Série Algérie 2050 – Rapport en 9 parties sur la transition économique
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L’économie algérienne se trouve aujourd’hui à un point de bascule historique.
En bref :
Résumé exécutif
Le modèle de croissance fondé sur la rente des hydrocarbures, la dépense publique et la régulation administrative a permis, pendant plusieurs décennies, de préserver une stabilité macroéconomique relative, de soutenir l’activité et d’amortir des chocs externes majeurs.
Toutefois, ce modèle a progressivement atteint ses limites et généré des déséquilibres structurels profonds. Il a entretenu une dépendance persistante aux hydrocarbures — qui représentent encore plus de 60 % des recettes budgétaires et près de 90 % des exportations —, freiné l’accumulation de capital productif hors hydrocarbures, limité les gains de productivité et exposé l’économie à une forte volatilité cyclique.
La succession de chocs depuis 2014 — chute durable des prix du pétrole, pandémie de COVID-19, tensions géopolitiques et énergétiques, durcissement des conditions financières internationales — a mis en évidence non seulement la vulnérabilité de ce modèle, mais aussi l’érosion progressive de ses mécanismes d’amortissement.
À fin 2025, la croissance réelle demeure positive mais insuffisante, de l’ordre de 3 %, très en deçà du seuil requis pour absorber la croissance démographique, réduire durablement le chômage et améliorer les conditions de vie. Cette croissance est obtenue au prix d’un creusement simultané des déséquilibres budgétaires, monétaires et externes.
Sur le plan budgétaire, le déficit global demeure élevé, oscillant entre 9 et 12 % du PIB, tandis que le déficit primaire hors hydrocarbures dépasse 25 % du PIB hors hydrocarbures, traduisant une dépendance structurelle à la rente et une faiblesse persistante de la mobilisation des ressources fiscales ordinaires.
Cette situation limite la capacité du budget à jouer son rôle de stabilisation macroéconomique et d’orientation stratégique de l’investissement public. Sur le plan externe, le compte courant reste structurellement déficitaire, de l’ordre de –3 à –4 % du PIB, reflétant une compétitivité limitée, une faible diversification des exportations et une forte propension à importer.
Ces déséquilibres exercent une pression croissante sur les amortisseurs macroéconomiques. Les réserves de change, après avoir culminé à plus de $190 milliards en 2013–2014, sont retombées autour de $60 milliards fin 2025 et suivent une trajectoire orientée à la baisse.
Cette érosion progressive réduit les marges de manœuvre de la politique économique et accroît la vulnérabilité face à des chocs externes ou domestiques.
Dans le même temps, la politique monétaire demeure contrainte par une transmission faible vers l’économie réelle et par une situation de dominance budgétaire, tandis que le régime de change, marqué par la persistance d’un double marché officiel et parallèle, génère des distorsions de prix, affaiblit les signaux économiques et alimente les comportements d’arbitrage et de thésaurisation.
Les fragilités structurelles du tissu productif aggravent ces tensions macroéconomiques. L’investissement total reste modéré, autour de 15 % du PIB, contre 25 à 30 % dans les économies émergentes dynamiques.
L’investissement privé, en particulier, demeure contraint par l’incertitude réglementaire, la faible profondeur financière, l’accès limité au financement à long terme et la segmentation du marché des changes.
Cette configuration limite la capacité de l’économie à créer suffisamment d’emplois, notamment pour les jeunes, dont le taux de chômage demeure à deux chiffres, et contribue à la persistance d’une crise du coût de la vie qui érode le pouvoir d’achat des ménages.
Ces vulnérabilités internes s’inscrivent dans un environnement international profondément transformé.
La transition énergétique réduit la visibilité à long terme sur les revenus tirés des hydrocarbures. La fragmentation géoéconomique, la recomposition des chaînes de valeur mondiales et le durcissement des conditions financières internationales limitent les marges d’ajustement par l’endettement externe.
Dans ce contexte, les économies rentières font face à une contrainte temporelle accrue : retarder l’adaptation revient à accroître mécaniquement le coût futur de l’ajustement.
Le principal risque pour l’Algérie ne réside donc pas dans un choc exogène brutal, mais dans la poursuite d’un ajustement différé, fragmenté et insuffisamment coordonné.
