Dr Abdelrahmi Bessaha
En bref :
Le Fonds monétaire international (FMI) compte 191 pays membres, dont l’Algérie, qui y a adhéré le 26 septembre 1963.
Chargé de promouvoir la coopération monétaire internationale, la stabilité financière et le développement équilibré du commerce international, il exerce notamment une mission de surveillance des économies de ses États membres.
Cette surveillance repose sur un dialogue régulier avec les autorités nationales concernant la situation économique, les politiques mises en œuvre et les perspectives à moyen terme.
La conception et la conduite des politiques économiques relèvent de la responsabilité des autorités nationales. Le FMI établit des diagnostics, examine les risques et formule des recommandations, mais ne se substitue ni au gouvernement ni à la banque centrale dans l’exercice de leurs responsabilités. Les États membres conservent la maîtrise de leurs choix de politique économique et doivent en assumer les conséquences.
Un rendez-vous régulier avec les pays membres
La consultation menée au titre de l’article IV des Statuts du FMI constitue le principal cadre de ce dialogue bilatéral. Organisée en principe chaque année, ou selon un calendrier plus espacé dans certains cas prévus par les règles du Fonds, elle concerne l’ensemble des pays membres, qu’ils sollicitent ou non un financement.
Il s’agit donc d’un exercice ordinaire de surveillance économique, et non d’une procédure réservée aux pays confrontés à des difficultés financières.
Lorsqu’un pays rencontre des problèmes de balance des paiements, il peut, parallèlement, solliciter une assistance financière du FMI. Des discussions distinctes sont alors engagées pour définir un programme économique et financier adapté à ses besoins. La durée de ce programme dépend de l’instrument de financement retenu.
La préparation de la mission
Avant chaque mission, les services du FMI prennent contact avec les autorités du pays concerné afin de convenir des modalités et du calendrier de la visite. Dans le cas de l’Algérie, la Banque d’Algérie constitue un interlocuteur institutionnel central.
Il convient de distinguer deux instances de gouvernance du FMI. Le Conseil des gouverneurs, au sein duquel chaque État membre est représenté, constitue l’instance suprême de l’institution. Le Conseil d’administration, composé de 25 administrateurs élus, assure la conduite courante de ses activités et examine notamment les rapports établis au titre de l’article IV. Certains administrateurs représentent un seul pays, tandis que d’autres représentent des groupes de pays.
La mission est organisée en accord avec les autorités nationales. Durant son séjour, généralement de l’ordre de deux semaines, elle rencontre les responsables du gouvernement, de la banque centrale et des administrations compétentes.
Elle peut également s’entretenir avec des représentants d’entreprises, d’établissements financiers, du monde universitaire et d’autres composantes de la société. Ces échanges permettent d’élargir les sources d’information et de confronter les données officielles aux réalités économiques observées sur le terrain.
Un travail approfondi sur les données et les politiques économiques
La mission constitue avant tout un exercice technique approfondi. Les économistes du FMI travaillent en étroite collaboration avec les cadres des institutions nationales pour examiner les données macroéconomiques et structurelles disponibles, évaluer les politiques économiques et élaborer un cadre macroéconomique cohérent.
Ce cadre couvre les évolutions économiques récentes et les perspectives à moyen terme. Il comprend généralement plusieurs ensembles de données interdépendants : les principaux indicateurs macroéconomiques, les opérations financières de l’État, la situation monétaire, la balance des paiements et les perspectives de croissance.
Il sert également à évaluer la soutenabilité des finances publiques, la viabilité de la dette et la solidité de la position extérieure du pays.
L’un des principaux objectifs de cet exercice consiste à vérifier la cohérence des hypothèses retenues. Les prévisions de croissance doivent notamment être compatibles avec les recettes budgétaires attendues, les besoins de financement de l’économie, l’évolution des importations et les perspectives des réserves de change.
Le cadre macroéconomique ne constitue donc pas une simple juxtaposition de prévisions : il doit présenter une vision cohérente de l’ensemble des équilibres économiques.
À partir de ces travaux, la mission évalue les politiques mises en œuvre, leurs résultats, les vulnérabilités persistantes et les arbitrages envisageables à moyen terme. Les autorités nationales participent à l’ensemble de ce processus. Elles présentent leurs propres analyses, leurs prévisions et les objectifs qu’elles poursuivent.
