de décrire de manière exhaustive chacun des instruments disponibles, mais d’apprécier leur aptitude à constituer un cadre opérationnel cohérent au service de l’objectif de stabilité des prix. Les résultats obtenus grâce à leur mise en œuvre sont examinés dans la section suivante.

6.3. Les résultats observés : la politique monétaire a-t-elle atteint son objectif de stabilité des prix ?

La troisième étape de l’évaluation consiste à confronter les objectifs assignés à la politique monétaire aux résultats effectivement observés. Conformément au cadre méthodologique présenté au chapitre précédent, cette analyse ne porte pas uniquement sur les instruments mobilisés par la Banque d’Algérie, mais sur leur capacité à assurer durablement la stabilité des prix.

L’évolution de l’inflation constitue naturellement le premier indicateur d’évaluation. Entre 2000 et 2025, l’Algérie a connu trois phases distinctes.

La première (2000–2013) est caractérisée par une inflation relativement modérée, dans un contexte de forte disponibilité des ressources extérieures et de stabilité macroéconomique.

La deuxième (2014–2020) correspond à une période d’ajustement consécutive à la baisse des prix du pétrole, durant laquelle l’inflation est demeurée globalement maîtrisée malgré la dégradation progressive des équilibres macroéconomiques.

Enfin, la troisième phase (2021–2025) est marquée par une forte accélération des prix sous l’effet des chocs internationaux, suivie d’une désinflation progressive à partir de 2024.

Evolution de l'inflation en Algérie (2000- 2025)
Evolution de l’inflation en Algérie (2000- 2025)

Comme le montre le graphique 6.1, l’évolution de l’inflation fait apparaître trois périodes distinctes : une phase de relative stabilité entre 2000 et 2013, une période d’ajustement entre 2014 et 2020, puis une forte accélération des prix entre 2021 et 2023 suivie d’une désinflation progressive à partir de 2024.

Cette évolution traduit une amélioration récente de la stabilité monétaire, sans permettre de conclure à une maîtrise complète et durable des tensions inflationnistes.

Cette évolution montre que la Banque d’Algérie est parvenue à éviter l’installation d’une inflation durablement élevée. Toutefois, le ralentissement observé depuis 2024 ne signifie pas que la stabilité des prix ait été pleinement rétablie.

La désinflation traduit uniquement un ralentissement du rythme de progression des prix ; elle ne correspond ni à une baisse du niveau général des prix ni à une restauration du pouvoir d’achat perdu au cours des années précédentes.

L’analyse de l’inflation globale doit en outre être complétée par celle de sa composition. Les tensions inflationnistes observées durant la période récente proviennent essentiellement des produits alimentaires, dont les prix ont augmenté beaucoup plus rapidement que l’indice général des prix à la consommation.

Cette divergence est particulièrement visible pendant les années 2022 et 2023, où les produits alimentaires expliquent une part prépondérante de l’accélération de l’inflation.

Inflation générale et inflation alimentaire (2021-2025)
Inflation générale et inflation alimentaire (2021-2025)
Inflation officielle & Inflation perçue
Inflation officielle & Inflation perçue

Cette distinction est essentielle pour apprécier les performances de la politique monétaire. Lorsque les tensions inflationnistes proviennent principalement des marchés alimentaires, des perturbations de l’offre ou des prix internationaux, la capacité de la politique monétaire à les neutraliser demeure nécessairement limitée.

L’évolution récente confirme ainsi que la Banque d’Algérie n’était pas confrontée à une inflation exclusivement d’origine monétaire.

Par ailleurs, l’inflation officielle ne reflète pas toujours l’évolution du coût de la vie ressenti par les ménages. Les dépenses alimentaires représentant une part importante du budget des familles, leur forte progression explique qu’une désinflation officielle puisse coexister avec une perception persistante de renchérissement du coût de la vie.

Cette différence entre inflation mesurée et inflation ressentie constitue un élément important dans l’appréciation des résultats obtenus.

Enfin, l’évaluation des résultats ne saurait être limitée au seul indice des prix. L’évolution de la liquidité bancaire, du crédit à l’économie, des agrégats monétaires et des mécanismes de transmission complète utilement cette analyse.

Ces indicateurs permettent d’apprécier dans quelle mesure les décisions de politique monétaire influencent effectivement les conditions financières et, au-delà, la dynamique des prix.

Dans l’ensemble, les résultats observés mettent en évidence des progrès réels dans la maîtrise de l’inflation, particulièrement depuis 2024. Ils montrent toutefois que ces progrès demeurent incomplets.

Les tensions concentrées sur les produits alimentaires, l’écart persistant entre inflation officielle et coût de la vie ressenti, ainsi que les limites de la transmission de la politique monétaire conduisent à porter une appréciation nuancée de ses performances.

