Pour une transformation profonde, progressive et socialement soutenable
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L’Algérie ne doit choisir ni l’immobilisme ni la thérapie de choc. Elle peut engager une transformation profonde, mais progressive, cohérente et socialement soutenable.
Cet essai propose une méthode de réforme fondée sur dix principes : anticipation,apprentissage de l’expérience, cohérence macroéconomique, gradualisme, protection sociale, continuité, économie politique, confiance, renforcement institutionnel et construction d’un projet national.
Réformer l’économie algérienne est devenu une nécessité.
Mais la véritable question n’est plus seulement de savoir s’il faut réformer. Elle est de déterminer comment réformer, dans quel ordre, à quel rythme et avec quelles protections pour la population. Le débat public oppose trop souvent deux positions également dangereuses.
La première consiste à différer les décisions difficiles en espérant que les recettes pétrolières permettront de prolonger le statu quo.
La seconde préconise des ajustements rapides et simultanés : réduction brutale des dépenses publiques, suppression précipitée des subventions, forte dépréciation du dinar et ouverture économique sans préparation suffisante.
L’Algérie ne doit choisir ni l’immobilisme ni la thérapie de choc. Elle a besoin d’une troisième voie : une réforme profonde dans ses objectifs, progressive dans son application, cohérente dans ses instruments et socialement soutenable dans ses effets.
Réformer dans le calme ne signifie pas renoncer à l’ambition. Cela signifie organiser la transformation avant que les contraintes ne l’imposent dans l’urgence.
Le statu quo n’est pas l’absence d’ajustement
Repousser les réformes peut donner l’illusion de protéger la stabilité économique et sociale.
Mais le statu quo ne supprime pas les déséquilibres : il les accumule. La dépendance envers les hydrocarbures, la faiblesse des recettes fiscales ordinaires, le poids croissant des dépenses courantes, l’inefficience d’une partie de l’investissement public, la profondeur insuffisante du système financier, l’importance de l’économie informelle et la dualité du marché des changes constituent les différentes dimensions d’un même problème structurel.
Lorsque ces déséquilibres ne sont pas corrigés progressivement, ils finissent par être résolus sous la contrainte : baisse des réserves de change, inflation, compression des importations, dépréciation désordonnée de la monnaie, accumulation d’arriérés ou réduction brutale des dépenses publiques.
L’expérience internationale, tout comme celle vécue par l’Algérie au cours des années 1990, montre que les réformes engagées lorsque les marges financières sont épuisées deviennent nécessairement plus douloureuses. La souveraineté économique consiste précisément à agir avant que les événements, les marchés ou les créanciers ne dictent le calendrier et le contenu des décisions.
Le choix n’est donc pas entre réformer et ne pas réformer. Il est entre un ajustement maîtrisé aujourd’hui et un ajustement subi demain.
Quarante années de chocs : les leçons de l’expérience algérienne
L’histoire économique récente de l’Algérie montre que le pays n’a pas manqué d’occasions de réformer.
Depuis quatre décennies, chaque choc pétrolier a révélé les mêmes vulnérabilités : dépendance envers les hydrocarbures, rigidité des dépenses publiques, faiblesse de la fiscalité ordinaire, insuffisante diversification productive et exposition des équilibres budgétaire et extérieur aux fluctuations des prix de l’énergie.
- Le contre-choc pétrolier de 1986 constitue l’expérience la plus douloureuse. La chute brutale des recettes extérieures et budgétaires n’a pas été immédiatement accompagnée d’une adaptation cohérente du modèle économique. Le recours à l’endettement, la compression administrative des importations, la dégradation des équilibres financiers et des réformes partielles ont différé l’ajustement. Lorsque les marges de manœuvre furent épuisées, l’Algérie dut engager en 1994, dans des conditions économiques et sociales extrêmement difficiles, un programme de stabilisation et de réformes soutenu par le Fonds monétaire international. La leçon est fondamentale : le coût politique et social de la réforme augmente lorsqu’elle est retardée jusqu’à l’épuisement des ressources financières. Ce qui aurait pu être organisé progressivement et souverainement a dû être réalisé dans l’urgence, sous la pression de la contrainte extérieure.
- La crise financière mondiale de 2008 fut gérée dans un contexte différent. Grâce aux réserves de change, à l’épargne du Fonds de régulation des recettes et au faible endettement extérieur, l’Algérie a pu absorber le choc et soutenir l’activité. Cette réponse a protégé l’économie et la stabilité sociale. Mais l’abondance des ressources a aussi retardé la correction des déséquilibres structurels. Le choc fut amorti financièrement sans devenir le point de départ d’une transformation du modèle économique.