En l’absence de réformes, la croissance potentielle pourrait ralentir durablement en dessous de 2 %, les déficits resteraient élevés et les réserves de change pourraient tomber à des niveaux critiques, inférieurs à $20 milliards à l’horizon 2030, soit moins de six mois d’importations.
Le coût macroéconomique et social de l’inaction serait alors considérable et conduirait in fine à un ajustement subi, plus brutal et plus régressif.
À l’inverse, le pays dispose encore, à l’horizon 2026, de marges de manœuvre réelles pour engager une transition ordonnée.
Le très faible niveau de la dette externe, proche de 1 % du PIB, constitue un atout majeur et offre une capacité d’accès prudente aux financements extérieurs.
Les travaux présentés montrent que les réformes permettent de réduire sensiblement les besoins globaux de financement par rapport à un scénario hors réformes : sur la période 2026–2030, les besoins cumulés passeraient d’environ $181 milliards à $164 milliards USD, soit $17 milliards de besoins évités.
Le seul financement exceptionnel à mobiliser correspondrait à un gap transitoire limité, estimé entre $17 et $20 milliards, principalement concentré sur les premières années de la transition.
La thèse centrale de ce travail est que la transition vers une économie émergente à l’horizon 2050 repose sur trois piliers indissociables.
- Premièrement, la reconstruction d’un régime macroéconomique cohérent, fondé sur un ajustement budgétaire crédible centré sur le déficit hors hydrocarbures, une normalisation progressive de la politique monétaire et un régime de change aligné sur les fondamentaux et les objectifs de compétitivité.
- Deuxièmement, la mise en œuvre de réformes structurelles et sectorielles visant à élargir l’offre productive, améliorer la productivité et développer des activités à plus forte valeur ajoutée, condition nécessaire pour porter la croissance potentielle à 4–5 % à moyen terme.
- Troisièmement, une refonte de la gouvernance économique, intégrant des outils de pilotage à moyen terme (CMMT, CBMT, TOFE), un suivi-évaluation rigoureux et une redevabilité accrue.
La réussite de cette trajectoire repose également sur un séquençage précis des réformes, permettant d’aligner dans le temps les ajustements macroéconomiques, les réformes structurelles et les mesures sociales.
La transition proposée n’est ni instantanée ni indolore. Elle implique des arbitrages économiques et sociaux assumés, nécessitant une politique sociale ciblée et intégrée dès l’amont au cadre macroéconomique, afin de protéger les populations les plus vulnérables et de préserver la cohésion sociale.
En définitive, l’Algérie est confrontée à un choix stratégique clair.
L’enjeu n’est pas de savoir si un ajustement aura lieu, mais de décider s’il sera anticipé, maîtrisé et graduel, ou différé et subi dans des conditions économiques et sociales nettement plus coûteuses. Compte tenu des marges encore disponibles et du coût croissant de l’inaction, différer encore les réformes à partir de 2026 ne se justifie ni économiquement ni financièrement. Engager dès maintenant une transition structurée, crédible et bien gouvernée constitue la condition nécessaire pour inscrire durablement le pays sur la trajectoire d’une économie émergente, productive et résiliente à l’horizon 2050.
Une transition à lancer dès 2026
Une transition à lancer et consolider pour devenir une économie émergente à l’horizon 2050
L’Algérie est engagée dans une transition économique complexe, résultant de la convergence de contraintes structurelles anciennes et de transformations profondes de son environnement économique interne et externe.
Le modèle de développement qui a prévalu depuis plusieurs décennies, fondé principalement sur la rente des hydrocarbures, l’intervention budgétaire de l’État et une régulation administrative étendue de l’activité économique, a permis d’assurer, par périodes, une certaine stabilité macroéconomique et de soutenir la croissance.
Toutefois, ce modèle a également engendré des vulnérabilités structurelles persistantes, parmi lesquelles une forte dépendance aux recettes pétrolières, une diversification limitée de l’appareil productif, une exposition élevée aux chocs exogènes et des gains de productivité insuffisants.
Les chocs successifs survenus au cours de la dernière décennie — en particulier la chute des prix du pétrole à partir de 2014, suivie de la crise sanitaire mondiale liée à la Covid-19 — ont mis en évidence les limites de ce modèle et contribué à l’érosion des marges de manœuvre macroéconomiques.