La section suivante confronte ces résultats aux objectifs assignés afin de formuler une évaluation d’ensemble.

Evaluation synthétique de la politique monétaire
Evaluation synthétique de la politique monétaire

6.4. Appréciation de la politique monétaire

L’analyse développée dans ce chapitre permet désormais de porter une appréciation globale sur la politique monétaire conduite en Algérie, conformément aux critères définis dans le cadre méthodologique présenté au chapitre précédent. Sur le plan institutionnel, la politique monétaire s’appuie aujourd’hui sur un cadre juridique modernisé, conforme aux principes qui régissent les banques centrales contemporaines.

La réforme introduite par la loi monétaire et bancaire de 2023 a renforcé son cadre d’action et consolidé les instruments dont disposent les autorités monétaires pour conduire cette politique. L’examen des instruments montre que ceux-ci couvrent l’ensemble des mécanismes habituellement utilisés par les banques centrales modernes. Les taux directeurs, les réserves obligatoires, les opérations d’open market et les différents dispositifs de gestion de la liquidité offrent, en principe, les moyens nécessaires pour agir sur les conditions monétaires.

L’appréciation des performances repose toutefois principalement sur les résultats obtenus. À cet égard, le ralentissement de l’inflation observé depuis 2024 constitue un signal favorable et traduit une amélioration de la stabilité monétaire par rapport aux années de fortes tensions inflationnistes.

Cette évolution positive ne permet cependant pas de conclure que l’objectif de stabilité des prix est pleinement atteint. Les écarts persistants entre l’inflation mesurée et le coût de la vie ressenti, la concentration des tensions inflationnistes sur les produits alimentaires, ainsi que certaines limites dans la transmission des décisions de politique monétaire conduisent à une appréciation plus nuancée.

Dans ces conditions, l’évaluation conduit à considérer que la politique monétaire conduite en Algérie présente des fondements institutionnels solides et des instruments globalement adaptés, mais que son efficacité demeure partielle au regard de son objectif fondamental de stabilité durable des prix.

Les facteurs expliquant ces résultats ne relèvent pas du présent chapitre. Ils seront analysés dans la troisième partie de l’ouvrage, consacrée à l’identification des déterminants des performances des politiques monétaire et de change.

Principaux enseignements. L’évaluation de la politique monétaire fait ressortir quatre principaux enseignements.

Premièrement, la politique monétaire conduite en Algérie repose aujourd’hui sur un cadre juridique modernisé et sur des instruments globalement conformes aux pratiques des banques centrales contemporaines.

Deuxièmement, les instruments disponibles offrent les moyens nécessaires pour agir sur les conditions monétaires, même si leur efficacité dépend largement du fonctionnement des mécanismes de transmission et de l’environnement macroéconomique.

Troisièmement, les résultats observés traduisent une amélioration sensible de la stabilité des prix au cours de la période récente, sans toutefois répondre pleinement aux exigences d’une stabilité durable du pouvoir d’achat.

Enfin, les écarts observés entre les objectifs poursuivis et les résultats obtenus justifient une analyse approfondie des facteurs qui limitent encore l’efficacité de la politique monétaire. Cette analyse sera développée dans la troisième partie de l’ouvrage.

Conclusion

L’évaluation présentée dans ce chapitre montre que la politique monétaire conduite en Algérie s’appuie aujourd’hui sur un cadre juridique modernisé et sur des instruments globalement conformes aux standards internationaux.

Les réformes introduites par la loi monétaire et bancaire de 2023 ont renforcé les fondements institutionnels de cette politique et amélioré son cadre opérationnel.  

Les résultats observés mettent en évidence une amélioration progressive de la maîtrise de l’inflation au cours de la période récente. Cette évolution constitue un progrès significatif, sans toutefois permettre de conclure que l’objectif de stabilité durable des prix est pleinement atteint.

Les écarts observés entre l’inflation officielle et le coût de la vie ressenti, ainsi que certaines limites dans la transmission de la politique monétaire, conduisent à une appréciation nuancée de ses performances.  

Au terme de cette première évaluation, la politique monétaire conduite en Algérie peut être considérée comme globalement satisfaisante, tout en présentant des marges d’amélioration importantes.

Les facteurs expliquant ces limites seront analysés dans la troisième partie de l’ouvrage. La stabilité macroéconomique ne dépend cependant pas exclusivement de la politique monétaire.

La politique de change constitue le second pilier de la gestion monétaire en Algérie. Son évaluation fait l’objet du chapitre suivant.

Chapitre 7. Les mécanismes de transmission : pourquoi la politique monétaire produit-elle des effets limités ?

Introduction

La politique monétaire agit rarement de manière directe sur l’économie. Lorsqu’une banque centrale modifie son taux directeur ou ajuste la liquidité bancaire, les effets sur l’inflation, l’investissement ou la croissance ne sont ni immédiats ni automatiques. Ils dépendent d’un ensemble de mécanismes de transmission qui relient les décisions de la banque centrale au comportement des banques, des entreprises, des ménages et, en définitive, à l’ensemble de l’économie.