- La chute des prix pétroliers à partir de 2014 a de nouveau révélé cette fragilité. L’ajustement fut d’abord amorti par la dépréciation du dinar, le prélèvement sur l’épargne du Fonds de régulation des recettes et la réduction des importations. La consolidation budgétaire engagée ensuite ne fut pas durablement poursuivie. Lorsque l’épargne pétrolière fut pratiquement épuisée en 2017, le recours au financement monétaire permit de couvrir les déficits sans endettement extérieur, mais au prix de risques monétaires, inflationnistes et financiers accrus.
- Le double choc sanitaire et pétrolier de mars/avril 2020 constitua une nouvelle épreuve. La contraction de l’activité, la diminution des recettes d’hydrocarbures et les besoins de soutien aux ménages et aux entreprises détériorèrent simultanément les équilibres budgétaire, bancaire et extérieur. La remontée des prix des hydrocarbures à partir de 2021–2022 procura un nouveau répit. Mais une amélioration conjoncturelle des comptes ne constitue pas, à elle seule, une correction structurelle.
- Ces épisodes font apparaître une constante. Lorsque les recettes d’hydrocarbures diminuent, l’Algérie mobilise les réserves de change, l’épargne pétrolière, la compression des importations, la dépréciation du dinar ou le financement monétaire. Lorsqu’elles remontent, la contrainte se desserre et l’urgence de la réforme s’atténue. Le pays alterne ainsi entre ajustements défensifs et répits pétroliers, sans toujours transformer les mécanismes qui reproduisent les déséquilibres.
La véritable réforme consiste à rompre avec ce cycle. Les périodes favorables doivent servir à reconstituer les réserves, renforcer la fiscalité ordinaire, améliorer la qualité de la dépense, moderniser le système financier et accélérer la diversification. Les périodes moins favorables doivent être traversées grâce à des mécanismes d’épargne et à des règles budgétaires établis à l’avance, et non au moyen de mesures improvisées.
L’histoire des crises algériennes délivre ainsi un message simple : les ressources pétrolières peuvent amortir un choc, mais elles ne peuvent remplacer la réforme.
Depuis 1986, l’Algérie a souvent réussi à financer le report des réformes ; elle n’a pas encore réussi à transformer durablement les périodes de répit en périodes de reconstruction économique.
Réformer un système et non juxtaposer des mesures
L’économie algérienne fonctionne comme un ensemble d’interactions entre la rente pétrolière, le budget, la monnaie, le crédit, les importations, le taux de change, les prix et les mécanismes de redistribution. Modifier brutalement un seul élément sans agir sur les autres peut déplacer le déséquilibre au lieu de le corriger.
Une dépréciation du dinar, par exemple, ne peut réussir si elle intervient dans un contexte de déficit budgétaire élevé, de création excessive de liquidités, de faible production nationale et de dépendance aux importations. Elle risque alors d’alimenter l’inflation, de réduire le pouvoir d’achat et d’accroître l’écart entre les taux de change officiel et parallèle.
De même, la suppression des subventions généralisées ne peut être socialement acceptable si un système fiable de transferts ciblés n’est pas déjà opérationnel. Une réforme fiscale ne peut produire les résultats attendus si elle repose principalement sur les salariés et les entreprises formelles, tandis qu’une partie importante des revenus et des activités échappe à l’impôt.
La réforme doit donc être globale et coordonnée. Les politiques budgétaire, monétaire, bancaire, sociale, industrielle et de change doivent poursuivre des objectifs compatibles. Une bonne mesure appliquée isolément au mauvais moment peut produire de mauvais résultats.
La cohérence n’est pas un raffinement technique. Elle est la condition de réussite de toute transformation économique.
Profondeur des objectifs, gradualisme dans l’exécution
Le gradualisme ne doit pas être confondu avec la lenteur, l’indécision ou le report indéfini des décisions. Un gradualisme sans calendrier devient une nouvelle forme d’immobilisme. Une réforme progressive crédible doit comporter des objectifs précis, une séquence clairement annoncée, des échéances vérifiables et des institutions responsables de son exécution.