Cette coopération technique ne signifie cependant pas qu’elles partagent nécessairement le diagnostic ou les recommandations des services du FMI. Des divergences peuvent notamment apparaître concernant les perspectives de croissance, les risques budgétaires, la politique monétaire, le régime de change ou le rythme souhaitable des réformes structurelles.
Ces divergences font partie intégrante du dialogue et doivent être présentées de manière transparente dans les documents soumis au Conseil d’administration.
Les conclusions préliminaires de la mission
Au terme de la visite, la mission présente aux autorités ses principales conclusions. Celles-ci peuvent faire l’objet d’un communiqué public, avec le consentement des autorités nationales.
Il importe de souligner qu’à ce stade, les conclusions présentées sont celles des services du FMI et non celles du Conseil d’administration. Elles demeurent préliminaires jusqu’à l’achèvement des procédures internes et à l’examen du rapport par le Conseil.
L’exemple algérien de 2026 illustre cette séquence. Une mission du FMI a séjourné à Alger du 16 au 30 juin 2026. Ses conclusions préliminaires ont été rendues publiques le 6 juillet, avant l’examen du rapport par le Conseil d’administration en septembre.
Du rapport de mission à son examen par le Conseil d’administration
De retour à Washington, les membres de la mission préparent un rapport détaillé présentant leur analyse de la situation économique, leurs projections, leur évaluation des politiques nationales et leurs recommandations. Le document fait l’objet de procédures internes d’examen au sein du FMI avant d’être soumis au Conseil d’administration.
L’administrateur représentant l’Algérie intervient dans ce processus et peut présenter les observations et les positions des autorités nationales.
Le Conseil examine ensuite le rapport. À l’issue de ses délibérations, il formule une appréciation des politiques économiques du pays et des principaux enjeux auxquels celui-ci est confronté.
Dans certaines circonstances, la consultation peut également être conclue selon une procédure dite de « défaut d’opposition », sans réunion formelle du Conseil. Cette possibilité est encadrée par des conditions précises et ne s’applique pas indistinctement à toutes les consultations.
Pour l’Algérie, la consultation de 2026 a été conclue par le Conseil d’administration le 11 septembre 2026. Le communiqué publié le 21 septembre présente l’appréciation des administrateurs, qui doit être distinguée de l’analyse initialement formulée par les services du FMI.
La publication du rapport : une décision des autorités nationales
La publication des rapports établis au titre de l’article IV est soumise aux règles de transparence du FMI et requiert le consentement du pays concerné.
Il est essentiel, pour interpréter correctement ces documents, de distinguer trois niveaux d’analyse : le diagnostic et les recommandations des services du FMI ; les positions et observations des autorités nationales ; et l’appréciation du Conseil d’administration.
Cette distinction permet d’éviter une confusion fréquente : une recommandation formulée par les services du FMI ne constitue pas une décision imposée aux autorités nationales.
Le rapport relatif à la consultation de 2026 avec l’Algérie, publié le 21 septembre, comprend ainsi le communiqué du Conseil d’administration, le rapport des services du FMI et la déclaration de l’administrateur représentant l’Algérie.
Des relations qui dépassent les consultations de l’article IV
Les relations entre un pays membre et le FMI ne se limitent pas à cet exercice périodique. À la demande des autorités, le Fonds peut également fournir une assistance technique et des actions de formation dans de nombreux domaines : politique budgétaire, fiscalité, gestion de la dette, statistiques économiques, politique monétaire, supervision financière ou fonctionnement du marché des changes.
Cet accompagnement vise à renforcer les capacités des administrations et des institutions nationales. Il doit être distingué des programmes d’assistance financière, qui répondent à des besoins spécifiques et comportent leurs propres modalités.
Conclusion : un dialogue économique, non un transfert de souveraineté
La consultation au titre de l’article IV constitue un exercice périodique d’analyse, de surveillance et de dialogue entre le FMI et ses pays membres. Elle permet de confronter les diagnostics, de discuter des perspectives économiques, d’identifier les vulnérabilités et d’examiner les options de politique économique.
Elle ne constitue ni un programme de financement ni un transfert de souveraineté économique. Les autorités nationales demeurent libres de définir leurs orientations économiques. Elles peuvent accepter certaines recommandations du FMI, en écarter d’autres ou retenir un calendrier différent pour leur mise en œuvre.
Le FMI formule des diagnostics et des recommandations ; la responsabilité des décisions de politique économique et de leurs résultats appartient aux autorités nationales.









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