L’efficacité de la politique monétaire repose donc autant sur la qualité des instruments que sur celle de leurs mécanismes de transmission. Une banque centrale peut disposer d’un mandat clairement défini et d’instruments conformes aux meilleures pratiques internationales sans pour autant obtenir les résultats attendus si les canaux de transmission fonctionnent imparfaitement.

Cette question revêt une importance particulière en Algérie. La Banque d’Algérie exerce sa politique monétaire dans un environnement marqué par une faible profondeur financière, une circulation fiduciaire élevée, un marché financier peu développé, un secteur informel important et un marché des changes caractérisé par la coexistence de circuits officiels et parallèles. Ces caractéristiques influencent directement la capacité de la politique monétaire à atteindre les objectifs qui lui sont assignés.

L’objectif de ce chapitre est d’examiner le fonctionnement de ces mécanismes de transmission et d’identifier les principaux facteurs susceptibles d’en limiter l’efficacité. Cette analyse constitue une étape essentielle avant d’aborder, dans la partie suivante, les causes structurelles des écarts de performance observés.

7.1 Le rôle des mécanismes de transmission

La politique monétaire agit principalement par l’intermédiaire de plusieurs canaux de transmission. Les décisions de la Banque d’Algérie influencent d’abord les conditions de refinancement des banques.

Celles-ci ajustent ensuite leurs taux d’intérêt, leurs conditions d’octroi de crédit et leur gestion de la liquidité. Les entreprises et les ménages adaptent alors leurs décisions d’investissement, de consommation et d’épargne, ce qui affecte finalement la demande globale, les prix et l’activité économique.

Cette succession d’étapes montre que la politique monétaire ne produit pas directement ses effets. Son efficacité dépend de la solidité de chacun des maillons de cette chaîne.

De la décision de politique monétaire aux résultats
De la décision de politique monétaire aux résultats

7.2 Les principaux canaux de transmission

En pratique, plusieurs canaux assurent la transmission des décisions de politique monétaire.

  • Le canal des taux d’intérêt influence le coût du financement de l’économie.
  • Le canal du crédit agit à travers les conditions d’octroi des prêts par les banques.
  • Le canal du taux de change modifie le prix relatif des biens importés et la compétitivité des entreprises.
  • Le canal des anticipations influence les comportements de consommation, d’investissement et de fixation des prix.
  • Enfin, le canal des prix des actifs joue un rôle croissant dans les économies disposant de marchés financiers développés.

Ces différents canaux sont complémentaires. Leur efficacité dépend largement du degré de développement du système financier et de la confiance accordée à la politique monétaire.

7.3 Les spécificités de l’économie algérienne

L’économie algérienne présente plusieurs caractéristiques qui influencent la transmission de la politique monétaire.

  • La prédominance de la monnaie fiduciaire réduit l’importance du système bancaire dans les transactions.
  • Le faible développement des marchés financiers limite le rôle des mécanismes de marché.
  • Le poids de l’économie informelle échappe largement aux circuits financiers officiels.
  • Le financement bancaire demeure concentré sur un nombre limité d’acteurs, tandis que l’accès des petites et moyennes entreprises au crédit reste insuffisant.
  • Enfin, la forte dépendance vis-à-vis des recettes d’hydrocarbures renforce l’interaction entre politique budgétaire et politique monétaire.

Ces spécificités expliquent pourquoi les décisions de la Banque d’Algérie produisent souvent des effets plus faibles ou plus lents que dans les économies disposant de marchés financiers plus développés.

7.4 Première évaluation des mécanismes de transmission

L’analyse précédente met en évidence plusieurs enseignements.

  • Premièrement, la Banque d’Algérie dispose des principaux instruments de politique monétaire utilisés au niveau international.
  • Deuxièmement, les mécanismes permettant à ces instruments d’influencer l’économie réelle apparaissent encore imparfaits.
  • Troisièmement, ces limites ne résultent pas uniquement de la politique monétaire elle-même. Elles trouvent également leur origine dans les caractéristiques du système financier, la structure de l’économie et les interactions avec les autres politiques macroéconomiques.

Cette observation est essentielle. Elle montre que l’efficacité de la Banque d’Algérie ne peut être appréciée indépendamment de l’environnement dans lequel elle exerce son mandat.

Principales caractéristiques influençant la transmission de politique monétaire
Principales caractéristiques influençant la transmission de politique monétaire
Factueurs limitant la transmission de la politique monétaire
Factueurs limitant la transmission de la politique monétaire

Conclusion

L’analyse des mécanismes de transmission conduit à une conclusion importante. Les performances de la politique monétaire ne dépendent pas uniquement des décisions prises par la Banque d’Algérie. Elles sont également conditionnées par la capacité du système bancaire, des marchés financiers et de l’ensemble des agents économiques à relayer ces décisions vers l’économie réelle.