- La première étape devrait être la restauration progressive de la cohérence macroéconomique. Elle implique la réduction graduelle du déficit budgétaire hors hydrocarbures, l’amélioration des recettes fiscales ordinaires, la maîtrise des dépenses courantes et la sélection plus rigoureuse des investissements publics. L’objectif n’est pas de rechercher mécaniquement l’équilibre budgétaire annuel, mais de rendre les finances publiques soutenables et de préserver une capacité d’action en cas de choc.
- La deuxième étape doit porter sur la modernisation du système monétaire et financier. Il faut renforcer l’intermédiation bancaire, attirer l’épargne informelle vers les circuits officiels, développer les paiements électroniques, faciliter l’accès aux services financiers et construire un véritable marché domestique des titres publics. La confiance dans la monnaie et dans les banques ne se décrète pas : elle se construit par la stabilité, la transparence et la qualité des institutions.
- La troisième étape doit permettre un réalignement progressif des prix, des subventions et du taux de change. Ce réalignement doit intervenir lorsque les instruments de protection sociale sont opérationnels, que la politique monétaire est suffisamment crédible et que l’offre nationale est en mesure de répondre à une partie de la demande.
- La quatrième étape doit accélérer la transformation productive : amélioration du climat des affaires, simplification administrative, concurrence loyale, sécurité juridique, accès au financement et soutien aux entreprises capables de produire, d’innover et d’exporter.
- Ces étapes ne sont pas totalement successives. Certaines doivent avancer simultanément. Mais elles doivent être articulées selon une logique simple : stabiliser, protéger, réaligner et transformer.
L’Algérie dispose déjà de nombreux diagnostics et travaux sectoriels de qualité. L’enjeu n’est plus d’accumuler les études, mais de les réunir dans une stratégie cohérente, de les traduire en décisions exécutoires et d’en confier la mise en œuvre à des institutions clairement responsables.
La réforme doit être irréversible dans sa direction, progressive dans son rythme et adaptable dans ses instruments.
Placer la protection sociale au cœur de la réforme
Aucune réforme durable ne peut être conduite contre la population. Mais protéger la population ne signifie pas maintenir indéfiniment des mécanismes coûteux, mal ciblés et parfois inéquitables.
- Les subventions généralisées profitent à tous les consommateurs, y compris aux ménages les plus aisés et aux activités utilisant de grandes quantités de produits subventionnés. Elles peuvent également encourager la surconsommation, les détournements et le commerce informel transfrontalier.
- Leur réforme est nécessaire, mais elle ne peut être engagée brutalement. Avant toute réduction importante, l’État doit disposer d’un registre social fiable, de moyens modernes de paiement et d’une capacité administrative permettant de verser rapidement des compensations aux bénéficiaires légitimes.
- La protection sociale doit devenir plus ciblée, plus transparente et mieux coordonnée avec le système fiscal. Il serait incohérent que les mêmes ménages contribuent fortement par les impôts sur les salaires et la consommation, puis reçoivent des aides dont la valeur est réduite par la fiscalité qu’ils supportent ou par l’inflation provoquée par les réformes.
- L’État doit donc évaluer les politiques publiques en fonction de leur effet net sur le revenu disponible des ménages. Il faut savoir qui paie, qui reçoit, combien chacun reçoit réellement et comment la réforme affecte les différentes catégories sociales.
La dimension sociale ne doit pas être ajoutée après la conception de la réforme pour en corriger les dégâts. Elle doit être intégrée dès le départ à son architecture.
Réformer dans la durée : rompre avec le “stop and go”
La réussite des réformes ne dépend pas seulement de leur contenu technique. Elle repose également sur leur continuité, leur cohérence et leur inscription dans la durée.
- L’expérience algérienne montre que les périodes d’accélération des réformes ont souvent été suivies de pauses, de retours en arrière ou d’abandons dès que la contrainte financière se desserrait. Cette logique de « stop and go » est particulièrement coûteuse : elle désorganise l’action publique, affaiblit la crédibilité des autorités, décourage l’investissement et empêche les institutions d’accumuler l’expérience nécessaire à la transformation de l’économie.
- Les réformes doivent donc être conduites avec régularité, selon une trajectoire pluriannuelle clairement annoncée. Leur rythme peut naturellement être adapté à la conjoncture économique et à la capacité d’absorption sociale, mais leur direction ne doit pas changer au gré des fluctuations du prix du pétrole. Les périodes d’aisance financière devraient précisément servir à financer les transformations structurelles, à protéger les catégories vulnérables et à constituer les marges de sécurité nécessaires, plutôt qu’à différer les ajustements.