Si la remontée récente des prix des hydrocarbures a offert un répit temporaire sur les plans budgétaire et externe, elle n’a pas modifié en profondeur la structure de l’économie. La croissance hors hydrocarbures demeure contrainte, l’investissement privé reste modéré, et la capacité de l’économie à générer des emplois en nombre suffisant reste limitée.
Par ailleurs, les pressions inflationnistes, alimentées à la fois par des facteurs externes et des déséquilibres internes, continuent de peser sur les équilibres macroéconomiques. Dans le même temps, l’environnement économique international s’est considérablement complexifié.
Les tensions géopolitiques, la volatilité accrue des marchés de l’énergie, le durcissement des conditions financières mondiales, ainsi que l’accélération des transitions énergétique et technologique redéfinissent les conditions de croissance et de compétitivité à l’échelle mondiale.
Pour une économie ouverte et fortement dépendante des exportations d’hydrocarbures, ces évolutions renforcent l’impératif d’adaptation du cadre macroéconomique et du modèle de croissance, dans une perspective qui dépasse la gestion conjoncturelle et s’inscrit dans des horizons de moyen et de long terme.
Dans ce contexte, l’Algérie est appelée à engager une transition économique graduelle mais structurante, visant à renforcer la résilience de son économie, à réduire sa vulnérabilité aux chocs extérieurs et à poser les bases d’un modèle de croissance plus diversifié, productif et durable.
Cette transition suppose une articulation cohérente entre les politiques budgétaire, monétaire et de change, les réformes structurelles et sectorielles, ainsi qu’un renforcement des institutions économiques et des capacités de mise en œuvre.
Elle implique également une planification stratégique permettant de fixer des objectifs intermédiaires à l’horizon de la prochaine décennie, tout en maintenant une vision de transformation à plus long terme.
Au-delà de la stabilisation conjoncturelle, l’enjeu est de définir et de mettre en œuvre une trajectoire de transformation permettant à l’Algérie de converger progressivement vers le statut d’économie émergente.
Une telle trajectoire repose sur l’amélioration durable de la productivité, le développement des secteurs hors hydrocarbures, l’intégration accrue aux échanges internationaux et l’efficacité de l’investissement public et privé.
Inscrite dans une logique de convergence graduelle, cette trajectoire doit permettre de renforcer le potentiel de croissance à l’horizon 2030, tout en préparant les fondations économiques, institutionnelles et productives nécessaires à une transformation plus profonde à l’horizon 2050.
La réussite de cette transition conditionnera la capacité de l’économie algérienne à soutenir une croissance plus élevée, plus stable et plus résiliente sur le moyen et le long terme, dans un environnement international en mutation rapide.
Structure du rapport
Dans cette perspective, le document s’articule autour de cinq parties complémentaires et deux annexes.
- La Partie 1 analyse un modèle sous tension dans le contexte d’un environnement international et domestique.
- La Partie 2 décrit les défis macroéconomiques, macros structurelles et en termes de gouvernance économique.
- La Partie 3 discute de la qualité de la gouvernance économique actuelle.
- La Partie 4 se focalise sur les couts d’une éventuelle inaction en 2026, une année charnière pour éviter un éventuel ajustement subi plus tard.
- La Partie 5 propose la doctrine et les stratégies décennales pour la construction d’un nouveau modèle de développement, fondé sur la diversification, la productivité et la valeur ajoutée.
- La Partie 6 met en relief les politiques publiques au titre de la transition vers une économie émergente.
- La partie 7 présente les grands axes d’une nouvelle gouvernance économique dont a besoin le pays pour avancer sur la voie d’une économie émergente.
Huit annexes apportent des clarifications techniques sur :
- l’ajustement budgétaire entre 2026-2030
- le cadre budgétaire à moyen terme 2026-2030
- le scenario macroéconomique 2026-2030
- les besoins de financement, les gains des réformes et le gap de financement pour la période 2026-2030
- Les déterminants de la croissance économique dans le contexte algérien
- la loi monétaire et bancaire du 23 juin 2023 pour ce qui est de la stabilité monétaire, lapolitique de change et le financement de l’État
- la fintech, comme vecteur de modernisation des paiements et de réforme du marché des changes
- la refonte de la chaine institutionnelle de l’investissement public, élément vital de la relance de la croissance




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