Cette conclusion permet de mieux comprendre pourquoi l’existence d’un mandat moderne et d’instruments conformes aux standards internationaux ne garantit pas, à elle seule, l’atteinte des objectifs définis par la loi.

Le chapitre suivant élargit cette réflexion en examinant le rôle du système bancaire et des marchés financiers, qui constituent les principaux relais de la politique monétaire.

Chapitre 8. La politique de change en Algérie : a-t-elle atteint ses objectifs de stabilité, de compétitivité et de confiance dans le dinar ?

Dans quelle mesure la politique de change conduite en Algérie a-t-elle permis d’assurer la stabilité macroéconomique, de préserver la compétitivité de l’économie et de renforcer la confiance dans la monnaie nationale ?

Introduction

Après l’évaluation de la politique monétaire, le présent chapitre applique le cadre méthodologique défini au chapitre 5 à la politique de change conduite en Algérie. Cette politique constitue le second pilier de la stabilité macroéconomique. En influençant la valeur externe du dinar, elle agit simultanément sur le niveau des prix, les échanges extérieurs, les réserves de change, la compétitivité des entreprises et la confiance dans la monnaie nationale.

Dans une économie comme celle de l’Algérie, caractérisée par une forte dépendance aux exportations d’hydrocarbures et par une place importante des importations dans la consommation et l’investissement, la politique de change revêt une importance particulière.

Les choix opérés en matière de taux de change influencent directement le coût des importations, le pouvoir d’achat des ménages, la compétitivité des producteurs nationaux et les incitations à exporter hors hydrocarbures. Ils contribuent ainsi à la réalisation de plusieurs objectifs macroéconomiques qui peuvent, dans certaines circonstances, entrer en tension les uns avec les autres.

Contrairement à la politique monétaire, dont l’objectif principal est clairement identifié, l’évaluation d’une politique de change est plus complexe. Il n’existe pas de niveau « idéal » du taux de change. Une monnaie relativement forte peut contribuer à limiter l’inflation importée mais réduire la compétitivité externe.

À l’inverse, une dépréciation peut soutenir la production nationale tout en accentuant les tensions inflationnistes. La politique de change consiste donc à rechercher un équilibre entre plusieurs objectifs économiques dont la réalisation simultanée n’est pas toujours possible.

Conformément au cadre méthodologique présenté au chapitre 5, ce chapitre ne cherche pas à expliquer les causes profondes des performances observées ni à proposer des réformes. Son objectif est plus circonscrit : évaluer la politique de change conduite en Algérie en examinant successivement le référentiel qui la guide, les instruments mobilisés, les résultats obtenus puis leur appréciation au regard des objectifs poursuivis.

8.1. Le référentiel d’évaluation : quels sont les objectifs assignés à la politique de change ?

Toute évaluation suppose un référentiel clairement défini. Avant d’apprécier les performances de la politique de change, il convient de rappeler les objectifs qui lui sont assignés ainsi que les principes qui orientent sa conduite. La loi monétaire et bancaire de 2023 confie à la Banque d’Algérie la responsabilité de définir et de mettre en œuvre la politique de change dans le cadre de son mandat de stabilité monétaire et financière.

Cette mission ne consiste pas uniquement à gérer la valeur externe du dinar. Elle vise également à contribuer à la stabilité des prix, à préserver les équilibres extérieurs, à favoriser le bon fonctionnement du marché des changes et à renforcer la confiance dans la monnaie nationale.

Au-delà de ces objectifs immédiats, la politique de change joue un rôle plus large dans la stratégie de développement économique. En influençant les prix relatifs entre les biens nationaux et les biens importés, elle affecte la compétitivité des entreprises, les décisions d’investissement, les exportations hors hydrocarbures et, plus généralement, la transformation progressive de la structure productive de l’économie.

Ces différents objectifs ne sont cependant pas indépendants. Une politique privilégiant la stabilité des prix peut réduire la compétitivité extérieure, tandis qu’une politique orientée vers le soutien des exportations peut accentuer les tensions inflationnistes. La conduite de la politique de change consiste ainsi à rechercher un équilibre durable entre plusieurs objectifs économiques parfois contradictoires.

Conformément au cadre méthodologique retenu dans cet ouvrage, la politique de change est évaluée à partir de sa capacité à concilier ces différents objectifs. Les sections suivantes examinent successivement les instruments mobilisés, les résultats observés puis l’appréciation globale de cette politique.

La loi monétaire et bancaire n° 23-09 du 21 juin 2023 renforce le cadre juridique de la politique de change en confirmant le rôle central de la Banque d’Algérie dans la définition, la mise en œuvre et la gestion du régime de change.