- La réforme doit ainsi être envisagée comme un processus continu et cumulatif, et non comme une succession de mesures isolées prises sous la pression des crises. Elle exige une programmation crédible, des institutions responsables, des objectifs mesurables, une évaluation régulière des résultats et une communication transparente. La continuité n’exclut pas les corrections ; elle suppose au contraire de corriger les instruments sans abandonner les objectifs stratégiques.
Cette démarche permettrait à l’Algérie de sortir d’un mode de gestion dans lequel les réformes sont engagées lorsque les ressources diminuent, puis interrompues dès que les recettes pétrolières se redressent. Elle ferait de la réforme non plus une réponse ponctuelle à l’urgence, mais une politique permanente de modernisation économique, institutionnelle et sociale.
L’économie politique de la réforme : comprendre les intérêts pour rendre le changement possible
Une réforme économique n’est jamais une opération purement technique.
- Elle modifie la répartition des revenus, des protections, des avantages et des possibilités. Elle crée des bénéfices pour certains groupes, impose des coûts à d’autres et remet en cause des positions acquises. La qualité économique d’une mesure ne garantit donc pas, à elle seule, sa faisabilité politique ni son acceptation sociale.
- Dans une économie longtemps structurée par la rente, les mécanismes de redistribution ont progressivement produit des intérêts organisés autour de l’accès aux ressources publiques, aux exonérations, aux importations, au crédit, au foncier, aux marchés publics, aux prix administrés et aux différentiels de change. Ces avantages ne sont pas toujours visibles dans le budget, mais ils influencent fortement les comportements et peuvent susciter des résistances dès qu’une réforme menace de les réduire.
- L’asymétrie est profonde : les bénéficiaires du statu quo sont souvent peu nombreux, bien informés et organisés, tandis que les bénéficiaires futurs de la réforme sont dispersés et ne perçoivent pas immédiatement ce qu’ils peuvent gagner.
- Les coûts du changement sont généralement proches, concrets et identifiables ; ses bénéfices sont plus lointains, collectifs et incertains. C’est pourquoi une réforme techniquement juste peut être politiquement bloquée si son économie politique n’a pas été comprise.
Il faut, en conséquence, distinguer deux catégories que le débat public confond trop souvent.
La première regroupe les ménages vulnérables, les travailleurs modestes, les retraités et les petites entreprises qui doivent être protégés contre les coûts transitoires de l’ajustement.
La seconde rassemble les bénéficiaires de rentes, de monopoles, d’exonérations injustifiées ou d’un accès privilégié aux ressources publiques. Protéger les premiers relève de la justice sociale ; préserver les seconds reviendrait à maintenir les causes mêmes des déséquilibres.
La préparation d’une réforme doit donc comporter une cartographie précise de ses effets : qui paiera, qui gagnera, à quel moment et par quels canaux ?
- Cette analyse doit guider le séquençage des mesures, les compensations temporaires, le choix du calendrier et la répartition de l’effort. Elle doit également permettre d’identifier les groupes capables de bloquer la mise en œuvre et les coalitions susceptibles de la soutenir.
- L’acceptabilité dépend aussi de l’ordre dans lequel les décisions sont prises. Il serait difficile de demander des sacrifices à la population avant de réduire les privilèges visibles, d’évaluer les exonérations fiscales, d’assainir les mécanismes d’attribution des marchés publics ou d’améliorer la qualité des services publics. L’exemplarité doit précéder ou accompagner l’effort collectif.
- Une stratégie de réforme doit enfin produire rapidement quelques résultats perceptibles : simplification d’une procédure, amélioration d’un service public, accès plus équitable au financement, versement fiable d’une compensation ou suppression d’un privilège manifestement injustifié. Ces gains initiaux ne remplacent pas la transformation de long terme, mais ils renforcent sa crédibilité et élargissent la coalition sociale qui la soutient.
L’économie politique ne consiste donc pas à diluer les réformes pour éviter toute opposition. Elle consiste à construire les conditions de leur réussite : protéger les vulnérables, combattre les rentes, répartir équitablement les coûts, rendre les bénéfices visibles et empêcher que les groupes les mieux organisés ne fassent supporter l’essentiel de l’ajustement aux citoyens les moins protégés.