Les principales dispositions concernent notamment :

  • la responsabilité de la Banque d’Algérie dans la conduite de la politique de change, conformément aux orientations de la politique économique nationale
  • la gestion des réserves officielles de change, dans le respect des principes de sécurité, de liquidité et de rentabilité
  • l’organisation et la régulation du marché des changes, ainsi que la supervision des opérations de change réalisées par les intermédiaires agréés
  • l’élaboration de la réglementation des changes applicable aux résidents et aux non-résidents
  • la délivrance des agréments aux intermédiaires autorisés à effectuer des opérations de change
  • la surveillance des flux de capitaux et des paiements extérieurs, dans le respect des engagements internationaux de l’Algérie
  • la contribution à la stabilité financière, en veillant au bon fonctionnement du marché des changes et à la préservation de la confiance dans la monnaie nationale.

En résumé, la loi de 2023 consolide le rôle de la Banque d’Algérie comme autorité chargée de préserver la stabilité externe du dinar, d’assurer une gestion prudente des réserves de change et de garantir le bon fonctionnement du marché des changes, tout en accompagnant la modernisation progressive du système financier.

8.2. Les instruments et la conduite de la politique de change

La deuxième étape de l’évaluation consiste à examiner les instruments mobilisés pour mettre en œuvre la politique de change. Comme pour la politique monétaire, la qualité du cadre juridique constitue une condition nécessaire mais non suffisante. L’efficacité d’une politique de change dépend également de la cohérence de sa stratégie, de la pertinence de ses instruments et de leur capacité à atteindre les objectifs poursuivis.

La politique de change ne peut être réduite à la seule gestion du taux de change nominal. Elle constitue une stratégie macroéconomique qui utilise le taux de change comme un instrument d’ajustement entre l’économie nationale et son environnement international. Elle vise à maintenir une trajectoire compatible avec les fondamentaux économiques tout en conciliant plusieurs objectifs : stabilité des prix, compétitivité, préservation des réserves de change et confiance dans la monnaie nationale.

Pour mettre en œuvre cette stratégie, la Banque d’Algérie dispose de plusieurs instruments complémentaires. Elle intervient notamment à travers le régime de change, la gestion des réserves officielles, les interventions sur le marché officiel des changes ainsi que la réglementation applicable aux opérations de change et à l’accès aux devises.

Dans le contexte particulier de l’économie algérienne, ces instruments sont utilisés dans un environnement marqué par une forte dépendance aux recettes d’exportation des hydrocarbures, une profondeur limitée du marché des changes et une intervention importante des pouvoirs publics dans l’allocation des devises. Ces caractéristiques influencent directement les conditions dans lesquelles la politique de change produit ses effets.

L’objet de cette section n’est donc pas de présenter une description détaillée de chacun des instruments disponibles, mais d’apprécier leur aptitude à constituer un cadre cohérent permettant d’atteindre les objectifs assignés à la politique de change. Les résultats effectivement obtenus feront l’objet de la section suivante.

8.3. Les résultats observés : la politique de change a-t-elle atteint ses objectifs ?

La troisième étape de l’évaluation consiste à confronter les objectifs assignés à la politique de change aux résultats effectivement observés. Conformément au cadre méthodologique présenté au chapitre 5, cette appréciation ne repose pas uniquement sur l’évolution du taux de change nominal.

Elle prend également en considération la stabilité du dinar, la maîtrise de l’inflation importée, la compétitivité de l’économie, la préservation des réserves officielles de change, le fonctionnement du marché des changes ainsi que la confiance dans la monnaie nationale. Dans l’ensemble, les résultats obtenus présentent un bilan contrasté.

La politique de change a contribué à préserver la stabilité macroéconomique dans un environnement souvent marqué par une forte volatilité des recettes d’exportation et des marchés internationaux. En revanche, plusieurs objectifs de moyen et de long terme apparaissent encore partiellement atteints.

8.3.1. Une évolution progressive du taux de change officiel

 Au cours des deux dernières décennies, la politique de change a privilégié une stratégie d’ajustement progressif du dinar plutôt que des dévaluations brutales. Cette approche a permis d’accompagner les évolutions macroéconomiques tout en limitant les risques de ruptures susceptibles d’affecter la stabilité financière.

La trajectoire du taux de change officiel reflète ainsi une volonté de préserver les grands équilibres extérieurs tout en tenant compte de l’évolution des réserves de change, des recettes d’exportation et des conditions macroéconomiques générales.

image

Toutefois, l’évolution du taux de change officiel ne constitue qu’un premier indicateur. Son appréciation doit être complétée par l’analyse des autres objectifs assignés à la politique de change.

8.3.2. Une contribution partielle à la stabilité des prix et à la compétitivité

La politique de change a contribué à limiter une partie de l’inflation importée grâce à une gestion prudente de l’évolution du dinar. Cette contribution apparaît particulièrement importante dans une économie où les importations occupent une place significative dans la consommation et dans les approvisionnements des entreprises.

En revanche, les résultats apparaissent plus nuancés en matière de compétitivité externe. Malgré les ajustements progressifs du taux de change, les exportations hors hydrocarbures demeurent relativement limitées et la structure des exportations reste largement dominée par le secteur énergétique.

Ces constats montrent que les performances de la politique de change diffèrent selon les objectifs considérés : les résultats sont relativement favorables en matière de stabilité macroéconomique, mais plus limités lorsqu’ils sont appréciés sous l’angle de la compétitivité et de la diversification des exportations.

Evolution du taux de change effectif réel (2015-2025)
Evolution du taux de change effectif réel (2015-2025)

8.3.3. Une préservation globalement satisfaisante des réserves de change

La gestion des réserves officielles constitue un autre indicateur essentiel de la politique de change.

Evolution de la prime entre marché officiel et parallèle (2015-2025)
Evolution de la prime entre marché officiel et parallèle (2015-2025)

Au cours de la période étudiée, les réserves ont permis d’amortir les principaux chocs extérieurs, d’assurer le financement des importations essentielles et de préserver la crédibilité financière internationale de l’Algérie.

Evolution des réserves officielles de change (2000-2025)

Ces résultats traduisent une gestion prudente des réserves, même si leur niveau demeure fortement influencé par l’évolution des recettes d’exportation des hydrocarbures.

8.3.4. Un marché parallèle des changes toujours présent

 L’un des principaux résultats de cette évaluation concerne la persistance d’un marché parallèle des changes. Malgré l’existence d’un marché officiel, une partie importante des transactions en devises continue d’être réalisée en dehors du système bancaire.

L’écart durable entre les deux marchés constitue un indicateur important de l’efficacité de la politique de change. Il traduit l’existence d’une segmentation persistante du marché des devises et limite la capacité du taux de change officiel à remplir pleinement son rôle économique. Le présent chapitre se limite à constater cette situation. Les facteurs qui expliquent la persistance de cette dualité seront analysés dans la troisième partie.

8.3.5. Une confiance encore incomplète dans le dinar

 Au-delà des indicateurs traditionnels, l’efficacité d’une politique de change s’apprécie également à travers la confiance accordée à la monnaie nationale. À cet égard, plusieurs observations montrent que cette confiance demeure encore partielle.

Le recours fréquent aux devises comme réserve de valeur, l’importance de la circulation fiduciaire hors du système bancaire et le maintien d’un marché parallèle traduisent une confiance qui reste incomplète. Ces constats constituent des résultats de l’évaluation. Les facteurs susceptibles de les expliquer seront examinés dans la troisième partie de l’ouvrage.

8.4. Appréciation de la politique de change

L’analyse développée dans ce chapitre permet désormais de porter une appréciation globale sur la politique de change conduite en Algérie au regard des critères définis dans le cadre méthodologique.

Sur le plan institutionnel, la politique de change s’appuie sur un cadre juridique modernisé et sur des instruments permettant d’assurer la gestion du taux de change, des réserves officielles et du marché des devises. Les résultats observés montrent que cette politique a contribué à préserver la stabilité macroéconomique dans un contexte marqué par une forte volatilité des marchés internationaux et des recettes d’exportation.

L’appréciation apparaît toutefois plus nuancée lorsqu’elle porte sur l’ensemble des objectifs assignés à cette politique. Les progrès enregistrés en matière de stabilité ne se traduisent pas encore par une amélioration équivalente de la compétitivité extérieure, de la diversification des exportations, de la convergence entre les marchés officiel et parallèle ou du renforcement de la confiance dans la monnaie nationale.

Dans ces conditions, l’évaluation conduit à considérer que la politique de change conduite en Algérie est globalement cohérente avec son objectif de stabilité macroéconomique, mais que son efficacité demeure partielle au regard de l’ensemble des objectifs qui lui sont assignés.

Les facteurs susceptibles d’expliquer ces résultats seront analysés dans la troisième partie de l’ouvrage.

Critères d'évaluation de la politique de change de la Banque d'Algérie
Critères d’évaluation de la politique de change de la Banque d’Algérie

Principaux enseignements. L’évaluation de la politique de change fait ressortir quatre principaux enseignements.

Premièrement, la politique de change conduite en Algérie repose sur un cadre institutionnel modernisé et sur des instruments globalement conformes aux pratiques des banques centrales modernes.

Deuxièmement, elle a contribué à préserver les principaux équilibres macroéconomiques et à accompagner les ajustements rendus nécessaires par l’évolution des conditions économiques internationales.