Restaurer la confiance par la vérité et la prévisibilité
Les réformes échouent souvent moins en raison de leur contenu que d’un déficit de confiance. La population accepte difficilement des sacrifices lorsqu’elle ne connaît ni leur durée, ni leur répartition, ni les résultats attendus. Elle les accepte encore moins lorsqu’elle pense que certains groupes seront protégés tandis que les salariés, les retraités, les petites entreprises et les consommateurs supporteront l’essentiel de l’effort.
- C’est pourquoi la réforme doit s’accompagner d’un changement profond de la communication économique de l’État. Il ne s’agit plus seulement d’expliquer des décisions, mais de construire une culture économique nationale partagée.
- Cette culture doit s’appuyer sur des données régulières, fiables et accessibles concernant l’inflation, le pouvoir d’achat, l’emploi, les finances publiques et les réserves de change. Présentés avec pédagogie et replacés dans leur évolution, ces chiffres permettraient aux citoyens de comprendre les contraintes du pays, d’évaluer les résultats obtenus et de mieux distinguer les réalités économiques des rumeurs.
- La réforme doit donc reposer sur un contrat de confiance. Le gouvernement doit expliquer les déséquilibres, présenter les différentes options, annoncer un calendrier et publier régulièrement les résultats obtenus. Il doit aussi reconnaître les difficultés, corriger les mesures inefficaces et rendre compte de l’utilisation des ressources publiques.
- La communication ne doit pas être une opération destinée à faire accepter des décisions déjà arrêtées. Elle doit devenir un instrument permanent de transparence, de pédagogie économique et de redevabilité.
- La crédibilité exige également l’exemplarité. Les efforts demandés à la population doivent être accompagnés d’une lutte visible contre les privilèges injustifiés, les exonérations inefficaces, le gaspillage des ressources publiques, la corruption et l’impunité économique.
Une réforme équitablement répartie peut être comprise. Une réforme perçue comme injuste sera rejetée, même si elle est techniquement fondée.
Renforcer l’État pour transformer l’économie
La réforme n’implique pas le retrait de l’État. Elle exige, au contraire, un État plus compétent, plus stratégique et plus efficace.
- L’État doit progressivement passer du rôle de distributeur de rente à celui de garant de la stabilité, de régulateur impartial, de protecteur des populations vulnérables et de facilitateur de l’investissement productif. Mais une politique, aussi pertinente soit-elle, reste une déclaration d’intention si l’administration ne dispose pas des compétences, des données et des moyens nécessaires pour l’exécuter.
- La modernisation des administrations fiscale, douanière, budgétaire, statistique et sociale constitue donc une composante centrale de la réforme.
- Il faut également établir une responsabilité institutionnelle précise. Pour chaque chantier, une autorité doit être chargée de l’exécution, des indicateurs doivent mesurer les progrès et une évaluation indépendante doit permettre de distinguer les annonces des résultats.
L’Algérie n’a pas seulement besoin de nouvelles mesures. Elle a besoin d’institutions capables de les mettre en œuvre, de les évaluer et de les corriger.
Faire de la réforme un projet national
Une transformation d’une telle ampleur ne peut être réduite à une succession de lois de finances ou de décisions administratives.
- Elle doit s’inscrire dans une vision de long terme définissant clairement le modèle économique que l’Algérie veut construire.
- Cette vision devrait reposer sur trois piliers : un cadre macroéconomique cohérent et soutenable, une transformation productive réduisant la dépendance envers les hydrocarbures et une gouvernance économique fondée sur la compétence, la transparence et la responsabilité.
- Elle doit également dépasser les cycles politiques. Les réformes structurelles exigent de la continuité, car leurs résultats apparaissent souvent au-delà d’un exercice budgétaire ou d’un mandat gouvernemental.
- Un dialogue national associant l’État, les entreprises, les syndicats, les universitaires, les experts et la société civile permettrait de clarifier les contraintes, d’examiner les options et de construire un socle minimal de consensus.
Le dialogue ne doit pas retarder les décisions nécessaires ; il doit améliorer leur qualité et faciliter leur mise en œuvre.
Conclusion : transformer sans fracturer
L’Algérie dispose encore d’atouts importants : des ressources naturelles considérables, une dette extérieure limitée, des infrastructures, une population jeune et un capital humain qui ne demande qu’à être pleinement mobilisé.
- Mais ces atouts ne pourront produire leurs effets que si le pays transforme son mode de fonctionnement économique avant que les déséquilibres ne réduisent ses marges de manœuvre.