Troisièmement, ses performances apparaissent plus limitées lorsqu’elles sont appréciées au regard de la compétitivité, de la diversification des exportations, du fonctionnement du marché des changes et du renforcement de la confiance dans la monnaie nationale.

Enfin, les écarts observés entre les objectifs poursuivis et les résultats obtenus justifient une analyse approfondie des facteurs limitant encore l’efficacité de la politique de change. Cette analyse sera développée dans la troisième partie.

Les principaux écarts de la politique de change
Les principaux écarts de la politique de change

Conclusion

L’évaluation présentée dans ce chapitre montre que la politique de change conduite en Algérie s’appuie aujourd’hui sur un cadre juridique modernisé et sur des instruments globalement adaptés à la réalisation de ses principaux objectifs. Les résultats observés mettent en évidence une contribution importante à la stabilité macroéconomique et à la préservation des équilibres extérieurs.

En revanche, les performances apparaissent plus contrastées en matière de compétitivité, de diversification des exportations, de fonctionnement du marché des changes et de renforcement durable de la confiance dans le dinar.

Au terme de cette évaluation, la politique de change peut être considérée comme globalement satisfaisante, tout en présentant des marges d’amélioration importantes. Les raisons de ces écarts ne relèvent pas du présent chapitre. Elles feront l’objet de la troisième partie, consacrée à l’analyse des facteurs expliquant les performances des politiques monétaires et de change.

Chapitre 9. Synthèse de l’évaluation des politiques monétaire et de change en Algérie

Quels enseignements peut-on tirer de l’évaluation des politiques monétaire et de change conduite dans les deux chapitres précédents ?

Introduction

Les deux chapitres précédents ont permis d’évaluer successivement la politique monétaire et la politique de change conduites en Algérie selon la méthodologie présentée au chapitre 5. Cette analyse a examiné, pour chacune de ces politiques, les objectifs poursuivis, les instruments mobilisés, les résultats obtenus et leur appréciation au regard des critères retenus. Le présent chapitre ne constitue pas une nouvelle évaluation. Son objectif est de synthétiser les principaux constats dégagés par les deux évaluations précédentes, d’identifier les acquis et les limites observés et de préparer la transition vers la troisième partie de l’ouvrage. À ce stade, il ne s’agit ni d’expliquer les causes des performances observées ni de proposer des réformes. Ces questions seront abordées ultérieurement. L’objectif est d’établir un diagnostic d’ensemble qui servira de point de départ à l’analyse des facteurs expliquant les écarts entre les objectifs poursuivis et les résultats obtenus.

9.1. Les objectifs des politiques monétaires et de change sont-ils clairement définis ?

La première conclusion qui ressort de l’évaluation est que les politiques monétaires et de change reposent aujourd’hui sur un cadre juridique modernisé et sur des objectifs clairement identifiés.

La loi monétaire et bancaire de 2023 confie à la Banque d’Algérie la responsabilité de conduire ces politiques dans le but d’assurer la stabilité des prix, de contribuer à la stabilité financière, de préserver les équilibres extérieurs et de renforcer la confiance dans la monnaie nationale.

Les objectifs assignés apparaissent cohérents avec les standards généralement retenus pour les banques centrales modernes. À ce stade de l’évaluation, rien ne permet donc de considérer que les performances observées trouvent principalement leur origine dans une insuffisance des objectifs eux-mêmes.

9.2. Les instruments mobilisés sont-ils adaptés ?

L’évaluation montre également que les politiques monétaires et de change disposent aujourd’hui d’un ensemble d’instruments globalement conformes aux pratiques internationales. Les instruments de politique monétaire permettent d’agir sur la liquidité, le coût du crédit et les conditions monétaires.

Les instruments de politique de change permettent de gérer le taux de change, les réserves officielles et le fonctionnement du marché officiel des devises. Ce constat conduit à un premier enseignement important : les limites observées ne semblent pas résulter principalement d’un déficit d’instruments.

Chaîne d'évaluation des politiques monétaires et de change
Chaîne d’évaluation des politiques monétaires et de change

9.3. Les résultats obtenus sont-ils à la hauteur des objectifs ?

L’analyse des deux politiques fait apparaître un bilan globalement satisfaisant mais contrasté.

  • En matière de politique monétaire, les résultats témoignent d’une amélioration progressive de la stabilité des prix, notamment depuis 2024.
  • En matière de politique de change, la politique suivie a permis de préserver les principaux équilibres macroéconomiques, de gérer progressivement l’évolution du dinar et de maintenir des réserves de change compatibles avec la stabilité extérieure.

Toutefois, plusieurs objectifs demeurent partiellement atteints : 

  1. Les mécanismes de transmission de la politique monétaire apparaissent encore imparfaits
  2. La compétitivité extérieure progresse lentement
  3. Le marché parallèle des changes demeure important
  4. La confiance dans le dinar reste incomplète. .

Ces constats montrent que les performances sont variables selon les objectifs considérés.

Synthèse des résultats de l'évaluation des politiques monétaires et de change
Synthèse des résultats de l’évaluation des politiques monétaires et de change

Lecture : Les résultats observés montrent que la Banque d’Algérie a contribué au renforcement de la stabilité macroéconomique. En revanche, plusieurs mécanismes essentiels de transmission de la politique monétaire et de fonctionnement du marché des changes demeurent imparfaits, ce qui limite l’efficacité globale de son action.

9.4. Quels enseignements tirer de cette première évaluation ?

La confrontation entre les objectifs poursuivis, les instruments mobilisés et les résultats observés permet de dégager quatre enseignements majeurs.

  • Le premier est que les politiques monétaire et de change reposent aujourd’hui sur un cadre institutionnel modernisé et sur des instruments globalement conformes aux standards internationaux.
  • Le deuxième est que les résultats apparaissent globalement satisfaisants dans les domaines directement influencés par les instruments des deux politiques.
  • Le troisième est que plusieurs objectifs demeurent seulement partiellement atteints, notamment lorsqu’ils dépendent également de facteurs extérieurs au champ d’action des politiques monétaire et de change.
  • Enfin, cette première évaluation suggère que les limites observées trouvent probablement leur origine moins dans les politiques elles-mêmes que dans les conditions économiques, financières et institutionnelles dans lesquelles elles sont mises en œuvre.

Conclusion du chapitre

Ce chapitre a permis de dégager une première synthèse de l’évaluation des politiques monétaire et de change conduites en Algérie. L’analyse montre que ces politiques reposent aujourd’hui sur un cadre juridique modernisé, des objectifs clairement définis et des instruments globalement conformes aux standards internationaux.

Les résultats obtenus témoignent de progrès réels, notamment en matière de stabilité des prix, de préservation des équilibres extérieurs et de stabilité financière.

Toutefois, cette évaluation met également en évidence plusieurs limites. La transmission de la politique monétaire demeure incomplète, le marché parallèle des changes continue de jouer un rôle important, la compétitivité de l’économie progresse lentement et la confiance dans le dinar reste imparfaite. Les résultats apparaissent ainsi globalement satisfaisants, mais inégaux selon les objectifs poursuivis.

Un enseignement majeur se dégage de cette première évaluation : les écarts observés semblent résulter moins des objectifs assignés ou des instruments mobilisés que des conditions dans lesquelles ces politiques sont mises en œuvre.

Cette conclusion conduit naturellement à la question centrale de la troisième partie de cet ouvrage : pour quelles raisons les politiques monétaire et de change n’atteignent-elles pas pleinement les résultats attendus ?

Conclusion de la Partie

L’exercice du mandat : des politiques globalement pertinentes, des résultats encore incomplets

La deuxième partie de cet ouvrage avait pour objectif d’évaluer l’exercice des politiques monétaire et de change en Algérie à partir d’une grille d’analyse fondée sur quatre dimensions : les objectifs poursuivis, les instruments mobilisés, les résultats obtenus et leur appréciation au regard des standards d’une banque centrale moderne.

L’analyse conduit à un constat nuancé. Les deux politiques reposent aujourd’hui sur un cadre juridique rénové, des objectifs clairement définis et des instruments globalement conformes aux pratiques internationales. Elles ont contribué à renforcer la stabilité macroéconomique, à améliorer progressivement la maîtrise de l’inflation et à préserver les principaux équilibres extérieurs.

Toutefois, plusieurs objectifs demeurent seulement partiellement atteints. Les mécanismes de transmission de la politique monétaire restent limités, le marché parallèle des changes continue de refléter des déséquilibres persistants, la compétitivité de l’économie progresse lentement et la confiance dans la monnaie nationale demeure incomplète. Les résultats apparaissent ainsi contrastés selon les domaines considérés.

Cette première évaluation conduit à une conclusion essentielle : les principales limites observées ne semblent pas provenir du mandat confié à la Banque d’Algérie ni des instruments dont elle dispose. Elles invitent plutôt à s’interroger sur les conditions économiques, financières, institutionnelles et structurelles dans lesquelles ces politiques sont mises en œuvre.

C’est précisément l’objet de la troisième partie de cet ouvrage. Après avoir évalué ce que font les politiques monétaire et de change et les résultats qu’elles obtiennent, il convient désormais d’expliquer pourquoi ces résultats demeurent incomplets et d’identifier les facteurs qui limitent leur efficacité.

Cette analyse permettra de distinguer ce qui relève de la conduite des politiques elles-mêmes de ce qui dépend de leur environnement de mise en œuvre, avant de proposer, dans la quatrième partie, les réformes susceptibles d’en renforcer durablement l’efficacité.

Synthèse Vidéo

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