- La bonne réforme n’est ni celle qui préserve artificiellement toutes les situations existantes, ni celle qui impose le maximum de sacrifices dans le minimum de temps. C’est celle qui fixe une direction claire, organise les étapes, protège les plus vulnérables, répartit équitablement les efforts et construit progressivement la confiance.
- Il faut donc réformer avec détermination, mais sans brutalité ; avec ambition, mais sans improvisation ; avec prudence, mais sans immobilisme.
- L’objectif n’est pas seulement de rétablir quelques équilibres financiers. Il est de transformer durablement l’économie, de préserver la cohésion sociale et de renforcer la souveraineté du pays.
Réformer l’Algérie, c’est transformer sans fracturer, protéger sans immobiliser et moderniser sans renoncer à la justice sociale.
Travaux de l’auteur mobilisés dans cet essai
Réformes économiques, gouvernance et transformation structurelle
- Bessaha, Abdelrahmi, « Le capital confiance, nouveau moteur de la transformation économique de l’Algérie », Économie Algérie, 12 juillet 2026. Cet article est particulièrement important pour les dimensions institutionnelle, politique et sociale de la réforme.
- Bessaha, Abdelrahmi, « Les coûts croissants d’un modèle économique fondé sur les dépenses publiques », Économie Algérie, 28 juin 2026. Ce travail étaye le diagnostic sur le faible rendement de l’investissement, les limites du modèle de croissance et la nécessité d’une transformation structurelle.
- Bessaha, Abdelrahmi, « Algérie : chômage des jeunes et désalignement du modèle de croissance », avril 2026.
- Bessaha, Abdelrahmi, « L’équilibre du déséquilibre : cadre analytique et soutenabilité des régimes macroéconomiques — application à l’Algérie », étude, 2026.
- Bessaha, Abdelrahmi, « L’Algérie face au basculement géoéconomique mondial : de l’Occident du XXe siècle au monde multipolaire du XXIe siècle », Économie Algérie, 21 juin 2026. Ce texte éclaire la dimension extérieure et stratégique des réformes.
Politiques monétaire, budgétaire et de change
- Bessaha, Abdelrahmi, « Rapport sur les réformes de la politique budgétaire en Algérie », mai 2019.
- Bessaha, Abdelrahmi, « Le référentiel conceptuel des politiques monétaire et de change », Économie Algérie, 26 juillet 2026.
- Bessaha, Abdelrahmi, « Évaluation des politiques monétaire et de change en Algérie », Économie Algérie, 2 août 2026.
- Bessaha, Abdelrahmi, « Les écarts de performance : pourquoi les résultats restent partiels », Économie Algérie, 9 août 2026. Cet article traite notamment de la dominance budgétaire, de la faiblesse des mécanismes de transmission, du système bancaire, de l’économie du cash et de la dualité du marché des changes. Lire l’article
- Bessaha, Abdelrahmi, « Renforcer durablement la Banque d’Algérie : cinq chantiers », Économie Algérie, 16 août 2026.
- Bessaha, Abdelrahmi, « Refonder le marché des changes en Algérie : vers une plateforme centralisée moderne », El Watan, 18 novembre 2025.
Inflation, dinar et cohérence des politiques macroéconomiques
- Bessaha, Abdelrahmi, « Le dinar fort contre l’inflation : ce que disent vraiment les données », deuxième partie, Économie Algérie, 11 juin 2026.
- Bessaha, Abdelrahmi, « Le réalignement du dinar n’est pas une recette du FMI », étude sur la politique de change et l’inflation, 2026.
- Bessaha, Abdelrahmi, « Les déterminants de l’inflation en Algérie : facteurs monétaires, budgétaires, externes et structurels », analyse économétrique intégrée à l’étude sur les politiques monétaire et de change, 2026.
Chocs extérieurs, pétrole et continuité des réformes
- Bessaha, Abdelrahmi, « Le nouveau choc pétrolier de 2026 : inflation, dette, géopolitique et redistribution mondiale des richesses », août 2026.
- Bessaha, Abdelrahmi, « L’Algérie face au nouveau choc pétrolier : transformer le répit en stratégie », 2026.
(À paraître sur economie-algerie.com à partir du août 2026, en quatre parties.)
La plupart de ces travaux sont accessibles sur le site economie-algerie.com ; certaines études sont mentionnées dans leur version originale ou dans leur support de publication initial.








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